Mercredi 3 décembre 2008
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Réalisé par Frank Darabont, sorti le 27 février 2008
Avec Thomas Jane, Laurie Holden, Marcia Gay Harden, William Sadler, Toby Jones, Sam Witwer, Andre Braugher, Nathan Gamble ...
"Tandis qu'une brume étrange semble envelopper une petite ville du Maine,
David Drayton (Thomas Jane) et son jeune fils Billy (Nathan Gamble) se retrouvent pris au piège dans un supermarché, en compagnie d'autres habitants terrorisés. David ne tarde pas à
s'apercevoir que le brouillard est peuplé d'inquiétantes créatures. Leur seule chance à tous de s'en sortir consiste à s'unir. Mais est-ce possible quand on connaît la nature humaine ?
Alors que certains cèdent à la panique, David se demande ce qui est le plus effrayant : les monstres qui rôdent dans la brume ou ses semblables réfugiés dans le supermarché
?"
Désormais, plus une seule année ne se passe sans qu'on entende parler d'une adaptation
(cinématographique ou télévisuelle) d'un bouquin de Stephen King. Les plus grands cinéastes s'y sont d'ailleurs prêtés, avec plus ou moins de libertés – transcendant ou dénaturant
complètement l'œuvre originale (et souvent même les deux). À ce titre, on peut citer Brian De Palma (Carrie), Stanley Kubrick (Shining), George A.
Romero (Creepshow), John Carpenter (Christine), David Cronenberg (Dead Zone) ou dernièrement Bryan Singer (Un élève
doué). Parallèlement, les adaptations filmées des œuvres du maître de l'angoisse ont permis à d'autres réalisateurs d'acquérir une certaine renommée. Ce fut notamment le cas
de Rob Reiner (Stand by Me, Misery), Mary Lambert (Simetierre), Tommy Lee Wallace (Ça / Il est revenu), Mick Garris
(La Nuit déchirée, Le Fléau) et surtout Frank Darabont (Les Évadés, La Ligne verte). Avec David Koepp (Fenêtre
secrète), ce dernier est d'ailleurs l'un des rares à s'être particulièrement illustré dans le domaine récemment ; Cœurs perdus en Atlantide de Scott
Hicks, Chambre 1408 de Mikaël Hafstrom, Désolation de Mick Garris et surtout l'infâme Dreamcatcher, l'attrape-rêves de Lawrence Kasdan s'avérant pour leur part plutôt dispensables. C'est pourquoi, mise en images par l'un des adaptateurs préférés
des amateurs de Stephen King, cette version cinématographique de Brume avait de quoi attiser la curiosité. Et ce même si l'ombre du mythique
Fog, qui s'était déjà emparé de la thématique du brouillard
tueur trente ans auparavant, plane encore et toujours sur le genre (je parle
évidemment du classique de John Carpenter et non pas de son insipide, et absolument inutile, remake sorti il y a peu).
À l'instar du récent Chambre 1408 de Mikaël Hafstrom, The Mist a été donc construit à la
manière d'un huis clos particulièrement oppressant. À la différence que, cette fois-ci, le héros du film n'est plus seulement confronté à d'étranges forces maléfiques ou à ses propres
démons, mais également à tout un groupe de personnes ayant un sens de l'hospitalité pour le moins relatif ; un groupe de personnes contre lequel il devra de surcroît
protéger son fils unique. en révanche, il partage avec le film de Mikaël
Hafstrom ce même défaut majeur : Chambre 1408 s'étirant déjà bien plus que nécessaire sur la centaine de minutes le composant. Certes, Frank Darabont
est coutumier des films longs mais néanmoins passionnants (Les Évadés et La Ligne verte durant déjà à l'époque respectivement près de 2h30 et plus de 3h).
Malheureusement, la durée de The Mist va également être
ici sa principale faiblesse ; une bonne vingtaine de minutes ayant pu être aisément soustraite aux plus de deux heures que dure le film. Pourtant, il y a vraiment de belles choses
dans ce film. À commencer par la façon dont le réalisateur a traité cette fin du monde anticipée. N'ayant visiblement pas à cœur de réaliser un banal film catastrophe versant dans le
sensationnalisme – quitte à sacrifier le fond à la forme comme pourrait le faire un Roland Emmerich
(Independence Day, Godzilla, Le jour d'après) – Frank Darabont va plutôt s'intéresser à
la façon dont des individus ordinaires vont faire face à une situation extraordinaire, et aux conséquences que cela va humainement entraîner sur le groupe. Comme dans un classique
de George A. Romero (La Nuit des morts-vivants), l'effrayante menace externe ne sera en
effet qu'un prétexte à l'embrasement interne des individualités. Car, malgré quelques séquences d'attaques d'une remarquable intensité (comme avec ces espèces d'araignées anthropophages),
on sent bien que le réalisateur ne se soucie guère "d'assurer le spectacle". Dans l'ensemble, les effets-spéciaux sont d'ailleurs d'une laideur affligeante (on revient vraiment
plusieurs décennies en arrière visuellement et l'ensemble est à peine digne d'un mauvais téléfilm de seconde partie de soirée).
Thomas Jane : C'est son fils, sa bataille.
Toutefois, en dépit d'un budget FX visiblement à la traîne, Frank Darabont
parviendra à faire preuve d’une remarquable bravoure visuelle par moment (l'instar de ce passage impressionnant où un mastodonte tout droit sorti de l'imaginaire de Hayao Miyazaki
envahit l'écran, donnant alors au film un caractère onirique particulièrement surprenant). Il convient également de saluer le travail toujours méritant de l'équipe de Greg
Nicotero sur les effets de prothèses et de maquillages. Mais c’est
surtout dans le soin qu’il porte à décrire les recoins les plus sombres de l’humanité que le réalisateur va exceller. À la manière Steven Spielberg et de son renversant La Guerre des Mondes, Frank Darabont va donner ici tout son sens
à l'expression "homo homini lupus" (l'homme est un loup pour l'homme). Jamais prétentieux dans sa démarche, le réalisateur parvient en effet à instaurer un climat immédiatement
dérangeant propice à l'étrangeté permanente ; n'oubliant jamais de citer ses sources d'inspirations évidentes à travers une illustration de La Tour sombre de l'inévitable
Stephen King (que dessine son héros), une affiche du The Thing de John Carpenter (dont l'influence de son Fog ne saurait être ignorée) ou encore un comic
Hellboy de Mike Mignola (et de ces réflexions lovecraftiennes qui trouvent ici un certain écho). Navigant entre plusieurs genres (horreur, épouvante, suspense
ou drame), c'est donc surtout dans sa façon de sonder les tréfonds de l'âme humaine (peur, angoisse, lâcheté et désespoir) que The Mist va nous
interpeller. Comme on l'a déjà évoqué auparavant, l'horrible spectre rôdant à l'extérieur de ce magasin où une poignée de survivant s'est réfugiée sera finalement peu de choses face à la
tristement grotesque tragédie qui se trame à l'intérieur ; l'absurde folie d'un groupe d'illuminés grandissant face à l'obstination rationnelle de quelques raisonnables luttant face à cet
endoctrinement religieux massif (une thématique souvent présente chez Stephen King et dont le potentiel demeure toujours aussi
dense). Toutefois, contrairement à Spielberg, Darabont manque ici de subtilité et le montage de son film se révèle particulièrement douloureux. Trop de longueurs, trop de passages
inutiles et maladroits (qu'on m'explique à quoi sert cette amourette tire-larmes entre le militaire et la serveuse ?), trop de bavardages incessants qui fatiguent vite (quelques longues
minutes de prêches en moins n'aurait justement pas été de refus !).
Aux côtés de la convaincante Laurie Holden (que tous les nostalgiques de la série
X-Files connaissent bien), Thomas Jane (révélé par The Punisher) impressionne dans ce rôle dramatique fort ; celui d'un père de famille, sensible et
courageux, prêt à tous les sacrifices pour préserver son fils du mal environnant (et ce, même si son jeu manque encore de finesse par moment). En revanche,
la prestation outrancière de Marcia Gay Harden (pourtant irréprochable dans
Mystic River) fatigue vite. Bien que cette outrance se justifie par la nature de l'allumée
religieuse qu'elle incarne, j'ai trouvé cette caricature trop poussive pour convaincre ; son personnage se révélant au final davantage exaspérant que véritablement détestable (les
séquences la mettant en scène étant vraiment de plus en plus difficiles à supporter à mesure que le film avance). En fait, seule la perspective que cette
dévote hystérique crève rapidement, et dans une indicible souffrance si possible (sadique, moi ? ^__^) m'a permis de tenir le coup. A contrario, et malgré une interprétation au bord du cabotinage, le redneck 100 % pur jus (figure que l'on
retrouve également assez souvent chez Stephen King) que campe William Sadler s'avère plutôt amusant. Il faut également souligner les très bonnes prestations du rassurant Jeffrey
DeMunn et du courageux Toby Jones, rares incarnations d'une salutaire probité au sein de ce groupe ; la lâcheté et la stupidité de quelqu'uns semblant effectivement sans limite. On pourra d'ailleurs être légitemment
surpris par le degré de connerie atteint par certains pecnots du coin. Parce que quand même, il faut être particulièrement naïf (ou sacrément crétin) pour s'étonner que les vilaines
bêbêtes soient attirées par ces projecteurs et autres lampes torches qu'on pointe sur elles depuis plusieurs heures ! Cela dit, il faut bien aussi que le film dispose de son inévitable
quota d'attaques de monstres... On lui pardonnera donc les quelques facilités scénaristiques qu'il emploie pour y parvenir ; d'autant plus que cela permet de suspendre un instant le flot
ininterrompu de parole de l'agaçante Madame Camody (Marcia Gay Harden). Car si la mise en scène inspirée de Frank Darabont convainc (tant dans sa capacité à mettre en relief un sentiment
à travers un angle particulier que dans le soin qu'il porte à l'esthétique globale de son film), son approche archi bavarde du roman de Stephen King laisse parfois un peu
dubitatif.
Forçant un peu trop le trait de la critique qu'il assène à l'intégrisme religieux et l'embrigadement massif des foules apeurées en quête de répères moraux (puritains ?), la ô combien
louable tentative d'anti-prosélytisme du réalisateur s'en trouve malheureusement amoindrie (vu qu'on finit à la longue par décrocher). D'autant plus que le destin réservé à ceux qui ont gardé la foi, et à ceux qui y ont renoncé par la même occasion,
amène à une conclusion pour le moins ambigüe ; bien que la réflexion
soulevée sur la nature humaine reste remarquable de noirceur, tout comme ce final d'une audace exceptionnelle et à la cruauté radicale. Un ajout du réalisateur qui assurément le principal atout du film par rapport à la nouvelle dont il s'inspire, tirant inexorablement le long-métrage
vers le haut ; en dépit de l'abîme de mélancolie qui nous immerge, et ce même si un sentiment de demi-déception demeure cependant après le visionnage. À ce propos, j'ai cru
comprendre que Frank Darabont préférait la version noir & blanc que l'on retrouve en bonus sur le DVD (et qui doit effectivement avoir des vertues cache-misères plutôt bénéfiques). Je
serais quand même curieux de voir ce que ça donne. Il doit bien y avoir des modifications narratives et autres scènes supplémentaires digne d'intérêt (ou, au minimum, un quelconque
retravail notable sur l'esthétisme générale du film) car, dans le cas contraire, ça serait quand même la plus belle escroquerie marketing de tous les temps ! Sinon, il suffit juste de
virer la couleur de la version originale et zou ! Le tour est joué ! ^__^
Par Shin
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Publié dans : Longs-métrages
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J'avoue avoir une nette préfèrence pour Les évadés, mais La ligne verte est effectivement un film que j'aime beaucoup également.
Amicalement,
Shin.
J'me suis enflammée dés les premiéres images , comment veux tu que je résiste a la silhouette du Pistoléro ébauchée par David Drayton juste avant l'arrivée de la Brume ?
En dehors de cette vision et des 5 derniéres minutes du film , The Mist ne comporte rien de transcendant MÊME si c'est une foutue bonne adaptation de King sur grand écran , Darabont connait bien Mister King et ça se sent , il distille sa propre touche ici et la ( nididiu cette FIN !!!!!!!!! ) mais s'égare trop sur les chemins de la dénonciations des bigottes fanatiques ( perso qu'on croise également dans Cellulaire ou dans Carrie ... ) , certaines scénes sont TOTALEMENT inutiles ( je suis entiérement d'accord avec toi quand a la love story niaise entre le soldat et la brunette !!! ) , d'autre sauraient méritées d'être raccourcies et que dire des effets spéciaux tout juste dignes d'un tv film ????
BREF film sympa a voir mais pas indispensable ...
A noter quand même une fin CATACLYSMIQUE et radicalement différente de celle écrite par King , Darabont m'a clouée sur mon siége sur ce coup la !!!!!
Effectivement, on semble partager exactement le même avis concernant ce film qui commence fort et termine de façon magistrale (la fin est vraiment excellente), mais qui est malheureusement trop imparfait entre les deux. Reste que j'aimerai beaucoup que Darabont adapte d'autres histoires de King, parce que le gars est tout de même vachement doué pour mettre en images les mots du maître !
Amicalement,
Shin.
Le film n'est pas foncièrement mauvais non, c'est juste que j'en attendais plus. Surtout de la part de Darabont...
Amicalement,
Shin.
As-tu vu les autres adaptations de Frank Darabont (Les évadés & La ligne verte) et celles de Rob Reiner (Stand by me & Misery), ou encore lu les histoires originales ? C'est vraiment très différent de ce à quoi nous a habitué Stephen King et d'une qualité plutôt remarquable (tant les bouquins que les films d'ailleurs).
Amicalement,
Shin.
Je comprends qu'on puisse apprécié ce film qui recèle de très belles choses, même si je suis nettement moins enthousiaste.
Amicalement,
Shin.
"Malheureusement, la durée de The Mist va également être ici sa principale faiblesse ; une bonne vingtaine de minutes ayant pu être aisément soustraite aux plus de deux heures que dure le film. "
Personnellement, je n'ai pas remarqué les longueurs que tu évoques. Mon point négatif vient de l'acteur principal, Thomas Jane, que je ne trouve pas vraiment talentueux. En revanche, je te rejoins totalement quand tu parles d'effets visuels d'une laideur affligeante ! C'est vraiment dommage d'ailleurs parce qu'en dehors de ça, le film est plutôt bien. De beaux effets spéciaux auraient été la cerise sur le gâteau même si le final du film assume déjà très bien ce rôle !
Assez bizarrement, j'avais trouvé le film "long" surtout lors de mon premier visionnage. Un peu moins en le revoyant (je trouve d'ailleurs que les défauts de ce film tendent à s'effacer à mesure des revisionnages).
J'aimerais bien voir, un jour, le film dans sa version noir & blanc (celle voulue par le réalisateur). il y a fort à parier que les effets-visuels sembleraient bien moins laids...
Si j’avais su que The Mist allait se terminer d’une façon aussi dramatique, je ne l’aurais jamais regardé. Il reste quand même un très bon divertissement.
Pour ma part, je trouve que le film tire sa plus grande force de sa fin (inédite par rapport au bouquin qui plus est, totalement inventé par Frank Darabont, et préférée par Stephen King en personne ! ^^)