Mardi 19 août 2008
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Réalisé par Louis Leterrier, sorti le 23 juillet 2008
Titre original : The Incredible Hulk
Avec Edward Norton, Liv Tyler, Tim Roth, William Hurt,
Christina Cabot, Tim Blake Nelson, Ty Burrel, Lou Ferrigno...
"Le scientifique Bruce Banner (Edward Norton) cherche désespérément un antidote
aux radiations gamma qui ont créé Hulk. Il vit dans l'ombre, toujours amoureux de la belle Betty Ross (Liv Tyler) et parcourt la planète à la recherche d'un remède. La force destructrice de Hulk
attire le Général Thunderbolt Ross (William Hurt) et son bras droit Blonsky (Tim Roth) qui rêvent de l'utiliser à des fins militaires. Ils tentent de développer un sérum pour créer des soldats
surpuissants. De retour aux Etats-Unis, Bruce Banner se découvre un nouvel ennemi. Après avoir essayé le sérum expérimental, Blonsky est devenu L'Abomination, un monstre incontrôlable dont la
force pure est même supérieure à celle de Hulk. Devenu fou, il s'est transformé en plein coeur de New York. Pour sauver la ville de la destruction totale, Bruce Banner va devoir faire appel au
monstre qui sommeille en lui..."
Décevante, la première adaptation cinématographique signée Ang Lee l’avait été à bien des égards. Les spectateurs avaient eu
bien du mal à appréhender la volonté du cinéaste taïwanais. Peut-être trop ambitieux, le premier Hulk avait
surtout commis un impair de taille : proposer un drame introspectif qui prend son temps (jusqu’aux limites de l’ennui), alors que le grand public (majoritairement fan de la série
télévisée) attendait surtout un blockbuster spectaculaire qui déménage sec ! Évidemment, les recettes du film n’avaient pas été à la hauteur des ambitions de Marvel et le film quasiment
renié par le studio. En outre, l’attraction principale du film, le Hulk apparaissait très peu à l’écran et, malgré des effets visuels soignés, s’apparentait davantage à un être virtuel (ce
qu’il est) qu’à un personnage à part entière (ce qu’il aurait dû être). La démarche du réalisateur d’accentuer le caractère enfantin du monstre était bien vue, mais le résultat sur
grand écran ne fut pas aussi impressionnant qu’on aurait pu l’espérer. Et ceci malgré une mise en scène léchée, de belles transitions et une volonté que j’imagine sincère. Pour ma part, j’avais
particulièrement détesté l’illisibilité de la séquence finale et ce risible combat contre des "caniches géants" ; le reste étant relativement satisfaisant. N’ayant pas convaincu grand
monde, Ang Lee et son équipe ont donc été logiquement remerciée par Marvel qui, à l’instar d’Iron Man, produit intégralement cette seconde adaptation appelée pour l’occasion L’Incroyable
Hulk.
Et effectivement, malgré une story-line pouvant suggérer une suite (on reprend Banner là où l’a laissé Ang Lee : fugitif
solitaire, exilé en Amérique du Sud), les plans rapides du générique d’ouverture du film ne laisse pas la moindre place au doute. La "naissance" de Hulk est toujours due à une
exposition aux rayons Gamma, mais le traitement de l’histoire est tout à fait différent. Ne voulant pas s’embarrasser des détails, Louis Leterrier expédie rapidement l’origine du mal en se basant
notamment sur les acquis de la série télévisée, et entre directement dans le vif de l’action. Car outre ce changement de casting, c’est surtout une nouvelle approche du personnage que
recherchaient les producteurs. Et si L’Incroyable Hulk s’inscrit toujours dans la lignée du comic-book de Marvel, le film de Louis Leterrier tranche radicalement avec celui d’Ang Lee, se
rapprochant davantage de la série à succès de la fin des années 1970. Le film y fait d’ailleurs de nombreux clins d’œils ; des plus anecdotiques (on peut notamment voir Bill "Banner"
Bixby dans un programme télévisée et Lou "Hulk" Ferrigno faire une courte apparition, ou entendre le célèbre thème musical mélancolique de la série le temps d’une scène) aux plus notables
(la mise en scène lors de l’expérience fatidique de Banner rappelle inévitablement la série tout comme la dilation des pupilles avant chaque transformation, et puis Lou Ferrigno double
également le Hulk dans la version originale – mais seulement vocalement cette fois-ci ! ^__^). Et puis la série, qui s’intitulait aussi L’Incroyable Hulk, narrait déjà l’errance
solitaire du héros, ses dilemmes psychologiques et sa recherche désespérée d’un antidote pour endormir définitivement le monstre qui sommeille en lui.
Bruce Banner est donc ici inlassablement traqué par l’acharné Général Ross, ennemi juré du Hulk et père de la belle Betty, qui
rêve de percer le secret de sa puissance. Succédant à Eric Bana, Edward Norton est, comme à son habitude, époustouflant et il emmène son personnage vers une ambivalence subtilement restituée
entre le désespoir et la rage. Remarquablement à l’aise dans les rôles schizophréniques (comme en témoigne ses magistrales prestations dans Peur Primale, American History X et
bien sûr Fight Club), l’acteur porte le film vers le haut ; frôlant l’excellence quand Eric Bana se contentait seulement d’être bon. Face à lui, William Hurt reprend avantageusement
le rôle tenu par Sam Elliott et offre une prestation tout à fait convaincante. Bien sûr, on pourrait arguer que Tim Blake Nelson frise la caricature dans son interprétation de Samuel Sterns,
futur "Leader", mais son personnage l’exige presque et il demeure de toute façon à des lieux du cabotinage de Nick Nolte dans le film d’Ang Lee. À ce propos, le choix de Tim Roth pour
camper le méchant de service, Emil "L’Abomination" Blonsky, a été extrêmement judicieux. Sa confrontation avec Hulk dans un campus universitaire, où il se dresse tel un nabot hargneux
face au géant déchaîné, est assurément l’un des temps forts du film. En fait, il n’y a vraiment que Liv Tyler que je n’ai pas trouvé à la hauteur de Jennifer Connelly. Ce n’est pas tant qu’elle
soit mauvaise, mais plutôt que celle qui la précéda fut particulièrement bonne (Edward Norton et Eric Bana étant, en quelque sorte, dans la situation inverse). Cela dit, elle a su se
rendre suffisamment attachante pour rendre crédible la romance la liant avec Bruce "Hulk" Banner ; la séquence dans la caverne étant par ailleurs un véritable moment de tendresse
poétique que je n’attendais pas chez Louis Leterrier.
"On n't'a jamais dit qu'il n'fallait pas
abuser d'la soupe aux épinards mon grand ?"
Celui-ci est en effet plutôt rôdé aux productions de Luc Besson gonflées aux testostérones telles que Le Transporteur 1 et 2 ou Danny the dog ; et, question action qui
dérouille sévère, le gaillard sait être efficace à défaut d’être subtil. J’avoue donc que je partais un peu méfiant avant la séance ; la bande-annonce bourrine n’ayant fait qu’amplifier ma
crainte. D’autant plus que le scénariste du film, Zak Penn, est capable du meilleur (X-Men 2) comme du pire (Elektra). Bien sûr, Edward Norton aimant s’impliquer
dans ses projets cinématographiques, sa participation à l’écriture avait quelque chose de rassurant. Néanmoins, son désaveu officieux avant la sortie du film (info ou intox ?), l’était
nettement moins. Mais finalement, à l’instar de son héros, la surprise est de taille. Le film ne souffre d’aucun temps mort et certaines séquences sont très spectaculaires ; celle où le Hulk fait
face à un commando armée sur le campus universitaire bien sûr, mais également la course-poursuite nocturne du début dans les favelas brésiliennes et la monumentale confrontation finale
new-yorkaise. Chorégraphiés par un autre frenchie de l’écurie Besson, le bondissant Cyril Raffaelli (fameux cascadeur ayant notamment joué dans Banlieue 13 et Die Hard 4 :
Retour en Enfer), les combats sont aussi démesurés que jouissifs. À ce cocktail explosif s’adjoint une bonne touche d’humour et une jolie histoire d’amour entre Bruce Banner et Betty
Ross. Loin des palabres psychologiques indigestes d’Ang Lee, L’Incroyable Hulk a nettement gagné en efficacité. Il est aussi beaucoup moins allégorique et bien plus concret ; offrant une
sorte d’alternative musclée en forme d’antithèse au film onirique du cinéaste taïwanais. Pour ma part, le film a comblé la plupart de mes attentes et j’ai suivi la projection avec beaucoup de
plaisir.
Les effets-spéciaux ont de plus été largement revu à la hausse depuis la première tentative d’Ang Lee. J’ai préféré l’apparence
agressive du Hulk de Louis Leterrier à la tête de poupon du précédent film. Les incrustations d’eau et de poussières, les mouvements musculaires ou les jeux d’ombre ont également été
particulièrement soignés (c’était déjà le cas chez Ang Lee, mais les progrès technologiques réalisés en la matière sont plutôt significatifs). Même si je dois bien reconnaître que,
malgré une représentation très fidèle à son modèle de papier, L’Abomination m’a moyennement convaincu visuellement. À l’instar du Hulk d’Ang Lee, un soin particulier a pourtant été apporté au design du personnage et à ses mouvements, mais le tout est un peu trop propret. Et on a un peu de mal à
oublier les origines numériques du monstre carmin, contrairement au Hulk qui s’intègre bien mieux aux éléments réels du long-métrage (et ses coups de boule explosent même largement ceux
de Zizou ! ^__^). Cela dit, ça ne pénalise pas outre mesure le film, qui demeure efficace même lorsque le titanesque vilain est au centre de l’action. De plus, j’ai particulièrement aimé la
séquence de transformation d’Edward Norton en Hulk, qui m’a rappelée à la fois celles du film Hollow Man de Paul Verhoeven et du Loup-garou de Londres de John Landis. Les références
aux autres super-héros de Marvel sont également appréciables. À l’instar de ce liquide bleu que s’injecte Emil Blonsky qui est semblable au sérum utilisé sur Captain America ; membre influent des
Vengeurs dont l’adaptation cinématographique est prévue prochainement. On trouve aussi plusieurs allusions à Iron
Man, autre membre des Vengeurs, puisque divers équipements militaires portent la mention "Stark Industries", entre autres choses. Le décompte des jours sans incident, symbolisé
par un chronomètre menaçant, est également une bonne idée qui accroît significativement la dimension dramatique du film. Surtout, j’ai adoré le sourire final, ambigu à souhait, d’Edward
Norton.
Au final, si le film à fort à faire avec la concurrence d’autres adaptations cinématographiques de super-héros, sortant quelques semaines après l’excellent Iron Man de Jon Favreau et juste avant le très attendu The Dark Knight de Christopher Nolan, il ne décevra
pas les amateurs du genre. Bougrement efficace, le film pose les bases d’une hypothétique saga solide et a le bon goût de s’inscrire dans une mythologie d’ensemble très intéressante. Et si le
film n’atteint pas encore les sommets du Spider-Man de Sam Raimi, de l’Iron Man de Jon Favreau ou du
X-Men de Bryan Singer, il demeure un excellent divertissement qui pourrait même se payer le luxe de se bonifier en fonction des éventuelles suites en découlant. Dans le combat opposant
Louis Leterrier à Ang Lee, le français a d’ores et déjà une belle longueur d’avance !
Par Shin
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Publié dans : La Shinémathèque
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