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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Harvey

Réalisé par Henry Koster, sorti le 13 juin 1951

Avec James Stewart, Josephine Hull, Victoria Horne, Peggy Dow, Charles Drake, Jesse White, Cecil Kellaway, William H. Lynn ...

"Dans sa petite ville, tout le monde considère Elwood P. Dowd (James Stewart) comme un original. Il prétend en effet être accompagné en permanence par son ami Harvey, un lapin géant invisible, avec lequel il converse souvent. Mais tout cela ne fait pas les affaires de sa sœur Veta (Josephine Hull) et sa nièce Myrtle Mae (Victoria Horne), qui vivent dans sa maison et aspirent à une existence plus traditionnelle..."




Mon avis
(excellent) :
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Je me souviens de ma réaction en découvrant ce DVD : « Tiens, qu'est-ce que c'est que ce film avec un lapin géant de plus de deux mètres !? » Immédiatement, j'ai fait le lien avec Donnie Darko, un autre film que j'adore et où il est également question d'un lapin imaginaire (bien que le long-métrage de Richard Kelly soit nettement plus étrange et sombre). Et
j'ai rapidement franchi le pas de l'achat quand je me suis aperçu que le héros n'était autre que James Stewart, un comédien remarquable dont la carrière est riche de collaborations mémorables ; dont celles avec Frank Capra (Vous ne l'emporterez pas avec vous, Mr. Smith au Sénat, La vie est belle), Alfred Hitchcock (La Corde, Fenêtre sur cour, Sueurs froides), Anthony Mann (Winchester '73, L'appât, L'homme de la plaine) ou encore sa participation au monumental La Conquête de l'Ouest (co-réalisé par John Ford, Henry Hathaway et George Marshall). Mais comme ma liste de films à voir était déjà longue, et que j'ai déménagé mes cartons de DVD un certain nombre de fois entre temps,  j'avais quelque peu oublié ce film... Et puis un certain forumeur – Mad Punk, que je remercie chaleureusement – a ravivé ma mémoire en parlant de Harvey sur son blog (7ème art) et j'ai alors de nouveau eu envie de le voir. À la différence que, cette fois-ci (une fois le DVD retrouvé parmi ma montagne de cartons ! ^__^),  je me suis empressé de le visionner... et je ne le regrette vraiment pas !

Adapté d'une pièce de théâtre à succès de Mary Chase (qui reçut le prix Pulitzer pour l'occasion), Harvey a été réalisé par Henry Koster (que j'avoue ne connaître jusque-là que de nom) et plusieurs des comédiens s'étant illustrés sur les planches à Broadway reprirent leurs rôles respectifs pour l'occasion. Ainsi, Josephine Hull (qui obtint grâce au film l'Oscar
et le Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle) reprit le personnage de Veta Simmons (la sœur tourmentée d'Elwood), tandis que Jesse White se glissa à nouveau dans la peau du rustre infirmier Wilson (son acharnement borné et son gouaillerie exubérante en font par ailleurs un personnage particulièrement drôle et attachant). Quant à James Stewart, il connaissait bien le rôle également pour avoir remplacé à plusieurs reprises Frank Jay dans le rôle d'Elwood P. Dowd (ce dernier n'ayant pas été choisi par les responsables d'Universal qui jugèrent préférable qu'un acteur plus connu soit à l'affiche). Celui-ci fut d'ailleurs également nommé à l'Oscar du meilleur acteur et aux Golden Globes, sans pour autant remporter les précieuses statuettes. Et ce, bien que sa prestation soit tout à fait remarquable. L'origine théâtrale du film, que l'on peut notamment retrouver dans la simplicité de la mise en scène et la relative unité des lieux, se ressent surtout par l'omniprésence des dialogues. Loin d'être rébarbatifs, ils bénéficient en effet de la fraïcheur, de la fantaisie, de tout le talent des comédiens et s'avèrent particulièrement savoureux. James Stewart tient évidemment le haut du pavé en rendant crédibles ses monologues aux allures de dialogues (ou plutôt est-ce l'inverse ?). Par moment, on croirait presque qu'un authentique lapin géant marche tranquillement à ses côtés. Une jolie performance d'acteur.

Dans ce film s'inscrivant dans la pure tradition des comédies humanistes chères Frank Capra, le comédien incarne donc avec beaucoup de talent Elwoold P. Dowd, richissime célibataire d'une quarantaine d'années plutôt atypique. Très sociable, serviable et toujours de bonne humeur, ce vieux gars rêveur passe la majeure partie de son temps dans les bars à discuter avec son ami Harvey. Sauf que justement, il est le seul à voir cet Harvey, qui serait selon ses dires un lapin de 2,03 mètres (« c'est important d'être précis », dixit Elwood) de haut ! Ainsi le film commence-t-il de bien étrange façon, nous montrant le lunaire Elwood ouvrir le portillon de sa demeure avant d'inviter chaleureusement un être invisible à passer devant lui. À une fenêtre, sa sœur Veta et sa nièce Myrtle Mae assistent effarées à la scène. La mère et la fille ont en effet de plus en plus de mal à supporter cette excentricité d'Elwood qui les prive de la vie mondaine à laquelle elles aspirent. Elles vont alors tenter de faire enfermer ce trop encombrant personnage dans une clinique psychatrique. Ce qui marquera le début de toute une succession d'irrésistibles quiproquos et de situations plus rocambolesques les unes que les autres ! Le réalisateur ne se prive d'ailleurs pas pour tourner en dérision le personnel médical lors de la très amusante séquence de la méprise. Très drôle également est la scène qui intervient un peu avant et où un client de bar croit devenir fou en voyant Elwood s'adresser à son amie imaginaire dans l'indifférence générale des autres personnes présentes qui, visiblement, ont appris à ne plus se formaliser de cette bizarrerie.

Tel une sorte d'Amélie Poulain au masculin avant l'heure, Elwood est une personne à la spontanéité surprenante. Il aborde ces contemporains avec une simplicité et un aplomb déconcertant, n'hésitant pas à distribuer sa carte de visite à toutes les personnes qu'il croise ou à inviter chaleureusement à dîner un quidam rencontré le jour même. Son caractère jovial et son absence d'idées reçues tranchent radicalement avec le tempérament hystérique de sa sœur et sa superficialité affichée (et revendiquée). D'ailleurs cette opposition entre la candeur chaleureuse d'Elwood  et la vanité excessive de Vera, 
son mépris des conventions (il invite les gens sans distinction) et l'attachement conformiste de sa sœur  (quand elle cherche à intégrer l'élite), va être largement exploitée dans la première partie du film comme élément comique, même si le propos de Harvey va évidemment au-delà. Car si Elwood semble s'être coupé volontairement de toutes ces contraintes qui régissent monde (on apprend qu'il était autrement plus austère auparavant) en oubliant ses soucis dans l'alcool et en s'inventant cet ami farfelu, notre sympathique rêveur fait surtout preuve d'une absence totale de préjugés et de calculs affectifs. La quasi dévotion qu'il porte au gens est sincère et sans arrières-pensées (contrairement à sa sœur). La générosité et la gentillesse du personnage aura d'ailleurs vite fait de désarmer la méfiance de ses contemporains et de leur ouvrir les yeux sur la simplicité des valeurs menant au bonheur. Bien sûr, le film est plein de bons sentiments et certains pourraient légitimement trouver étrange cette facilité avec laquelle les gens finissent par croire à l'existence de compagnon invisible.

Mais s'il réussit à être crédible, Harvey ne cherche vraisemblablement pas à être réaliste. Le film s'apparente d'ailleurs volontiers à une fable fantaisiste et le réalisateur s'amuse bien souvent à semer le trouble (comme avec la présence de ce curieux chapeau troué au niveau des oreilles ou lorsque les portes semblent s'ouvrir et se fermer toutes seules). Harvey a-t-il permis à Elwood de changer ou Elwood a-t-il créé Harvey pour  se permettre de changer ? Et finalement, quelle importance ? Malin, le film se garde bien de répondre à ce mystère et Elwood lui-même n'explique pas plus pourquoi de son comportement et de son espèce de retraite du monde réel. Mais, tout comme les protagonistes du film, on se laisse emmener par la douce rêverie d'Elwood. Et la complicité s'installe si bien qu'on finit par se demander s'il est si fou que ça ou si ce qu'il prétend voir est vrai. Avant toute chose, Harvey est donc un film généreux sur l'ouverture d'esprit et la tolérance qui n'oublie surtout pas d'être drôle et n'est jamais moralisateur ; laissant le loisir au spectateur de se faire sa propre idée. Il se pourrait d'ailleurs fort bien que les plus réticents au genre se laisse emporter par la fantaisie de James Stewart, qui illumine complètement le film de sa prestation impeccable !


Pour voir la bande-annonce du film : cliquez-ici   —  Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Vlad 27/12/2008 00:48

J'ai adoré ce film :) Merci vraiment de me l'avoir fait découvrir je pense meme me l'acheter en dvd c'est pour te dire :P J'ai trouvé que c'était vraiment une belle histoire très fraiche, pleine de bonne humeur avec des dialogues intéréssant et un james stewart au sommet de sa forme. Je pensais aps en faire un billet et du coup, bah je pense en faire un quand meme ne serais ce que pour en faire un avis un peu plus detaillé lol. Je te le rend la prochaine fois qu'on se vois mais merci encore pour ce beau moment de cinéma :)Vlad

Shin 27/12/2008 22:10



Bonsoir Vlad,

Je me doutais que ce film te plairait, mais je ne pensais pas à ce point !

Je vais essayer de fouiller dans mes souvenirs (et ma DVDthèque !) pour voir si d'autres films méconnus ne pourraient pas te plaire également.

Amicalement,

Shin.



Vance 13/10/2008 19:00

Jimmy Stewart est un comédien indispensable, sa prestation dans M. Smith au Sénat m'avait époustouflé.Du coup, ce film m'intéresse, même si je crois lavoir vu il y a longtemps. Au fait, te voilà tagué ! C'est par ici : http://journal-de-vance.over-blog.com/article-23530039.html

Shin 27/12/2008 22:08



Bonsoir Vance,

Même si Henry Koster n'a pas la virtuosité de Frank Capra, Harvey reste un film à voir. D'autant plus lorsqu'on est amateur de l'irrésistible James Stewart.

Amicalement,

Shin.



Anyone 13/10/2008 17:46

Bonsoir Shin,Critique remarquable une fois de plus, un film qu'il faut que je revois depuis le temps, avec ceux cités dans cet article, je rajoute The Philadelphia Story de Cukor, particlièrement jouissif pour le trio Cary Grant-Katharine Hpeburn-James Stewart et L'Home qui tua Liberty Valance de Ford. :)Amicalement,
Anyone.

Shin 13/10/2008 21:08



Bonsoir Anyone,

Citer tous les bons films de James Stewart n'est pas une mince affaire car c'était un acteur vraiment remarquable ; comme le démontre cet Harvey justement.

Amicalement,

Shin.