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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

No Country for Old Men : Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme

Réalisé par Ethan et Joel Coen, sorti le 23 janvier 2008
Titre original : No Country for Old Men

Avec Tommy Lee Jones, Javier Bardem, Josh Brolin, Woody Harrelson, Kelly MacDonald ...

"À la frontière qui sépare le Texas du Mexique, les trafiquants de drogue ont depuis longtemps remplacé les voleurs de bétail. Lorsque Llewelyn Moss (Josh Brolin) tombe sur une camionnette abandonnée, cernée de cadavres ensanglantés, il ne sait rien de ce qui a conduit à ce drame. Et quand il prend les deux millions de dollars qu'il découvre à l'intérieur du véhicule, il n'a pas la moindre idée de ce que cela va provoquer. Moss a déclenché une réaction en chaîne d'une violence inouïe que le Shérif Bell (Tommy Lee Jones), un homme vieillissant et sans illusions, ne parviendra pas à contenir..."




Mon avis : http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif L'image “http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_bof.gif?t=1201078413” ne peut être affichée car elle contient des erreurs. http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif




Texas, aux confins de la frontière mexicaine, quelque part dans les années 1980 :

Le Bon. Le Shérif Bell (Tommy Lee Jones) est vieux et fatigué, ce qui l'a rendu sage et prudent. Les réglements de comptes sanglants entre trafiquants de drogue mexicains, il connait. Les sociopathes sanguinaires, il connait aussi. C'est pourquoi il les évite autant que possible et se dit qu'il ne fait pas bon vieillir dans ce pays où la violence a pris une tournure si dramatique. Et en bon homme de loi respectable, comme l'étaient les anciens, comme l'était son père (Shérif lui-aussi), il va donc tenter de freiner cette vague de violence meurtrière ; même s'il ne sait pas trop comment...

La Brute. Anton Chigurh (Javier Bardem) a des principes, aime les vieilles pièces de monnaie, n'aime pas les éclaboussures de sang, est pragmatique, aussi implacable et locace que le Terminator (malgré une densité capillaire improbable), mais a surtout des principes. Accessoirement, c'est également un chasseur de primes mystérieux, un brin cinglé et armé d'un fusil à air comprimé. Surtout, c'est un tueur impitoyable qui n'apprécie pas que l'on respire le même air que lui (c'est pourquoi il aime à donner aux malheureux témoins de son existence une ultime "bouffée d'air" salvatrice... surtout pour lui). Et comme il a déjà fait pas mal de victimes, dont au moins un flic peu méfiant, la police le recherche...

Le Truand. Llewelyn Moss (Josh Brolin) est encore jeune et plein de fougue, c'est pourquoi il n'est pas raisonnable et agit avant de réfléchir. Il aime sa femme Carla Jean (la naïve et prude Kelly MacDonald), la chasse au gibier (mais n'est pas très bon), aime apporter de l'eau aux mexicains mourants et est surtout un looser. Et puis un jour, il trouve plein de mexicains crevés et valise contenant 2 millions de dollars. Comme il tient à la vie et surtout à embellir sa vie, il se casse fissa avec l'argent. Sauf que, comme il est un peu con quand même, il va tout de même trouver le moyen de se faire pourchasser par notre nettoyeur à la silhouette champignonesque...

Et une poignée de dollars. Carson Wells (Woody Harrelson) est un chasseur de primes cool, très cool, trop cool. Il porte donc un chapeau de cow-boy, aime mâchouiller des chewing-gums et les valises bourrées de fric. Et comme la méthode d'Anton Chigurh pour ne pas laisser de traces manque quelque peu de discrétion, on l'envoie se charger du lascar parce qu'il est le plus classe des chasseurs de primes. Et il y aussi cette valise pleine de billets tant convoités...

Le dernier film de Joel et Ethan Coen n'est donc pas issu - une fois n'est pas coutume - d'un scénario de leur cru, mais du roman éponyme de Cormac McCarthy. Pourtant, cette description mélancolique d'un pays vieillissant qui cède à une folie auto-destructrice colle parfaitement à l'univers des deux frangins. Sombre sans manquer d'humour, noir donc, ce film a tout les attraits d'un western moderne, mais en évite habilement toutes les figures imposées.


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Ainsi, grâce à d'astucieuses ellipses, on ne verra point d'affrontement épique entre les deux tueurs, point de traces de l'assassinat du "héros" et point de duel entre le gentil flic et le tueur salaud. Les espaces désertiques du film font aussi étrangement écho aux étendues neigeuses de l'éblouissant Fargo (leur œuvre phare) et, à l'instar de ce dernier, l'ambiance qui s'en dégage est terriblement prenante. Et bien que peu innovante par rapport à leurs précédantes réalisations, la mise en scène s'avère ici encore très efficace.

Seulement, No Country for Old Men n'est malheureusement pas aussi habilement maîtrisé que son illustre prédécesseur et le résultat s'avère trop bancal, surtout sur la dernière demi-heure paradoxalement trop elliptique pour être immédiatement assimilable (bien que je ne sois pas certain non plus qu'une deuxième séance m'aiderait à y voir plus clair...). Trop de questions, trop de doutes restent ainsi en suspend : Comment est véritablement mort Llewelyn ? Bell et Chigurh se sont-ils vraiment croisés dans cette chambre d'hôtel (bien qu'on suppose finalement que non connaissant les habitudes du dernier) ? Chigurh est-il justement cet homme - cet ange vengeur - contre l'animal - ironiquement l'homme - de la fable de Bell qui voit le destin se retourner contre lui (avec un bras cassé en prime) ? Chigurh toujours, finit-il par crever ou retourne-t-il de l'ombre d'où il vient ?

Beaucoup d'interrogations qui pèsent beaucoup sur la compréhension du film, mais qui resteraient acceptables si le final n'était pas aussi abrupt et frustrant. Final où un monologue du Shérif Bell (Tommy Lee Jones) concluant le film fait écho à celui qui l'introduit ; où il est question de rêves, d'argent confié par un père et perdu par un fils, de lumière dans le froid et l'obscurité, et de réveil désabusé. D'ailleurs, cette dernière demi-heure, qui commence par une invitation d'une aguicheuse en manque de bière et de sexe, a un rythme lent qui tranche trop radicalement avec la tension palpable du reste du film. Film qui en devient alors trop bavard et trop vaporeux ; un peu comme l'aurait fait un Tarantino, mais ici sans la même maîtrise de cet exercice de style risqué.


VOUS POUVEZ RELIRE MAINTENANT SI VOUS VOULEZ


Et comme beaucoup trop souvent avec les frères Coen, on a l'impression d'avoir été un peu trop brutalement tiré d'un songe des plus passionnants, et c'est frustrant. Malgré cette fin, et non pas à cause d'elle, le film mérite bien tout de même qu'on s'y intéresse (à condition toutefois d'être extrêmement attentif aux deux monologues qui ouvrent et clôturent le film). Surtout que, même si on regrette que le personnage qu'interprête Tommy Lee Jones n'ait pas plus de présence à l'écran, le tueur implacable incarné par Javier Bardem est quant à lui dantesque. Et il faut beaucoup de talent pour savoir ainsi donner autant d'aura à un personnage d'où ne se dégage aucune émotion... Bardem est génial.

Non, ce pays n'est pas pour le playmobile vieillissant...


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tinalakiller 25/11/2008 18:23

en fait , dans le livre, on comprend mieux la présence et l'état d'esprit du shérif Bell alors que dans le film, c'est vrai qu'il y a un moment où on se demande pourquoi il est là... les frères coen ont dit que c'est assez difficile d'adapter sa partie à lui vu que dans le livre il parle à la 1ere personne... (on ne peut pas tout mettre en voix off...)

Shin 29/11/2008 12:08



Bonjour Tina,





Pour le peu que j'avais lu du roman original, le shérif Bell avait effectivement un rôle nettement plus important que dans le film (où il ne semble pas servir à grand chose). Je pense me
remettre au livre prochainement et laisser une seconde chance au film par la suite.





Amicalement,





Shin.



tinalakiller 23/11/2008 21:24

pour ma part j'ai aimé la fin du film...
mais je pense qu'il faut lire le livre, vraiment genial et qui explique les trucs qui t'ont peut etre échappé...

Shin 25/11/2008 17:58



Bonsoir Tina,





Je n'exclue effectivement pas de lire le livre (enfin, de le finir) vu que j'aime beaucoup Cormac McCarthy au demeurant (La Route étant plutôt génial dans son genre). Et
peut-être que ça me donnera envie de laisser une seconde chance au film et, qui sait, de l'apprécier davantage.





Amicalement,





Shin.



tinalakiller 23/11/2008 19:44

que 2 smileys ?? :(

Shin 23/11/2008 20:40



Salut Tina,





J'ai longtemps hésité entre 2 et 2,5 (les notes ne sont pas si importantes que cela d'ailleurs), mais la fin m'avait vraiment frustré. En revanche, le casting (Tommy Lee Jones, Josh
Brolin et surtout Javier Bardem) est vraiment exceptionnel. Je n'exclue d'ailleurs pas de revoir le film pour me faire un deuxième avis.





Amicalement,





Shin.



D&D 05/03/2008 16:52

Pour faire entendre un son de cloche plus joyeux, j'ai plutôt le sentiment au terme de ma première vision que ce film pourrait rester comme un film majeur des frangins (qui avaient cessé de m'intriguer), comme Fargo, Barton Fink, au moins...
En revanche, n'exclue pas trop vite de le revoir un jour, sauf si vraiment le film t'ennuie... parce qu'on sait très bien qui tue qui à la fin :-)

dominique 14/02/2008 09:50

Je pense que la fin n'a pas d'importance, je me souciais peu de savoir ce que devenaient les héros. C'est surtout un exercice de style bien réussi, et je ne me suis pas attachée au devenir des personnages.