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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Présidentielles américaines : lorsque la réalité rejoint la fiction

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L'évènement est gigantesque. Mardi 4 novembre 2008, 23 heures (horaire de Washington), CNN annonce que le sénateur Barack Obama sera le quarante-quatrième président des États-Unis d'Amérique. Âgé de seulement 47 ans, le candidat démocrate est élu avec une écrasante majorité (338 voix de grands électeurs contre 160 pour son rival républicain) ; devenant par la même occasion le premier afro-américain à accéder à ce poste. Ce que seuls certains scénartistes avisés avaient jusqu'àalors osé imaginer Outre-Atlantique est à présent une réalité bien concrète. Et toute considération politique gardée (John McCain a d'ailleurs fait preuve d'une humilité et d'un fair-play tout à fait exemplaires lorsque les résultats sont tombés), on ne peut que se féliciter d'un évènement aussi symbolique et d'une telle portée historique. Et ce même si Barack Obama risque d'avoir fort à faire étant donné le marasme dans lequel baigne l'économie actuellement. Plus que jamais donc : bon courage à vous, Monsieur le Président !


Et pendant que certains vont s'amuser à formuler des jeux de mots foireux du style "Un Noir à la Maison Blanche", "Obama casse la baraque" ou "McCain n'a pas la frite", je vais pour ma part me risquer à un autre petit jeu. En effet,  les fictions américaines ont souvent scénarisé la présidence de leur pays, avec une volonté certaine de bousculer certains préjugés (ce qui est bien plus rare en France, à peine avait-on osé une fois proposer ce rôle à une femme à l'occasion de la série télévisée L'État de Grace). Ainsi, bien avant que cela devient une réalité historique, on avait déjà eu l'occasion de voir à plusieurs reprises un acteur noir incarner la figure suprême de l'État.



La première répresentation dont j'ai connaissance remonte à 1933 et au court-métrage Rufus Jones président. Bien avant de rejoindre le Rat Pack de Frank Sinatra aux côtés de Dean Martin, Joey Bishop ou Peter Lawford, le jeune Sammy Davis Jr. (alors âgé d'à peine 8 ans) faisait ses donc premiers pas dans cette satire musicale de Roy Mack en interprétant le rôle du "Commander in Chief". Le court resta toutefois assez prudent, l'humour et la bonne humeur étant largement de mise. Néanmoins, l'artiste multi-facettes – aussi à l'aise pour danser, chanter, jouer la comédie ou faire vibrer un instrument de musique – serait donc le premier président noir de l'Histoire (fictif)... avant que Barack Obama n'entre en fonction plus de trois quarts de siècle plus tard !


Il faudra toutefois attendre près de quarante ans pour que Hollywood se décide à renouveler l'expérience à l'occasion de The Man, sorti en 1972. Dans ce film de Joseph Sargent, l'acteur James Earl Jones (qui prêtera notamment sa voix à Dark Vador dans la version originale de la mythique saga Star Wars quelques années plus tard) incarne Douglass Dillman, un jeune sénateur qui va devenir président suite à un concours de circonstance exceptionnel : le président en poste, ainsi que le speaker de la Chambre des représentants, succombent à l'écrasement d'un immeuble tandis que le vice-président décline l'offre. Même si le scénario n'évoque pas frontalement la question d'un président noir directement élu, c'est la première fois que l'évènement est présenté de façon crédible et aussi solennelle.


Ving-cinq ans plus tard,
c'est le catcheur devenu acteur Tommy "Tiny" Lister (aperçu, entre autres, en super-soldat dans Universal Soldier de Roland Emmerich ou en détenu dans The Dark Knight de Christopher Nolan) qui met son imposante carrure au service de la fonction suprême à l'occasion du film Le Cinquième Élément de Luc Besson. Dans ce long-métrage de 1997 nageant en pleine science-fiction, le Président Lindberg est un individu absolument fantasque et le récit ne s'attarde d'ailleurs pas vraiment sur l'aspect politique du personnage. On est bien ici dans le pur divertissement et il semble bien difficile de véritablement prendre au sérieux ce président goguenard !


Ce qui loin d'être le cas du Président Tom Beck auquel Morgan Freeman prête ses traits dans le film catastrophe, et étonnemment intimiste, Deep Impact qui, en 1998, eut toutes les difficultés du monde à s'imposer face au blockbuster Armageddon de Michael Bay. Pourtant, l'acteur avait si bien mis sa majestueuse prestance au service du rôle que le choix de la réalisatrice apparaissait comme une réelle évidence (on ne voyait plus le personnage comme étant noir, mais simplement comme étant le président) ; alors que ce choix était d'une audace remarquable pour l'époque. Figure emblématique s'il en est du président afro-américain, le personnage de Tom Beck fut le premier à être désigné comme tel sans
second degré ou une quelconque astuce scénaristique. Pour la petite histoire, Morgan Freeman apporta assez naturellement son soutien à Barack Obama.


Néanmoins, Hollywood a continué à tourner ce sujet à la dérision et ce sont surtout dans des films comiques qu'un président noir sera représenté.
Ainsi, dans le film qu'il a lui même mis en scène en 2003, Président par accident, le comédien et humoriste Chris Rock se prend au jeu de la parodie en incarnant Mays Gilliam, une jeune banlieusard qui prendra malencontreusement la place du candidat démocrate, après que celui-ci ne décède en pleine campagne. Dans cette gentille satire social, le nouvellement élu Président Gilliam aura fort à faire avec son entourage haut en couleurs où se dispute en pagaille une ancienne compagne intéressée, un frère aîné interprété par le regretté Bernie Mac, un directeur de campagne zélé ou encore une admiratrice romantique.


En 2006, ce sera au tour du footballeur Terry Crews, qui s'est entre temps reconverti dans le métier d'acteur, de prêter son physique imposant au délirant président du film Idiocracy et dont le nom est pour le moins original puisqu'il s'appelle : Dwayne Elizondo Mountain Dew Herbert Camacho. Ouf ! Une fois encore, il s'agit surtout d'amuser, même si le film de Mike Judge ne se prive pas au passage de livrer une vision assez grinçante de la société américaine. D'un ton humoristique certain, mais assez radical, le film ne rencontra malheureusement pas le succès et ne fut même pas soutenu par ses producteurs qui ne lui réservèrent qu'une centaine de salles dans le pays (alors que la moyenne pour un film de ce genre se situe plutôt aux alentours des 2000 à 3000 salles).


Enfin, l'incarnation la plus fameuse d'un président américain noir est sans l'ombre d'un doute celle du comédien Dennis Haysbert dans la série à succès 24 (heures chrono) dont Kiefer "Jack Bauer" Sutherland est la vedette. Ancien sénateur à l'instar de Barack Obama et présenté comme quelqu'un d'assez jeune également (pour un candidat à la présidentielle tout du moins), David Palmer incarne l'image d'un président populaire, intègre et compétent qui n'est pas réduit à sa banale couleur de peau. Je ne sais pas si le succès de la série a véritablement contribué à faire élire Barack Obama, mais je pense néanmoins qu'elle a largement aidé à faire évoluer les mentalités. Quoi qu'il en soit, la prestation impeccable du charismatique Dennis Haysbert impose le respect et j'ai, pour ma part, toujours trouvé son personnage fascinant (c'est peut-être bien mon président de fiction favori d'ailleurs).


Alors qu'un acteur avait déjà été élu président dans les années 1980 (rappelez-vous de Ronald Reagan) et que l'ami Schwarzie briguerait bien le poste si cela lui était possible (il n'est malheureusement pour lui pas "né" américain, même si Demolition Man ou Les Simpson ont déjà contourné le problème ^__^), la réalité semble plus que jamais rattraper la fiction. Bien que, assez ironiquement, si David Palmer (un noir donc) de la série 24 est le président américain préféré de John McCain, Barack Obama a pour sa part avoué avoir une nette préférence pour Jackson Evans qu'interpréte Jeff Bridges (blanc comme chacun sait) dans le film Manipulations (The Contender) de Rod Lurie : « C'était un excellent président de film. Il était charmant et intègre, mais il avait en même temps un côté espiègle. J'aimais la façon dont il commandait ses sandwiches » avait-il confié au magazine Entertainment Weekly . Comme quoi, les goûts et les couleurs... ne sont pas toujours liés ! ^__^


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Enfin, j'ai également essayé de réfléchir aux présidentes étant donné que Hillary Clinton, femme de Bill, aurait également pu être candidate démocrate à la présidence des États-Unis d'Amérique et que la controversée Sarah Palin était la colistière du républicain John McCain, et donc future vice-présidente potentielle. À ma connaissance, jamais une femme n'a occupé ce poste au cinéma ; à l'exception de Glenn Close, vice-présidente du Président James Marshall (incarné par Harrison Ford) et qui était à deux doigts de lui succéder dans le film Air Force One de Wolfgang Petersen. En revanche, la télévision a évoqué cette possibilité à plusieurs reprises. Ainsi, dans la série Commander in Chief de Rod Lurie (le même donc qui a réalisé The Contender en 2000), Geena Davis incarne Mackenzie Allen, vice-présidente du Président Theodore Bridges et qui deviendra la première présidente américaine de l'Histoire suite à l'accident vasculaire ayant eu raison de ce dernier. Dans la saison 2 de Prison Break, ce sera cette fois-ci la perfide vice-présidente Caroline Reynolds (jouée par Patricia Wettig) qui prendra la succession du Président Mills. Tandis qu'Allison Taylor (qu'interprète Cherry Jones) sera la première femme à être directement élue à ce poste dans la prochaine saison de 24 (décidément !). Bien sûr, si vous avez d'autres exemples en tête de présidents afro-américains ou de femmes présidentes, je suis tout ouï !

En attendant, les
États-Unis sont une nation vraiment étonnante. Capable de tout, du pire comme du meilleur, ce pays n'aura de cesse de nous surprendre. Agréablement, cette fois-ci. Car, quoi qu'on en pense, cette élection est effectivement le reflet d'une évolution majeure des mentalités Outre-Atlantique (dire que l'esclavage n'y fut aboli qu'il y a seulement 150 ans et que la ségrégation raciale était encore légalement de mise il y a à peine un demi siècle...). C'est un formidable message d'espoir et d'optimisme que les américains nous ont offert là je trouve, et l'une des plus belles illustrations du fameux "rêve américain" ; celui d'Abraham Lincoln, de John Fitzgerald Kennedy et d'un certain Martin Luther King... Rien que pour ça, je dis bravo.


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Djemaa Pascal 11/11/2008 14:21

Ok avec toi. Mais j'approndis la réflexion en posant une question: qu'est ce que les métis ou gens de couleur auraient de supérieur dès qu'ils occupent une fonction? Les fautes ou l'incompétence ne relèvent pas de la race! L'hystérie automatique qui se déclenche dès qu'une personne colorée ou différente accède à une haute responsabilité me surprend. Moi-même, je suis auteur d'ouvrages, métis et j'attends que tous les gens m'achètent mes livres sinon forcément, il sont racistes! Pascal.

Shin 11/11/2008 14:41



Bonjour Pascal,

Je dirai qu'ils n'ont rien de plus... et rien de moins. Ce sont sur les actes que les hommes (et les femmes !) doivent se juger, et aucunement sur des critères éthniques ou religieux.
Après, ce sont de belles paroles. Les faits sont loin de refléter ceci. Et c'est justement en ce sens que l'élection de Barack Obama demeure un symbole extrêmement fort.

Les États-Unis ont peut-être enfin enterrer leurs vieux démons ségrationnistes. Je ne sais pas encore ce que donnera la présidence d'Obama, mais on ne peut que saluer ce message d'espoir et
d'optimisme que nous envoient nos confrères américains. Cette belle façon de se dire que "yes, we can" comme le scandait judicieusement les partisants du sénateur démocrate.

Amicalement,

Shin.



Djemaa Pascal 07/11/2008 21:34

Bonsoir, je vois que l'Obamania est présente partout! En tant que métis, je ne pense pas que la discrimination positive soit une bonne chose. Mais parfois je me demande si je n'aurais pas dû être revendicatif en fonction de mes origines! Bises, Pascal. 

Shin 11/11/2008 13:28



Bonjour Pascal,

Je suis plutôt opposé à la discrimination positive dans le sens où elle demeure justement une sorte de discrimination. Tenter d'endiguer la discrimination en discriminant, n'est-ce pas un peu
absurde ?

Quoi qu'il en soit, l'élection d'Obama est un peu différente je trouve étant donné qu'il s'agit avant tout d'un suffrage populaire qui a justement réussi à dépasser tous les clivages raciaux et
discriminatoires.

Amicalement,

Shin.



Judge Vlad 07/11/2008 11:17

Hello l'ami,Comment ca va bien ? On se voit tout a l'heure mais je me suis dit qu'un petit com' en passant, ca ne mangeait pas de pain :P Ton billet est fort intéréssant. Pour ma part, c'est sans nul doute David Palmer mon président fictif préférés pour les même raisons que tu cites d'ailleurs. C'est vrai en tout cas que cette election a au moins fait changer certaines mentalités. Reste plus qu'à Obama de transformé l'essaie en espérant qu'il ne se casse pas la figure dans la situation actuelle du monde,Vlad

Elodie 07/11/2008 00:13

Un petit lien avec 24 heures chrono aussi : on a vu Barack Obama derrière des vitres blindées pendant son discours et il est escorté par le Secret Service depuis mai 2007, qui normalement ne protège que les candidats officiellement investis par leur parti. Bref tout ça pour dire qu'il doit y avoir une quinzaine de Jack Bauer (oui parce que bon il serait bien mort 15 fois s'il était humain...!) pour défendre le nouveau président des USA.

Shin 11/11/2008 13:25



Bonjour Elodie,

Espérons quand même que le destin d'Obama soit plus heureux que celui des protagonistes de la série qui popularisa Kiefer Sutherland...

Amicalement,

Shin.