Réalisé par Jon Favreau, sorti le 30 avril 2008
Avec Robert Downey Jr.,
Jeff Bridges, Gwyneth Paltrow, Terrence Howard, Shaun Toub, Leslie Bibb ...
"Tony Stark (Robert Downey Jr.), inventeur de génie, vendeur d'armes et playboy milliardaire, est kidnappé en Aghanistan.
Forcé par ses ravisseurs de fabriquer une arme redoutable, il construit en secret une armure high-tech révolutionnaire qu'il utilise pour s'échapper. Comprenant la puissance de cette armure, il
décide de l'améliorer et de l'utiliser pour faire régner la justice et protéger les innocents..."
Iron Man est un super-héros de comics créé en 1963 par Stan Lee pour Marvel Comics. Riche de ses précédentes créations,
Stan Lee avait alors à cœur de proposer à ses lecteurs un super-héros atypique. Milliardaire superficiel, tombeur
invétéré, industriel arrogant, fabriquant d'armes, alcoolique notoire... Tony Star a en effet tout du personnage détestable pour la jeunesse américaine hippie des années 1960 qui manifeste contre
la guerre du Viêt Nam, prône le pacifisme et se préoccupe peu du matérialisme (Peace & Love...). En gros, l'exact contraire de Tony Stak qui, grâce à son charisme, mais surtout à ses
faiblesses et ses prises de conscience (qui le rapproche finalement plus qu'il n'y paraît au premier abord de cette jeunesse désabusé), va énormément plaire au lectorat de Marvel malgré
tout ; son côté profondément humain et son ambigüité trouvant alors un formidable écho auprès des lecteurs de tout âge et de tout horizon. Le super-héros en lui-même est assez banal (une
sorte de Batman technologique), mais l'homme derrière intrigue. À juste titre, l'affiche rappelle d'ailleurs que "ce n'est pas l'armure qui fait le héros, mais l'homme qui est à
l'intérieur". Bien vu.
Un des producteurs d'Iron Man, Kevin Feige,
explique ainsi que la popularité du personnage réside dans le fait qu'il n'est précisément pas un mutant, mais un super-héros qui ne doit ses facultés qu'à lui-même : "Il n'a pas subi de
mutation biologique et n'a pas été piqué par un insecte. Il n'est qu'un homme qui s'est servi de son génie créatif pour inventer une armure extrêmement sophistiquée". Effectivement, c'est en
cela, parce qu'on s'intéresse plus à la personnalité de l'homme qu'aux prouesses du super-héros, que Tony Stark s'avère être l'un des personnages les plus attachants de l'univers Marvel.
Et de l'aveu de son créateur, le milliardaire touche-à-tout excentrique Howard Hugues a grandement inspiré la personnalité de
Tony Stark (pour le physique de séducteur, on pense plutôt à Clark Gable). À l'origine, Anthony Edward "Tony " Stark est un industriel qui travaille à la fabrication d'armes
pour le gouvernement américain. Cette activité amène le playboy à se rendre en pleine guerre du Viêt Nam pour démontrer la puissance d'une de ses nouvelles inventions de l'époque : les
transistors, engins capables de décupler la puissance de n'importe quelle arme. Malheureusement, il saute sur une mine qui projette des éclats près de son cœur. Capturé par les soldats
vietnamiens, il est obligé par leur chef à fabriquer des armes avec l'aide d'un scientifique asiatique, le professeur Yinsen, lui aussi prisonnier. Conscients de la mort imminente de Tony Stark
en raison des éclats menaçant son cœur, ils
décident de mettre au point un dispositif destiné à ralentir leur progression dans le corps de l'industriel : une armure, équipée de transistors. Le professeur Yinsen va ainsi sacrifier sa vie
afin de gagner le temps nécessaire pour que l'armure accumule assez d'énergie pour fonctionner. Une fois habitué à son nouveau corps d'acier, Tony Stark se débarrasse facilement de ses
adversaires et s'enfuit.
MacGyver ? C'est qui c'blaireau !?
Afin de réactualiser le personnage (qui serait trop vieux dans les années 2000 s'il avait participé à la guerre du Viêt
Nam), on invente un nouveau passé au personnage. Tony Stark est alors le fils d'Howard Stark (pour le coup,
l'influence du marginal héros du biopic de Martin Scorsese est plus qu'évidente). Le garçon est un inventeur brillant et imaginatif. Au décès de ses parents dans un accident de voiture dû à
des freins défectueux, Tony Stark prend les rênes de Stark Industries et achète la société ayant construit la voiture avant de remédier lui-même au défaut. Playboy charmeur et amateur de soirées
mondaines, il décide finalement d'aller visiter une de ses usines en Asie (le nom du pays est volontairement occulté, à quoi bon réactiver de vieilles rancœurs
?). Il est alors confronté à des rebelles
terroristes. Durant l'altercation, une explosion s’ensuit et propulse un morceau de métal dans le cœur de Stark. Notre héros finit par être capturé par Wong-Chu (sbire du Mandarin, fameux
vilain de l'univers Marvel). Emprisonné avec le scientifique Ho Yinsen, ils cherchent ensemble un moyen de s'échapper. Avec l'aide de ce dernier, notre génie de la robotique met au moins un
prototype d'armure de combat qui lui permet de s'enfuir. Toutefois, Yinsen sacrifiera sa vie dans l'entreprise. Dans sa fuite, Tony Stark rencontre James Rhodes, un pilote de l'American Air
Force, qu'il engage de retour aux États-Unis. Décidé à se racheter de ses erreurs passées, Tony Stark devient alors Iron Man et cesse de fabriquer des armes en hommage à son ami
Yinsen.
Pour ceux qui ont vu le film, il est tout d'abord appréciable de constater que l'essentiel du background du héros de Marvel ait
été conservé. Bien que modernisée, la "naissance" d'Iron Man en Afghanistan (où le milliardaire, alors sans scrupule, se sert de la position de force des américains pour vendre ses
nouvelles armes) est finalement très proche de celle du comics ; le réalisateur n'oubliant pas d'y insérer le personnage essentiel de Yinsen et son sacrifice providentiel, ni la fatale
blessure de Tony Stark. Et pour éviter de tomber dans le piège facile de l'anti-islamisme primaire, le réalisateur a pris
soin de souligner le fait que les guerriers qui composent la milice kidnappant Stark sont composés d'individus d'horizon diverses. Le personnage de Raza est ainsi totalement expurgé des signes
ostentatoires du Taliban de base (il ne porte ni barbe, ni turban) et les escapades d'Iron Man dans les villages afghans (où notre héros découvrira comment ses armes utilisées contre
les populations locales) montrent bien que Jon Favreau ne cherche à cataloguer personne. D'ailleurs, le véritable
méchant de l'histoire s'avère être un américain. En outre, conscient du caractère peu réaliste de l'élaboration de
l'armure telle qu'elle a été imaginée dans le comics original (qui cherchait plus à proposer un divertissement futuriste q'une histoire réaliste), le film s'amuse même à en jouer ; comme
l'illustre cette séquence où Obadiah Stane s'étonne que des scientifiques disposant de tout le matériel nécessaire ne parviennent pas à reproduire ce que Tony Stark a réalisé dans une
grotte en Afghanistan avec des moyens ridicules. L'ironie est d'ailleurs omniprésente dans le film : qu'il s'agisse du burger que réclame Tony Stak après s'être échappé du repaire des
terroristes ou des couvertures too much sur lesquels il pose.
Je
suis un hérooos ! Faut croire ce que disent les journaux !
Paramount et Marvel Films (dont il s'agit du premier film en tant que producteur indépendant) ont vraiment eu raison de
faire confiance à Jon Favreau, réalisateur alors quasiment inconnu, et notamment aperçu comme acteur dans le film DareDevil (où il jouait le meilleur ami de Matt Murdock) ou la série
Friends (où il campait le petit ami milliardaire accro de l'Ultime Combat de Monica). En 2002, Jerry
Bruckheimer et les studios Walt Disney avaient une démarche similaire en confiant la réalisation du blockbuster Pirates des Caraïbes à l'anonyme Gore Verbinski, dont la plus grande gloire
n'était alors que la sympathique comédie familiale La Souris sorti en 1998 (son remake de The Ring n'étant pas encore achevé). Un choix inattendu qui va s'avérer très
judicieux. De fait, on connait tous aujourd'hui le succès tant critique que commercial que connurent les aventures cinématographique de l'extravagant capitaine Jack Sparrow. De façon tout aussi
étonnante donc, l'insoupçonné Jon Favreau s'est donc retrouvé aux commandes de l'adaptation de l'un des plus passionants
et ambigus des héros de comics ; le bonhomme n'ayant alors pas la rénommée d'un Sam "Spider-Man" Raimi, d'un Bryan "X-Men" Singer ou même d'un Christopher "Batman begins"
Nolan. Il possède néanmoins un point commun avec ces illustres prédécesseurs : s'il n'est pas expert en film d'action, c'est un remarquable conteur d'histoires.
Bien qu'étrange au premier abord, ce choix fut donc décisif dans la réussite du projet. À l'instar de Gore Verbinski,
c'est en effet une comédie familiale (en l'occurrence Zathura, honnête variation spatiale du film
Jumanji) qui a apporté un peu de renommée à Jon Favreau. Plutôt à l'aise dans le divertissement familial et visiblement très attaché à coller le plus possible à l'univers du comics,
Ii va également réussir à sublimer ce qui aurait pu n'être qu'un simple blockbuster efficace, mais sans âme. À la fois
démesuré et insouciant, à l'image de son héros, le film de Jon Favreau transfigure quelque peu le genre.
Après avoir vu le dispensable Elfe, on aurait pu en douter mais Jon Favreau, en grand fan du comics original, s'est
révélé particulièrement surprenant. Très fidèle à l'histoire de base, les quelques libertés qu'il prend sont souvent pertinentes. Ainsi, si Tony Stark réside à New-York, à l'origine, Jon Favreau
a préféré déplacer le personnage sur la côte Ouest (faisant ainsi le choix inverse de Francis Lawrence pour son Je suis une légende). Quand on y réfléchit,
c'est assez malin. Tony Stark, à l'instar du personnage d'Howard Hugues dont il s'inspire, semble effectivement bien plus à son aise sous les clinquantes paillettes d'Hollywood qu'en plein
cœur de la sinistre fourmilière
new-yorkaise.
Tu
m'fais trop pitié, tu m'saoules, vas-y parle à ma main !
La seconde idée géniale du film, c'est évidemment la présence de Robert Downey Jr., aussi envoûté qu'envoûtant. Tout comme Johnny Depp avait à l'époque complètement révolutionné le personnage
mythologique du pirate (les deux films ont vraiment pas mal de similitudes), l'inoubliable interprète de Chaplin en fait de même aujourd'hui avec celui du superhéros légendaire.
Indéniablement, il porte en grande partie le film sur ses épaules et donne une consistance inouïe, quasi inespérée, au personnage qu'il incarne. Tout comme le personnage incarné par Nicolas Cage dans le mémorable Lord of War, le cynisme mercantile de Tony Stark va se confronter
à une terrible réalité. À l'instar du Bruce Wayne de Batman Begins, il va alors comprendre qu'il est le seul à pouvoir agir pour lutter contre les injustices dont ses sociétés sont
lourdement responsables. Chose appréciable, et contrairement au justicier sombre de DC Comics, si le personnage va
inéxorablement s'humaniser, Tony Stark n'oubliera jamais de jouer de son côté dandy en société et d'être plus corrosif
que jamais. Un régal transcendé par un Robert Downey Jr. en grande forme qui semble avoir définitivement laissé de côté ses heures noires. Critiqué avant même que le film ne soit présenté au
public, le choix de Robert Downey Jr. s'avère plus que brillant tant son interprétation sonne comme une évidence.
À ses côtés, on retrouve donc Gwyneth Paltrow dans un rôle qui rappelle effectivement celui de la sémillante Miss Moneypenny de la saga James Bond comme j'ai pu le lire ailleurs. L'actrice, dont
je n'étais pas particulièrement fan jusque'là, apporte à son personnage une consistance inattendue grâce à son charme naturel et à l'incroyable fraîcher qu'elle a su lui apporter. Longtemps
pressentie pour le rôle, la jolie Rachel McAdams (héroïne du film N'oublie jamais de Nick Cassavetes) a bien fait de céder sa place à l'ex-compagne de Brad Pitt. Dans le rôle du
salopard de services, c'est l'impressionnant Jeff Bridges (méconnaissable avec son look rappelant un peu celui de
Kris Kristofferson dans Blade ; j'ai d'ailleurs cru un moment qu'il s'agissait de lui...) qui s'y colle avec brio. Loin de ce qu'il a pu joué auparavant (difficile en effet
de reconnaître ici l'anti-héros de The Big Lebowsky) et diablement charismatique, sa prestation est épatante. Son personnage est de plus très proche une fois encore du comics. Son rôle n'est
pas tout à fait le même dans le film, mais sa personnalité et son opposition au personnage de Tony Stark demeurent inchangées (jusque dans les moyens employés). Le personnage de Terrence
Howard a en revanche été largement laissé en retrait, mais on ne doute pas que celui-ci sera davantage développé dans la suite d'ores et déjà annoncée (d'ailleurs, le clin
d'œil à War Machine ne fait que renforcer cette idée du présence prochaine plus importante de cet indispensable
allié de l'homme de fer). En parlant de clins d'œil, l'inévitable apparition de Stan Lee est assez savoureuse :
entouré de jeunes filles à l’entrée du bal des Pompiers, celui-ci est confondu avec Hugh Hefner par Tony Stark.
J'avais une santé de fer, je n'avais qu'un petit travers, j'avais le cœur un peu fragile...
Toutefois, à la manière de Christopher Nolan et de son Batman, Jon Favreau s'attache davantage à la naissance du
super-héros qu'à l'action. Et s'il ne délaisse heureusement pas les intrigues secondaires, les vilains (tout comme les seconds rôles) sont finalement très en retrait. Et
l'histoire humaine dépasse largement le schéma habituel des films de super-héros. Ici, on se concentre véritablement sur le héros, sur l'homme, sur sa personnalité. À l'instar Batman begins donc, il n'y a pas vraiment d'adversaire
d'envergure face à Iron Man. (malgré un combat final assez joussif, moins bordélique que ceux de Transformers et qui fait allégrement référence à Robocop 2). Ce qui permet
de développer l'univers de cet homme complexe, vulnérable, en pleine rédemption et finalement très attachant. On se passionne pour sa quête de justice et sa minutie tâtonnante lorsqu'il élabore
son armure (les séquences avec les automates qui le secondent étant vraiment savoureuses). Et quand vient enfin le moment de révéler le véritable Iron Man, y a pas, c'est vraiment la
grande la classe ! Car si Jon Favreau évite la surenchère de combats manichéens, les scènes d'action ne s'avèrent
pas moins spectaculaires. Signés par l'oscarisé Stan Winston (à qui on doit les créatures de Predator, Aliens, Terminator, Batman, le défi ou encore Jurassic
Park) et les prestigieux studios ILM : Industrial Light & Magic de George Lucas qu'on ne présente plus, les effets spéciaux sont sensationnels et permettent au film d'atteindre des
sommets dans le divertissement d'action efficace (la fuite de Tony Stark et sa confrontation avec les deux avions de l'armée américaine étant vraiment époustouflants !). Tout ça au son
d'une bande-originale énergique qui commence avec AC/DC et s'achève avec l'inévitable Black Sabbath...
Au final, je dirai que cet Iron Man entre directement dans le cercle très fermé des adaptations de comics qui ont
de la gueule aux côtes du Superman de Richard Donner, du Batman de Tim Burton ou encore du X-Men de Bryan Singer ! Franchement, j'ai vraiment hâte de découvrir le prochain
opus qui devrait logiquement s'intéresser au problème d'alcoolisme du personnage et pourrait peut-être réussir l'exploit d'être encore meilleur que cette (déjà) nouvelle référence du
genre !
PS: Je conseille vivement à tous de rester après le générique car la séquence supplémentaire qui nous est proposée, en plus de nous présenter un fameux personnage qui réjouira tous les fans de
Marvel (et qui se paie le luxe d'être interprété par un des plus grands acteurs d'Hollywood), préfigure que la suite mise en chantier (et dont la sortie est prévue pour 2010)
risque d'être tout bonnement énorme !
Par Shin
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Publié dans : Cinéma
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