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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 23:00

Independence Day : ResurgenceRéalisé par Zack Snyder

Theatrical Version le 23 mars 2016  /  Ultimate Edition le 3 août 2016

Titre original : Batman v Superman - Dawn of Justice

 

Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Jesse Eisenberg, Amy Adams, Gal Gadot, Jeremy Irons, Holly Hunter, Diane Lane ...

 

"Craignant que Superman (Henry Cavill) n'abuse de sa toute-puissance, Batman (Ben Affleck) décide de l'affronter. : le monde a-t-il davantage besoin d'un super-héros aux pouvoirs sans limite, ou d'un justicier à la force redoutable mais d'origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l'horizon..."


 

 

Mon avis (Theatrical Version – Très bon) : 

(Ultimate EditionCoup de cœur) :  http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif

 


 

Little boys born with no natural inclination to share.

Le monde des comics se divise en deux catégories… Serait-on presque tenté de dire. Même si, dans les faits, ce n’est pas tout à fait exact puisque, au-delà de ces mastodontes que sont Marvel et DC Comics, il existe d’autres éditeurs plus modestes (en comparaison), mais pas moins talentueux et créatifs ; à l’instar de Dark Horse (Hellboy, Sin City, The Mask) ou de Image Comics (Spawn, The Walking Dead, Witchblade). Néanmoins, tout cela n’est en rien comparable à la guerre qui oppose les fans des deux poids lourds du secteur depuis plusieurs décennies. Et à plus forte raison depuis une dizaine années ; lorsque les adaptations cinématographiques superhéroïques ont commencé à prendre une place de plus en plus imposante  sur nos écrans. Iron Man vs Batman. Superman vs Captain America. Avengers vs Justice League. Chacun a son camp, chaque clan a son idole, et chacun cherche à défendre sa paroisse. Le jeu des comparaisons semble inévitable. D’autant que les deux maisons d’éditions ont toujours fait en sorte d’alimenter ces petites querelles fratricides. En réponse au Namor de Marvel (1939), DC crée ainsi Aquaman (1941). À la naissance de Green Arrow chez DC (1941) succède donc celle de Hawkeye chez Marvel (1964). DC lance Flash (1940), Marvel réplique avec Quicksilver (1964). Et ainsi de suite. Les éditeurs ne s’en cache d’ailleurs pas tellement ; comme l’atteste un personnage tel que Deadpool / Wade Wilson (Marvel), évident  plagiat parodique – et totalement assumé – de Deathstroke / Slade Wilson (DC Comics). Et dans le fond, est-ce si important ? À titre d’exemple, cela fait des années que le cinéma vit de ses propres inspirations, autocitations et autres relectures (quand il ne s’agit pas tout simplement de remakes). Certains réalisateurs en ont même fait leur fond de commerce (à l’instar de Quentin Tarantino, pour citer l’un des plus fameux). Mais quand cela est bien fait, que le plaisir demeure et que cela n’empêche en définitive pas une certaine créativité ; dans le fond, en effet, quelle importance ?

 

What we call God depends upon our tribe.

Déterminer qui de Marvel / Disney ou de DC / Warner est le meilleur – le cas des X-Men (distribué par Fox) est un peu à part – n’est pas une question si primordiale. Tant que les films qui atterrissent sur in fine nos écrans sont de qualité, il n’est d’ailleurs pas illégitime de penser qu’une saine concurrence peut stimuler une dynamique créative intéressante. Pour ma part, si je continue d’apprécier les premiers opus de Captain America, Avengers ou encore Les Gardiens de la Galaxie ; je demeure nettement plus mesuré face la saga Thor n’étant jamais parvenue à décoller, le terriblement bancal Age of Ultron ou encore la récente semi-déception Civil War. De la même façon, si j’ai indéniablement adoré la relecture du Dark Knight de Christopher Nolan, cela ne m’a pas empêché non plus la désillusion de son laborieux The Dark Knight Rises. Quant à Man Of Steelqui marque les débuts du DCEU (l’univers étendu de DC) – il m’avait tout de même laissé un petit goût d’inachevé, en dépit de ses qualités formelles indéniables et de partis pris audacieux. En même temps, Superman n’a jamais été un super-héros que j’affectionne particulièrement. À la différence de Batman, dont je suis fan depuis la découverte du film de Tim Burton – mon premier "vrai" film en salles – et dont la série d’animation de Bruce Timm a littéralement bercé mon enfance. Mais j’y reviendrai plus tard. Ceci étant dit, et bien que mon intention ne soit clairement pas de les opposer (on peut très bien aimer, ou pas, les deux univers), il reste intéressant de mettre en perspective les sorties simultanées (ou presque) de Batman v Superman et de Civil War. Ne serait-ce que pour tenter de comprendre pourquoi le film des frères Russo recevait des éloges dithyrambiques un peu partout quand celui de Zack Snyder se faisait largement tailler en pièces. Et c’est le moins que l’on puisse dire. Peu après sa sortie en salles, Batman v Superman récoltait parfois même des notes plus sévères que Batman & Robin. Oui oui, le délire crypto-gay tout flashy d’un Joel Schumacher en roue libre (et probablement sous LCD) avec les bat-tétons ! D’accord, la version proposée en salles par Warner n’était pas exempt de défauts, loin s’en faut ; mais il ne faut quand même pas exagérer…

 

Superman v Batman - L'Aube de la Justice
 

We just have a bad history with freaks dressed like clowns.

Entre l’annonce initiale de sa mise en chantier au Comic Con de San Diego en 2013 et sa sortie en 2016, Batman v Superman est rapidement passé du très bref engouement extatique du public –  la rencontre des deux plus célèbres super-héros de la planète «  quelle belle affiche ! » – à une hostilité grandissante et de plus en plus virulente à son égard. La personnalité même de son réalisateur ne pouvait déjà qu’être source de dissensions. Admiré autant que conspué, Zack Snyder laisse rarement indifférent. Et ce depuis le début de sa carrière, ou presque. Et pourtant, on pensera bien ce que l’on veut d’un film comme 300, mais il aura marqué son temps. Le cinéma actuel continue toujours d’y faire référence (Gods of Egypt n’étant que le dernier avatar en date) et la galaxie cinéphilie n’a sûrement pas fini de s’entredéchirer à son sujet. Pour combien de films soi-disant plus "estimable" à l’époque, mais aujourd’hui retombés dans l’oubli ? Mais, aussi polémique soit le choix de Zack Snyder (une pétition a longuement circulé pour demander son éviction pure et simple), ce n’est rien en comparaison de la volée de bois vert que s’est prise Warner en annonçant Ben Affleck dans le costume de Batman. Quoi ? L’acteur qui violé notre enfance avec DareDevil ? C’est intolérable ! Bref, comme d’habitude, le fanboy moyen y est allé de sa petite pleurnicherie à l’emporte-pièce sans aucun recul. Et pourtant, l’histoire aurait dû le rendre un peu plus ouvert d’esprit. Le "Ben Affleck bashing" à coup de mèmes sarcastiques, alors que le film n’était pas encore sorti, était aussi ridicule que celui de Heath Ledger avant celle du Dark Knight de Christopher Nolan (Quoi ? Le cowboy homo de Brokeback Mountain ?), ou encore de Michael Keaton avant le Batman de Tim Burton (Quoi ? Le comique qui joue Beetlejuice ?). Bref, comme souvent, les réalisateurs ont bien fait de ne pas céder à la vindicte populaire. D’ailleurs, il ne reste plus grand monde à présent pour contester ces choix ; le Joker de Ledger est déjà dans la légende, tout comme Keaton, et l’interprétation de Affleck saluée y compris parmi les plus ardents détracteurs du film. Et des détracteurs, Batman v Superman en eut beaucoup ; et pas seulement pour remettre en cause le casting (les annonces de Jesse Einsenberg en Lex Luthor ou de Gal Gadot en Wonder Woman ne firent pas franchement l’unanimité non plus).

 

Death by fire.

Alors que chaque sortie Marvel est accueillie avec une large bienveillance, celle de Batman v Superman pris donc assez étonnement le chemin contraire. À en croire les critiques, Snyder se serait planté dans les grandes largeurs : mise en scène tape-à-l’œil, narration bordélique, intrigues incompréhensibles, passages absurdes, ton outrancièrement sombre, personnages creux. C’est pratiquement l’ensemble des choix créatifs qui furent remis en cause lors de la sortie en salles du film. Bien sûr, le refus de Warner (erreur stratégique) d’organiser les fameuses projections presse préliminaires – fantastique levier marketing que Disney manie comme personne – put un temps expliquer le lynchage impitoyable de la critique. Mais cela ne suffit toutefois pas à justifier pourquoi autant de spectateurs furent aussi intransigeants envers ce long-métrage. À la vision du film tel qu’il nous a été présenté en salles, certains détails ont pu paraître contestables. Alors que Batman v Superman doit déjà faire suite à Man Of Steel, offrir une nouvelle approche de Batman, présenter Lex Luthor et aboutir à la confrontation tant attendue de ces deux immenses icones superhéroïques (un très gros programme déjà) ; Warner décide d’en profiter aussi pour en faire le véritable point de départ de son univers étendu ; Man Of Steel n’ayant clairement pas été conçu en tant que tel à la base. Et c’est alors que le film devient aussi l’introduction du futur projet Justice League (nouvelle erreur stratégique). C’est un fait, Marvel – via la mise en place de son MCU (l’univers cinématique Marvel) – a complétement révolutionné la façon de penser les franchises cinématographiques. Désormais, tout le monde veut son univers partagé (il est même question d’appliquer le principe à des sagas n’en demandant pas tant comme les Universal Monsters, King Kong / Godzilla, ou même Fast & Furious). Dans ce contexte, les films de super-héros autonomes – à l’instar de Man Of Steel donc – deviennent pour le moins obsolètes. Une œuvre ne peut plus se suffire à elle-même, elle doit fait partie d’un univers étendu. Et c’est ainsi que Flash, Aquaman et Cyborg – qui auraient dû être solidement introduits via leurs propres films – se trouvent ici balancés via des teasings poussifs sans grande logique narrative. Si la politique de Disney – qui a pris le temps de poser les bases d’un univers Marvel cohérent sur plusieurs années – s’est avérée plutôt payante, celle de Warner – dans sa tentative désespérée de rattraper une décennie de films en un seul – laisse pour le moins perplexe.

 

Superman v Batman - L'Aube de la Justice
 

The Red Capes are coming.

Ce concept d’univers partagés ne manque pas d’intérêt, et s’applique parfaitement à celui des super-héros. Cependant, il trouve vite ses limites aussi lorsque chaque film ne semble plus être que la bande-annonce du prochain (à l’instar de Civil War, sorte de Avengers 2.5 refoulé). Quoi qu’il en soit, ces quelques featurettes maladroites de la Justice League ne justifie clairement pas ce statut de « film le plus nul de tous les temps » donné par une certaine presse à Batman v Superman. À l’évidence, alors que les super-héros n’ont jamais été aussi présents sur les écrans, le long-métrage de Zack Snyder dénote dans le contexte actuel. En près d’une dizaine d’années et autant de films, Marvel a complétement redéfini le genre à travers ses adaptations normalisées, toute en décontraction cool et inoffensive. Et dans un monde où tout va toujours plus vite, laissant peu de place aux nuances, un monde de plus en plus anxiogène, où l’échange est trop souvent abandonné au profit du repli identitaire sur les réseaux sociaux, la politique de Marvel fait sens. Le grand public est en recherche de divertissements simples et efficaces, fun et facilement identifiables. Et qu’importe si cette standardisation massive du genre conduit à des produits si semblables et préformatés qu’ils finissent par ne ressembler qu’à de vulgaires épisodes d’une série télé à gros budget plutôt qu’à des créations de cinéma à part entière. Cette litanie continue de films d’action légers et superflus, où l’on casse du méchant en faisant des blagues et où chaque enjeu dramatique est désamorcé par une vanne, caresse peut-être le spectateur dans le sens du poil ; mais cela conduit surtout – et c’est bien dommage – à une sorte de gros formatage cynique des esprits où tout ce qui est paraît "différent" du cadre connu apparaît comme forcément "suspect" (toute ressemblance avec le Superman du film ne serait pas du tout fortuite). Les studios ont d’ailleurs tellement peur de décevoir les fans – ceux-là mêmes qui voulaient envoyer au bûcher Heath Ledger et Ben Affleck – qu’ils rechignent de plus en plus à se risquer dans des projets un peu trop ambitieux ou audacieux. Josh Trank en fit déjà les frais avec le charcutage de son bien trop incongru "Fantastique Four" (la Fox ayant pris peur en cours de production avec les premiers retours négatifs des fans). Et même Joss Whedon, malgré le succès colossal de son Avengers, dut se plier à la volonté de Marvel (renonçant à certaines de ses idées premières pour la suite).

 

The greatest gladiator match in the history of the world.

Alors forcément, lorsque Zack Snyder débarque avec son film-fleuve de trois heures à l’intrigue lourde et complexe, nécessitant une longue exposition de près d’une heure trente. Avec son atmosphère pesante et oppressante, dénuée de tout soulagement comique. Avec ses personnages sombres et torturés (le Batman assassin ayant fait couler autant d’encre que le Superman tueur en son temps). Il apparaît clairement comme un sacré iconoclaste. La tonalité plus adulte de Batman v Superman est certes inhabituelle pour un film Marvel, mais c’est justement de DC qu’il s’agit ici ; Burton et Nolan nous ont pourtant déjà habitués à une certaine noirceur. Et il ne s'agit pas de n’importe quels personnages, qui plus est. Car il existe une différence fondamentale aux yeux des spectateurs entre les héros de Civil War d’une part, et un Superman d’autre part. Pour le grand public (et pas juste pour quelques initiés), Iron Man, Captain America ou encore Ant-Man étaient totalement inconnus au bataillon (ou presque) avant la sortie de la première production Marvel réalisée par Jon Favreau en 2008. En effet, la majeure partie du public a découvert ces "nouveaux" super-héros à travers la sortie successive des différents films du MCU. Marvel a donc pu aisément prendre quelques libertés, parfois même majeures, pour adapter leurs personnages (comme l’origine d’Ultron ou la destinée du Captain America) sans que le grand public n’y trouve grand-chose à redire. Cette connaissance indirecte, presque sibylline, de ses héros offre à Marvel une très grande liberté créative. Ce que la nature même de Superman interdit presque de facto. L’héritier de Krypton n’est effectivement pas un super-héros comme les autres. C’est avant tout une véritable icône de notre culture populaire. Le grand public a une image bien précise de ce qu’il "doit être", et surtout de ce qu’il "ne doit surtout pas être". Tout le monde connaît Superman ou, pire, croît le connaître. Sa représentation dans l’inconscient collectif est si forte qu’il est devenu un symbole quasiment intouchable. S’en prendre à Superman, c’est sans prendre au sacré. Ce que Snyder a d’ailleurs parfaitement saisi en l’assimilant à une véritable divinité vénérée de par le monde. Et ce, même s’il n’hésita pourtant pas à transformer la mythologie kryptonienne à sa guise pour donner sa propre vision du personnage. Alors quand Snyder décide de l’opposer de surcroît à Batman, l’autre grande icône de la pop culture, et certainement le superhéros le plus célèbre au monde (avec Superman donc), il était évident que les fans l’attendraient au tournant : prêts à lui lancer des tomates pourries au visage ; ou un bocal d’urine étiqueté « thé à la pêche de grand-mère ».

 
Superman v Batman - L'Aube de la Justice
 
And now God bends to my will.

Le départ de Joss Whedon après Age Of Ultron et la mésaventure de Josh Trank avec les Quatre Fantastiques ont déjà mis en évidence cette incroyable faculté des studios à se soumettre complètement à la volonté première des fans – souvent bien différente de leur appréciation finale (Ledger, Affleck, encore) – et à faire passer la flatterie immédiate du public bien avant les ambitions créatives (Kevin Feige, si tu me lis). D’ailleurs, suite à la réception pour le moins tumultueuse de Batman v Superman lors de sa sortie en salles, Warner n’a pas attendu très longtemps pour réagir. Alors que le studio avait jusqu’à présent joué la carte mystère (quitte à s’aliéner complètement la critique en refusant d’organiser les traditionnelles projections presse préliminaires), il revoit complètement sa stratégie marketing (invitant les journalistes sur le tournage du futur Justice League et répondant largement à toutes les demandes d’interviews), et peut-être même sa vision créative (l’annonce des reshoots de dernière minute sur Suicide Squad pour ajouter des blagues peuvent laisser circonspect). Espérons néanmoins que Warner saura tirer les "bons" enseignements de ses erreurs, et que l’accueil très positif de l’Ultimate Edition de Batman v Superman empêchera le studio de trop chambouler ses plans. Car, au-delà de tous les errements ayant accompagné la sortie du film de Zack Snyder, sa plus grande erreur aura justement été de ne pas assumer jusqu’au bout la différence de la Distinguée Concurrence. Vendre le projet comme un gros divertissement fun et bourrin à la Marvel était déjà une aberration en soi, ne pouvant entraîner que déception. Mais alors vouloir trancher dans le vif trente putain de minutes du film juste pour ajouter une séance supplémentaire (et engranger potentiellement plus de dollars), c’était vraiment d’une abyssale connerie (et on a vu le résultat). Bien plus conforme à la vision de Snyder, cet Ultimate Cut transcende logiquement l’expérience vécue en salle. Si le fameux combat de Batman dans l’entrepôt se veut nettement plus brutal et le plan sanglant final plus explicite, la nouvelle classification R-Rated s’avère plus accessoire qu’autre chose. En revanche, certains défauts assez frustrants de la version cinéma se voient ici transformés en de solides qualités. Par la magie du montage, le plan de Lex Luthor prend alors tout son sens, Loïs Lane devient utile à l’histoire (et pas qu’un peu), Clark Kent le journaliste existe enfin à l’écran, et l’opposition entre Batman et Superman paraît aussi nettement plus compréhensive.  Attention car, à partir de maintenant, ça va spoiler dans tous les sens, soyez-prévenus !

 
 

 

Ignorance is not the same as innocence.

Corrigées aussi ces coupures évidentes qui avaient le don de gâcher le plaisir. À commencer par la séquence en Afrique, complètement imbitable dans la version proposée en salles. Outre le fait que Jimmy Olsen soit enfin correctement présenté, on comprend maintenant bien mieux le rôle Lex Luthor. Et surtout, Loïs Lane n’apparait plus comme une grosse gourdasse. Bien au contraire. C’est son enquête minutieuse qui va permettre de démêler tous les nœuds de cette intrigue complexe. Sa discussion avec le Général Amajagh illustre parfaitement cette évolution : « je ne suis pas (qu’)une femme, je suis une journaliste ». D’abord septique face à ce rebelle lourdement armé qui prétend agir par « amour pour son peuple », Loïs va rapidement comprendre que la situation est loin d’être aussi simple que « ces fables moralisantes (assénées) comme des vérités ». C’est bien elle qui saisit l’implication du gouvernement : « l’Amérique fourni des armes aux rebelles tout en prétendant soutenir le gouvernement élu » (le drone envoyé par l’armée est ici supposé détruit par Superman ; loin de la version cinéma qui gommait sensiblement le rôle des États-Unis). Elle aussi qui révèle l’ampleur de la machination de Luthor, en découvrant le frigo fraîchement rempli de l’employé de Wayne Enterprises « il ignorait qu’il allait mourir », puis en faisant le lien (via le personnage de Jena Malone) entre le métal utilisé pour concevoir la balle intraçable trouvée à Nairomi et le fauteuil roulant (doublé de plomb apprend-t-on) du pauvre malheureux : « dès que Superman va quelque part, Luthor y sème la mort ». L’opposition entre les deux super-héros trouve aussi une justification bien plus cohérente que le simple visionnage d’un reportage à la télévision. Désormais, c’est en agissant comme un véritable journaliste, à l’instar de Loïs, que Clark Kent va découvrir les exactions de la chauve-souris. Envoyé par Perry White à Gotham pour couvrir un match l’opposant à Metropolis, il va alors remarquer – via l’ajout crucial du personnage de Santos – que Batman agit comme un pur vigilante, en toute impunité, probablement même aidé par la police. Déjà fortement bouleversé par le poids de la culpabilité « au nom de quoi il peut décider qu’il y a des vies qui comptent, et d’autres qui ne comptent pas » et cette statue souillée « False God » illustrant son incapacité à faire comprendre son action aux humains, il ne restera alors plus qu’à Luthor de jouer de quelques manigances pour pousser Superman à s’occuper définitivement du Batman : « maintenant, quand on braque ton projecteur dans la nuit, tu restes chez toi ».

 

Superman v Batman - L'Aube de la Justice
 

Devils don’t come from hell beneath us.

Via cet Ultimate Cut, le côté fin manipulateur de Lex Luthor, ce Magicien d’Oz pervers du crime (qui compare la kryptonite à une « Cité d’Émeraude » ; capitale du Monde d’Oz), se dévoile enfin complètement (on notera d’ailleurs la référence amusante de Perry White à propos de son journaliste originaire du Kansas, comme Dorothy, qui semble disparaître « en claquant des talons trois fois »). La stratégie machiavélique de Lex pour désacraliser, puis anéantir Superman trouve ici un nouveau souffle. En donnant tout d’abord plus d’importance à la survivante qui témoigne devant la Sénatrice Finch. Elle apparaît désormais comme un nouveau pion, menacée et achetée, dans le diabolique jeu d’échecs mis en place par Luthor : « il manipule la commission comme un théâtre de marionnettes ». Puis en montrant plus clairement la façon employée par celui-ci pour monter les deux superhéros l’un contre l’autre : « le savoir c’est le pouvoir ». C’est Luthor qui envoie ces photos orientées à Clark Kent « Batman : juge et bourreau ? » et ces notes au stylo rouge qui raviveront le trauma originel de Bruce Wayne : « tu as laissé ta famille mourir ». Lui encore qui assassine les prisonniers marqués au fer rouge par la chauve-souris (atténuant de fait l’aspect fou sanguinaire du chevalier noir). Lui enfin qui invite expressément Clark à sa soirée, tout comme Bruce (pareil à un gosse facétieux entre ces deux colosses spartiates, un esprit brillant face à ces corps puissants). Lex Luthor redevient alors ce formidable manipulateur tordu et complexe qu’il a toujours été. DC a vraiment toujours su nous offrir mieux que quiconque des vilains mémorables et variés. Certains ont par ailleurs reproché à ce Luthor de n’être qu’un avatar du Joker. Je ne suis pas d’accord. La Némésis de Batman est un anarchiste qui fait tout pour conduire le monde au chaos, alors que celle de Superman est un mégalomane qui veut le dominer. L'héritier de LexCorp est une sorte de Napoléon du crime, avec un désir de domination aussi puissant que son évident complexe d'infériorité face à ces "surhommes". Ce plan de Lex le marionnettiste jouant avec une balle, tel un empereur au sommet de sa tour qui contemple avec une évidente jubilation le doute gangrener Metropolis (alors que la voix-off évoque la probable implication de Superman dans l’attentat du Capitole), est d’une puissance rare. Luthor ne partage pas seulement le prénom du mythique Alexandre le Grand, il est lui aussi « autant un roi qu’un tueur psychopathe » ; pour paraphraser le directeur du musée s’adressant à Diana Prince.

 

Blood of my blood, born to destroy you.

En découvrant l’Ultimate Edition, la richesse de ce personnage incarnée avec beaucoup d’audace par Jesse Eisenberg – dont beaucoup auront critiqué ce maniérisme pourtant parfaitement adapté au narcissisme névrosé de Lex – questionnerait presque la pertinence d’introduire Doomsday à ce moment-là de l’histoire. Même si la présence de ce super-vilain finit par faire sens. Bien que les origines de cette abomination de Krypton ne respectent guère ici le canon des comics, on y retrouve toutefois sa substantifique moelle. Sa nature kryptonienne est préservée ; parfois présenté comme un clone de Superman, il est ici celui de son double maléfique Zod. Et c’est à nouveau une expérience interdite perpétrée par un ersatz imprudent du Docteur Frankenstein qui va conduire à sa création. La façon dont Luthor utilise la dépouille de Zod « une profanation innommable » pour assouvir son désir inextinguible de concurrencer le divin créateur n’est en effet pas très éloignée de celle employée par le héros tragique de Mary Shelley. Et lorsque l’on sait que le titre complet de l’œuvre de la romancière anglaise était précisément Frankenstein ou le Prométhée moderne, le discours en apparence décousu du patron de LexCorp à propos du Prométhée antique – ce philanthrope « épris du genre humain » qui reçu le châtiment « injuste » de Zeus pour avoir préféré ses semblables aux dieux – revêt alors une toute autre portée. Cette créature qui se retourne contre ses créateurs, c’est à la fois Prométhée et Lex Luthor ; mais aussi le Monstre de Frankenstein, et Doomsday (conformément à la définition des comics). Un bref ajout de cette version voit d’ailleurs celui-ci empoigner le "X" de LexCorp pour le jeter sur un hélicoptère. Qui plus est, cet autre ajout montrant le regard sinistre de Lex tout juste après sa confrontation avec l’hologramme de Steppenwolf – que les fans de DC connaissent comme étant le bras droit de Darkseid (probable antagoniste principal du Justice League à venir) – laisse assez peu de doute quant au fait qu’il se trouve à présent complètement dépassé par les événements. À propos de Doomsday, je comprends assez la large déception des spectateurs quant à son apparence (du moins avant sa première transformation). Cet aspect "troll" informe et résolument imparfait aurait sans doute pu être plus convaincant. Et ce, bien que j’apprécie l’hommage sympathique au King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack ; dont il est une sorte de version imberbe (les avions et l’Empire State Building du film de 1933 ayant ici laissé place aux hélicoptères et à la tour de Metropolis).

Superman v Batman - L'Aube de la Justice
 

Son of Krypton versus Bat of Gotham.

De manière générale, les thématiques ayant trait à la mythologique, la religion et la spiritualité sont très présentes dans le long-métrage de Zack Snyder (certains passages de la Bible, notamment du Lévitique et du Livre de le Révélation sont presque cités en l'état). Le nouveau montage donne d’ailleurs un sens nouveau à la phrase prononcée devant les sénateurs par la survivante de Nairomi : « il ne rend de compte à personne, même pas à dieu ». Si cette sentence implacable s’adresse ici à Superman (et pourrait tout autant s’appliquer à Lex Luthor), cette séquence intervient à présent juste avant la première apparition de Batman, comme pour les lier symboliquement, même si leurs méthodes diffèrent en tout point. Superman contre Batman, ce n’est effectivement pas seulement Dieu qui affronte l’Homme, c’est aussi « le jour contre la nuit » comme le précise à juste titre Luthor. Snyder, qui ne fait décidemment rien au hasard, avait eu l’intelligence, dès Man Of Steel, de nous rappeler la signification du fameux "S" visible sur la poitrine de Kal-El. Cette lettre n’est donc pas la première de son surnom, mais l’emblème de sa famille kryptonienne. Un symbole arboré par Superman qui signifie "espoir" et s’oppose à celui du costume de Batman représentant la "peur". Celle de Bruce Wayne tout d’abord, comme l’indique la très métaphorique introduction illustrant la maîtrise de son côté obscur. Mais surtout celle des ennemis du chevalier noir, marqués du sceau de la chauve-souris. Clark Kent et Bruce Wayne sont fondamentalement en opposition. Ce que souligne leur toute première rencontre dans le film, durant laquelle ils confrontent les méthodes de leurs doubles respectifs. Une divergence qui se matérialisera ensuite bien au-delà des mots : « un seul moyen : le coup de poing ». Au passage, j’ai du mal à comprendre les critiques concernant la brièveté – toute relative (une demi douzaine de minutes quand même) – du combat entre les deux superhéros (celui du récent film d’animation The Dark Knight Returns était plus court encore). Il est pourtant évident que Batman ne pourrait raisonnablement pas tenir plus de quelques minutes face à Superman : « tu serais déjà mort, si je l’avais décidé ». Par ailleurs, aussi jouissif soit ce moment –  et wow que cette armure est badass ! – il n’est que le point d’orgue de leur conflit ; avant tout moral. Et pour ceux qui raillaient aussi le fait que Metropolis et Gotham ne soient séparés que par un fleuve, je rappellerais juste que la ville de Superman a traditionnellement toujours été considéré comme un équivalent de New York City, et celle de Batman semblable à Manhattan (la Statue de la Liberté du Superman II de Richard Donner ne situait pas à Los Angeles, que je sache). Google Maps est à présent votre meilleur ami.

 

The feeling of powerlessness that turns good men... cruel.

C’est la destinée de chacun qui a façonné leurs modes de pensée différents. Symboliquement donc (leurs blases respectifs), mais aussi spirituellement. Car si Clark Kent eut  la chance de grandir au sein d’une famille adoptive aimante lui ayant appris à donner le meilleur de lui-même, le spectacle traumatisant de la mort de ses propres parents conduisit plutôt Bruce Wayne sur le chemin du fatalisme désabusé : « je suis plus vieux que mon père ne l’a jamais été ». Comme le fait très justement remarquer Alfred, même les hommes bons peuvent devenirs cruels lorsqu’ils sont guidés par la colère et un sentiment d’impuissance qui les dépassent. « Les gens détestent ce qu’ils ne comprennent pas » ajoutera Martha Kent un peu plus tard. Hors, Batman ne comprend pas la nature de Kal-El ; jusqu’à même se demander s’il lui « arrive de saigner ». Gonflé par vingt années de fureur et de frustration, il laisse alors exploser son irrépressible soif de vengeance face à celui qu’il ne considère que comme une menace pour la terre (au grand dam de son fidèle serviteur). À ses yeux, Superman est avant tout ce monstre qui détruisit Metropolis, massacrant des milliers d’innocents ; à l’instar de cette petite fille qu’il vient secourir, alors qu’elle vient elle aussi de perdre sa mère. La mise en scène de cette séquence illustre d’ailleurs parfaitement la dichotomie existant entre ces humains insignifiants et les titans surpuissants qui les surplombent. Faisant écho au final explosif et frénétique de Man Of Steel (la mise en scène de Snyder repose souvent sur cet "effet miroir"), avec ces aliens monstrueux sortant régulièrement du cadre (comme si l’œil d’un vulgaire terrien ne pouvait les suivre), l’introduction de Batman v Superman adopte ici le point de vue opposé (et complémentaire) de Bruce, filmé à ras le sol auprès des victimes humaines avant que la caméra ne s’élève lentement vers les cieux, le faisant paraître de plus en plus petit. L’homme, ridicule petite fourmi, subissant bien malgré lui les conséquences de cet apocalypse – l’ombre du 11 septembre est omniprésente – causé par ces dieux gigantesques. Une intervention de Neil deGrasse Tyson – astrophysicien américain extrêmement populaire outre-Atlantique et considéré comme l’un des plus grands spécialiste en cosmologie (c’est notamment lui que Sheldon accusera d’avoir déclassé Pluton en planète naine dans la série The Big Bang Theory) – met également l’accent sur la façon dont la présence du fils de Krypton sur Terre « remet en cause l’ordre de nos priorités dans l’univers ».

 

Superman v Batman - L'Aube de la Justice
 

In God We Trust.

Les théories coperniciennes avaient déjà « replacé le soleil au centre de l’univers connu, et ainsi rétrogradé la terre ». La révolution darwinienne a montré ensuite que nous n’étions pas plus exceptionnels dans le monde, tout juste « une forme de vie parmi d’autres ». À présent, nous apprenons aussi que la vie terrestre n’a rien d’unique dans l’univers « car il y a Superman ; il est bien là ». Nous ne sommes donc pas seuls. Pire, nous perdons de fait notre statut d’espèce dominante sur notre propre planète. Dans un élan patriotique coutumier, les États-Unis vont bien tenter de s’approprier ce nouveau dieu ; eux qui proclamaient déjà fièrement « Dieu existe et il est américain » à propos du Dr Manhattan du Watchmen également réalisé par Snyder. Mais Superman est au-dessus de ces considérations humaines. C’est un citoyen du monde venu d’un autre monde ; ce qui lui vaudra cette petite saillie du présentateur Jon Stewart ironisant sur le fait que, à défaut d’être américain, il ne se prive pas de porter un costume bleu et rouge aux couleurs du pays et d’arborer « un tiers des initiales du pays » sur la poitrine. Très attachée aux symboles, l’Amérique lui consacrera d’ailleurs une statue grandiloquente pour célébrer ses exploits. Cette déification totale de Superman n’a jamais été aussi prégnante (la scène de sauvetage au Mexique – superbe hommage à l'oeuvre Paix sur terre de Paul Dini et Alex Ross – le montre comme une véritable figure messianique, sorte de Christ superstar). Zack Snyder a parfaitement capté le rôle des super-héros dans notre imaginaire collectif : « la base de nos mythes, des dieux parmi les hommes ». De tout temps, l’homme a toujours sacralisé ce qu’il ne comprenait pas, et l’homme a toujours eu besoin de croire. Divinités antiques, dieu unique, intelligence extraterrestre et superhéros ne sont finalement que les composantes de mythologies communes en perpétuelle évolution. Certains débats entre supporteurs de Marvel et défenseurs de DC ne sont d’ailleurs pas si éloignés du conflit de religions où chacun défend sa paroisse avec vigueur. À l’instar des fidèles, les fans se changent parfois en véritables fanatiques. Et des pensées extrêmes entraînent souvent des décisions extrêmes : « Il y eut des temps célestes, les temps d'avant. Remplis de merveilles, de diamants de la plus belle eau. Plus dure est la chute, la chute sur terre. Et ce qui chute… est déchu. »

 

The problem of absolute virtue.

L’homme a cette fâcheuse à tendance qui le pousse à la suspicion, voire même à une franche hostilité, envers tout être lui apparaissant comme supérieur ; qu’il s’agisse d’un extra-terrestre, d’un dieu ou simplement d’une personne à l’héroïsme hors du commun. L’humain étant imparfait par nature, il va donc chercher « les vices dans la vertu » comme dirait Lex Luthor. L’existence même d’un être aussi parfait que Superman lui apparaît comme une aberration presque contre-nature, un imposteur, qui met en exergue ses propres failles. Luthor n’hésite d’ailleurs pas à mettre ce nouveau Dieu face à ses contradictions : « si Dieu est tout-puissant, il ne peut pas être tout bienfaisant ; et si Dieu est tout bienfaisant, il ne peut pas être tout-puissant ». En combattant Zod, Superman ne s’est-il pas, bien malgré lui, rendu responsable de milliers de morts ? Tout choix, aussi bien attentionné soit-il, amène à d’inévitables conséquences : « personne n’est neutre », pas même Dieu. Et même que de grands pouvoirs imposent de grandes responsabilités aurait surenchéri Sam Raimi. « Superman fascine tellement notre monde avec ses pouvoirs que nul ne pense à parler de ses devoirs »  assènera d’ailleurs la Sénatrice Finch avec virulence. Comme le Dr Manhattan avant lui, Superman est jugé par les hommes, comme s’ils l’accusaient d’être un peu trop parfait pour être honnête. Si l’humanité ne parvient pas à égaler le divin dans sa flamboyante perfection, alors peut-être que Superman doit accepter qu’il puisse être faillible à son tour pour être accepter parmi les hommes. L’Amérique aime les symboles, presque autant que le spectacle de leur déchéance. Car personne n’est parfait : « Depuis toujours nous créons des idoles à notre image et, disons-le, nous nous projetons sur lui. Il n’est peut-être pas en vérité une sorte de personnage démoniaque ou christique ; c’est peut-être juste gars plein de bonnes intentions ». En se heurtant à la réalité de plein fouet, en confrontant sa propre logique à ce que la société attend de lui, Superman fait une expérience douloureuse, culpabilisante, mais nécessaire afin qu’il puisse retrouver la paix intérieure et trouver sa place au sein de ce monde irrationnel. On n’est pas loin ici de la figure biblique du Christ sacrificiel (image saisissante de Superman tirant cet immense paquebot tel Jésus portant sa croix). Et ce n’est certainement pas anodin.

 

Superman v Batman - L'Aube de la Justice
 

Just wish it was more simple.

S’il est difficile pour l’homme de ne pas considérer Superman comme un Dieu, Clark apparaît à l’évidence comme le plus "humain" d’entre tous. Ce philanthrope « épris du genre humain » décrit par Luthor, ce n’est nul autre que lui. À l’instar de Jésus donc, Superman a du mal à trouver sa place parmi le commun des mortels. Il souhaiterait être accepté par son prochain, mais ne peut pas lutter contre sa cruelle destinée. Il sera crucifié par les hommes, et donnera jusqu’à propre vie pour les sauver. « Si seulement c'était plus simple » soupire-t-il à sa mère lorsqu’il prend conscience de sa responsabilité mondiale. Après l’attentat du Capitole, l’Ultimate Edition nous montre le fils de Krypton secourir des personnes blessées, jusqu’à ce qu’un secouriste l’informe qu’on n’a pas besoin de lui. On le voit ensuite observer autour de lui tous ces corps meurtris. Il aperçoit alors Loïs qui le regarde, avant de s’envoler loin de cette souffrance dont il porte tout le poids de la culpabilité. Mais, si le Dr Manhattan – tenu responsable de l’apocalypse final de Watchmen avait pu décider de s’échapper de la terre indéfiniment, Kal-El sait bien au fond de lui que son exil n’est que temporaire : « il est venu pour mourir ». Pendant une grande partie du film, Superman ne cesse de s’interroger. Sur ce qu’il doit faire ou non. Sur ce qu’il a mal fait, et ce qu’il pourrait faire de mieux. Ce qui a pris près d’une demi-douzaine de films à Marvel (du premier Avengers à Civil War), DC l’aborde dès le second long-métrage de son univers étendu : « ce mensonge vieux comme l’Amérique, c’est que le pouvoir peut être innocent ». Choix audacieux de Warner que de vouloir désacraliser ses héros aussi promptement. Oui, Superman est faillible, mais c’est surtout parce qu’il lui est tout simplement impossible de ne pas faire ce qui lui apparaît comme moralement juste et bien. Ce superhéros qui, par l’imprudence de son inexpérience, fut alors indirectement responsable de tant de morts ne peut sciemment pas demeurer à présent le spectateur passif d’une menace planétaire plus abominable encore. Contrairement à ce que son père adoptif lui suggérait dans Man Of Steel, Clark fera donc le choix de l’homme au péril de sa propre existence.

 

Maybe it’s the Gotham City in me…

À l’évidence, la nature profondément empathique de Superman le conduit à une réflexion bien plus raisonnée que cette ferveur incessante qui pousse Batman à agir sans attendre. L’Ultimate Edition marque d’ailleurs de façon plus nette le fossé qui les sépare intrinsèquement. Si l’univers des X-Men a toujours trouvé un certain écho en moi et que le facétieux Deadpool me fait mourir de rire à chaque numéro, Batman est sans nul doute le seul superhéros dont je peux me prétendre réellement fan. Ce qui est formidable avec ce personnage c’est que, contrairement au divin Superman, il est très facile de s’identifier à lui. Évidemment, je n’ai (malheureusement) ni sa fortune, ni son génie technologique, et encore moins son charme ravageur. Mais Batman reste profondément humain. Ce n’est pas un dieu. Il n’est pas parfait. Batman, c’est avant tout cet homme à la force de caractère incroyable et au courage à toute épreuve. Il n’abandonne jamais, se relève toujours, et parvient à triompher d’ennemis bien plus puissants que lui par la simple force de son intellect ; il est d’ailleurs considéré comme "le plus grand détective au monde". En gros, Batman c’est Sherlock Holmes avec une cape qui résout les énigmes à grand coup de pompes dans la gueule (il a aussi un petit côté James Bond ici). Face à Superman, dans un combat pourtant totalement inéquitable (« Dieu face à l’Homme »), Batman ne flanche pas. « Tu n'es pas courageux » dira-t-il à son adversaire : « c'est  propre à l'homme ».  Le corps de l’homme est, de toute évidence, plus fragile que celui d’une divinité, mais la puissance de sa volonté est infinie. Comme le furent ses aïeuls, l’héritier de la dynastie Wayne est un chasseur qui va traquer Superman, découvrir ses failles pour mieux les exploiter, pour enfin l’appâter jusque dans son implacable piège (ou plutôt ses pièges, aussi inventifs que spectaculaires). Batman parvient ici à égaler le niveau du dieu Kal-El. En apparence tout du moins : « dans mon rêve, elles m’ont porté vers la lumière… sublime mensonge ». Car s’il devait être une divinité, ce ne serait certainement pas à la manière de ce Superman messianique. Batman ressemble ici plutôt à un dieu de la guerre avec son armure de chevalier vengeur. Par rapport au bienveillant boyscout, l’intransigeante chauve-souris fait figure de véritable antagoniste, violent et impitoyable. Les deux faces d’une même pièce. Le Ying et le Yang.

 

Superman v Batman - L'Aube de la Justice
 

No one stays good in this world.

Batman est d’ailleurs très rarement nommé en tant que tel. Ici, il est plutôt « le Bat de Gotham », comme si la dimension humaine (the man) devait s’effacer au profit de ce symbole (the bat) avec lequel il marque les pires criminels. Cette vision du chevalier noir, n’est pas sans évoquer là encore un autre personnage de Watchmen, l’irréductible Rorschach : un enquêteur nihiliste adepte du vigilantisme qui perdit bien des alliés en cours de route avant de progressivement sombrer lui aussi dans une profonde névrose obsessionnelle. Et le costume de Robin souillé par le « HAHAHA ! Joke’s on you Batman » laisse peu de place au doute quant à la destinée funèbre du fameux acolyte du Chevalier Noir. Un justicier instable et dangereux endossant à la fois le rôle de juge et de bourreau ; c’est d’ailleurs de cette manière que Luthor présentera Batman à Superman. Le costume sobre et passablement usé de Batman – contrastant avec la tenue flamboyante et détaillée de Superman (ornée d’inscriptions kryptoniennes du plus bel effet) – retrouve ici sa couleur grise originelle ; tout en rappelant aussi, dans une certaine mesure, l’accoutrement du Hibou de Watchmen (dont l’interprète, Patrick Wilson, prête ici sa voix au Président américain). En confiant le rôle de Thomas Wayne à Jeffrey Dean Morgan, Zack Snyder fait un autre clin-d’œil à son adaptation du roman graphique de Alan Moore et Dave Gibbons (les fans de The Walking Dead apprécieront d’ailleurs toute l’ironie d’avoir choisi de "marier" le terrible Negan avec l’adorable Maggie, Lauren Cohan). Cette espèce de filiation extradiégétique entre Bruce et le Comédien (ce paternel indigne et absent) ne manque pas d’intérêt. D’accord, Thomas Wayne n’est sans doute pas un père aussi mauvais que la brute de Watchmen, mais il n’empêche que Snyder le présente tout de même comme un gros impulsif, qui riposte avec violence face à son agresseur (quitte à mettre en péril les siens), et dont le dernier mot ne sera pas pour son fils, mais pour sa femme Martha. Cela a forcément nourri la névrose d’un jeune Wayne influençable et conditionné son sens moral. Alors que Clark grandira en écoutant les sages conseils de son père et les messages d’amour de sa mère, Bruce dût apprendre par lui-même que « le monde n’a de sens que si on lui en impose un » lorsqu’il vit ses parents mourir dans le caniveau « pour rien, sans raison ».

 

So falls the house of Wayne.

La mort des parents de Bruce Wayne ouvre donc le film. C’est une scène aussi connue qu’incontournable. Ce trauma fait fondamentalement partie de l’ADN de Batman, et permet de mieux comprendre ses agissements. Certains changements opérés par Snyder apportent d’ailleurs un éclairage nouveau et inédit. Originellement, les parents Wayne sont assassinés après une représentation du Signe de Zorro de Fred Niblo ; le héros imaginé par Johnston McCulley ayant clairement inspiré celui de Bob Kane et Bill Finger : deux justiciers fortunés, vêtus d’un costume noir avec un animal pour emblème (chauve-souris et renard), aidés par un fidèle serviteur, qui possèdent de vastes demeures abritant une grotte secrète et ne recourent presque jamais aux armes à feu. En décidant de changer ce film visionné par la famille Wayne juste avant la terrible tragédie de Crime Alley, Excalibur en l’occurrence, Snyder donne une toute autre facette à son héros (c'est également une manière d'annoncer la conclusion funeste du film ; où il sera à nouveau question de funérailles). Ce récit narre donc l’histoire mythologique d’un orphelin promis à un grand destin, mais dont l’ampleur de la tâche à accomplir paraît si insurmontable qu’elle tourne rapidement à l’obsession maladive (comme le fameux "Rosebud" de Citizen Kane dont l'introduction fait ici largement référence). Ici, le Batman de Snyder a l’âge qu’avait celui de Nolan à la fin de sa trilogie. Mais il n’en demeure pas moins très différent. Alors que celui incarné par Christian Bale avait finalement achevé sa mission, celui de  Ben Affleck est comme prisonnier de cette quête du Graal impossible qui l’enferme peu à peu dans un nihilisme autodestructeur. Après tant d’années à combattre le crime, tant d’années de souffrance (Robin a succombé au Joker, son Manoir est en ruines), ce Batman vieillissant est plus sombre et désillusionné que jamais : « vingt ans dans Gotham… combien de gens bien restent-ils ? ». Les gens ne l’intéressent plus (sa seule conquête est filmée de dos, le visage caché). Il semble perdu (à l’instar de ce cheval égaré dans la brume évoquant là encore le film de Boorman). Le Chevalier Noir est dévasté par un terrible sentiment d’impuissance (on le voit être totalement dépassé par les évènements lors de la destruction de Metropolis). Le costume ne lui permet pas d’évacuer toute cette fureur accumulée. Pas plus que les femmes, l’alcool (Alfred s’inquiète d’ailleurs de l’état de la cave), ou même les drogues (un rapide plan de l’Ultimate Cut le voit s’enfiler une poignée de médocs). Impuissant lui aussi, Alfred assiste à cette lente déchéance de Maître Bruce : « ainsi s’effondre la maison Wayne ».

 

Superman v Batman - L'Aube de la Justice
 

My world doesn't exist anymore.

Vingt ans de combat contre les criminels n’ont absolument pas exorcisé les démons de celui qui est déjà trop vieux pour mourir jeune. « Et ce n’est pas faute d’essayer » ironise un Jeremy Irons parfait dans le rôle de cet Alfred désabusé, mais n’ayant en rien perdu de son humour mordant. Pour incarner cette version amère et torturée du Chevalier Noir, dont l’inspiration première est évidemment The Dark Knight Returns de Frank Miller, j’avais imaginé une sorte de Keanu Reeves sombre à la John Wick. Mais de toute évidence, Ben Affleck était le choix judicieux à faire. L’acteur apporte intensité et carrure à son personnage. Impeccable autant sous le costume de Batman, que dans la peau de Bruce Wayne ; là où Keaton et Bale se montraient plus inégaux. D’ailleurs, ça me fait penser à toute cette polémique en mousse concernant le fait que Batman ne tue pas. Première nouvelle. J’imagine que ceux qui reproche cet aspect à Snyder en faisait de même avec Burton vu qu’on le voyait clairement exploser des vilains à la bombe, les brûler vifs, les mitrailler avec le Batplane ou encore les jeter dans le vide (notamment le Joker) ; et parfois même en arborant un sourire narquois. Cela dit, en montrant Bruce Wayne brûler un sanctuaire complet de ninjas (avec ses occupants) dès l’introduction de Batman Begins, Nolan ne semblait guère se soucier aussi de cette injonction des fans. D’ailleurs, Batman cherche moins à tuer ses ennemis qu’à les empêcher de nuire. Ainsi, lorsque l’homme de main de Luthor est tué, c’est davantage par négligence que par choix (il aurait pu lui tirer une balle dans la tête au pire). La mort n’est ici que le dommage collatéral de son action pour éviter la mort de Martha Kent. C’est d’ailleurs moins le fait de tuer que de causer la mort de milliers d’innocents qui provoque la colère de Batman contre Superman. Ce dernier a fauté par manque d’expérience, mais ce n’est pas un tueur sanguinaire. De son côté, le Chevalier Noir a vécu bien trop d’expériences, et notamment avec les « monstres déguisés en clowns ». Il fait évidemment référence au Joker ici, l’assassin présumé de son acolyte Robin ; une mort de plus qu’il porte comme un fardeau sur ses épaules, et dont il se sent éminemment responsable. Bien sûr qu’il se trompe complètement en transformant sa colère en haine contre Superman ; mais les hommes sont ainsi faits, imparfaits.

 

This is my legacy.

Bruce Wayne incarne ici l’humain dans toute sa faillibilité. Il craint donc logiquement ce Superman bien trop puissant pour être contenu si jamais il lui prenait l’envie saugrenue de s’en prendre aux hommes. Batman est hanté par cette angoissante possibilité ; un cauchemar apocalyptique où Superman serait devenu un effroyable tyran anéantissant froidement toute résistance, et que nul ne pourrait arrêter. Pas même Batman. D’une beauté visuelle à couper le souffle (la photographie de Larry Fong est à tomber), cet étrange délire steampunk évoquant Mad Max et Sucker Punch suggère l’hypothétique évolution de la saga vers l’arc Injustice : Gods Among Us ; durant lequel Superman avait complètement basculé suite à la mort de l’être aimé. Un futur cauchemardesque que semble aussi confirmer l’apparition éclair de Flash : « Loïs Lane, c’est la clé ». Plus encore que le "S " sur sa poitrine, Loïs symbolise effectivement l’espoir pour Clark. La rédemption pour une conscience meurtrie par le poids de la culpabilité. Comme le fut Martha aux yeux de Jonathan Kent, explique-t-il à son fils. Longtemps hanté par les hennissements de ces chevaux dont il provoqua malencontreusement la mort, le père de Clark ne put ainsi retrouver la sérénité qu'en rencontrant sa mère. Bien que le nouveau montage fasse apparaître plus nettement le contraste existant entre les deux superhéros, leur quête intérieure et leurs doutes ne semblent pas si éloignés. C’est ainsi que, malgré l’ampleur de ses pouvoirs, l’Homme d’acier se laisse à son tour envahir par un sentiment d’impuissance devant tant d’injustice et de souffrance.  « Personne ne reste bon en ce monde » lâchera-t-il d’ailleurs ; comme si l’espoir candide qu’il portait en lui jusque-là avait à présent cédé sa place à la désillusion ombrageuse du Chevalier Noir. A contrario, Batman va progressivement retrouver la foi au contact de Superman. La profonde humanité qu’il va découvrir chez le kryptonien lui redonne un espoir trop longtemps étouffé par la peur. « Le bien est toujours en nous » finira-t-il par déclarer ; comme pour répondre aux doutes du Kryptonien. À l’instar de la maléfique Fée Morgane, Luthor usera ici de bien des tromperies pour diviser ces valeureux guerriers. Mais ces héritiers contemporains d’Arthur et Lancelot parviendront eux-aussi à surmonter leurs divergences pour combattre, ensemble, un plus grand mal. Leurs points de vue sur la manière de faire ont beau s’opposer, Batman et Superman partagent ce même désir impératif de protéger l’humanité : « il y va de l’avenir du monde ».

 

Superman v Batman - L'Aube de la Justice

 

It's time you learned what it means to be a man.

Chacun à leur façon, Batman et Superman veillent sur le monde. Ils cherchent tous deux à réparer les injustices du passé et préserver la vie des innocents ; et à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’êtres chers. Dès Man Of Steel, Snyder développe l’importance du lien maternel pour Superman. S’il ne put profiter de sa véritable mère kryptonienne, il bénéficia de l’amour réconfortant de sa mère d’adoption. Après la disparition tragique de Jonathan Kent, Martha prend une place encore plus précieuse pour Clark. Il ne veut pas la perdre, elle non plus. C’est pourquoi il réagit aussi violemment lorsque Zod s’en prend à elle. Bien avant que la kryptonite n’apparaisse dans le récit, on découvre que la première véritable faille de Kal-El est ce sentiment très humain appelé "amour ". Un ajout de l’Ultimate Edition le montre d’ailleurs appeler sa mère en pleine nuit, tel un enfant cherchant réconfort, après avoir écouté différents débats télévisés critiquant son action. « La dame de cœur d’un petit garçon, c’est sa mère » déclarera d’ailleurs Lex, qui a très bien compris comment affaiblir le Surhomme juste avant son combat contre le Bat-Justicier. Lorsque Superman se rend à Gotham, il est effectivement psychologiquement très diminué. Luthor vient de menacer Loïs, et c’est précisément parce que sa mère est en danger qu’il se retrouve contraint d’affronter le Chevalier Noir. Et voilà comment, quelques astuces et un soupçon de kryptonite plus tard (qui vont alors l’affaiblir physiquement), un être aux pouvoirs divins perd contre un simple mortel rusé. À ce moment précis, Batman ne considère d’ailleurs même pas son adversaire comme un homme « tu n’as jamais été un dieu, tu n’as même jamais été un homme ». Ainsi envisage-t-il sérieusement de l’achever sans passer par quatre chemins, contrairement à ces sales types – mais humains – qu’il ne tue jamais directement. Je comprends que cette attitude puisse choquer, mais je l’ai trouvé parfaitement cohérente avec le passif de ce Batman. Ce que je saisis moins, c’est la réaction de certains spectateurs lorsque Bruce décide finalement de ne pas tuer Superman. C’est à se demander parfois si le public n’a désormais pas un peu trop l’habitude d’être pris par la main ; au point de ne même plus être capable de comprendre ce qu’il regarde avec un minimum de recul. Car affirmons-le tout de suite : non, ce n’est pas juste parce que leurs mères ont le même prénom que Batman décide soudainement de changer d’avis sur Superman.

 

Martha won't die tonight.

Zack Snyder et ses scénaristes (Chris Terrio et David S. Goyer) ne sont quand même pas stupides au point de ruiner le gros climax du film ainsi. J’en veux pour preuve le découpage de la dite-scène. Lorsque Superman lâche le fameux « Martha », Batman suspend effectivement son geste ; mais il ne dépose pas les armes pour autant. Les yeux révulsés de rage, Bruce ordonne alors au Kryptonien de lui dire pourquoi il a prononcé ce prénom. Pour quelqu’un présenté dès le début comme un être rongé par la mort de ses parents, un homme n’étant jamais parvenu à exorciser ses démons, le fils d’un père agonisant dont le dernier souffle fut pour sa mère, il est tout à fait logique qu’il réagisse violemment à ce prénom symbolisant son désespoir depuis tant d’années et qu’il désire en savoir plus. À ce moment précis, Batman a pourtant toujours son pied sur la gorge de Superman et s’apprête même à le transpercer avec sa lance. Ce n’est que lorsque Loïs s’interpose pour sauver Clark qu’il décide finalement de renoncer à son geste. Alors qu’il n’avait jusqu’à présent vu en Superman qu’une menace extraterrestre à éliminer, il constate alors que celui-ci a une fiancée amoureuse et une mère qu’il veut juste protéger. L’humanité de Clark lui saute alors en pleine face. Bruce comprend alors qu’il était sur le point de tuer un être doté d’amour. Batman était soudainement devenu le monstre, et Superman l’humain. C’est donc bien à travers leur humanité commune – mise en évidence par l’intervention de Loïs – qu’ils finissent par s’unir. Alors que vingt années de violence contre le crime n’étaient jamais parvenues à apaiser sa colère, il retrouve enfin foi en ce monde grâce à Superman ; la "peur " a laissé place à l’ "espoir " (vous savez, le fameux "S " sur la poitrine). Batman ne sera plus jamais le même après cette rencontre ; il décidera d’ailleurs de ne finalement pas marquer Luthor (merveilleuse ultime réplique ajoutée aussi qui fera sourire plus d'un fan du Chevalier Noir). Une symbolique puissante qui aura visiblement échappé aux spectateurs cyniques un peu trop pressés de faire des vannes sur les réseaux sociaux au lieu de réfléchir posément à la proposition sincère d’un cinéaste. Surtout que, honnêtement, qui avait déjà fait le rapprochement entre les prénoms des deux mères ? Je ne prétends pas avoir la science infuse, mais j’ai regardé beaucoup de films et séries sur Batman et Superman, un grand nombre de comics aussi, et étrangement personne n’avait jamais pensé à exploiter cette incroyable coïncidence.

 

Superman v Batman - L'Aube de la Justice

 

I've killed things from other worlds before.

Au lieu de saluer l’ingéniosité de Snyder et son équipe pour avoir pointé cette évidence géniale que personne n’avait vue, les gens ont donc préféré tourner ce passage en dérision. Soit. Il y avait pourtant des choses bien plus contestables que ce fameux « Martha » dans le film. Sans que cela ne me gâche le visionnage, j’ai quand même bien plus tiqué lorsque les employés de Wayne Entreprises attendent sagement l’appel du patron pour se barrer d’une véritable zone de guerre, ou devant l’incongruité de ce plan final du cercueil à la Inception qui flingue toute l’intensité dramatique du dernier acte (une scène très courte heureusement). L'ajout du flashback sur les parents Wayne lorsque Superman prononce « Martha » n'était peut-être pas nécessaire aussi. Snyder n’avait pas besoin ici de prendre le spectateur par la main. Ça alourdit un peu inutilement l’impact de cette séquence. Enfin bon, cela ne valait pas non plus toutes ces blagues lourdes sur le sujet. D’autant plus que cette ficelle scénaristique n’est pas plus ridicule que le « il a tué ma mère ! » de Tony Stark dans Civil War digne du « t’as tué mon frère à Gsdaat ! » dans OSS 177 – pour expliquer sa rancœur définitive contre le pote de Captain America (à croire que certains ont la carte d’immunité aux yeux du public). Pour ma part, je félicite sincèrement l’audace de Zack Snyder pour le traitement de ces personnages auxquels il aura su apporter une véritable vision personnelle, et développer des thématiques qui ont toujours émaillées son cinéma : quête initiatique du héros déchu et figure paternelle (L’Armée des morts, Watchmen, Le Royaume de Ga’Hoole, Man Of Steel), ou encore rapport à la foi (Watchmen, Ga’Hoole, Sucker Punch, Man Of Steel). Et je le remercie surtout pour ce Batman-là. Car c’est bien la première qu’on a le sentiment qu’il sait vraiment se battre ! Ce que n'avait réussi à faire ni Burton, ni Nolan (sans parler de Schumacher, moins crédible que la version avec Adam West). En fait, hormis dans la série d'animation de Bruce Timm et les jeux-vidéos Batman Arkham (dont Snyder s'inspire grandement), on avait jamais vu ça sur un écran. Comme toujours chez Snyder, les scènes d’action sont stylisées à la manière d’un étourdissant opéra baroque, et ça le fait grave. D’autant que la bande originale composée par Hans Zimmer et Junkie XL fait ici des merveilles. Le thème de Batman est mélancolique à souhait, celui de Luthor tout simplement magistral, et le riff de guitare qui annonce Wonder Woman galvanisant comme jamais.

 

Just a feeling.

Enrichi de personnages et d’intrigues plus approfondis, cet Ultimate Edition renouvelle complètement le plaisir de visionnage du long-métrage de Zack Snyder (au point de déprécier le souvenir de la version cinéma). La vision initiale du cinéaste est enfin respectée. Le montage se montre aussi bien plus fluide. Et les deux premiers tiers du film se trouvent complètement transcendés par les nouveaux développements apportés ; permettant ainsi au dernier acte d’arriver de façon beaucoup moins abrupte. La partie avec Doomsday reste similaire à celle vue en salle, chacun appréciera. Mais on aura tout de même rarement vu une telle démonstration de puissance à l’écran ; et l’arrivée tonitruante de Wonder Woman s’avère toujours aussi jubilatoire. Pour le coup, Gal Gadot se révèle être – en dépit de tout mon scepticisme initial (j’espérais Eva Green) – l’idée de casting qu’il fallait avoir. Aussi sublime que foutrement badass, elle rend magnifiquement honneur à cette guerrière inspirée de la mythologie grecque (si chère à Snyder depuis 300). Elle trouve complètement sa place dans cette Sainte-Trinité aux côtés de Ben Affleck (définitivement né pour le rôle) et Henry Cavill (dont le Superman tragique s’avère plus attachant que jamais). Ce Batman v Supermanà la fois séquelle de Man Of Steel et reboot de Batman – devenu en cours de tournage Dawn of Justiceavec tout ce que ça implique pour accoucher d’un univers entier cohérent – était un pari pour le moins ambitieux. Peut-être même un peu trop (imaginez un seul instant Avengers lancé juste après le premier Iron Man !). Mais rien n’est impossible pour un auteur aussi fou et enthousiaste que Snyder. Bien sûr, un tel visionnaire a besoin de place. C’est bien pour cela que les versions longues de ses films ne sont jamais de trop pour rendre hommage à la densité de son travail (c’était déjà le cas de Watchmen et Sucker Punch). En même temps, on ne va quand même pas reprocher à Snyder de faire… du Snyder. Et c’est bien la plus grande force de ce film que d’être une vraie proposition de cinéma qui dénote dans cet univers de blockbusters préformatés. Un cinéma ambitieux et audacieux, qui demande une certaine exigence auprès d’un public s’étant accoutumé à des divertissements moins prises de têtes. « Mais vous êtes un psychopathe » Monsieur Snyder !? Et Zack de répondre : « mot de trois syllabes qualifiant de trop grandes idées pour un esprit trop étroit ». Avec le temps, Batman v Superman gagnera la place qui lui revient de droit au panthéon des grandes réussites du genre...

 

Liens pour aller plus loin : 

Les références visuelles dans Batman v Superman

Allusions et références dans Batman v Superman

La bataille de Metropolis ; comparatif Man Of Steel / Batman v Superman

 

Films de Zack Snyder chroniqués ici :  L'Armée des morts ; Batman v Superman - L'Aube de la Justice
 
Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Published by Shin
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commentaires

ann 17/08/2016 20:58

J'aime cette partie. Les effets spéciaux sont excellents. L'intrigue est un peu résumé. ibre, vous pouvez le voir ici http://fullstream.co/162-batman-v-superman-laube-de-la-justice-2016-vf-01.html

Mr Vladdy 07/08/2016 18:37

Et bien, pour un retour dans la blogosphère, tu ne fais pas semblant ^^ Comme tu le sais, j'avais bien aimé la version ciné et je suis d'accord avec toi que cette version longue est bien meilleure. C'est d'ailleurs assez frustrant de devoir découvrir le film ainsi en Bluray et non au cinoche (comme ça sera très certainement le cas pour "Suicide Squad"). Bon après en version longue je ne vais pas mettre la note maximale car je trouve le début toujours un peu poussif et le style Snyder ne me parle pas toujours mais ce montage corrige pas mal de choses :-)

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