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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Rambo (John Rambo)

Réalisé par Sylvester Stallone, sorti le 6 février 2008
Titre original : Rambo


Avec Sylvester Stallone, Julie Benz, Paul Schulze, Matthew Marsden, Muang Muang Khin ...


"John Rambo (Sylvester Stallone) s'est retiré dans le nord de la Thaïlande, où il mène une existence simple dans les montagnes et se tient à l'écart de la guerre civile qui fait rage non loin de là, sur la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar. Il pêche et capture des serpents venimeux pour les vendre. La violence du monde le rattrape lorsqu'un groupe de volontaires humanitaires mené par Sarah (Julie Benz) et Michael Bennett (Paul Schulze) vient le trouver pour qu'il les guide jusqu'à un camp de réfugiés auquel ils veulent apporter une aide médicale et de la nourriture. Rambo finit par accepter et leur fait remonter la rivière, vers l'autre côté de la frontière. Deux semaines plus tard, le pasteur Arthur Marsh (Ken Howard) lui apprend que les volontaires ne sont pas revenus et que les ambassades refusent de l'aider à les retrouver. Rambo sait mieux que personne ce qu'il faut faire dans ce genre de situation..."




Mon avis :  http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif




Sérieusement en perte de vitesse depuis la seconde partie des années 1990, Sylvester Stallone commençait à sérieusement se faire détrôner de son statut d'icône du film d'action par Vin Diesel ou encore The Rock. Pourtant, les vieilles icônes ont la dent dure. Après avoir assisté à l'exceptionnel come-back de Bruce "John McClane" Willis dans le genre l'année dernière, Sylvester Stallone veut nous montrer à tous qu'il a encore un rôle à jouer dans le cinéma d'action. L'année dernière donc, Sylvester Stallone tentait de redorer le blason de la figure la plus emblématique de sa filmographie, Rocky Balboa (dont on pensait, à tort, que le cinquième opus très médiocre avait sonner le glas). À la surprise quasi génrale, Sylvester Stallone réussit alors l'exploit de réaliser l'opus le plus brillant depuis le premier concernant la vie de ce boxeur légendaire. Cette année, il s'attaque donc à relever le niveau de la saga vieillissante des Rambo ; une sorte d'hommage à sa carrière et à ses fans, histoire de boucler la boucle, et aussi une façon de prouver aux petits jeunes qu'il serait bien sympa de ne pas l'enterrer trop vite.

Rocky Balboa m'avait donc comblé au-delà de mes attentes (et j'en reparlerai plus longuement ici lorsque j'aurai revisionné la saga) et, ô surprise, John Rambo également. Car, bien que plus attaché au personnage de Rocky qu'à Rambo et en attendant bien moins, j'avais toutefois la crainte du film de trop. Depuis son incroyable retour l'année dernière, on savait que Sylvester Stallone avait encore la forme, mais aurait-il suffisamment de tact pour ne pas seulement succomber à la surenchère d'action et de violence ?

La réponse est à la fois oui et non.

Une fois n'est pas coutume, commençons par le non. Car violent et brutal, John Rambo l'est assurément. On est loin ici de la retenue du premier opus et, pourtant, le film reste fidèle à l'esprit originel et guerrier de John Rambo tel que l'avait imaginé David Morell. Ainsi, les mines explosent les villageois dans une orgie de sang et de tripes, tandis que les mitrailleuses et autres snipers font voler têtes et membres. Aucun détail ne nous est épargné : ni les viscères dégoulinantes d'un homme fraîchement éventré, ni l'arrachage à main nue sanguinolante d'une gorge en gros plan ; le tout toujours avec des flots ruisselants de sang. Au passage, les effets visuels sont d'une efficacité redoutable !

Bien sûr, les amateurs de films d'action y trouveront donc leur compte car il y a un certain plaisir sadique à observer ce carnage guerrier. Néanmoins, la violence présentée ici a une porté bien plus profonde et ne sert pas seulement de prétexte à nos instincts animaux les plus vils. Car si le film est violent, barbare même, c'est parce que le monde l'est : violence morale injuste au sein de l'Amérique profonde comme le démontrait le premier opus, violence brute inhumaine au cœur de la jungle Birmane comme le montre celui-ci. Et le divertissement supposé cède rapidement place à l'horreur pure quant l'armée Birmane attaque les villages, n'épargnant ni les jeux sadiques les plus extrêmes, ni les femmes, ni les enfants (n'hésitant pas à trancher des membres, à violer des gamins ou à les balacer ignoblement dans le feu). Et d'un coup, le film rend une tournure quasiment insupportable. À ce propos, Sylvester Stallone dit d'ailleurs : "Comme avec Rocky, je voulais revisiter Rambo et en terminer avec ce personnage. Le dernier film était plein de bonnes intentions mais son message n'a pas été entendu. Nous étions en 1988 et nous voulions montrer ce qui se passait en Afghanistan; la guerre froide venait de se terminer et les Russes retiraient leurs troupes. À cette époque, les gens et les médias ne se préoccupaient pas de ce pays, des Moudjahidins et des Talibans. Maintenant que nous savons ce qui s'est passé après le départ des Russes et qu'on voit ce qui se passe aujourd'hui, les gens s'y intéressent davantage. Mais à l'époque, le film n'a pas réussi à attirer l'attention sur la situation de ce pays. Je voulais donc terminer la série sur une meilleure note et revenir à une version du personnage plus proche du premier film."


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La vision d'une missionnaire américaine agonisante suffira à déclencher sa fureur !

Pour ne pas répéter l'erreur, ou disons plutôt la maladresse du troisième opus, beaucoup d'idées et de scénarios ont circulé avant d'aboutir au John Rambo que nous pouvait voir aujourd'hui. L'Irak, l'Afghanistan, le Soudan, la Colombie, et même le Darfour ont ainsi été évoqués, mais Sylvester Stallone voulait une toile de fond moins connue et une histoire se déroulant dans un des conflits les moins médiatisés du monde. Sylvester Stallone explique justement : "J'ai fait des recherches, j'ai parlé avec beaucoup de gens, j'ai appelé le magazine Soldier of Fortune (une revue destinée aux mercenaires et aux soldats professionnels) et les Nations Unies. À chaque fois que je demandais quel était le conflit le plus meurtrier et le moins couvert par les médias, on me répondait la Birmanie. Cette histoire est basée sur des faits réels et sur une guerre qui dure depuis soixante ans. Les exactions montrées dans le film sont celles que subissent les gens dans ce pays. En fait, la plupart des atrocités qui leur sont infligées sont tellement horribles que nous ne pouvions pas les montrer. C'est la guerre dans toute son horreur." Depuis presque soixante ans en effet, les Karens de Birmanie, un peuple de fermiers et de paysans, tentent de survivre en luttant contre l'oppression des militairesBirmans. Les tortures, les meurtres, les viols, les mutilations et les exécutions massives ont forcé un million de Karens à se réfugier dans des camps, et plusieurs autres millions à fuir dans la forêt et la montagne, où ils mènent une guérilla contre l'armée birmane. Les agressions systématiques contre le peuple Karen ont été qualifiées par les Nations Unies de "génocide lent mais indéniable". Massacre de masse, carnage organisé, boucherie inhumaine... conviendraient aussi. La lutte entre les combattants de la liberté Karens et le pouvoir birman est la guerre civile la plus longue de l'Histoire.

Au milieu de cette horreur, John Rambo. Celui-ci s'était justement retiré de monde pour ne plus subir tant d'atrocités et mener une vie paisible.  Bien sûr, les atrocités continuent tout autour de lui, dans cette zone de non droit, mais ça ne le concerne pas. Cette guerre civile, aussi intolérable et affreuse soit-elle, n'est pas sa guerre. Pourtant, lorsque des compatriotes se trouveront mêlés à cette boucherie, il se verra contraint de plonger à nouveau dans cet enfer. Il y a des instincts de soldat contre lesquels John Rambo ne peut lutter.Le producteur Kevin King définit ainsi le personnage : "Rambo n'est pas un super-héros, et c'est ce qui fait sa force. La différence tient à la nature même de la violence qu'il exerce : c'est une violence éthique, des représailles qui se justifient. Il n'a pas de pouvoirs extraordinaires, tout ce qu'il fait s'inscrit dans la réalité. Il agit de façon humaine, brutale et réaliste face à l'oppression et la violence."

Pour l'anecdote, le cruel major Birman Tint, interprêté par Muang Muang Khin, est en réalité un chef de la résistance Karen. Après avoir vu le massacre de l'insurrection de Rangoon en septembre 1988, Muang Muang Khin a rejoint les forces de la KNU et a été nommé officier et instructeur en charge d'un camp d'entraînement durant plus de trois ans. En 1999, il quittait le camp et montait au front pour se battre contre les Birmans. Bien que l'ancien rebelle n'ait aucune expérience d'acteur, Sylvester Stallone a été impressionné par son expérience du terrain et son application à jouer son rôle.

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Alors ? On fait moins le mariole maintenant !

Après tout ça, vous comprenez sans mal en quoi la violence inouie de John Rambo n'est pas gratuite. Son omniprésence n'est là que pour dénoncer l'injustice de ces abominables génocides. Injustice encore plus intolérable lorsqu'il s'agit de guerre civile où les militaires Birmans s'en prennent à leurs propres frères, ceux qui partagent une terre et une histoire commune. Face à cette injustice, certains décident d'agir. Il s'agit des missionnaires américains. Pourtant, ils ne sont clairement pas préparer à ce qui les attend. John Rambo le sait, et c'est pourquoi il refuse de les aider et préfère rester loin de ces atrocités. Comme l'enfer, ces humanitaires sont pavés de bonnes intentions et leur méconnaissance de la réalité effective n'en sera que plus fatale. Car ici, dans cette jungle, c'est la guerre. Les droits sont bafoués et le seul devoir qui subsiste pour ceux qui veulent survivre, c'est de tuer. À cela, ils ne sont évidemment pas préparés. Outre les exactions des bourreaux Birmans, John Rambo dénonce aussi cette ingérence insouciante, irréfléchie, inconsidérée et parfois même stupide dont peut faire preuve des groupes humanitaires. Malheureusement, la violence est par moment le seul facteur qui puisse faire quelque chose. John Rambo l'a bien compris et c'est pourquoi il ne voulait pas participer à ce conflit.

Cependant, l'implication de gens qui lui sont proches - pas par affinités (car "il emmerde le monde" comme il aime à le rappeler), mais parce qu'elles viennent de son pays, et qu'en tant qu'ancien soldat il a le devoir de défendre sa patrie et ses compatriotes - va le pousser à agir. Fidèle à ses principes, John Rambo ne se mêle pas de cette guerre qui n'est pas la sienne, mais va seulement intervenir pour secourir des compatriotes en danger. Ses ennemis ne sont en effet pas ceux qui s'en prennent à des innocents, mais ceux qui s'en prennent à ses "proches" qu'il a le devoir de protéger. Ainsi, exécute-t-il sa mission de manière parfaitement ciblée (ne s'en prenant qu'à ceux qui mettent en danger les "siens") et retourne-t-il auprès de ses semblables (comme le montre la dernière image du film) profiter du repos de l'âme et de la tranquillité d'esprit auquels il aspire tant.

Au final, si Rambo (First Blood) et John Rambo dénoncent tous deux les horreurs et les séquelles de la guerre (où les bonnes intentions ne suffisent pas pour améliorer les choses), il s'agit également d'une critique amère de cette Amérique bien-pensante qui a autant de mépris concernant le sort de certains peuples qu'elle n'en a pour ses soldats brisés (et la réalité rejoint la fiction lorsque l'on évoque la tragédie que fut la Guerre en Irak...). Enfin, si John Rambo clôt admirablement la saga initiée en 1982 avec une incroyable brutalité, le film réussit surtout à nous émouvoir (ce qui n'était pas véritablement arrivé depuis le premier épisode) et nous ferait presque regretter que l'aventure ne dure qu'une heure trente... Pourtant, alors que l'on parle de plus en plus d'un cinquième chapitre, j'espère très sincèrement que les producteurs ne tireront pas trop sur la corde (qui, si elle est trop tendue, casse) et ne détruiront pas le travail exemplaire que Sylvester Stallone a fait sur ce film.


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Pierre 08/07/2008 13:28

Uné véritable boucherie, écourante à souhait et un super film de guerre

Thib 28/02/2008 14:35

Excellent article. Je te rejoins totalement sur ce que tu dis. J'ai trouvé ce film d'un excellent niveau avec un fond émotionnel qui te prend aux tripes. Il est évident qu Stallone n'est pas mort, qu'il n'est pas un cinéaste de pacotille.
Thib.
P.S : j'ai également écrit un article sur ce film

chewie 27/02/2008 16:05

Bonjour!
merci pour tes commentaires sur notre blog, ça fait plaisir de partager avec un connaisseur cultivé la passion du cinéma. On lira tes commentaires lors de prochains passages sur notre blog avec grand plaisir!
bon courage pour ton blog très agréable ;)