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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Mesrine : L'instinct de mort

Réalisé par Jean-François Richet, sorti le 22 octobre 2008

Avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu, Gilles Lellouche, Elena Anaya, Roy Dupuis, Michel Duchaussoy, Myriam Boyer, Florence Thomassin ...

"Des années 60 à Paris au début des années 70 au Canada, le parcours criminel hors norme d'un petit voyou de Clichy nommé Jacques Mesrine (Vincent Cassel) avant qu’il ne devienne l’ennemi public n°1. De retour de la guerre d’Algérie, il tombe dans la violence et l’excès notamment par son travail pour Guido (Gérard Depardieu). Mari et père de famille, Mesrine se cherche et se transforme peu à peu…"





Mon avis
:
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De Jean-François Richet, je connaissais surtout Assaut sur le Central 13, remake du fameux chef-d'œuvre de John Carpenter, qui, sans être foncièrement honteux, ne m'avait pas convaincu plus que cela. Ceci était en grande partie dû à une comparaison peu avantageuse avec son brillant modèle (plus subversif, plus efficace, plus oppressant, plus plus !) et à l'existence d'un autre film réalisé par Florent Emilio Siri, Nid de guêpes, qui, bien que n'étant qu'un officieux remake de l'original, m'avait semblait bien plus abouti et mieux maîtrisé. Toutefois, malgré ma relative déception en découvrant Assaut sur le Central 13, force est d'avouer qu'il portait déjà en lui les prémisses d'un réalisateur doué pour mettre son sujet en image et qui, malgré quelques maladresses, avait largement le potentiel pour nous surprendre.

Pourtant, en choisissant de porter la vie de Jacques Mesrine à l'écran, on peut dire que Jean-François Richet ne s'est pas facilité la tâche. Sujet
casse-gueule par excellence, générant autant de haine que d'adoration, le destin du plus fameux gangster que la France ait connu n'est effectivement pas une sinécure. Pour brosser un portrait juste d'un personnage aussi trouble, entre la légende (que Mesrine a grandement nourrie à travers ses mémoires) et les faits avérés,  Richet se devait d'être particulièrement rigoureux. Lucide, le réalisateur a pleinement conscience de cette difficulté et il prend la peine, avant même que le film ne commence, d'avertir le spectateur sur l'inévitable vision tronquée que représente le film (ou plutôt "les films", étant donné qu'une suite sortira en salles un mois après celui-ci). L'instinct de mort n'est effectivement rien de plus qu'un regard parmi tant d'autres. À l'instar de cette sublime ouverture où Mesrine apparaît pour la première fois ; son image fragmentée dans de multiples écrans splités symbolisant autant de  possibilités et de points de vue différents. Représenter un individu quel qu'il soit dans toute sa vérité, et encore plus lorsqu'il s'agit de quelqu'un comme Mesrine, est une chose qui apparait comme impossible. C'est un fait indéniable. Mais Jean-François Richet a le bon goût d'éviter les exagérations hasardeuses et de miser sur les nuances ; visiblement conscient que l'équilibre de son film ne sera possible qu'entre deux extrêmes. L'instinct de mort se veut donc le portrait sans concession d'un homme qui n'était pas plus un gentleman gangster (Mesrine n'ayant rien d'un Arsène Lupin moderne) qu'un abominable monstre indéfendable (car, c'est bien connu, le public aime les voyous). Simplement un homme au destin incroyable, avec ses défauts, ses qualités et dont l'ambigüité est remarquablement bien restituée à l'écran. Car si Richet a indéniablement gagné en maturité depuis son dernier long-métrage, sa tendance à l'esbroufe visuelle ayant fait place à une utilisation intelligente des effets de mise en scène, c'est surtout dans sa description rigoureuse de la personnalité complexe de Mesrine qu'il surprend.

À l'évidence, le réalisateur ne tombe pas dans le piège pourtant si aisé de la glorification outrancière. C'est bien d'un criminel notoire, d'une crapule impitoyable et surtout d'une belle ordure qu'il s'agit. Enfin, pas seulement. Fraîchement débarqué d'Algérie où il a été confronté aux pires horreurs de la guerre dont l'on devine les profondes blessures psychologiques qu'elles ont pu engendrer, Mesrine est un jeune homme ambitieux qui n'est pas du genre à se contenter de la vie de petit bourgeois que ses parents ont imaginé pour lui. Ce qu'il fera de son existence, ce qu'il possédera, ce chien enragé a décidé qu'il ne le devrait qu'à lui-même car la vie ne fait pas de cadeau et tout se mérite en ce bas monde. Surtout, il ne veut rien devoir à personne, ni à ses parents qui n'ont aucune emprise sur lui ni à son pote un peu trop charitable (ce qu'il ne lui plaira guère d'ailleurs). Jacques mesrine est surtout un homme qui se cherche et qui va se (re)trouver en la personne de ce copain d'enfance avec lequel il faisait déjà les quatre cents coups avant de partir à la guerre, et qui est devenu un petit caïd du quartier entre temps. Fasciné par ce grand banditisme dont lequel évolue son ami, notre apprenti criminel se sent irrémédiablement attiré par cet univers violent. Pur produit de son époque, le gangster va toujours au bout de lui-même en assumant les conséquences ("dehors ou mort" sera sa devise lorsqu'il sera incarcéré) et ose tout ce que les autres réfrènent. À tort ou à raison. Féroce, agressif, caractériel, mégalo. Mesrine braque (même ses anciens employeurs), Mesrine frappe (y compris sa femme), Mesrine torture (sans la moindre once de pitié), Mesrine tue (et fait rarement dans la dentelle). Mais le bandit est également un homme d'honneur, qui peut aimer passionnément (et aussi haïr d'une même rage) et qui, comme tout père qui se respecte, tremble pour ses enfants. Ce sont justement toutes ces contractions qui font la richesse du personnage. Tour à tour brutal, tendre, orgueilleux, généreux, sombre, romantique, charismatique, attachant, intelligent, insensé, Mesrine fascine.

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/64/18/78/18997110.jpgMesrine, le crime est son affaire...

Le ganster est capable de commettre les actes les plus impardonnables et les plus abjects, avant de surprendre par son extrême bravoure (entre témérité poussive et inconscience totale) et son inventivité exceptionnelle. Il faut voir avec quelle facilité déconcertante il s'improvise une porte de sortie après s'être fait prendre la main dans le sac durant un cambriolage ou comment il parvient à fomenter un plan d'évasion au cœur de l'une des prisons les plus sécurisées du Québec (à l'époque tout du moins). Mesrine est également un caratériel bestial, rongé par ses démons intérieurs et aux penchants xénophobes, qui traite avec aussi peu de ménagement les femmes que ces parents (même s'il lui arrive parfois d'être plus tendre). Richet ne le présente donc pas comme quelqu'un de foncièrement sympathique. Doux, dur et dingue à la fois, ce salaud magnifique est aussi un homme qui possède un code d'honneur à tout épreuve ;  capable de déployer toute l'ingéniosisté, la folie nécessaire et d'investir la moindre parcelle de son énergie pour s'y conformer. Impitoyablement vengeur face à celui qui s'en prend à l'un des siens (ou plutôt l'une) et prêt à tout pour tenir sa promesse, aussi délirante soit-elle. Comme lorsqu'il s'agit de mener cet incroyable raid contre un pénitencier canadien. Si le personnage est loin d'être une figure héroïque, certains actes qu'il commet le sont dans un certain sens. D'ailleurs, le film ne s'inspirerait pas de faits réels, on aurait bien du mal à y croire tant les actions de Mesrine frisent parfois avec la pure démence. Ne sombrant ni dans la complaisance malsaine ni dans la condamnation massive du personnage, Richet parvient donc à rendre absolument captivante la personnalité de ce personnage ô combien cinématographique. On pourraît presque s'étonner que le projet, chéri depuis tant d'années déjà par Thomas Langmann – indiscutablement meilleur à la production qu'à la réalisation (Astérix aux Jeux Olympiques, quand même...), n'ait pas vu le jour avant. Mais peut-être lui fallait-il, en plus d'un cinéaste doué et passionné, un acteur de la trempe de Vincent Cassel pour interpréter un rôle aussi délicat...

D'une ambivalence quasi insondable, le personnage gagne indéniablement en profondeur et en humanité grâce à l'interprétation sans faille de Vincent Cassel. L'acteur, dont la ressemblance avec l'ennemi public n°1 n'est pourtant pas d'une évidence renversante, va au-delà de la simple transformation physique et parvient à retranscrire, avec une remarquable justesse, toutes les facettes de ce gangster hors norme. Charismatique, inquiétant, séducteur, effrayant, puissant ou même anéanti, Mesrine trouve en la personne de Cassel un alter-ego surprenant. Racée, élégante, entière, tout en restant parfaitement nuancée, la prestation du comédien portée au sommet par sa voix grave, l'expressivité de son visage et son regard intense ne verse jamais dans l'excès lorsqu'il s'agit d'illustrer le caractère de cet individu tiraillé entre les paradoxes qui le composent. Pas franchement sympathique donc, Jacques Mesrine nous est présenté sans flagornerie douteuse et, dans un soucis maximal de justesse (pour autant que ne le permet une adaptation filmographique tout du moins), le long-métrage tente de rendre compte de toute la complexité de l'homme. Autour de l'excellent Vincent Cassel gravite une myriade d'acteurs talentueux parmi lesquels l'étonnant Gilles Lellouche, l'impeccable Roy Dupuis (que j'avais pour ma part découvert dans l'aussi méconnu que génial Planète hurlante de Christian Duguay) ou encore les trop rares Michel Duchaussoy et Myriam Boyer (qui interprétent avec brio les parents de Mesrine). Mais, au cœur de ce casting de haut vol, se distingue surtout un Gérard Depardieu au meilleur de sa forme qui livre là une prestation exemplaire qui n'est pas sans rappeler celle qui fut la sienne dans 36, Quai des Orfèvres d'Olivier Marchal. Enfin, n'oublions pas toutes celles qui campent admirablement les compagnes de Mesrine et reflètent de manière assez troublante le glissement permanent de sa personnalité. On retrouve donc Elena Anaya, Florence Thomassin, Ludivine Sagnier (le temps d'une séquence) et surtout Cécile de France, absolument époustouflante et qui incarne avec beaucoup de crédibilité cette étrange âme-sœur de Mesrine.

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/64/18/78/18937961.jpgIl a les yeux revolver, il a le regard qui tue...

Et si on salive déjà rien qu'en pensant à tous les comédiens qui nous attendent dans le prochain volet (comme Ludivine Sagnier donc, mais aussi Mathieu Amalric,
Olivier Gourmet, Anne Consigny, Gérard Lanvin ou encore Samuel Le Bihan), la réussite du long-métrage doit également beaucoup au savoir-faire de son réalisateur. Car non content de se plier à un exercice biographique exemplaire, Jean-François Richet nous livre également un polar sombre d'une redoutable efficacité. L'instinct de mort est peut-être même ce qu'on a fait de mieux en France dans le genre depuis  Henri Verneuil,  Georges Lautner et ou encore Jean-Pierre Melville. La confrontation avec les gardes forestiers, d'une intenstité et d'une brutalité remarquable, évoque les face-à-face des meilleures westerns de Sam Peckinpah. Quant à l'assaut armé de la prison, il propose l'une des séquences de gunfights les plus jouissives que le cinéma français nous ait proposé depuis Florent Emilio Siri et son Nid de guêpes. Sans parler de cette tension permanente que le cinéaste parvient à maintenir (à peine désarmée à de rares moments par un humour noir particulièrement bien employé), et qui trouve son apothéose lors d'une évasion carcérale à couper le souffle, ou encore de  la bande-son qui accompagne admirablement le film. Toutefois, si la violence du film est souvent montrée sans concession aucune (à l'intar de cette éprouvante séance de torture), elle ne verse jamais dans le gore gratuit. C'est une violence frontale, mais aucunement outrancière. Dans sa globalité, qu'il s'agisse du fond ou de la forme, l'équilibre que parvient à trouver le film est d'ailleurs assez remarquable. Décidément génératrice d'une très grande inspiration chez Richet, la geôle québécoise sera également l'occasion d'un passage d'une remarquable rigueur esthétique lorsque Vincent Cassel sera mis en isolement dans le quartier de haute-sécurité (la caméra faisant alors sublimement corps avec Mesrine pour nous rendre compte de la souffrance et la folie qui s'emparent du personnage). Quant au montage, sophistiqué sans être pompeux, il sert à merveille le long-métrage tant par son découpage énergique de l'action que par son l'utilisation intelligente des écrans splités (comme lors de cette magnifique séquence où les réactions de Jacques Mesrine et de Jeanne Schneider sont montrées en parallèle).

Si on voulait pinailler un peu, tout juste pourrait-on reprocher une photographie un peu trop proprette (j'aurai pour ma part préféré quelque chose d'un peu plus "old school") et quelques coupes scénaristiques discutables lorsque l'on ne connait pas l'histoire. Car si Jean-François Richet fait souvent preuve d'une habilité elliptique sidérante, on reste néanmoins parfois un peu frustré de ne pas en savoir un peu plus (comme ce qui a précédé la course-poursuite dans le sud des États-Unis ou l'origine de la relation du bandit avec Jeanne Schneider par exemple). Bien sûr, comme l'avait pertinemment rappelé le réalisateur en préambule, il est impossible de dresser un portrait exhaustif  (déjà que le projet fait près de quatre heures !) et la suite de l'histoire (le diptyque étant présenté de façon tout à chronologique) apportera peut-être quelques clés de compréhension. 
Pourtant, malgré ces quelques impasses narratives, L'instinct de mort demeure une fois de plus admirablement bien équilibré et propose un balayage d'ensemble de la vie de Jacques Mesrine plutôt satisfaisant. D'une rigueur évidente et d'une maîtrise totale, Jean-François Richet nous livre ici une fresque criminelle épique d'une réelle intelligence et d'une redoubable efficacité sublimée par le scénario brillant d'Abdel Raouf Dafri et par un casting éclatant que Vincent Cassel illumine, et qui donne surtout furieusement envie de découvrir un second volet que l'on espère au moins aussi sensationnel que celui-ci  ! La fin de L'instinct de mort étant particulièrement frustrante qui plus est... ^__^


Films de Jean-François Richet chroniqués ici : Assaut sur le Central 13 ; Mesrine : L'instinct de mort


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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quaty 26/11/2008 20:35

J'ai aimé les deux volets, le premier pour Cassel/Depardieu et le deuxième pour Cassel/Amalric.

Shin 29/11/2008 12:24



Bonjour quaty,





Je sors à peine de la séance du second volet de Mesrine (un peu moins bon que le premier, mais très réussi cependant) et Mathieu Amalric est effectivement une nouvelle fois
époustouflant ! Quant à Vincent Cassel, il continue dans la voie d'excellence engagée avec la première partie de ce diptyque...





Amicalement,





Shin.



Oreo33 10/11/2008 11:36

Je t'avoue que j'avais peur pour ce film notamment vu le contexte mais des films de gangsters / polars de cette trempe et de cette qualité sont assez rares en France ces dernières années.Nid de Guèpes, Total Western (bien barbare), Le Convoyeur, 36 Quai des Orfèvres...Une belle réussitte et un film prenant. Avec L'ennemi intime, ça fait plaisir de voir des films populaires de qualité. Pourvu que ça dur. Le film a bénéficié d'un solide budget pour les reconstitutions d'époque (costumes, voiture) et les magnifiques images (bon sang la poursuite aux USA). C'est un vrai film de ciné.Perso, les trous dans l'histoire ne sont pas gênants. Après c'est un choix de scénar, voire de rythme, mais ce n'est pas dommageable au film. Il y beaucoup de livres et docs sur le gangster qui éclairent ces points d'ombre.Bref vivement le 2ème volet. L'effet Kill Bill ?

Shin 11/11/2008 13:20



Bonjour,

C'est sûr que le film de Richet donne envie d'en savoir plus et de se documenter un peu sur l'homme. Et puis, de toute façon, il aurait été impossible de tout mettre dans les films (déjà
qu'il y en a pour près de 4 heures !). Disons juste que cette frustration illustre bien la qualité d'un film qui nous donne toujours envie de voir plus...

Amicalement,

Shin.



goodfeles 09/11/2008 12:38

Excellente critique qui confirme la qualité de ce film choc mené d'ne main de maître par un réalisateur rempli de talent et qui poséde enfin un scénario à l'image de sa mise en scène ... somptueuse et virtuose. Le cinéma français peut désormais se vanter d'avoir son Scarface !

Shin 11/11/2008 13:18



Bonjour goodfeles,

L'instinct de mort est effectivement l'un des rares films français récents qui peut prétendre rivaler avec les classiques du genre américains. Faut juste que la suite soit à la hauteur !
^__^

Amicalement,

Shin.



Sith 08/11/2008 02:02

Faut que j'arrive à convaincre ma moitié d'aller le voir :)

Shin 11/11/2008 13:16



Bonjour Sith,

La mienne, qui n'est pas forcément une grande fan de ce genre de films, a justement adoré alors qui sait...

Amicalement,

Shin.



eelsoliver 06/11/2008 12:19

je me joins à l'ensemble des commentaires: j'ai bcp aimé cepolar français et surtout Vincent Cassel qui se révèle immense dans la peau du célèbre gangster!