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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 00:00
Réalisé par Zack Snyder, sorti le 30 juin 2004
Titre original : Dawn of the Dead

Avec Sarah Polley, Ving Rhames, Jake Weber, Mekhi Phifer, Michael Kelly, Ty Burrell, Lindy Booth, Kevin Zegers ...

"Personne ne peut expliquer comment tout cela est arrivé, mais ce matin, le monde n'est plus qu'un immense cauchemar. La population de la planète se résume désormais à une horde de morts vivants assoiffés de sang et lancés à la poursuite des derniers êtres humains encore en vie. Après avoir miraculeusement réussi à s'échapper de son quartier, Ana Clark (Sarah Polley) se barricade avec un petit groupe de survivants dans un centre commercial. Ils vont tout faire pour rester vivants. Alors que la situation empire à l'extérieur, il faut aussi faire face aux peurs et aux démons de chacun à l'intérieur..."




Mon avis
(version cinéma – très bon) :
(director's cut – excellent) :




La mise en chantier de remakes est l’une des lubies les plus fréquentes des producteurs américains avec la multiplication des suites (séquelles ou préquelles) ; et ce pour le meilleur (l’excellent Massacre à la tronçonneuse, le correct Le Cercle : The Ring ou l'indispensable La Colline a des yeux un peu plus tard) et surtout pour le pire (à peu près tout le reste). George A. Romero ayant déjà signé plusieurs suite à son classique La Nuit des morts-vivants (Le Jour des morts-vivants étant alors le dernier en date) et supervisé son remake (que réalisa son complice Tom Savini au début des années 1990), il semblait presque évident que soit envisagé celui du plus emblématique volet de la saga des morts-vivants : Zombie / Dawn of the Dead. Surtout que, entre temps – alors que La Nuit des morts-vivants revisitée par Savini ne rencontrait pas le succès escompté et que Romero n’en finissait pas de s’en vouloir d’avoir ainsi négligé les droits de l’original – on avait vu apparaître un paquet de suites illégitimes et de plagiats à peine camouflés (qui a parlé de Virus Cannibale ? ^__^). Les détenteurs des droits ont donc logiquement donné leur accord à ce remake ; dont le rôle fut assurément décisif pour que Romero obtienne le financement nécessaire à son Land of the Dead : Le Territoire des morts quelques temps après. On se rappelle que, confié à un réalisateur de clips confirmé (Marcus Nispel, dont c’était également le premier long-métrage), le remake de Massacre à la tronçonneuse avait été un franc succès tant critique que commercial. Malins, les producteurs ont donc suivi la même logique en embauchant Zack Snyder (qui s’illustrera plus tard avec le spectaculaire 300, avant de s'attaquer l’adaptation des Watchmen).


Fort de son expérience dans la publicité, le jeune réalisateur a davantage mis en scène une relecture du film que son adaptation moderne. En effet, si le titre original (Dawn of the Dead) et le lieu de l’action (un centre commercial) sont les identiques à ceux du film de Romero, tout le reste diffère. À commencer par les personnages qui changent totalement. Leur histoire tout comme leur caractère n’ont plus rien de comparables, et même la façon dont leur vie s’organise à l’intérieur du centre commercial est sensiblement différente. Plusieurs "nouveaux" personnages même si, de fait, il le sont tous font ainsi leur apparition : comme ce trio de vigiles bien décidés à défendre ce qu’il considère comme "leur" territoire (ce qui renvoie un peu à la façon dont les militaires s’accaparaient le bunker dans Le Jour des morts-vivants) ou ce sniper isolé sur le toit de l’armurerie d’en face. La création de ce dernier est l’un des ajouts que j’ai préféré dans cette nouvelle version ; sa façon de communiquer avec nos héros via des pancartes blanches et la fameuse scène de "ball-trap des célébrités" étant toutes deux des trouvailles vraiment excellentes. La séquence d’ouverture est également un beau moment de terreur pure. Contrairement à Zombie / Dawn of the Dead qui se déroulait dans un monde déjà peuplé de morts-vivants, L’Armée des morts débute dans un environnement "normal" (si ce n’est les divers messages, radiophoniques notamment, que l’héroïne s’évertue à zapper malgré elle et qui semble annoncer que quelque chose de pas nette se trame). Le réveil   c’est le cas de le dire…   n’en est donc que plus brutal. Reprenant une des situations cultes de La Nuit des morts-vivants, cette séquence confronte les parents à leur progéniture affamée avant que la mère ne s’enfuie à bord de sa voiture. Filmée caméra embarquée, à la manière d’un jeu vidéo, puis de façon aérienne avec de somptueux plans apocalyptiques, cette dizaine de minutes est sans nul doute la plus réussie du film.

 

Ce passage d’un monde normal à un monde apocalyptique durant une phase de sommeil n’est d'ailleurs pas sans rappeler le pitch du génial 28 jours plus tard, tout comme cette tendance à faire galoper comme des dératés les mort-vivants (en même temps, il est vrai que certains n’ont plus beaucoup d’organes ! ^__^). Assez bien adapté au film de Danny Boyle, et superbement utilisé dans la séquelle de Juan Carlos Fresnadillo, cette vélocité des zombies est assez regrettable en l’espèce. Alors qu’il est censé s'agir d'une critique en règle de la société de la consommation (représentée par ses êtres abrutis – ici il s'agit plutôt d'infectés – déambulant mécaniquement dans un centre commercial) et de la superficialité de l’homme (qui se borne à protéger ses biens matériels quand il devrait plutôt chercher à sauver sa peau), la diatribe sociale du film passe du coup complètement à la trappe ; et la nouvelle version s’apparente alors davantage à un film d’horreur classique. Relativement bien fait certes et servi par une mise en scène nerveuse, L'Armée des morts se prive tout de même regrettablement de cette dimension satirique. Et si j'avais bien apprécié le spectacle la première fois, force est d'avouer que le film perd de sa saveur lors des revisionnages quand celui de Romero tend à se bonifier. Dommage. Heureusement, la director's cut (9 minutes supplémentaires)   corrige un peu le tir et compense l'absence de satire en proposant un spectacle plus brutal, plus sanglant et plus généreux en sensations fortes (avec un approfondissement aussi de certains personnages). Qui plus est, les zombies sont quand même nettement plus effrayants (Zack Snyder ayant eu le bon goût de ne pas recourir à d'infâmes effets numériques outranciers, mais à de bluffants maquillages ou prothèses) et dangereux (ils courts, sautent et semblent increvables), même leur résistance aux armes à feu me semble parfois un poil exagérée. Zack Snyder a d'ailleurs lui-même reconnu que cela limitait un peu l'impact des morts-vivants. La vélocité des zombies illustre d'ailleurs assez justement la volonté du réalisateur de faire un film qui carbure à 200km/heure, quand Romero s'évertuait à prendre son temps pour développer la psychologie des personnages  ce qu'a un peu minimisé le montage européen de Dario Argento. Mais si la pertinence critique de l'original n'est pas retrouvé, quelques bonnes trouvailles scénaristiques demeurent.


http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/35/28/15/18379353.jpg

Elles courent, elles courent, les furies...


À l'instar de notre monde moderne, tout va trop vite dans le film. On fait parler la poudre avant d'entamer le dialogue, on pense à son propre intérêt avant de penser aux autres. Comme chez Romero, les hommes s'opposent quand ils devraient se soutenir. L'humanité dans toutes ses travers est ici représentée. De la soumission inconditionnelle aux règles des vigiles (qui enferment nos héros pour se garantir leur sécurité) à l'individualisme borné de Kenneth (pour qui retrouver son frère est la seule chose qui compte), du cynisme couard de Steve (qui ne manque pas une occasion de prouver sa lâcheté) à la stupidité crasse de Nicole (qui n'hésite pas à risquer la vie de tous pour un malheureux clébard). Et même si on comprend l'aveuglement amoureux d'André (qui n'hésite pas à préserver sa femme enceinte   et surtout contaminée) au détriment des autres, le cocon morbide qu'il met en place et la folie dans laquelle il sombre dramatiquement montrent bien que sa volonté de préserver les valeurs familiales traditionnelles est une pathétique utopie. Entre temps, on dézingue donc toujours aussi joyeusement les anciens vivants (la fameuse scène du "ball-trap des célébrités") et on s'efforce de rester humain ; avec pour seule alternative : tuer ou être tuer. On regrette toutefois le scénario indigent de James Gunn qui se contente de survoler la psychologie des personnages (la jeune fille se console bien vite de la mort de son père) et les dialogues involontairement comiques qu'il aligne au kilomètre. En même temps, du scénariste des deux Scooby Doo et de Tromeo & Juliet, il ne fallait pas s'attendre à des grands moments de subtilité. Hésitant souvent entre le premier degré horrifique, l'action grand-guignolesque (c'est pas Michael Bay, mais presque), le second degré assumé (l'utilisation à contre-emploi magnifique du tube "Don't worry, be happy" de Bobby McFerrin) et le pastiche (la grosse bonne femme zombifiée ; que [REC] ne s'est pas privé de reprendre à son compte, avec la même maladresse), l'expérience de James Gunn au sein de la Troma lui a toutefois appris un certain sens de la démesure qui sied bien à la volonté du réalisateur d'offrir avant tout un film d'une efficacité imparable.


On admirera ainsi cette superbe explosion de bonbonne de gaz filmée en plongée, cette sortie fracassante de bus bricolés à la sauce Mad Max au sein d'une foule composée de milliers de zombies et les découpages multiples à base de tronçonneuse qui suivront. Et si les personnages ne sont pas assez approfondis et que le film s'apparente bien trop souvent à 28 jours plus tard, Zack Snyder compense ce manque de fond par une mise en forme diablement efficace. Il n'oublie pas non plus ses prédécesseurs et rend largement hommage à la saga de Romero. Ainsi peut-on voir l'héroïne finir sa course de la même manière que Barbara dans La Nuit des morts-vivants (sa voiture encastrée dans un arbre), ou divers têtes connues du film Zombie / Dawn of the Dead. Scott H. Reiniger apparaît ainsi furtivement sous les traits d'un général dans un reportage télévisé (comme les affectionne tant le maître dans ses films), Tom Savini en shérif spécialiste des zombies (affirmant même en avoir "connu quelques uns") ou encore Ken Foree en télévangéliste moralisateur (rappelant le prêtre noir estropié de l'original que rencontrent Peter et Roger après l'assaut de l'immeuble) qui conclut son sermon par le mythique : "Lorsqu'il n'y aura plus de place en Enfer, les morts reviendront sur la Terre". Il y a également la gamine infectée du début qui rappelle le premier film de la saga comme je l'évoquais avant, et le final, qui est un peu le pendant tragique du film Le Jour des morts-vivants et nous rappelle l'inéluctabilité de la mort. Quant à la fameuse scène de l'accouchement, elle rappelle aussi inévitablement le classique de Larry Cohen, Le monstre est vivant. Tous ses points jouent évidemment en faveur du film de Zack Snyder.


Pour conclure, s'il ne parvient pas égaler le maître sur son propre terrain la satire sociale, Zack Snyder propose une alternative musclée, un formidable divertissement bénéficiant d'un gore graphique efficace et d'une action savamment soutenue auquel il ne manque finalement pas grand chose pour être un véritable must. Un soupçon d'originalité supplémentaire peut-être (l'ombre du film de Danny Boyle se fait cruellement ressentir), un montage moins elliptique sûrement et une psychologie plus travaillé. Malgré tout, il parvient à doser intelligemment les interventions des nombreux protagonistes et on s'attache suffisamment à eux pour s'intéresser à leur sort. L'efficacité de la mise en scène et le plaisir coupable ressenti devant ce spectacle (surtout via l'indispensable director's cut) absolument jouissif faisant le reste... 


 
Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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commentaires

Cnawak 20/10/2015 10:23

Pour moi, la version de Romero est clairement la meilleure (en particulier la version originale Theatrical Release... je ne suis pas fan du montage de Dario Argento). Mais il faut reconnaître que le Dawn of the Dead de Zack Snyder, c'est du bon gros spectacle aussi.

J'ai fait une petite vidéo qui comptabilise les passages WTF de Dawn of The Dead. C'est à prendre au second degré bien sûr. Voici où elle se trouve si ça vous dit d'y jeter un oeil : https://www.youtube.com/watch?v=wEw0IKxIu7w

Sinon, je n'ai pas vu le remake de Savini. Il vaut le coup ?

Kana 03/01/2013 11:09


Ta dent était moins dur suite au revisionnage de mardi, notamment concernant les personnages.

Shin 03/01/2013 17:41



C'est vrai. Cela dit, ce billet a été écrit alors que j'avais enchaîné un cycle Romero (durant lequel j'ai regardé Zombie - dont L'Armée des morts est le
remake - à deux reprises, montage américain et montage européen) ; cela a forcément joué. Le film de Romero est plus posé, presque lent à certains moments, et insiste davantage sur la
psychologie des personnages, sur la critique de la société de consommation. À l'inverse, le film de Snyder est plus speed et privilégie souvent l'action à la réflexion. Ce n'est pas
forcément un mal (revoir le même film n'aurait eu aucun intérêt), mais sur le coup ça m'avait un peu déplu (et puis je préfère les zombies "marcheurs" aussi que les zombies
"coureurs"). En fait, si le film de Snyder plus palpitant, celui de Romero reste quand même plus intéressant. L'Armée des morts est décevant surtout lorsqu'on connait,
et apprécie, Zombie. En tant que tel, il est quand même très bien !


 


À présent, je suis moins déçu car je connais déjà l'orientation choisie par Snyder. Qui plus est, la director's cut rattrappe un certain nombre de lacunes durant ses 9 minutes
supplémentaires. Le personnage de Michael (Jake Weber) notamment et surtout celui de CJ (Michael Kelly) sont plus développés ; paraissant ainsi moins stéréotypés, un peu plus complexes, et
donc plus intéressant.

Comme à chaque fois chez Snyder (Watchmen, Sucker Punch), la director's cut rattrappe largement les lacunes de la version ciné (que je critique
surtout ici). Ce qui explique pourquoi je le note plus avantageusement aussi désormais, lui accordant un 4/5 (excellent) mérité.



Vlad 21/10/2010 02:29



Un des meilleurs remake que j'ai pu voir malgré ses défauts. Dommage que l'on soit obligé de faire inconsciemment la comparaison avec "Zombie" car du coup le film perd de son intensité notamment
sur la psychologie des personnages mais ca reste un remake diablement efficace et plaisant à voir :)


 


 



Paul 25/10/2008 11:53

Personnellement, j'ai beaucoup aimé ce film, étant un fan de Romero, j'ai trouvé l'hommage très réussi.

Shin 31/10/2008 12:10



Bonjour Paul,

Zack Snyder, s'il n'égale nullement la puissance évocatrice de l'original, lui fait un hommage tout à fait réussi en effet.

Amicalement,

Shin.



Moskau 24/09/2008 18:48

Bonjour!
Moi j'ai plutôt bien aimé cette Armée des morts; je ne comparerai pas à l'original parce que je ne l'ai jamais vu (j'ai du mal à regarder les vieux films de zombies); un bon premier film.

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