Réalisé par Stefan Avalos & Lance Weiler, sorti aux États-Unis le 23 octobre 1998
Avec David Beard, Jim Seward, Lance Weiler, Stefan Avalos, Rein Clabbers, Michele Pulaski
...
"Le 15 décembre 1995, deux présentateurs (Stefan Avalos, Lance Weiler) de l’émission de TV “Fiction ou réalité” se rendent en
pleine forêt avec l’intention de réaliser le premier reportage en direct sur les traces du légendaire “Diable du New Jersey”. Pour les accompagner, ils engagent un preneur de son (Rein Clabbers)
et un médium (Jim Seward). Afin de satisfaire un public de moins en moins nombreux, le groupe à l'idée de retransmettre l'émission en direct sur Internet. Partis dans les bois, les jeunes gens
installent un campement à la tombée de la nuit, alors que le médium leur indique les endroits précis où il sentirait le fameux monstre. Les corps atrocement mutilés de deux des hommes seront retrouvés dans les bois, tandis que seul le bonnet et du sang du dernier seront
découverts. Seul le médium reviendra vivant. Il va alors être rapidement soupçonné et
incarcéré."
Alors que les films de type "cinéma-vérité" font leur grand retour cette année sur grand écran (qu'il s'agisse de
Cloverfield, Redacted, Diary of the Dead, [REC] ou encore son prochain remake américain Quarantine), il est grand temps de s'intéresser à l'un des
précurseurs du genre : The Last Broadcast.
Le film part d'un postulat simple. Le journaliste David Leigh va mener son investigation afin d'élucider cette étrange histoire
de meurtres sordides et démontrer que l'accusé, Jim Suerd, qui vient d'être retrouvé mort dans sa
cellule, était innocent. Théorie que l'apparition d'une mystérieuse bande vidéo va rapidement accréditer. Véritable
témoignage filmé des évènements qui ont conduits à cette tragédie, cette cassette pourrait bien disculper Jim Suerd. En effet, à l'aide d'une experte nommée Shelly Monarch qui va mettre en place
un éditeur d'images pour reconstruire une séquence floue de la bande où apparaît une étrange forme (qui pourrait bien représenter le véritable responsable de tout cela), la vérité que va
découvrir David Leigh risque d'être pour le
moins inattendue...
Bien sûr, le concept avait déjà été utilisé auparant (notamment avec l'abominable Cannibal Holocaust ou, plus
récemment, avec le caustique C'est arrivé près de chez vous), mais c'est clairement l'engouement phénoménal autour du Projet Blair Witch qui a relancé le genre. D'ailleurs, les deux films ont quelques
similitudes indéniables ; même si la direction empruntée par les réalisateurs tend à les différencier dans leur conclusion et, finalement, leur ambition.
Réalisé pour une poignée de dollars encore plus dérisoire que le film culte de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez
(a priori moins de 1000 $ contre près de 35 000 $), The Last Broadcast est sorti aux États-Unis de façon très confidentielle le 23 octobre 1998 (soit plusieurs mois avant Projet Blair Witch, sorti pour sa part
Outre-Atlantique le 28 juillet 1999). Le film de Stefan Avalos & Lance Weiler (qui interprètent d'ailleurs les deux présentateurs de "Fiction ou Réalité" dans le film) a ensuite
grandement bénéficié du succès de son "petit frère" trop vite accusé de plagiat. En effet, comme je soulignais plus haut, si le traitement et les histoires sont proches, l'approche des
réalisateurs est quelque peu différente. En outre, Le Projet Blair Witch étant déjà bien avancé lors de la sortie (très discrète) de The Last Broadcast, la coincidence me
semble aussi évidente que celle qui explique la résurgence massive de ce genre actuellement.
Comme souvent, même si certains sont allergiques au parti pris, les deux réalisateurs utilisent le format
documentaire de façon très efficace. Et la tension n'aura de cesse d'augmenter durant tout le film. Contrairement à la thèse officielle, les meurtres semblent avoir été commis dans des
circonstances plus qu'étranges qui tendraient à écarter une simple présence "humaine". Dès lors, l'utilisation de la caméra à l'épaule va une nouvelle fois réussir à impliquer le
spectateur dans cette sombre histoire où le surnaturel semble planer. Et ce, il faut bien le reconnaître, en dépit d'un jeu d'acteurs assez faible et d'un rythme un brin faiblard par moment. Les
images des cadavres sont en revanche vraiment très bluffantes pour un film de cet envergure et la scène qui illustre la jaquette du DVD plutôt saisissante. Sans atteindre les sommets de terreur
du Projet Blair Witch ou de [REC], le film ne s'en sort pas si mal. Enfin, presque...
En effet, les dernières minutes du film, par une tentative hasardeuse et peu convaincante d'explication, vont
faire retomber à plat une idée de départ pourtant intéressante. Pire, si le reste du film est construit comme un
documentaire, la fin est tout autre et prend l'aspect d'un film conventionnel. Du coup, ça décrédibilise complètement l'esprit du film. On ne se sent plus impliqué et, en une fraction de seconde,
l'illusion de visionner un "vrai" documentaire s'envole. Dommage, et plus maladroit que stupide selon moi.
Au final, malgré ce final raté, et le fait que j'aurai bien aimé que la mythologie autour du Diable du New-Jersey soit plus
explicitée, The Last Broadcast est un film intéressant à voir. En dépit de ses maladresses, le film de Stefan
Avalos & Lance Weiler comporte donc son lot de séquences effrayantes, mais est surtout une preuve évidente que, l'ingéniosité et le talent
aidant, on peut faire de belles choses (à défaut d'être grandioses) avec un budget ridicule (quelques centaines d'euros). Et même si Le Projet Blair Witch offrira plus tard une expérience plus percutante, ça demeure vraiment méritoire.
Brêves de comptoir