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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

8 Mile

8mile-curtishanson.jpgRéalisé par Curtis Hanson, sorti le 26 février 2003

Avec Eminem, Kim Basinger, Mekhi Phifer, Brittany Murphy, Eugene Byrd ...

"Detroit, 1995. Jimmy Smith Jr. (Eminem) est un jeune garçon qui a des rêves plein la tête ; mais il lui manque encore les mots pour les exprimer. Sa vie d'adolescent se déroule entre banlieue blanche et quartiers noirs, le long de cette ligne de démarcation que l'on nomme 8 Mile Road. En dépit de tous ses efforts, Jimmy n'a jamais franchi cette barrière symbolique et continue d'accumuler les déboires familiaux (famille morcelée, mère alcoolique, beau-père insupportable et une petite soeur qui représente son seul point d'attache), professionnels (il accumule les petits boulots insignifiants dans des usines crasseuses) et sentimentaux (il accumule aussi les aventures sans lendemain). Un jour, il participe à une battle - une joute oratoire de rappeurs - où il doit faire face à Papa Doc, le chef de la bande des " Leaders du Monde Libre ". Paralysé par le trac, il reste muet et doit quitter la scène sous les huées de la foule. Cette nouvelle humiliation l'oblige à un salutaire examen de conscience. Quelques jours plus tard, et après que certains évènements lui ait ouvert les yeux sur le monde qui l'entoure et sur ces capacités à s'en sortir, Jimmy se retrouve forcé de tenter un come-back. Ce soir-là, c'est sa vie dans le quartier qui va être bouleversée à jamais. Il ne s'en remettra pas, son quartier non plus..."




Mon avis http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif L'image “http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_bof.gif?t=1201078413” ne peut être affichée car elle contient des erreurs. http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif




Après avoir conquis (de façon très polèmique - c'est le moins que l'on puisse dire...) le monde de la musique, Eminem s’attaque à Hollywood. L'expérience a été un moment intense pour le jeune rappeur et, selon ses propres dires, il n'est pas prêt de jouer à nouveau dans un film (j'entends d'ici certaines langues dire "tant mieux"). Mais, contrairement à ce que l'on aurait pu croire avec la présence d'un Eminem à la réputation sulfureuse et le cadre "hip-hop" (souvent racoleur) du film, 8 Mile n'est pas un film qui se vautre dans les clichés du genre. Son réalisateur, le talentueux Curtis Hanson (déjà acclamé pour l'oscarisé à raison L.A. Confidential), a une nouvelle fois montré l'étendue de son talent et sa non-complaisance à se borner aux images stéréotypées que l'on a l'habitude de voir dans les films parlant de "banlieue" propres au cinéma américain classique.

Eminem se révèle quant à lui être la vraie surprise du film tant ses talents d'acteurs indéniables lui insoufflent un charisme incroyable qui donne une certaine profondeur au film. D'autant plus que l'on sent bien qu'il y a du vécu dans les évènements que montrent le film ; car même si Eminem affirme qu'il ne s'agit en aucun cas de sa biographie, on ne peut s'empêcher de penser malgré tout qu'une part autobiographique non négligeable a servi de support au film. Et on se prend petit à petit à oublier à la star planétaire Eminem pour s'attacher à ce Jimmy Smith Jr., cet alter-ego qu'il incarne (avec une grande justesse). Réussi, le film l'est indubitablement. Et pourtant, comme je le mentionne un peu plus haut, on aurait pu craindre le pire. Les derniers films, soi-disant "biographiques sans l'être vraiment" des chanteuses Britney Spears (Crossroad, qui s'en souvient ?) et Mariah Carey (Glitter, qui en a entendu parler ?) n'avaient rien d'encourageant ; Et Réussir ou mourir n'existait pas encore pour qu'on en face une comparaison plus appropriée. On aurait pu craindre que 8 Mile se complaise dans une "success story" comme les américains savent si bien les faire, ou au pire à une énième version du film de "banlieue". Simplement, Curtis Hanson est un réalisateur suffisamment malin pour ne pas gâcher ainsi son film. 8 Mile suit donc une semaine de la vie de Jimmy Smith Jr. Une semaine pas comme les autres puisque le personnage s’y trouve à un carrefour de sa jeune existence. Jimmy est arrivé à un point de sa vie où il est tiraillé de tous les côtés. Il est ainsi partagé entre sa petite amie qu’il vient de quitter et Alex (Brittany Murphy) avec qui il fait connaissance ; entre son désir de partir d'ici et ses besoins immédiats qui l’amènent à revenir au foyer familial ; entre son travail à l’usine et sa passion pour la musique ; entre l’idée de poursuivre une carrière solo et le groupe qu’il forme avec ses amis. Tout ses élements se mélangent dans la narration autant que dans la vie de Jimmy. Tout est devenu confus dans la tête de ce jeune habitant d’un taudis de Detroit. Le film suit alors la manière dont le personnage va devoir affronter toutes ses contradictions avant de pouvoir s'affirmer et d'affirmer qui il est vraiment.

La première scène du film nous montre Jimmy qui affronte seul son image dans le miroir d’un club. Seul face à lui-même, il se prépare à une "battle" (entre rappeurs) qui pourrait lancer sa carrière. Immédiatement, le décor est posé, notre personnage n’a rien d’un héros. Intrus blanc au milieu d’une salle entièrement composée de jeunes d’origine afro-américaine, il est refoulé par le vigile, écrasé par la pression et finit même par se vomir dessus. Chambré par l’ensemble de la foule, il se dégonfle et quitte la scène sans chanter. Il n’est pas encore prêt à faire face au défi qui lui est posé. Ce réalisateur malicieux qu'est Curtis Hanson joue ici habillement avec les nerfs des nombreux spectateurs venu aussi pour entendre les prestations vocales d’Eminem. Cet effet frustrant d'attente donne un caractère particulièrement jubilatoire aux épreuves suivantes, et notamment au final du film où Jimmy devra revenir dans ce même club défier son principal rival (qui l’a par ailleurs provoqué à plusieurs reprises les jours précédents, la vengeance n'en sera douc que plus jouissive). Ces deux joutes verbales tournées caméra à l’épaule par Curtis Hanson sont le cœur de 8 Mile. Elles fonctionnent comme un compte à rebours auquel est soumis le temps du film. Ce geste manqué devra être réparé...


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On dit qu'les blancs n'savent pas rapper, mais c'est faux...

Comme je le soulignais, Curtis Hanson n'essaie pas ici de nous monter les clichés que l'on a coutume de voir, mais tente de filmer les quartiers de Detroit comme ils le sont réellement. Autrefois ville prospère, Detroit est aujourd'hui en proie à la crise industrielle. La caméra s’attarde sur les murs sales de la ville, les taudis, la pauvreté. Jimmy Smith vit lui-même dans une caravane avec sa mère (surprenante Kim Basinger). Le titre même de 8 Mile est une référence directe à 8 Mile Road, une frontière imaginaire et rigide entre la ville de Détroit et la banlieue, entre le territoire des blancs et celui des noirs. Les personnages ont de ce fait développé un caractère très ambigü avec leur environnement. S’ils revendiquent fortement d’où ils viennent, ils n’hésitent pas à dégrader leur quartier comme dans la scène du tir en voiture (triste réalité d'une jeunesse déboussolée et dans l'écho résonnent lourdement aussi de ce côté de l'Atlantique). Certains rêvent même fortement de partir de cet endroit qui n'a effectivement rien d'accueillant... Les habitants de ce quartier semblent prisonniers de leur misère économique et bloqué par une absence réelle de perspectives d’évolution. La mère de Jimmy Smith est menacée d’expulsion, obligeant ce dernier à travailler en usine pour assumer une partie des frais. Cette pression joue de manière très forte sur les liens qui se tissent entre les individus de cette petite communauté. Les relations familiales, amicales et amoureuses développées dans le film existent toutes sous le signe de la précarité. Tout peut exploser à n’importe quel moment. Le besoin de s'identifier à un groupe semble être le seul échappatoire pour tous jeunes qui ne savent pas trop réellement où ils vont. Ce groupe est une manière pour eux de se dégager de toutes leurs contradictions. Ainsi une scène du film nous montre la joie mélée d'un désespoir que l'on devine enfouit lorsque les jeunes mettent le feu à une vieille baraque...

Curtis Hanson ne fait pas l'apologie des gangs, mais nous montrent le côté tragique de leur existence. Il ne cherche pas à les rendre responsables ou irresponsables, mais seulement humains ; le constat n'en est que pire. Et ceci est vrai avec tous les personnages du film comme celui joué par Brittany Murphy qui semble vouloir échapper à ce quotidien en chérissant le désir de partir loin d'ici vers un New-York qui semble lui ouvrir les bras, ou comme la mère de Jimmy (Kim Basinger) qui fuit cette insoutenable réalité (où il n'est plus question de vivre, mais bien de survivre) en se plongeant dans l'alcoolisme... La force de Jimmy est d'avoir su prendre conscience que ce n'est pas auprès de son groupe d'amis, de ses relations, de sa famille ou des autres en général qu'il faut chercher la réponse à ses problème ; mais au fond de lui-même, de ce qu'il est vraiment. Il a longtemps été comme tous ces pauvres gens qui se sentent "protégé" en s'éloignant de la réalité dans laquelle ils vivent; que ce soit à travers l'alcool, en songe ou par identification à un groupe. Seulement, aujourd'hui, Jimmy a compris qu'il fallait qu'il lutte seul pour s'en sortir dans cet univers où chacun lutte pour conserver ses propres intérêts, et ou chaque moment d'égarement peut s'avérer fatal.

Curtis Hanson ne blâme pas ces gens, bien au contraire, il tend à nous montrer que c'est une réaction tout à fait humaine. Il cherche juste à nous montrer que, même dans les pires moments de notre existence, tout est possible à qui s'en donne les moyens : "À coeur vaillant, rien d'impossible" ; le rêve américain illustré dans toutes ses contradictions. Un film qui m'a particulièrement touché déjà par le fait que j'y allais avec une certaine appréhension qui s'est avéré non fondée. Un film coup de poing qui est un peu l'antithèse de La Haine qui ne laissait pas la place à l'espoir lorsque tout fout le camp. Une très bonne surprise en tout cas (même pour ceux qui sont allergiques au rap et à tous ses poncifs).


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Pierre 08/07/2008 13:58

Je déteste le rap déjà, mais Eminem encore plus je n'aime pas du tout sa musique. J'ai vu ce film parce que mes parents allaient voir 18 ANS APRèS et ça ne m'intéressait pas du tout. Mais là j'ai été surpris, le quotidien de ces jeunes en quête d'eux mêmes est magnifique.

Milady 18/04/2008 11:21

Je suis contente que ce film te plaise car je voulais le voir, et cela m'encourage ... Il faut dire qu'au départ que j'aime beaucoup Eminem, donc j'étais curieuse de voir ce qu'il pourrait donner à l'écran. Enfin tu sais, cela ne me surprend pas qu'il soit bon acteur. Je ne sais pas si tu écoutes beaucoup de sa musique, mais par exemple dans "Kim" tandis qu'il chante, il joue. Il rentre complètement dans la chanson et en fait vivre les personnages de façon assez incroyable et effrayante. C'est aussi pour cela que j'aime beaucoup ce qu'il fait. Donc tout cela pour dire que cela ne me surprend pas qu'il soit bon acteur.

En tous cas tu me confortes dans mon idée: il faut que je vois ce film! C'est vrai, cela fait des années que j'écoute la B.O. il serait peut-être temps que je vois le film qui va avec!

Merci pour cet article ^^