Samedi 7 juin 2008
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Les chiffres, c'est pratique. Les chiffres, c'est parlant. Les chiffres, on leur fait dire ce qu'on
veut.
La France va mal et seule l'augmentation de la durée de travail semble pouvoir arranger les choses. Travailler
plus pour gagner plus. Travailler plus pour augmenter le pouvoir d'achat. Travailler plus pour relancer la croissance. Depuis l'arrivée des 35 heures (que je ne prends pas pour être l'idée du
siècle), la France n'a de cesse d'être montrer du doigt. On bosserait largement moins que nos camarades européens (même si la productivité de nos entreprises est souvent mise en
avant) et on passerait aux yeux de tous pour les flemmards de l'Europe... voire pire. Aïe ! Avec tous ces congés payés, jours fériés et RTT dont nous disposons, l'argument semble tenir la route. À moins que...
Lundi 12 mai, dans La Matinale de Canal+, le journaliste Léon Mercadet a en effet tordu le coup à cette
vieille rengaine. Les chiffres publiés en 2006 par Eurostat (l'office statistique des communautés européennes) semblent démontrer une vérité très différentes. En nombre d'heures
travaillées par semaine, il apparaît que les Pays-Bas, avec 30,8 heures hebdomadaire, ont la moyenne la plus basse d'Europe. On trouve ensuite, la Norvège, le Danemark, l'Allemagne,
l'Irlande, la Suède, la Belgique, le Royaume-Uni et la Finlande ; ceux-ci étant tous en-dessous de la la moyenne européenne, qui est à 37,9 heures. Le premier pays à travailler plus que
ladite moyenne est justement la France, avec 38 heures hebomaddaires. Au niveau des pays les plus "travailleurs", on trouve la Croatie, La Slovénie, Chypre, la Hongrie, la Roumanie, la
Pologne, la Slovaquie, la Bulgarie, la Lettonie, la République Tchèque (tous au-delà de 40 heures) et la Grèce (42,7 heure). On parle bien de durée hebdomadaire
effective et non pas de la durée légale du travail ; certains (agriculteurs, commerçants, artisans, professions libérales ou encore cadres) n'étant pas soumis à cette durée légale et
d'autres la dépassant régulièrement (par le biais des heures supplémentaires). L'ensemble des chiffres est disponible dans le tableau qui suit :
Durée de travail hebdomadaire moyenne dans les pays de l'union Européenne en 2006
|
Pays-Bas
|
30,8
|
|
Norvège
|
33,7
|
|
Danemark
|
35,5
|
|
Allemagne
|
35,6
|
|
Irlande
|
36,4
|
|
Suède
|
36,4
|
|
Belgique
|
36,7
|
|
Royaume-Uni
|
36,9
|
|
ex-UE à 15 membres
|
37,2
|
|
Zone Euro
|
37,2
|
|
Finlande
|
37,8
|
|
Union Européenne
|
37,9
|
|
France
|
38,0
|
|
Italie
|
38,6
|
|
Lituanie
|
38,7
|
|
Portugal
|
39,1
|
|
Espagne
|
39,3
|
|
Estonie
|
39,8
|
|
Croatie
|
40,1
|
|
Slovénie
|
40,2
|
|
Chypre
|
40,2
|
|
Hongrie
|
40,3
|
|
Roumanie
|
40,8
|
|
Nouveaux pays membres
|
40,8
|
|
Pologne
|
40,9
|
|
Slovaquie
|
41,0
|
|
Bulgarie
|
41,5
|
|
Lettonie
|
41,6
|
|
République Tchèque
|
41,7
|
|
Grèce
|
42,7
|
Le tableau ci-dessus concerne la durée hebdomadaire, mais on observe la même chose en se basant sur la durée annuelle, qui prend
en compte les différents congés (vacances, fériés, RTT). Celle-ci est de 1 545 heures en France, contre 1 445 en Allemagne, 1 499 au Danemark ou encore 1 340 heures aux Pays-Bas. Par
exemple, il faut ainsi savoir que si nous disposons de 10 jours fériés en France et de 25 jours de congés payés, en Allemagne (qui dispose de 11 jours fériés), si la loi n'oblige
l'employeur qu'à 20 jours de congés, payés une trentaine est réellement accordée. Mais ce n'est pas vraiment le plus intéressant.
Le fait le plus marquant "c'est que les pays qui travaillent le moins sont les pays les plus avancés, les plus performants économiquement et socialement" observe le journaliste avant de
poursuivre : "à l'inverse, si on va en bas de classement, on s'aperçoit que les cancres (...) sont les pays les moins performants économiquement, ceux dont le PIB par habitant est le
plus faible. Donc tout se passe comme si : plus on est un pays moderne, plus on est un pays économiquement performant, moins on travaille. Pareil – allez savoir pourquoi – mais moins on travaille
et plus le PIB par habitant est élevé, c'est comme ça que ça se passe en Europe. Alors quand les ministres et les portes-parole du gouvernement nous répètent que nous ne travaillons pas assez,
question. Alors, je me pose la question : est-ce ignorance ou est-ce mensonge délibéré ? En tout cas, c'est de l'idéologie, ce n'est pas des faits. Moi, j'ai quand même l'impression qu'on nous
répète ça dans l'espoir qu'un mensonge cent fois répété devienne une vérité. Bon, les chiffres, le grand public les ignore, mais les économistes, eux, les connaissent bien. Alors dans quel but
cette distorsion des faits ? J'allais dire "allez savoir". Bon, en fait, il y a une réponse évidente : c'est pour supprimer les 35 heures. Pourquoi supprimer les 35 heures ? Parce que c'est la
durée légale. Ça veut dire quoi ? C'est le seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Donc si, en fait, les Français travaillent déjà plus de 35 heures – on est à 38 – mais si on fait sauter les 35 heures, on n'a plus
besoin de payer entre 35 et 38 au tarif des heures supplémentaires."
Comme je le disais tout à l'heure, les chiffres, on leur fait dire ce qu'on veut. Toujours est-il que ce reportage
est assez troublant (déjà par le fait que je n'avais jamais entendu un pareil discours, ni à gauche ni à droite) et qu'il pose un point de vue que je trouve intéressant. Alors après, on
en pense ce qu'on veut, mais la question a le mérite de se poser...
Extrait de La Matinale du lundi 12 mai 2008 (Canal+)
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