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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

La Course à la mort de l'an 2000 (Les Seigneurs de la route)

Réalisé par Paul Bartel, sorti le 18 juin 1975
Titre original : Death Race 2000

Avec David Carradine, Sylvester Stallone, Simone Griffeth, Mary Woronov, Roberta Collins, Martin Kove, Don Steele, Sandy McCallum ...

"La course dont il est question est un jeu de télé-réalité où tous les coups sont permis et où écraser un piéton rapporte des points. Cette course a été mise au point par Mr. President (Sandy McCallum), chef du Parti Unique ; elle se voit compromise par des actes de rébellion, dont la petite fille (Simone Griffeth) du leader qui s'embarque en tant que co-pilote du champion de cette course : Frankenstein (David Carradine)..."




Mon avis
(très bon) :
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Autant prévenir tout de suite : que ceux qui s'attendent à un vrai bon film passent leur chemin ! En effet, La Course à la mort de l'an 2000 (rebaptisé plus tard Les Seigneurs de la route) est tout de même carrément plus proche du nanar (sympathique cela dit) que du film de genre réussi. En même temps, produit par Roger Corman (le roi des budgets riquiqui et des tournages éclairs ne dépassant généralement pas une semaine ou deux), le film avait déjà un sérieux handicap à la base. En contrepartie de cette économie de moyens érigée comme règle d'or de la maison, Corman laissait néanmoins aux réalisateurs de sa firme une certaine liberté de ton plutôt salvatrice... même si l'omniprésence du bonhomme donnait parfois lieu à de curieux mélanges ! Du coup, et à l'instar des films de la Trauma, malgré le fait qu'elles soient bien souvent
outrageusement pompées sur les grands classiques de l'époque (ce qui n'est pas le cas ici justement), les productions de Corman avaient souvent un  agréable petit parfum de subversion décalée ; ajouté à cet irrésistible esthétisme kitsch au possible (n'évitant pas les fautes de raccord grossières, ni les aberrations techniques involontairement comiques). Et c'est précisément en raison de cette pauvreté artistique, alliée à une surenchère dans le mauvais goût,  que ces films s'avéraient particulièrement savoureux, bénéficiant de cet attachant côté artisanal (même si certains étaient tout simplement mauvais). Assurément, La Course à la mort de l'an 2000 appartient à cette petite catégorie de nanars de série B, voire Z, assumés et conçus comme tels dont l'on se délecte coupablement (quoique) devant son poste de télévision. Le film de Paul Bartel se payant même le luxe de proposer une réflexion pas inintéressante du tout sur les déviances de la société américaine.

À mi-chemin entre le film d'anticipation pessimiste à la Rollerball (sorti la même année d'ailleurs) et le dessin animé Les fous du volant à la sauce Trauma (et donc assez hardcore), le long-métrage de Paul Bartel est une curiosité qui mérite le coup d'œil. La première raison, c'est son scénario. Débile, outrancier, délirant, mais surtout jubilatoire. Jugez plutôt. Succédant aux barbares jeux du cirque de la Rome Antique, la grande course automobile transcontinentale a été créée par un gouvernement fascisant afin de divertir les foules abêties et de prouver au monde
la suprématie des nouvellement nommées Provinces-Unis d'Amérique ; et surtout à ces saletés de terroristes français (ce qui est déjà assez énorme en soi ! ^__^). "Vaincre ou périr" semblant être le nouveau leitmotiv de ce beau pays totalitaire, tous les coups sont bons pour y parvenir. Ainsi, outre le fait de finir la course en tête et d'appliquer à la lettre la règle du "chacun pour soi", les participants doivent marquer un maximum de points s'il espèrent remporter la course. La petite subtilité étant que le comptage de points se fait ici en fonction du nombre de piétons écrasés. Et plus les victimes semblent innocentes et sans défense (enfants, bébés et, mieux encore, vieillards grabataires), plus elles rapportent de points. D'ailleurs, la mysogénie étant de mise (au diable l'égalité des sexes !), les femmes valent systématiquement plus de points que les hommes. Le tout se faisant évidemment – sinon c'est moins drôle à bord d'engins vaguement roulants et victimes d'un atroce tuning que n'oseraient même pas les concepteurs de Fast & Furious : Tokyo Drift et de Taxi 4 réunis... Réalisé près d'une douzaine d'années plus tard, Running Man ferait presque office de divertissement infantile en comparaison (presque)... Dans le film de Paul Michael Glaser, on retrouvera d'ailleurs la même excentricité dans le look des participants que dans celui de Paul Bartel.

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/36/22/16/18463169.jpg"Toi, t'as pas une gueule de porte bonheur !"

À l'instar du fameux dessin animé de Hannah & Barbera que je citais plus haut, ces
bolides d'un genre très "particulier" sont pilotés par des duos loufoques hauts en couleurs. Faisons donc de la place à  Matilda Attila (aryenne jusqu'au bout des ongles et fervente partisante de la cause nazi), à l'intrépide Calamity Jane (et son engin à cornes), au poseur Néron (campé par un Martin Kove plus cabotin que jamais dans son char romain amélioré) ou encore au bien nommé Frankenstein (mille fois accidenté, mille fois recousu). Véritable héros de la nation, celui-ci fait ici son grand retour (armé d'un nouveau bras articulé à faire baver Alain Prost) après avoir été le seul à survivre au "titanesque carambolage de 1995" ! Et si les plaies béantes et les plaques de métal ne vous effraient pas, attendez de découvrir ce qui ce cache sous son gant (je ne m'en suis toujours pas remis tellement c'est con... et affreusement tordant !). Vêtu d'un masque sado-maso du plus bel effet et d'une cape certainement chipée à Adam West, Frankenstein est également présenté comme un intime du tout-puissant Mr. President (qui, en fait de président, s'apparente davantage à un immonde despote) et incarne, de fait, l'emblème suprême de cette compétition sans foi ni loi. Assez logiquement détesté par ceux que cette impitoyable course écœure, notre champion de cuir peut également compter sur la rivalité haineuse de son principal adversaire, le roublard Mitraillette Joe Viterbo ("adoré par des milliers, haï par des millions !" avec son look de gangster rétro et son imparable cravate d'un rose discutable). Ayant la gâchette facile comme son l'indique (surtout envers les fans de Frankenstein qu'il n'hésite pas non plus à écraser sans vergogne), ce dernier  possède de surcroît un sens de l'humour  et patience pour le moins limités. ("Je n'ai que deux mots à dire : Mer-Dique !"). Un pauvre pêcheur le confondant avec son ennemi juré ("Hey, vous êtes le fameux pilote ? Je suis fan de vous ! J'ai même appelé mon chien comme vous Monsieur Frankenstein !") en fera d'ailleurs les frais pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques ("Ton sens de l'humour va te couter cher... T'as plus que deux secondes à vivre !").

Bien sûr, comme dans Les Fous du volant, les coups bas sont de mise et les concurrents s'en donnent d'ailleurs à cœur joie (c'est évidement ici bien plus  sadique et sanguinaire, niark niark !). La ferveur populaire étant à son comble, les admirateurs de nos joyeux pilotes n'hésitent pas un instant non plus à offrir littéralement leur corps en guise de dévotion (avec photo souvenir lors de "l'impact" à l'appui !). Pendant que, au moment, des journées de l'euthanasie sont organisées dans les différents hospices du pays (ce qui vaudra d'ailleurs une des scènes les plus irrésistibles du film, mais je n'en dis pas plus). Parallèlement, et pendant que des agents de la voirie et autres organisateurs de cet exutoire barbare seront impitoyablement écrabouillés (ça leur apprendra à ces feignasses ! ^__^), une opération commando sera menée par une organisation vaguement écolo luttant au nom du sacro-saint droit de ne pas se faire écraser impunément (on peut les comprendre, cela dit). Dans ce but, nos tenaces et déterminés résistants n'hésiteront pas un instant à saborder la course autant que possible, à y infiltrer un espion, à pirater les retransmissions télévisées et même à éliminer purement et simplement les participants. Ceux-ci sont d'ailleurs singulièrement demeurés (bon, on s'en doutait déjà un peu quand même...) puisqu'ils ne sont même pas capables de différencier un attrappe-couillon foireux fait à la vite sur une vieille armature en bois toute pourrie d'un véritable tunnel et se blindent la gueule dans le décor (Bip-Bip a quand même plus de jugeotte ! ^__^). À l'instar de bon nombre de séquences du film, cette scène est hautement risible. Tellement même qu'elle en devient irrésistiblement marrante ! Le tout étant agrémenté d'un doublage français qui n'a visiblement aucune notion du mot "nuance" et participe amplement à nanardiser davantage encore le long-métrage ; qui, de toute façon,  ne comporte aucune piste anglaise sur son édition DVD d'une extrême indigence (le film a parfois une colorisation bien étrange d'ailleurs ; ce qui est un peu regrettable).

Totalement anti-conformiste et politiquement incorrect, La course à la mort de l'an 2000 va donc au-delà de son statut de divertissement fauché en proposant une inattendue critique abrasive de la société américaine ; de sa violence, de ses excès despotiques et de son culte des divertissements de masse à la con.  Pendant que le spectateur se vide l'esprit devant son écran de télevision, il évite ainsi de se poser trop de question sur le monde qui l'entoure. Complètement embrigadés dans le système, les familles des "victimes" de la course n'auront d'ailleurs même pas le temps de pleurer leurs défunts qu'un magnifique séjour de rêve et qu'une villa au soleil leur seront offerts en guise de gratitude ; avec en sus un coûteux ensemble vidéo permettant de continuer à suivre la course tout en profitant du must de la technologie (le fameux "son octophonique" ^__^). Durant cette séquence, l'enthousiasme répugnant de la vieille journaliste sera évidemment poussée à son paroxysme. Tout au long du film, le corps journalistique en prendra d'ailleurs sérieusement pour son grade. Sa tendance à la connivence à peine dissimulée avec cette vieille rombière au sourire hypocrite coutumière du cirage de pompes, voir de l'inverse (comprenne qui pourra) ou  sa disposition quasi-naturelle à la complaisance exaltée avec ce présentateur tête-à-claque au possible avide de scoops croustillants seront donc allègrement passées au crible de Paul Bartel et de ses scénaristes. Ces derniers n'épargnant pas davantage les plus blasés du lot qui mettent autant d'entrain à commenter ce "divertissement" que s'il s'agissait d'un vulgaire tournoi de bilboquet dans le Cantal.

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/36/22/16/18889513.jpgLe réalisateur vous informe que cette grimace a été réalisée sans trucage...

Petite cerise sur le gâteau de ce brûlot improbable, le commentaire final, asséné alors que défile le générique, finit de nous achever. Le plus sérieusement du monde, on nous explique en gros que la violence est apparue chez l'ancêtre de l'homme alors qu'il n'était pas encore tout à fait capable de penser, mais quand même assez pour fabriquer des outils qu'il testa sur la tête de son voisin. Grâce à cette utilisation inopportune de sa nouvelle création, l'homme venait sans le savoir d'inventer le concept d'armes (et accessoirement de meurtre). Fabriquées de toutes pièces par l'homme, les armes contribuèrent ensuite au développement d'une arme autrement plus dangereuse : le cerveau. Un discours stupéfiant qui tendrait à penser les scénaristes en prenaient beaucoup (je vous laisse réfléchir là-dessus).
Toutefois, si La Course à la mort de l'an 2000 se montre radical dans son propos, sa violence est visiblement plus parodique que réellement complaisante (je l'espère du moins car si jamais ils étaient sérieux... Oh mon dieu !). Cependant, si le réalisateur propose une vision futuriste assez crédible dans son minimalisme (si on excepte les infâmes peintures sur verre), il est tout de même regrettable que le film n'aille pas au bout de son délire. Les massacres routiers annoncés seront finalement assez sages (pas de bébés écrasés ni de vieux déchiquetés... quel dommage ! ^____^) et les quelques scènes trashs rarement montrées en gros plan (par manque de budget peut-être). On ne peut s'empêcher d'être un peu frustré en n'assistant pas réellement au délire barbare monumental que promettait un tel sujet.

On peut également regretter les défaillances formelles du long-métrage également (principalement dues à son budget dérisoire). Les voitures qui roulent en accéléré à la façon de Benny Hill rappellent quand même plus Le gendarme à St-Tropez que Bullitt, et les peintures sur verre en guise de décors ont de quoi faire rire également. Sans parler de cette mémorable ouverture ringarde au possible, de l'érotisme de bas étage proposé (ahhh, David Carradine en slip de cuir dansant une valse...) ou des dialogues complètement crétins  (et donc excellents) que nous servent des acteurs en totale roue libre... Et pourtant, La Course à la mort de l'an 2000 est un film qui possède un charme fou. Avec un budget que n'auraient même pas enviés les créateurs du Projet Blair Witch, Paul Bartel parvient à réaliser un divertissement bien déjanté, riche de personnages  iconoclastes savoureux (surtout Mitraillette Joe Viterbo, version avant-gardiste et déviante de Rambo, que l'immense cabotinage de Stallone rend forcément
irrésistible) et de quelques fulgurances visuelles (comme ces courses filmées au raz du sol bien des années avant la folie Mad Max). N'oubliant pas non plus d'épingler au passage certains travers de son époque, mais qui demeurent terriblement d'actualité (sacralisation de la violence, dépravation des divertissements, connivence journalistique, spoliation des libertés fondamentales, montée du totalitarisme, mise à l'écart des séniors...), La Course à la mort de l'an 2000 est la série B la plus réjouissante produite par Roger Corman et s'impose comme l'un des nanars les plus jouissifs que l'industrie cinématographique nous ait offert.


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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research papers writing 23/12/2010 09:00



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Anyone 31/10/2008 11:20

"La course à la mort de l'an 2000 est la série B la plus réjouissante produite par Roger Corman et s'impose comme l'un des nanars les plus jouissifs que l'industrie cinématographique nous ait offert."A ce point là ? Dis donc, il faut que je le vois ce film, en tout cas j'adore ta chronique, j'étais pliée de rire pour "Le réalisateur vous informe que cette grimace a été réalisée sans trucage..." :DAmicalement,Anyone.

Shin 31/10/2008 11:56



Bonjour Anyone,

Si on aime les nanars et qu'on ne se formalise pas trop des défauts formels d'un film (et qu'on s'en amuse plutôt), La course à la mort de l'an 2000 est effectivement un
divertissement régressif de choix !

Amicalement,

Shin.



eelsoliver 29/10/2008 21:46

Un film culte! ah celui-là c'est du lourd!je n'ai pas vu le remake, mais bon, j'ai un peu peur d'être déçu!

Shin 31/10/2008 11:54



Bonjour Oliver,

J'ai vu le remake pour ma part (la chronique ne devrait d'ailleurs pas tarder à venir) et il n'est clairement pas à la hauteur de celui-ci. Il est moins pourri que ce que j'aurais pu
imaginer, mais est loin d'être à la hauteur...

Amicalement,

Shin.