Réalisé par Vincenzo Natali, sorti le 26 mars 2003
Avec Jeremy Northam, Lucy Liu, Nigel Bennett, Timothy Webber, …
"Morgan Sullivan (Jeremy Northam) n'aime pas la vie qu'il mène. Il rêve de grands voiliers, d'aventures et il se retrouve
comptable dans une banlieue avec une femme qui ne le regarde même plus. Décidé à changer de vie, il intègre Digicorp, une étrange société spécialisée dans le renseignement industriel. Sa
nouvelle fonction est autrement plus excitante : il doit espionner, s'infiltrer chez la concurrence, saisir des informations stratégiques et les rapporter à son patron, Finster (Nigel Bennett).
Sa rencontre avec la très belle et très mystérieuse Rita (Lucy Liu ) va pourtant semer le trouble dans sa nouvelle existence. La jeune femme lui révèle qu'il serait la victime d'une machination
qui a pour but de lui laver le cerveau. Morgan se trouve bientôt pris au coeur d'un engrenage : fiction ou réalité ?"
Après le labyrinthique et sadiquement tortueux Cube (Grand Prix du festival de Gérardmer en
1999), Vincenzo Natali revient avec son nouveau film Cypher. Nul doute que les fans de Cube devraient apprécier car l’univers, bien que différent du point de vue des lieux et
de l’histoire, est dans le même esprit. D’ailleurs, la conception des décors est l’œuvre conjointe de Natali lui-même et de Jasna Stefanovic qui a déjà travaillé avec lui sur les décors de
Cube ; ceux-ci ont ainsi volontairement choisi d'adopter un style sans véritable repère chronologique. De cette manière, on retrouvre un esthétisme qui n'est pas sans évoquer leur
précédente collaboration.
Ici, il s’agit donc d’une sorte de Bienvenue à Gattaca revue et corrigé à la sauce Natali avec pas mal d’inspiration des grands classiques de la science-fiction. Le scénario alambiqué de
Cypher a d’abord émergé dans l'esprit de Brian King après que celui-ci ait remarqué un détail de son quotidien : "En voyageant à travers les États-Unis, je me suis rendu compte que
dans chaque ville on trouve les mêmes centres de congrès, les mêmes pôles commerciaux, avec les mêmes magasins des mêmes enseignes. En prenant conscience de cela, je me suis dit que tous les
gens qui vivent dans ce genre d'endroit, les commerciaux qui vont de salon en salon, doivent parfois se demander où ils sont. Ces lieux se ressemblent tellement qu'il est facile d'y perdre ses
repères. J'ai imaginé l'histoire d'un homme dans cet univers déshumanisé, où l'individu n'est finalement là que pour servir une machine commerciale désincarnée".
Après un
premier film qui cartonne (ce qui a été le cas avec Cube), le réalisateur est logiquement très attendu au tournant et souvent même déçoit. Ici, je dois bien avouer que je n’ai
pas été déçu du tout et que je ne saurai dire lequel des deux est meilleur (ou pire diront certains…^__^). En effet, si l’on retrouve la patte particulière de Natali et
quelques grands thèmes principaux de Cube comme la manipulation psychologique des personnages par une "force"
supérieure par exemple, l’histoire en est tout autre. Sans trop dévoiler de sa trame, je dois avouer qu'elle est tout
autant captivante.
Pour son film, le réalisateur n’a pas pris de véritables vedettes (à part Lucy Liu) et c’est une bonne chose. Cela donne ainsi au
film une certaine part de réalisme que trop de vedettes auraient probablement annihilé. Il n’empêche que les acteurs sont globalement tous très convaincants (surtout Jeremy Northam, une
très bonne chose puisque c’est sur lui que repose quasiment tout le film). Chaque personnage du film semble avoir un côté "double" si j’ose dire. Ce qui fait qu’au bout d’un
moment on ne sait plus très bien de quel côté se situe le bien ou le mal… Il y a-t-il un juste milieu d’ailleurs ? C’est une des nombreuses questions que met en évidence le
film.
En ce qui concerne l’histoire, j’ai lu toute sorte de critiques ridicules qui disent que le film est loin de rivaliser avec un
Matrix ou un A.I. : Intelligence Artificielle (y compris pour l’aspect visuel) . D’une part, c’est ridicule parce que le budget mis en œuvre est très différent. Et
d’autre part, c’est ridicule car l’ambition réflective n’est absolument pas la même je pense… Même si ces films aboutissent tous à se poser des questions sur la destinée de l’homme, mais c’est
le lot de tout film "futuriste" après tout… Personnellement, j’ai bien accroché à l’histoire ponctué de multiples rebondissements et de clins d’œil aux grands films de science-fiction
(aussi bien du côté Kubrick, R.Scott que Spielberg).
Au final, un film qui ne plaira pas à tout le monde (comme Cube en fait) mais que pour ma part j’ai beaucoup
apprécié… Disons que c’est un genre de cinéma assez "particulier" ; généralement, on adore ou on déteste… Moi j’adore. Sans être le chef-d’œuvre du genre, c’est donc pour moi un
film qui vaut le coup d’œil et qui de toute évidence permet de confirmer tout le bien que je pensais de Vincenzo Natali : un grand cinéaste est né.
Brêves de comptoir