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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

À propos du rachat de la Fox par Disney

C’est désormais officiel.

Disney l’a annoncé ce jour sur son site. Moyennant 52,4 milliards de dollars, les studios de cinéma et de télévision de la Fox intègrent donc la firme aux grandes oreilles ; actant de ce fait la fin d’une ère à Hollywood : celle des "Big Six".

Source : The Walt Disney Company To Acquire Twenty-First Century Fox

Disney Fox

« Tu ne peux pas empêcher que tout change, pas plus qu'on ne peut empêcher les soleils de se coucher. »

Pour le fan de super-héros que je suis, la nouvelle est absolument terrifiante. Car, si j’avais grandement apprécié les films proposés jusqu’au milieu de la phase 2 (Iron Man, Captain America : First Avenger, Winter Soldier, Avengers ou encore Les Gardiens de la Galaxie restent des films que je continue à beaucoup aimer), le Marvel Cinematic Universe m’ennuie quand même passablement depuis Avengers : L'Ère d'Ultron. Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas tant que ces longs-métrages soient foncièrement mauvais en soi. Malgré l’immense gâchis Civil War, je les trouve même plutôt divertissants. En fait, je regrette seulement qu’ils manquent autant de personnalité – ternes spectacles insipides sacrifiés à l’autel du "fun" qui s’enchaînent comme autant d’épisodes standardisés d’une grosse série friquée – et surtout qu’ils s’oublient aussi vite – à l'instar de ces burgers de fast-food qui font bien plaisir sur le coup, mais ne rassasient pas complètement (disons surtout que ça cale pour résumer), et jamais très longtemps (la faim revenant très vite comme si l'estomac lui-même "oubliait" qu'il avait déjà mangé). Peu importe d'ailleurs, qu'il s'agisse de McDonald's ou Marvel/Disney : à partir du moment où il sait d'avance à quoi s'attendre, et quand bien même le produit proposé ne serait pas extraordinaire, l'amateur est rarement déçu. Tant qu'il peut consommer à l'envi ces produits (qu'il connaît déjà par cœur mais qu'il adore), tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ceci étant dit, aussi inoffensifs, impersonnels et interchangeables soient les films du MCU, ils sont tout aussi légitimes que les propositions plus audacieuses de la concurrence. Et leur indéniable succès commercial prouve aussi que la méthode "copier/coller" employée par Kevin Feige est d'une efficacité redoutable. Qu'importe si cela implique que le Dr Strange soit une décalque de Tony Star, que Spider-Man ne puisse exister sans la bénédiction de Iron Man, ou que la bande de Thor pastiche les Gardiens de la Galaxie pour enfin cartonner, le box-office est sans appel : les spectateurs se ruent en masse dans les salles obscures pour découvrir les productions du MCU ; y compris moi. Ce qui m'inquiète en fait, ce n'est pas tant que Disney continue à proposer des films pré-calibrés pour plaire à son public, mais plutôt ce que le rachat de la Fox par Disney risque d'impliquer en terme de diversité créative et artistique. Malgré ses errements (notamment sur la franchise 4 Fantastiques qui sera sûrement mieux gérée par Disney), la Fox tentait malgré tout de proposer un spectacle différent avec ses productions R-Rated. Difficile d'imaginer revoir demain un Logan aussi radical ou un Deadpool aussi indécent dans l'univers familial et policé du MCU. Il y a ainsi fort à parier que les X-Men et Deadpool soient rebootés comme le fut Spider-Man au moment d'intégrer le MCU, afin de se fondre dans la masse. Et vu que les patrons de Warner semblent avoir abandonné leur politique favorisant les auteurs pour faire du DC à la sauce Marvel (une aberration en soi qui montrent surtout à quel point Kevin Tsujihara et sa clique sont à la ramasse), on risque fort de se retrouver avec une seule proposition de super-héros au cinéma : MCU (version originale ou contrefaçons). Ce qui est d'une tristesse absolue pour tout fan de super-héros.

Batman Superman Captain America Iron Man

« Ainsi s'éteint la diversité sous une pluie d'applaudissements... »

Certains me rétorqueront – à juste titre – que Disney peut aussi faire du sombre et du plus mature ; comme le prouvent d'ailleurs des séries comme DareDevil ou The Punisher. Et c'est vrai. Mais s'ils appartiennent de facto au MCU, ces personnages plus extrêmes (ou disons moins lisses) trouveront difficilement leur place à côté d'un Thor ou d'un Groot (si tant est qu'ils soient un jour véritablement exploités sur grand écran). Et je suis pourtant le premier ravi que ces séries existent. Pour l'instant du moins ; étant donné que la mise en place prochaine d'une plateforme de streaming Disney pour concurrencer Netflix – un enjeu certainement plus important pour la firme que le rachat de la franchise mutante – risque de fortement changer la donne encore. À partir de 2019, Netflix ne pourra effectivement plus diffuser les films, séries et dessins animés Disney, mais désormais aussi celles de la Fox. Selon le Financial Times, 20% des contenus les plus populaires de Netflix sont estampillés Disney ou Fox ; ce qui fait de ce nouveau bulldozer de l'entertainment le deuxième plus gros fournisseur en contenus de la plateforme (derrière la chaîne CBS, mais devant Netflix lui-même !). Avec ce rachat, Disney devient aussi actionnaire majoritaire du service de vidéo à la demande Hulu ; donnant à son offre de streaming à venir une force de frappe colossale avec son catalogue exclusif de séries à donner le vertige : Daredevil, Jessica Jones, Iron Fist, Luke Cage, The Punisher, Star Wars Rebels, mais aussi Les Simpsons, Les Griffin, American Dad, Futurama, X-Files, 24, Bones, Prison Break, New Girl, Brooklyn Nine Nine, Dr House, FringeArrested Development, That '70s Show, Malcolm, ou encore The Handmaid's Tale. Ironiquement aussi, la série Gotham, basés sur des héros DC Comics, devrait donc également atterrir chez Disney.

L'objectif est clair : atomiser la concurrence ; à commencer par Netflix (avec également le géant Amazon dans le collimateur). D'autant, que outre ce choix hallucinant de séries, la firme aux grandes oreilles pourra également compter sur un catalogue de franchises cinématographiques exclusives défiant toute concurrence (l'offre de longs-métrages Netflix n'ayant jamais été leur point fort) : Marvel (avec les nouveaux venus X-Men et Deadpool), Star Wars, Indiana Jones, Pirates des Caraïbes, Le Monde de Narnia, Les Muppets, et donc aussi désormais Avatar, La Planète des Singes, Alien, Predator, Die Hard, ou encore Kingsman. Suite à l'acquisition de Pixar, Marvel Studios et Lucasfilm, la position de Disney était déjà largement dominante dans l'industrie cinématographique.  En 2016, sa part de marché sur le continent américain était de 26,09 % ; les autres majors du fameux "Big Six" se partageant respectivement 16,86 % pour Warner, 12,92 % pour la Fox, 12,50 % pour Universal, 8,07 % pour Sony et 7,50 % pour Paramount. Si les parts de marché restent similaires en 2018 (elle pourrait même être encore plus avantageuse pour Disney), cela signifierait que le poids de Disney seul équivaudrait quasiment à celui des quatre autres principales majors américaines restantes réunies. Un constat qui parait insensé : la firme aux grandes oreilles occuperaient donc a minima la moitié du marché des blockbusters. D'autant que, étant donné la fragilité actuelle de son principal concurrent (Warner) et la frilosité des autres (Sony ayant ainsi préféré dealer les droits de son Spider-Man plutôt que de s'opposer frontalement à la souris géante), cela soulève de sérieuses interrogations quant à l'avenir du divertissement de masse. Qui pourra à présent, et sérieusement, faire face au mastodonte Disney ?

Disney Simpsons

« Aucune limite à mon pouvoir ! »

Dans  le secteur de l'animation, Disney n'aura d'ailleurs plus tellement de concurrence sérieuse à partir de maintenant. Outre ses productions maison à succès (La Reine des Neiges, ZootopieVaiana, Frankenweenie...), la firme de Bob Iger pouvait déjà également compter sur celles de Pixar (Toy Story, Les Indestructibles, Vice-Versa, Coco...), mais aussi du Studio Ghibli (Princesse Mononoke, Le Voyage de Chihiro, Conte de la Princesse Kaguya, La Tortue Rouge...) dont ils ont l'exclusivité des droits de distribution à l'étranger. Avec le rachat des studios de cinéma et de télévision appartenant à la Fox, Disney récupère ainsi des films de Don Bluth (Anastasia, Titan A.E.), mais surtout de Blue Sky Studios (L'Âge de glace, Robots, Rio, Ferdinand...) et la distribution des films d'animation de Dreamworks Animation (Shrek, Dragons, Kung-Fu Panda, Madagascar, Les CroodsLes Trolls, Baby Boss...). En intégrant purement et simplement ses principaux concurrents dans le domaine de l'animation, Disney se place clairement en situation de quasi monopole sur le secteur. Sachant que l'autorité de la concurrence américaine s'est récemment opposé au rachat (pour 85,4 milliards de dollars) du groupe de médias et de cinéma Time Warner par l’opérateur de téléphonie mobile AT&T, au motif que cela "affaiblirait la concurrence" au détriment du consommateur, je me demande bien si le département de la Justice pourra raisonnablement laisser ce deal entre Disney et la Fox s'opérer sans encombre ; compte-tenu des répercussions monumentales que cela aura sur l'industrie du divertissement. Si j'étais taquin, je dirais que Donald Trump est sans doute un peu plus arrangeant avec le patron de Fox News qu'avec celui de CNN, mais ça serait vraiment pour faire du mauvais esprit... ^^

Tout ceci ne sont évidemment que conjectures et vastes suppositions de ma part, mais je continue néanmoins à fortement me questionner sur ce que tout cela va pouvoir impliquer. Je ne suis absolument pas opposé à Disney. Si je me suis amusé à détourner certaines citations de Star Wars pour illustrer ce texte, c'est d'ailleurs moins par ironie que par mon attachement véritable à l'univers initié par George Lucas. Et si je n'ai pas encore vu l'Episode VIII au moment où j'écris ses quelques lignes, sachez que j'ai très hâte d'aller le découvrir en salles ce week-end. Et si je me réjouis sincèrement du fait qu'on aura peut-être enfin droit aux versions originales non retouchées des épisodes IV, V et VI, je soupire déjà aussi en constatant que – et peut-être jusqu'à la fin des temps – le mois de décembre appartiendra aux jedi de Disney. Et si j'ai également hâte de découvrir les nouvelles travailles de Pixar, l'évolution que pourra prendre Marvel ou encore la prochaine claque cinématographique de James Cameron, je ne peux pas m'empêcher non plus de m'interroger quand même par rapport à tout ça (je conviens que tout ceci est particulièrement schizophrénique). Peut-être que ma vision à la Cassandre est ridicule, et peut-être même que mes plus grosses craintes ne se réaliseront jamais : qu'il s'agisse de la position dominante de Disney dans le cinéma mondial (d'ores et déjà effective dans le secteur de l'animation), de sa place à venir dans l'industrie du streaming vidéo (à mon avis son principal cheval de bataille à venir), ou des risques potentiels que cela pourrait représenter (ou non) pour la diversité créative et artistique (et si la concurrence pourra/saura y faire face ; et surtout quelle concurrence ?). Je n'en sais absolument rien pour être totalement honnête. Nul doute que l'avenir répondra (très) prochainement à toutes ces interrogations (mais tout cela dépasse de très loin déjà le trivial « Trop cool ! Wolverine sera dans les Avengers !! »). Bref, comme j'ai coutume de dire : wait and see
 

EDIT du 15.12.2017 :

Je suis tombé sur cette déclaration de James Mangold (le réalisateur du formidable Logan) qui semble partager les mêmes craintes que moi : « S'ils font ce qu'ils sont censés faire, pour moi c'est triste, parce que cela veut tout simplement dire moins de films. J'espère juste que la situation à laquelle cela va aboutir sera positive pour les films. (...) Ce qu'il se passe en coulisses quand vous faites un film rated R, c'est que le studio doit s'adapter au fait qu'il n'y aura pas de Happy Meals. Il n'y aura pas de figurines. Tous les produits dérivés et le merchandising, qui font que les films pour enfants sont doublement rentables, tout cela est mort avant même d'avoir commencé. Et quand c'est mort, cela veut dire que vous faites un film pour adulte. Mais du coup, vous ne subissez plus la pression de la part du studio sur comment un enfant de 12 ans va réagir, pas seulement à la violence ou au langage, mais aussi au rythme ou si ce dont parlent les personnages va l'intéresser. On a tellement intégré maintenant l'idée que ces films ne sont pas des histoires, mais des supports de merchandising. On ne peut plus tuer les personnages parce qu'ils valent une putain de somme.»

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dasola 18/12/2017 22:44

Bonsoir Shin, j'ai appris aussi la nouvelle et cela me laisse perplexe. Je ne suis pas sûre que cela soit une bonne nouvelle. Bonne soirée.