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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Effroyables jardins

Réalisé par Jean Becker, sorti le 23 mars 2003

Avec Jacques Villeret, André Dussollier, Thierry Lhermitte, Benoît Magimel, Isabelle Candelier, Suzanne Flon, Bernie Collins, Damien Jouillerot …
"Lucien (Damien Jouillerot), un adolescent de quatorze ans, ne comprend pas pourquoi son père (Jacques Villeret), un instituteur sérieux et respecté, se ridiculise, à ses yeux, dans un numéro de clown amateur. Un jour, André (André Dussollier), le meilleur ami de son père, lui dévoile l'origine de cette vocation. Il lui raconte qu'à la fin de la guerre, tous deux ont commis un acte de résistance dérisoire, mais qu'ils ont été capturés par les Allemands et jetés avec deux autres compagnons d'infortune (Thierry Lhermitte et Benoît Magimel) dans un "cul de basse-fosse" en attendant d'être fusillés. À travers ce récit, Lucien va découvrir la bravoure et la fraternité que son père dissimule derrière son humilité…"




Mon avis http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif




Tout d'abord, pour ceux qui s'interrogent sur ce titre énigmatique (que je trouve à la fois très beau et très troublant), sachez qu'il fait référence à un poème de Guillaume Appolinaire :

Les Grenadines repentantes
En est-il donc deux dans Grenade
Qui pleurent sur ton seul péché
Ici l'on jette la grenade
Qui se change en un œuf coché
Puisqu'il en naît des cops Infante
Entends-les chanter leurs dédains
Et que la grenade est touchante
Dans nos effroyables jardins

La grenade évoque évidemment à la fois le fruit dans le verger, mais également  l'arme offensive employé dans le pays (le "jardin" évoquant alors la France). Cette allusion est alors plus qu'opportune puisque l'histoire du film se déroule en pleine occupation de la France par les armées allemandes durant la seconde guerre mondiale. De plus, elle illustre bien l'engrenage infernal dans lequel des gens ordinaires d'une petite ville de province vont vite se retrouver dépassés.

Jean Becker retrouve ici ses camarades des Enfants du marais (André Dussolier, Jacques Villeret et Suzanne Flon) pour cette adaptation libre du roman éponyme de Michel Quint. Comme souvent dans ses films, le côté nostalgique de la France d’autrefois (dont les chansons de Charles Trenet sont la plus admirable représentation) est très largement mis en avant avec tout ce que ça sous-entend de bals de village, de robes à carreaux, de parties de pétanque, de courses de vélo… On pourrait trouver ça un peu ringard, voire même vieillot, mais la force du film de Jean Becker est de parvenir à nous faire oublier tous ces clichés et de directement aller droit au cœur. Surtout, on ressent tout l'amour d'un cinéaste chaleureux dans ce portrait d'une France qui lui est chère. Effroyables jardins est donc un film plein de fraîcheur, de joies simples, d’amour et d'humour.  L'humour qui sert souvent (comme dans la vie) à désamorcer les tensions et à rendre plus supportable, et vivable, le quotidien.

Assez souvent par le passé, les hauts faits de la seconde guerre mondiale ont été illustrés au cinéma, Mais curieusement, les petits faits de la résistance ne l'ont été que très rarement. Et c’est précisément de ça dont il s’agit dans le film, de l’histoire de deux anonymes qui, par amour et naïveté, vont faire sauter l’aiguillage de leur petit village du sud-ouest pour retarder la progression allemande. Pour eux, ce n'est qu'un petit geste de bravoure, fait avec les moyens du bord, dont ils doivent s’acquitter "pour leur pays" et leur honneur. Mais, les choses vont mal tourner et nos deux bonhommes vont être alors jetés dans une fosse boueuse (avec deux autres bougres innocents). Une pression effroyable pèse alors sur leurs désormais bien frêles épaules : les allemands menaçant en effet de les exécuter si les véritables coupables ne se dénoncent pas. Mais, comme le fait très justement remarquer alors l’un des protagonistes, aucun échappatoire ne leur semble possible. Les responsables sont dans cette fosse, personne ne viendra se livrer à leur place, ils semblent donc bel et bien condamnés. Bien sûr, le film étant raconté à un moment postérieur, on sait bien que les "héros" s’en sortiront (ce qui bride un peu le suspense), mais on reste tout de même captivé par le récit et l’on attend impatiemment de voir comment va se dénouer le film (d'une inoubliable façon d’ailleurs).

Jean Becker a bâti un film classique, jamais trop accentué. Le film passe ainsi de la comédie au drame, narrant cette tragédie qui se noue et pousse les personnages à aller jusqu'au bout d'eux-mêmes. Pour résoudre le dilemme qui leur est posé, ceux-ci devront choisir entre la vanité, la puérilité, la lâcheté, le courage et le sens du sacrifice. Loin de tout manichéisme, le film ne dresse pas les bons français contre méchants allemands. Au contraire, il  oppose plutôt l'humour, l'humanisme et la générosité à la bêtise, à l'inhumanité et à la cruauté. Ainsi l'affiche illustre-t-elle bien cet dualité tragi-comique du film : d'un coté, un casque allemand pour la guerre et la barberie ; de l'autre, un nez rouge pour la fantaisie et la dérision.

Jean Becker a donc choisi la carte de l’humour pour illustrer cette phase noire de l’humanité. Roberto Benigni s’y était déjà risqué avec La vie est belle. Et si ça ne s'était alors pas fait sans critiques, certains lui reprochant le traitement trop "léger' de son film (la seconde guerre mondiale étant un sujet sensible, Steven Spielberg a eu le même genre de critiques que je trouve pour ma part injustifiées, mais j'y reviendrai dans un autre billet...), le film du réalisateur italien avait su me toucher positivement. Une nouvelle fois, je me suis laissé prendre. Ici, Jean Becker nous raconte avec sincérité, et un brin de naïvité (mais n''occulte aucunement le devoir de mémoire),  une histoire simple, une histoire d'amitié, une histoire de héros insoupçonnés. Il nous montre que l'héroïsme se cache souvent là où on ne l'attend pas, dans des gestes ou des décisions ordinaires qui ont une portée extraordinaire. Il suggère que, malgré la cruauté et le désespoir, l'humanité et l'espérance de quelques-uns peuvent changer le monde et la vision que l’on peut justement avoir de ce monde. La caméra de Becker suit ses personnages avec tendresse, et nous le film avec plaisir.

Les acteurs sont tous épatants et jouent tous avec une grande justesse. André Dussollier est impeccable, Jacques Villeret attendrissant, Thierry Lhermitte amusant, Benoît Magimel émouvant… Un casting bien choisi je trouve, même si les acteurs restent dans des registres assez convenus (Lhermitte charmeur, Villeret naïf, Dussollier posé, Magimel impulsif). Néanmoins, les personnages sont vraiment attachants et c’est avec beaucoup d’émotion que l’on suit leurs péripéties.

En bref, un film vraiment réussi je trouve : émouvant et drôle ; qui rend hommage à la douce France de Trenet et qui évoque avec une pointe de sérieux (et pas mal d’humour) l'absurdité de la guerre. Un film simple sur un sujet grave, mais qui est avant tout résolument optimiste (ce qui est de bon ton par les temps qui courent) et plein d'humanité. Moi-même, j'y ais laissé une petite larme (ce qui ne m’étais justement pas arrivé depuis La vie est belle et La Liste de Schindler). Un chef-d’œuvre ? Bien sûr que non. Un bon film ? Très certainement. En tout cas, moi, je me suis laissé emporté !


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toinette80 14/05/2008 12:33

Un film incontournable

Wilyrah 02/04/2008 01:58

Un joli film. Je me régale de André Dussolier et Suzanne Flon, qui nous a quitté depuis.

julie 23/03/2008 23:03

j'avais également beaucoup aimé ce film et de toute facon je suis une fan de jacques villeret. tu e décrit très bien ce film, plein d'humour, de justesse qui touche à une part de la guerre que l'on n'a pas l'habitude de voir. Une tranche de vie. Egalement dans ce genre je te conseille le film joyeux noel avec G Canet et Diane Kruger.