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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Le Royaume

leroyaume-peterberg.jpgRéalisé par Peter Berg, sorti le 30 octobre 2007
Titre original : The Kingdom


Avec Jamie Foxx, Ashraf Barhom, Jennifer Garner, Chris Cooper, Jason Bateman, Ali Suliman...

"Riyad (Arabie Saoudite). Un attentat des plus sanglants jamais perpétrés contre des Occidentaux fait plus 100 morts et 200 blessés parmi les employés de la société pétrolière Gulf Oasis et leurs familles. Tandis que les bureaucrates de Washington discutent "droit d'ingérence" et "territorialité", l'agent du FBI Ronald Fleury (Jamie Foxx) et les membres de sa section d'intervention négocient un discret voyage de cinq jours en Arabie Saoudite pour identifier le cerveau de l'attentat. Dès leur arrivée au Royaume, Fleury et les siens sont confrontés à l'hostilité des Saoudiens, qui prétendent mener seuls l'enquête. Entravés par un protocole tatillon et pressés par le temps, les quatre agents comprennent qu'ils doivent gagner au plus tôt la confiance de leurs homologues saoudiens, aussi décidés qu'eux à retrouver les terroristes..."




Mon avis http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif




Produit par Michael Mann et mis en scène par le réalisateur de Very bad things (descente aux enfers plutôt sympathique d'un groupe d'amis suite à un enterrement de vie de garçon plus que foiré...), ce film constitue la bonne surprise que je n'attendais pas ! Et d'ailleurs, je n'ai vraiment pas compris toutes les critiques assassines dont ce film a fait l'objet en France où il est souvent taxé de trop complaisant envers les Etats-Unis ; certains vont même jusqu'à parler d'un film islamophobe... Connerie. Il faudrait vraiment que certains de nos compatriotes rangent leurs préjugés d'anti-américanisme primaire dans ce placard sordide d'où ils n'auraient jamais dû sortir. En plus, d'une mauvaise foi absolue concernant l'objectif de Peter Berg et de Michael Mann, c'est faire preuve d'un manque de discernement dangereusement aberrant.

Pour ma part, j'ai justement trouvé que ce qui faisait la force du scénario du film, c'est qu'il est tout sauf manichéen. Cette absence de parti pris donne au spectateur la liberté de se faire son opinion sur une question indubitablement complexe. Commençant par un générique d'introduction percutant qui répertorie certaines dates clés de la coopération entre l'Arabie Saoudite (premier pays exportateur de pétrole) et les Etats-Unis (premier pays consommateur de pétrole), le film ne perdra rien de sa densité et de son efficacité jusqu'à son final, glaçant. En effet, la dernière séquence est lourde de réflexions sur la nature auto-destructrice de l'homme. Et à ce jeu du chat et de la souris entre intégristes musulmans et patriotes américains, personne n'est totalement blanc ou noir. Les démons des uns sont les héros des autres (et vice-versa) ; à l'image de cette séquence dans le quartier saoudien ou le terrible dialogue de fin. Ce général saoudien qui tabasse à tort cet officier fidèle est-il plus à blâmer que ce lâche diplomate américain corrompu qui ne fait rien pour ses concitoyens ? Que penser des alliances avec les terroristes repentis et des magouilles politiciennes des deux côtés de l'Atlantique ? Oui, il y a de gentils américains, et d'abominables salauds sans scrupule. Oui, il y a de gentils musulmans, et d'horribles intégristes barjots. Enfin bon, ce n'est pas ça qui fera avancer le débat.


Concernant le Royaume en question il s'agit bien entendu de celui de l'Arabie Saoudite et, si le film prend pour base l'attentat de Khobar survenu justement sur ce Royaume le 25 juin 1996 (provoquant la mort de 19 américains et blessant 372 personnes), il s'agit néanmoins d'une histoire originale de Matthew Michael Carnahan (scénariste également du film de Robert Redford, Lions et Agneaux, nettement moins bon). Cependant, l'histoire est vraiment ancrée dans une réalité qui nous semble plus que plausible. D'abord lent pour décrire la difficulté des agents américains pour enquêter sur cette affaire (entre inexpérience des agents saoudiens et liberté d'action réduite), le rythme du film s'accélère sur la fin lors des impressionnantes séquences de fusillades. Celles-ci sont d'ailleurs prodigieusement immersives; un peu comme pouvaient l'être celles du film d'Afonsò Cuaròn, Les Fils de l'Homme, qui bénéficiait d'un esthétisme fort mais s'avérait frustrant (en partie à cause d'un Clive Owen rarement aussi peu inspiré, et d'une fin désastreuse se déroulant dans un décor kitsch au possible qui ne rendait vraiment pas hommage au reste - très soigné - du film). On a en effet ici plus l'impression d'assister à un documentaire de guerre qu'à un bête film d'action hollywoodien de manière générale ; c'est d'ailleurs dans ces moments que l'ombre du grand Michael Mann sera la plus palpable.

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Dis, tu es sûre qu'elle est assurée tous risques la bagnole ?


Certes, le film fait parfois passer l'action au premier plan (on aurait notamment aimé davantage de travail sur la psychologie des personnages), mais c'est surtout son refus du politiquement correct qui lui portera tant préjudice : attentats monstrueux, exécutions sommaires, tortures, égorgement mis en scène pour le net par des terroristes d'un ressortissant américain, mais aussi interdits concernant les femmes, discrimination vis-à-vis des travailleurs immigrés (existante des deux côtés de l'Atlantique), incompréhension sourde des deux camps... tout ceci n'est malheureusement pas pure spéculation de Peter Berg et son équipe mais s'ancre bien dans une cruelle actualité. L'hostilité anti-occidentale des saoudiens et les préjugés racistes des américains ne sont ici point ignorés, même si certains (certains seulement) finiront par changer de point de vue en apprenant à ce connaître (à l'image de l'évolution, parfois difficile, que prendra la relation des personnages incarnés par Jamie Foxx et Ashraf Barhom, la révélation du film). Par ce qu'il montre et ce qu'il suggère, le film est violent. Mais cette violence, bien que présente, n'est jamais complaisante (et souvent suggérée). Elle n'est pas bêtement gratuite, mais reflète celle patente de la réalité du monde qui nous entoure. La violence engendre la violence, occident et orient en ont fait, en font et feront les frais (qu'ils soient victimes de guerre ou civils injustement exterminés).

Sans me prétendre être un expert d'une monde arabo-musulman (ce que je suis loin d'être), j'ai trouvé la description de l'Arabie Saoudite faite dans le film de Peter Berg plutôt crédible dans sa complexité où se mêle tradition religieuse hégémonique et allégeance économique pétrolière envers les Etats-Unis, où se mêle opulence princière et misère de la rue (et pour peu qu'on soit un peu éveillé au monde qui nous entoure, les Etats-Unis soient loin d'être un modèle du genre non plus...). Loin des poncifs du genre, l'Amérique de George W. Bush n'a donc ici rien de glorieuse. À l'image de ces quatre agents de FBI les représentant, les américains sont lassés de faire la guerre et n'aspirent pas s'imposer en sauveurs du monde. Ce que recherchent ici nos quatre "héros", ce sont surtout la quête de la vérité sur ces terribles évènements et la traque punitive des vrais coupables. Comment le leur blâmer dans ce contexte ? Le désir irrépressible de vengeance est-il condamnable ? Le final du film nous fournira à ce sujet une piste pétrifiante...

Pour finir, un petit mot sur le casting impeccable du film où Jamie Foxx ne cesse de prouver depuis Collateral qu'il est incroyablement doué, où Chris Cooper impressionne toujours autant par son charisme, où Jennifer Garner n'a jamais occupé un rôle aussi intéressant (en même temps, c'est sûr qu'avec des films comme 30 ans sinon rien ou Elektra...), où on prend toujours de plaisir à retrouver le héros de Arrested Development Jason Bateman, et où un acteur syrien Ashraf Barhom inconnu tire remarquablement son épingle du jeu en incarnant avec une justesse rare cet officier saoudien désabusé. Alors bien sûr que je recommande vivement ce film d'une beauté visuelle inconstestable, mais qui n'oublie pas pour autant d'être intelligent. Pessimiste au possible quant à une éventuelle issue du conflit opposant orient et occident, mais sonnant très juste, ce film est manifestement réussi et se paie le luxe d'être habilement accompagné par une bande originale inspirée du génial Danny Elfman, quand même !


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Chonchon 04/05/2009 11:48

Contrairement à vous, je n'ai pas du tout aimé ce film, que je trouve, désolée Dasola, très manichéen justement. Les gentils Américains, les méchants Arabes... mais heureusement quelques gentils Arabes quand même. Et puis le scénario est du mille fois vu et revu : un attentat, une enquête, ils auraient pu faire ça avec n'importe quel pays.Or tout l'intérêt du film était là : l'Arabie Saoudite, point névralgique du monde, coeur entre l'orient et l'occident. Le film esquisse à peine les sujets.J'ai été très très déçue.

Shin 10/05/2009 19:31



Bonsoir Chonchon,

Comme tu le soulignes, le film comporte son lot de gentils américains et de méchants arabes. Mais également de gentils arabes... et de méchants américains !

Pour ma part, je n'ai absolument pas trouvé Le Royaume manichéen et j'ai adoré son final. Peter Berg ne donne pas franchement raison aux américains et pointe certaines certaines choses qui
m'ont interpellé.

Après, on ne peut pas plaire à tout le monde comme dirait l'autre...

Amicalement,

Shin.



dasola 04/02/2008 17:05

Dans le royaume, j'ai beaucoup apprécié le fait que ça ne soit pas manichéen : les gentils Américains contre les méchants Arabes. Le film est vraiment avec des effets spéciaux époustouflants. Et le casting est impeccable. Sinon, je remarque que de plus en plus d'acteurs passent derrière la caméra et s'en tirent très bien. J'avais découvert Peter Berg dans un film "The last seduction" en homme manipulé par Linda Fiorentino

poteet :0010: 27/01/2008 09:13

fan de johnny deep??? t'as raison.... A +