Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

La Nuit des morts-vivants (1990)

Réalisé par Tom Savini, sorti le 19 octobre 1990
Titre original : The Night of the Living Dead

Avec Tony Todd, Patricia Tallman, Tom Towles, McKee Anderson, Heather Mazur, William Butler, Katie Finneran, Bill Moseley ...

"Pennsylvanie. Pour des raisons d'abord inconnues, de nombreuses personnes se transforment en zombies et dévorent ceux qui ont le malheur de les croiser. Une poignée de survivants se réfugient dans une maison, où ils devront passer la nuit en contenant l'assaut des zombies..."




Mon avis
(très bon) :





Tout a commencé avec un film, quasi amateur, fait entre potes et rapidement devenu culte : La Nuit des morts-vivants. Réalisé avec des moyens financiers réduits, le long-métrage prouva d'emblée le talent indéniable pour la mise en scène de George A. Romero et fut une réussite exemplaire, offrant un mélange parfait entre satire sociale et gore horrifique. En tout état de cause, le film n'avait nul besoin d'un remake. Pourtant... Pourtant, nos joyeux drilles étant un peu trop enthousiastes, ils négligèrent un détail qui eu des conséquences pour le moins fâcheuses. En effet, initialement appelé La Nuit des mangeurs de chair (The Night of the Flesh Eater), le titre du film ne convint pas du tout à la MPAA (Motion Picture Association of America), la sévère commission de censure américaine, qui somma  illico l'équipe d'en choisir un autre plus décent. Un petit peu dépassés par les évènements, le réalisateur George A. Romero, son co-scénariste John Russo et les deux producteurs du film, Karl Hardman et Russ Streiner, oublièrent malheureusement de protéger juridiquement leur film nouvellement baptisé : La Nuit des morts-vivants. À leur décharge, ils n'étaient à l'époque que des amateurs bien peu au fait des règles du copyright. De fait, le film demeure tout à fait libre de droits, et c'est un peu la fête du slip si j'ose dire ; chacun y allant sans complexe de sa version plus ou moins inspirée et n'hésitant pas plus à éditer l'original à toutes les sauces. Voulant un peu rattraper le coup (il n'y a pas de raison pour que tout le monde se goinfre sauf ceux qui le devraient), l'équipe du film se décide donc à produire un remake du film de Romero. L'ambition mercantile, si elle est nullement dissimulée (et plutôt complètement assumée), me semble pour une fois tout à fait légitime. Seulement, encore fallait-il que ce remake soit confié à la "bonne" personne et qu'il ne brise pas tout le charme de l'original.

 

On aurait logiquement donc pu s'attendre à ce que Romero s'en charge lui-même, mais il n'en fut étrangement rien. Le bébé fut toutefois confié à une personne tout à fait digne de confiance, ce cher Tom Savini. Néanmoins, Romero ne sera jamais loin, supervisant le film en tant que producteur aux côtés de l'équipe ayant conçu l'original. Complice fidèle du cinéaste, ce fut notamment lui qui élabora les maquillages des films Zombie / Dawn of the Dead et Le Jour des morts-vivants (il fut contraint de céder sa place sur le premier opus pour cause d'obligations militaires). Il fit également une apparition remarquée dans  Zombie / Dawn of the Dead (avec son peigne à moustache ! ^__^) et dans Une nuit en enfer de Robert Rodriguez (Sex Machine, c'est lui !). Curieusement, Savini ne s'occupa pas ici des maquillages, même si on imagine assez facilement qu'il y ait participé d'une façon ou d'une autre. Tirant astucieusement partie de la couleur, là où l'original sublimait le noir et blanc, cette nouvelle version propose des zombies bluffant de réalisme, aux visages jaunies et putrifiés, qui compensent en partie l'absence relative de gore En effet, alors que le rendu graphique des cadavres frôle la perfection et que Savini avait concocté des explosions de tête en gros plan bien saignantes, la commission de censure américaine a une nouvelle fois fait des siennes en bridant largement l'enthousiasme du réalisateur. Et s'il avait pourtant pris soin d'éviter les festins anthropophages explicites et autres étripages trop sanguinolents, Tom Savini dut tout de même édulcorer certaines séquences jugées trop dégoutantes pour un film destiné à être plus largement diffusé que ces prédécesseurs. On peut voir ces scènes censurées dans les bonus du DVD (pour en constater la réussite) et regretter amèrement qu'elles n'aient pas été présentes dans le long-métrage. D'autant plus que le film ayant malheureusement été un échec cuisant au box office, aucune version longue ne sera proposée. Du coup, alors que la couleur était propice a une présence accentuée de l'hémoglobine, le film est paradoxalement plus sage que son modèle. Curieusement néanmoins, son film s'intègre mieux dans l'esthétisme général de la saga. Une singularité amusante qui s'explique par un seul nom : Tom Savini (ici réalisateur et maquilleur des deux précédents volets).

 

Malgré toutes ces coupes sommaires, Savini s'en sort honorablement en présentant un film ayant de très beaux restes. Ne cherchant pas à faire une redite modernisée du film de Romero, le réalisateur s'attachera à accentuer le côté "survival horror" du film, quitte à négliger un peu l'impact satirique du premier. Pour cela, il pourra compter sur un casting de haute volée, une interprétation très convaincante et  fera un joli lifting des personnages au passage (tout en prenant soin de les conserver sans ajout superflu). Ben est ainsi campé par le charismatique Tony Todd, qui s'illustrera deux ans plus tard dans le rôle-titre du film Candyman de Bernard Rose (Savini y fait d'ailleurs une allusion involontaire amusante – le film a été tourné bien avant – en montrant l'acteur avec un pied de biche semblable à un crochet lors de sa première apparition). Il apparaît ici comme bien plus fragile que dans l'original (on le voit s'effondrer littéralement sur la fin) et est joué avec une belle intensité par l'acteur. Dans le rôle de Harry Cooper, Tom Towles offre également une prestation remarquable, accentuant la folie du personnage et l'antipathie du spectateur face à cet individu égoïste prisonnier d'une haine pathétique et démesurée. Il n'en reste pourtant pas moins humain, tout comme Barbara qui est avantageusement interprétée par Patricia Tallman. Loin de cette vision datée de la femme que représentait la Barbara de l'original, incapable de survivre seule et véritable boulet pour les autres, cette Barbara "next generation" est psychologiquement bien plus intéressante ; à un point tel qu'elle devient même l'héroïne du film au détriment de Ben. Du statut de vieille fille coincée, apeurée et sanglotante du début elle passe à celui de la femme d'action déterminée et dérouille les zombies aussi sûrement que ne l'aurait fait la Ripley de la saga Alien. Subtilement interprétée par l'actrice, cette guerrière improvisée n'en demeure pas moins une femme ayant une sensibilité à fleur de peau. C'est ainsi portée par ses émotions qu'elle craquera mentalement (avant de se ressaisir) face à ce spectacle morbide d'une jeune morte-vivante tenant encore sa poupée délabrée dans les bras ou qu'elle réagira aussi violemment sur la fin. L'enrichissement psychologique de ce personnage est assurément le point fort de ce remake.

 

Techniquement plus abouti que son modèle, cette modernisation du mythe perd tout de même un peu en atmosphère ce qu'elle gagne en efficacité ; la vision de l'original me semble quoi qu'il en soit indispensable pour apprécier au mieux ce qui le différencie de celui-ci. Car s'il reste finalement très proche scénario original, Savini joue malicieusement avec notre mémoire de spectateur, contournant astucieusement certaines scènes clés comme l'ouverture dans le cimetière ou encore le matricide dans la cave (n'oubliant pas au passage de faire un habile clin d'œil à l'original et sa fatidique truelle) et prenant des libertés surprenantes avec le destin des personnages. La fin est également substantiellement différente. Et si le film de Tom Savini n'est pas aussi chargé politiquement que celui de George A. Romero, le pessimisme de la fin est très fidèle à l'esprit de la saga originelle. "Nous sommes eux et ils sont nous" renvoie directement au "C'est nous" proclamé par Peter dans Zombie / Dawn of the Dead. La brutalité des morts-vivants face à notre barbarie inhumaine. L'anthropophagie écœurante des zombies solidaires est-elle finalement pire que l'allégresse avec laquelle les hommes (qui ne cessent de s'entredéchirer) s'amusent avec les morts (les pendant par les pieds pour en faire des cibles vivantes plus distrayantes) ? Une réflexion parmi tant d'autres que les morbides photos orangées des exactions commises par l'homme finissent de soulever lors du générique final où retentit une musique industrielle inquiétante. Même si j'ai une nette préférence pour l'original de Romero et sa fin d'une injustice totale, je reconnais sans peine le talent de Savini. Il a un réalisé un travail exemplaire et son remake, en plus d'être plutôt réussi, est un bel hommage au classique du maître.

 

Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Vlad 20/10/2010 02:13



Pas indispensable mais pas inintéréssant pour autant. Un film sympathique que je regrette pas d'avoir vu même si le film n'as pas la force d'un Romero il s'en approche dans l'esprit cependant :)



RobbyMovies 20/09/2008 13:59

Je suis probablement plus partagé que toi par rapport au travail de Romero sur la longueur, mon préféré étant sans doute Day of the Dead, je mets à part la version originale de la Nuit des Morts-Vivants qui pour moi reste une oeuvre à part.
Je suis surtout assez dubitatif par rapport à toutes les analyses "sociales" de ses films. Même si je suis mal placé pour trouver sans intérêt l'analyse d'un film, je crains que dans son cas on oublie parfois le film lui-même au profit de ce que l'on peut en dire.
Mais je suis agréablement surpris qu'un fan soit si réceptif aux remakes tels que celui-ci ou l'Armée des Morts que pour ma part je trouve excellent. Trop souvent la "dévotion" rend un peu intégriste ce qui n'est pas ton cas. Bravo.

Robby

Shin 20/09/2008 14:14



Salut Robby,

Il faut savoir raison gardée, encore plus lorsqu'on est fan. Par exemple, je ne suis pas spécialement tendre avec Diary of the Dead, mais aussi Day of the Dead que j'ai trouvé un
peu laborieux. C'est d'ailleurs l'épisode que j'aime le moins et c'est dommage si l'on considère tout le potentiel thématique de celui-ci... En outre, je ne suis pas foncièrement opposé aux
remakes, contrairement à bon nombre de cinéphiles (je trouve même certaines relectures tout à fait meilleures). Ce qui explique probablement mon indulgence.

Pour en revenir à Romero, La Nuit des Morts-Vivants, Zombie / Dawn of the Dead et Land of the Dead demeurent mes préférés car ils sont plaisants à suivre en tant que
divertissement tout en demeurant riches en analyses.



RobbyMovies 20/09/2008 10:08

Bon sang (haha) que c'est agréable de lire du bien de ce film qui souffre de l'apriori négatif des remakes, en particulier de classiques tel que celui !
Bravo pour cette vision juste et nuancée et merci pour cet acte de justice héhé.

Amicalement

Robby

Shin 20/09/2008 13:50



Bonjour RobbyMovies,

Je suis content que mon article t'ait plus car la saga des morts-vivants de Romero a une très grande importance à mes yeux, et Tom Savini ne l'a pas vraiment pas trahi...

Amicalement,

Shin.



locutus57 10/09/2008 08:42

Ah Tom Savini et son peigne à moustache. Que de bons souvenirs en effet ;-)

A propos de ce remake, je l'ai préféré à l'original. Peut être car plus encré dans notre époque. Fini de la femme pleurnicharde qui ne sert à rien (oui un boulet), bienvenue la guerrière (parfaitement incarnée par Patricia Tallman).

Moi j'adore.

Shin 13/09/2008 12:26



Bonjour Locutus,

Personnellement, je trouve que le remake de Savini gagne en efficacité ce qu'il perd en atmosphère. Et entre l'énergie de celui-ci et l'angoisse de l'original, j'ai fait mon choix. Malgré tout,
Tom Savini a exécuté un travail tout à fait exemplaire qui, de plus, trouve tout son sens lorsqu'on le connaît le film de Romero.

Amicalement,

Shin.



Elodie 25/08/2008 00:38

J'aime pas les morts-vivants....

Shin 30/08/2008 23:00



Bonsoir Elodie,

C'est vrai qu'ils sont très effrayants ces morts-vivants... Mais le sont-ils plus que l'homme ?

Amicalement,

Shin.