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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Idiocracy (Planet Stupid)

IdiocracyRéalisé par Mike Judge, sorti le 25 avril 2007      
Titre original : Idiocracy

Avec Luke Wilson, Dax Shepard, Maya Rudolph, Terry Crews, Tom Beaver, Robert Musgrave, Justin Long, Thomas Haden Church ...
 
"Joe Bowers (Luke Wilson), l'Américain moyen par excellence, est choisi par le Pentagone comme cobaye d'un programme d'hibernation, qui va mal tourner. Il se réveille 500 ans plus tard et découvre que le niveau intellectuel de l'espèce humaine a radicalement baissé et qu'il est l'homme le plus brillant sur la planète..."

 


Mon avis (grand film) : http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_bof.gif
 

 
 Nous sommes au début des années 2000, et il est désormais acquis que la politique de la Fox en matière de cinéma s’est imposée au fil des années comme l’une des plus discutables d’Hollywood. Privilégiant les films consensuels, sans âme et de courtes durées (ce qui permet d’accroître sensiblement le nombre de diffusion journalière dans les salles), le règne du sinistre Tom Rothman n'en finit pas de faire des ravages au sein des productions les plus potentiellement prometteuses (ceux qui ont eu la malchance de subir les carnages Alien vs. Predator, Les Quatre Fantastiques, Elektra, Max Payne, Babylon A.D. ou encore Dragonball Evolution savent de quoi je veux parler). Tout n’est évidemment pas à jeter et de bonnes surprises continuent néanmoins à arriver (elles sont de plus en plus rares cela dit). Parmi celles-ci : Idiocracy du trublion Mike Judge. Découvert  grâce au show américain Saturday Night Live, ce créatif à l'humour corrosif s’est ensuite surtout fait connaître grâce à deux séries d’animation à succès : Beavis and Butt-Head en 1993 et Les Rois du Texas (King of the Hill) quatre ans plus tard (cette dernière étant nettement moins connue en France). Cette notoriété a logiquement permis à Mike Judge de s’accorder les faveurs de la Fox (par ailleurs productrice de sa dernière série) et de mettre en chantier son projet le plus ambitieux. D’un point de vue scénaristique du moins car, doté d’un budget n’excédant effectivement pas les trois millions de dollars, difficile d'affirmer que les moyens mis à sa disposition étaient phénoménaux. Le réalisateur a tout de même réussi à convaincre le comédien Luke Wilson de rejoindre l’entreprise et à boucler son nouveau film, Idiocracy, en moins d’un mois. Le studio découvre alors les premiers rushes. Et là... c’est le drame. Visiblement horrifiés par le brûlot qui leur est présenté, les grands pontes de la Fox intiment donc Mike Judge de revoir sa copie (l’obligeant ainsi à procéder à de nombreuses modifications) avant de finalement renvoyer aux calendes grecques la sortie en salles de son nouveau long-métrage. Alors que le tournage s’est achevé en mai 2004, Idiocracy ne sera en effet présenté au public américain qu’en septembre 2006. Et encore ne s'agit-il que d’une sortie de principe étant donné que le film n’est alors proposé que cent vingt-cinq salles à travers tout le territoire américain (une bagatelle insignifiante lorsque l’on sait que le moyenne de ce type de productions avoisine plutôt les deux à trois milles salles).

Non content de saborder le long-métrage de Mike Judge aux États-Unis (où il ne connut ni l’honneur d’une campagne marketing, d’interviews ou de projections de presse décentes), la Fox s’arrange aussi pour que celui-ci connaisse une sortie chaotique à l’international. Proposé en direct-to-DVD dans la plupart des pays du monde, il sort ainsi en l’absence de toute promo (même pas la moindre petite bande-annonce à se mettre sous la dent !) dans une petite dizaine de salles française en avril 2007. Et seulement dans des petits cinémas de quartier périphériques, en version doublée et à des horaires invraisemblables évidemment. Pour finir, il mettra ensuite près de 18 mois pour sortir officiellement dans nos contrées en DVD (sous un autre titre crétin, Planet Stupid, histoire d’amenuiser encore un peu plus ses chances de succès auprès des rares pellos ayant eu la chance de le voir en salles). Cet ostracisme complètement stupide de la part de la Fox va ainsi conduire à l’indifférence générale du public (but évidemment recherché par le studio) vis-à-vis de ce film pourtant gorgé de qualités, mais particulièrement embarrassant pour le studio. C'est donc peut dire que la Fox aura tout fait pour saborder le lancement d'Idiocracy et, finalement, on viendrait même à s'étonner qu'il ait tout de même réussi à sortir tant bien que mal. Youpi !
Scénarisé par Mike Judge lui-même et un certain Etan Cohen (qui – contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là – ne doit surtout pas être confondu avec l’autre Ethan Coen, frère de Joel – notez bien la place du "h" – mais qui a tout de même déjà œuvré sur d’autres projets notables de Mike Judge comme Beavis and Butt-Head ou King of the Hill, ainsi que sur le formidable Tonnerre sous les tropiques de Ben Stiller ; excusez du peu), Idiocracy part d’un concept assez simple, mais terriblement stimulant. Ou comment une idée apparemment tout bête aboutit à une cinglante satire sociale que n'aurait pas reniée Joe Dante en personne ! En 2005, l’armée américaine (jamais à court d’idées lorsqu’il s’agit d’élaborer des expérimentations à l’utilité plus que relative), entreprend une expérience ultra-secrète de cryogénisation sur de véritables êtres humains. Censée se dérouler sur une année entière et aboutir à une application militaire en cas de succès, la tentative de l’armée requiert évidemment l’emploi de cobayes (plus ou moins volontaires) pour pouvoir être tester. Espérant maximiser leurs chances de réussite, les scientifiques de l’armée américaine pensent alors avoir trouvé leur candidat idéal en la personne de Joe Bowers.
      
Idiocracy
Born to be stupid...
         
Incarné par un Luke Wilson parfaitement taillé pour le rôle, celui-ci représente l’homme le plus ordinaire qui soit. "Travaillant" sans passion ni ambition en tant qu’archiviste dans les sous-sols de l’armée depuis des années (disons qu’il se contente surtout de regarder bêtement d'insipides programmes populaires à la télévision – du genre Cops, pour les connaisseurs – en attendant qu’on ait besoin de ses services ; ce qui n’arrive quasiment jamais), notre bonhomme est statistiquement le militaire le plus moyen qui soit : QI moyen, taille moyenne, poids moyen, capacités moyennes, facultés moyennes... Aussi bien physiquement que mentalement, Joe est moyen (il est d’ailleurs moyennement emballé par l’expérience aussi). Et c’est justement cette apparente banalité qui intéresse tout particulièrement l’armée. Ça, et aussi le fait qu’il soit célibataire (quelques scènes incohérentes ont d’ailleurs été heureusement coupées au montage ; comme en témoigne les maigres bonus du DVD) et dénué de toute attache familiale (ce qui facilitera ainsi considérablement la gestion des éventuels ratés…). À homme moyen, femme moyenne. Ne parvenant pas à trouver celle-ci en son sein, l’armée jette alors son dévolu sur une fille qu’elle déniche, par défaut, moyennant une poignée de dollars et quelques autres promesses volatiles, auprès d’un… proxénète ! Pas franchement fute-fute et complètement à côté de la plaque, notre chère prostituée est donc enfermée en même temps que Joe dans un caisson d’hibernation pour une durée ne devant pas accéder douze mois. Malheureusement, après une sombre histoire mettant en cause le haut-commandement de l’armée, le projet (tellement top secret que personne ne semble s’en soucier lorsque les locaux sont ravagés par des engins de chantier) est littéralement enterré et nos deux héros se retrouvent donc prisonniers de leur terrible sort pendant près de… cinq siècles ! Étant réveillés aussi accidentellement qu’ils avaient été oubliés, ceux-ci ont alors la surprise de découvrir une société très différente de celle qu’ils connaissaient. En près de cinq cents ans, l’évolution humaine a effectivement fait un incroyable bond en arrière. Devenue un immense dépotoir, la terre abrite à présent une population d’attardés finis que dirige une vieille gloire du catch bodybuildée devenue, on ne sait trop comment, Président des États-Unis d'Amérique. Rien que ça. La situation est d'ailleurs devenue si grave que cet espèce d'Homer Simpson live est à présent considéré comme le nouvel Albert Einstein... Ouch !

Comme nous le montre une petite introduction enrichie d'une voix-off (dont l'utilisation discrète et résolument ironique crée souvent un savoureux décalage avec les images présentées), les quelques millions d'années nécessaires à l'homme pour passer du statut de primate vaguement amélioré à celui d'être supérieurement évolué ont donc été balayées en une poignée de siècles seulement durant lesquels la dominance du cerveau a progressivement laisser place une civilisation ayant toutes les peines du monde à atteindre ne serait-ce que l'âge de raison. S'appuyant sur un hallucinant postulat scientifique (que le réalisateur présente volontairement de manière poussive et excessive), cet avant-propos caricatural nous explique donc comment – en l'absence de prédateurs notables la surproduction de certaines catégories d'individus à conduit l'homme à l'abrutissement général. Totalement déconnectées de la réalité les entourant, les classes intellectuellement supérieures (ayant bénéficiées d'une bien meilleure éducation et dotées d'un QI plus élevé) ont ainsi pris l'habitude de tout planifier ; tant professionnellement (établissant un plan de carrière sur plusieurs années) que personnellement (voulant attendre le moment le plus rationnellement opportun pour concevoir un enfant). À ainsi repousser sans cesse la date à laquelle ils envisageraient bien de procréer (le moment "opportun" étant systématiquement ajourné), l'élite pensante de la société s'est de ce fait condamnée à une inexorable extinction (la stérilité, la vieillesse, ou même la mort, arrivant finalement bien avant que ne se manifeste chez eux le désir d'avoir un enfant). Face à cette libido au point mort, les classes intellectuellement inférieures ont a contrario fait preuve d'une sexualité débridée, non protégée et polygame, qui a conduit à la prolifération de leur progéniture. Privée de tout garde-fous dans une société de plus en plus défaillante (éducation parentale inexistante, système scolaire nivelé vers le bas, lobotomisation médiatique... ça vous rappelle quelque chose ?), cette même progéniture s'est alors elle-aussi multipliée de façon totalement anarchique et exponentielle jusqu'à réduire à néant les derniers vestiges de l'intelligence ; comme un simulacre illustrant par l'absurde l'écrasement de l'individu par la société. Dans une société qui ne favorise plus l'intelligence et où les connaissances ne se transmettent plus d'une génération à une autre, il n'est finalement pas si surprenant de constater que la "sélection naturelle" se traduise alors par abrutissement général de l'espèce humaine.
 
Idiocracy
Un  faux génie, son associé et une chiée de cloches...
 
Conséquence directe de cet immense laisser-aller intellectuel (où même les noms de restos sont simplifiés à l'extrême comme en témoigne le distingué "Aux bouffeurs de moules"), le simple fait de s'exprimer de manière ordinaire suscite l'incompréhension et la moquerie (parce qu'il est tout simplement capable de faire des phrases grammaticalement correctes, notre héros est ainsi assimilé à un gay efféminé et incompris ; un élément bougrement pertinent au regard de l'évolution de la langue que l'on connaît actuellement). D'ailleurs, même les machines – lorsqu'elles n'usent pas d'un cynisme que n'aurait pas renié un certain Paul Verhoeven ou de slogans publicitaires graveleux – ne parviennent pas à comprendre les bases du langage (ce qui sera d'ailleurs à l'origine d'un quiproquo irrésistible lorsque notre héros devra décliner son identité pour les besoins de la mise en place imposée de son indispensable tatouage d'identification)... quand elles ne sont tout simplement pas plus abruties encore que leurs concepteurs ! Dans ce futur peu enviable, la forte régression de l'humanité se traduit donc par de regrettables conséquences sur la société et son environnement. Pareille à une gigantesque décharge publique, Washington n'a en effet plus tout à fait la splendeur d'une capitale américaine. À l'instar des autres monuments, l'Obélisque n'est ainsi plus entretenue et s'affaisse, telle une Tour de Pise de pacotille, sous l'indifférence totale de citoyens bien trop occupés à s'adonner aux joies du jet-ski dans le grand bassin contigu. Les immeubles ont également été laissés à l'abandon et ne tiennent debout que grâce à de grossiers rafistolages (certains sont même accrochés entre eux à l'aide de vulgaires sangles !). Dans les rues, c'est encore pire. Les déchets (qui ne sont plus traitées) s'amoncellent en piles de centaines de mètres de hauteur au point de former de véritables métropoles d'ordures (une vision d'horreur qui n'est pas rappeler celle du récent WALL·E) qui iront jusqu'à occasionner la fameuse "Grande Avalanche" à l'origine du réveil de nos héros. Un réveil dans un avenir pas franchement glorieux à la laideur omniprésente, où d'hideux décors futuristes se voient ornés de badauds aussi littéralement repoussants (composé de figurants aux trognes improbables sélectionnés en fonction de leur apparente plouquerie, le casting illustre non sans causticité la dégénérescence globale mis en exergue dans le film) que profondément stupides. Et c'est vraiment peu dire que la stupidité est ici érigée en véritable mode de vie.

Dans cette vision dystopique de l'humanité, le simple fait de lire semble relever de l'effort surhumain. C'est d'ailleurs à peine si les humains savent lire. À ce titre, le passage dans la salle d'attente de l'hôpital s'avère particulièrement éloquent : les éternels magazines démodés ayant fait place à d'innombrables machines à sous (!?), tandis que les traditionnelles touches alphanumériques des claviers d'ordinateurs ont été remplacées par de vulgaires cases simplistes illustrant (sous forme de schémas explicatifs basiques) des scènes de vies crues : un accouchement, un coup de couteau... La baisse du niveau culturel est telle que le succès cinématographique de l’année, Derch (Ass dans la version originale), consiste en un plan fixe représentant un postérieur qui enchaîne une série de pets (le long-métrage a tout de même raflé 8 Oscars, donc celui du meilleur scénario...). Du côté du petit écran, ce n'est guère plus brillant puisque l'émission la plus populaire s'intitule alors "Oh mes burnes !" (déclinaison évidente des programmes du style "Jackass" et consors) et voit son animateur se faire invariablement taper dans les valseuses. Même Charlie Chaplin (celui du Dictateur évidemment) en prendra pour son grade en étant présenté – lors d'une attraction mêlant "train fantôme" et "musée historique" –  comme le responsable des horreurs nazies (et je vous passe les détails concernant les T-Rex ayant combattu aux côtés des Nations Unies...). Bien plus qu'une vulgaire comédie potache, Idiocracy se présente surtout comme un authentique brûlot qui ne se contente pas d'égratigner l'american way of life, mais remet complètement en cause le mode de vie occidentale. Loin d'une vision d'anti-américanisme primaire façon Borat, le film de Mike Judge interpelle ainsi la société dans son ensemble. Dans ce monde fictif que pourrait devenir le nôtre, la tendance générale aux occupations passives et abrutissantes s'est de ce fait traduit par une célébration croissante des activités masturbatoires ; la pratique étant même garantie par le très officiel "Réseau National de Masturbation" (Masturbation Network) qui sponsorise bon nombre de programmes assumant ouvertement leur vocation (auto)érotique. Le créateur de Beavis & Butt-Head y décrit aussi la dégradation des rapports hommes / femmes qui se limitent désormais exclusivement à des échanges sexuels (dans cet étrange avenir, les faits de prostution se retrouvent même à être déductibles des impôts), ainsi que cette inclination très actuelle (et pas seulement américaine) de l'homme à aduler tout ce qui se nivelle par le bas , y compris sur le plan politique ou économique. Dans le futur, la politique s'est d'ailleurs tellement rapprochée de l'industrie du spectacle que la présidence est assurée par une ancienne star du catch bodybuildée (incarnée par un Terry Crews tout bonnement phénoménal) qui salue la foule en faisant des doigts d'honneur, fait des allocutions officielles du niveau des pires émissions de reality-show et s'adresse à la chambre des représentants (élus via une sorte de loterie nationale) en chantant affublé d'un costume pareil à celui d’Apollo Creed dans Rocky IV !
 
Idiocracy
« Si vous n'aimez pas ce film, allez vous faire foutre ! »
 
L'effondrement des classes sociales a bien eu lieu, mais à quel prix ! Impossible de se projeter dans l'avenir, la société succombe à de dangereuses pratiques (comme celle consistant à réhabiliter des prisonniers à grands coups de show télévisés façon Running Man où ceci doivent faire face à de gigantesques bulldozers armés de godemichés) et là a mainmise de surpuissantes multinationales. Complètement dépassée par les éléments, l'économie se contente de multiplier les produits de dernière nécessité sans aucune espèce de discernement (boissons gazeuzes, frites grasses et barres chocolatées) alors même que l'agriculture tend à disparaître (plus rien ne sortant de terre depuis qu'une société monopolistique de fabrication de sodas – employant un actif sur deux et ayant remporté tout le marché – arrose les récoltes avec une sorte de boisson énergétique ; l'usage de l'eau étant alors exclusivement réservé aux toilettes). Et pendant ce temps, au lieu de s'intéresser à des problèmes véritablement cruciaux pour le devenir de l'homme, la communauté scientifique s'est surtout concentrée sur le traitement de l'impuissance et la recherche sur la calvitie qui (en tout état cause) a presque disparue ! Pour rendre tangible sa description de l'avenir de l'homme, Mike Judge est parvenu (malgré le dérisoire budget mis à sa disposition) à s'entourer de comédiens solides et complètement à l'aise dans leurs rôles respectifs. Luke Wilson tout d'abord interprète avec une grande aisance ce pauvre type propulsé dans un futur improbable et on parvient sans aucune diffuculté à s'attacher à sa destinée (et comment résister à un type qui ose arpenter le futur avec d'improbables croks orange vif aux pieds ?). Il est ensuite secondé par Maya Rudolph, ancienne comédienne du Saturday Night Live qui – après avoir s'être fait connaître pour ces imitations outrancières de célébrités (telles que Donatella Versace, Halle Berry, Liza Minnelli, Whitney Houston ou encore Oprah Winfrey), puis s'être illustrée aux côtés d'Adam Sandler et Drew Barrymore dans Amour & Amnésie (50 First Dates) – donne ici corps à une pétulante "professionnelle" débrouillarde (elle semble  effectivement s'habituer bien plus vite que Joe aux rouages absurdes de ce nouveau monde). Parmi les têtes connues, on peut également citer Justin Long (Dodgeball, Jeepers Creepers, Die Hard 4) en docteur jobard et Thomas Hayden Church (Tombstone, Sideways, Spider-Man 3) en industriel désemparé.  Mais surtout, il convient de souligner la performance hilarante de Terry Crews (l'irrésistible Julius Rock de la sitcom Tout le monde déteste Chris) en Président déjanté qui exploite avec une bel vivacité tout le potentiel comique de cet improbable personnage grotesque et outrancier, tout comme celle tout aussi désopilante de Dax Shepard (l'atout principal des sympatoches Bienvenue en prison et Zathura : une aventure spatiale) en idiot attachant (je ne me suis d'ailleurs  toujours pas remis de sa réaction lorsque sa voiture est réduite en cendres... ^__^).

Par manque de moyens aussi, Idiocracy n'a pas pu s'enorgueillir d'effets spéciaux faramineux. Conscient de cette contrainte matérielle importante (on chuchote que la Fox aurait coupé les vivres au cinéaste durant la post-production ; obligeant ainsi celui-ci à faire appel à la société de son ami Robert Rodriguez pour terminer en urgence, et gratuitement, les différents trucages visuels du film), Mike Judge a su contourner ce handicap (en usant notamment de matte painting plutôt convaincants, ou en évitant les plans d'ensemble, ô combien impitoyables dans ce cas-là, pour se concentrer davantage sur le décor immédiat des protagonistes) et donner l'impression d'avoir réalisé un long-métrage nettement plus luxueux (même si la grande avalanche d'ordure précédant le réveil de nos deux voyageurs temporels est assurément le plus gros morceau de bravoure du film). Qui plus est, même si certains artifices peuvent légitimement paraître un peu cheap en comparaison d'autres films du genre (qui disposent toutefois généralement de ressources bien plus conséquentes), cela colle finalement assez bien avec la vision d'avenir de la société telle que l'envisage Mike Judge : une société sale, laide, grossière, où le mauvais goût est roi, et la stupidité reine. En prenant en considératon ces différents éléments, il apparait alors comme tout bonnement injuste de critiquer Idiocracy à ce niveau-là (car c'est vraiment peu dire que le réalisateur est parvenu à faire d'incroyables prouesses avec toutes les limites qui lui ont été imposées par le studio). Néanmoins, il ne serait pas exclu que certains reprochent au réalisateur sa propension à l'humour potache au détriment de la critique plus sérieuse. Si le reproche se tient en l'espèce (l'humour n'étant effectivement pas toujours du meilleur goût), de la part du créateur des politiquement incorrects Beavis & Butt-Head, ces excès de grivoiserie ne surprennent guère et, qui plus est, n'ont finalement pas le temps de lasser compte tenu la faible durée du film (1h20 à tout casser en excluant le générique). En revanche, et eu égard aux promesses initiales d'un tel projet, il reste assez regrettable que le long-métrage se termine de façon aussi gentillette (même si on apprécie cependant l'absence de tout fatalisme déplacé et la valorisation de l'effort intellectuel). Là encore, et au risque d'être de mauvaise foi, je me peux m'empêcher de penser que ce "happy end" formaté découle d'une volonté de la Fox et que Mike Judge n'a pas eu l'opportunité de finir cette délirante satire sociale comme il l'espérait. Heureusement pour nous, la moulinette du studio n'est pas parvenu à réduire à néant toutes les ambitions du réalisateur et le résultat s'avère singulièrement réjouissant, à défaut d'être totalement satisfaisant. Quoiqu'il en soit, Idiocracy mérite indubitablement d'être découvert.
           
 
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Gisèle 21/02/2015 04:50


Je pense que ce film reflète ce que vous vivons actuellement, mais en plus exagéré. Il doit être très drôle aussi! J'ai hâte de le voir.

Vlad 19/07/2009 21:01

Enfin je peux venir commenter ce film. Bon je te l'ai déjà dit, j'ai beaucoup aimé. C'est dommage car je pense qu'il y avait matière a faire beaucoup plus fun mais bon comme tu le stipule, le film n'as pas été aidé et je ne suis pas étonné de voir que les nombreuses coupe on porté préjudice au film (qui vu l'aura qu'il dégage devait vraiment été plus fun et corrosif au départ). Derrière sa facade de grosse comédie en tout cas je trouve que le film amène certaines choses de façon très subtiles et derrière un humour excessif et volontaire comme tu le dis, on sens qu'il y a une vraie remarque sur notre société actuel. Ca ne se prend pas au sérieux mais c'est quand même dit et de façon intelligente (ce qui est assez ironique quand c'est la stupidité qui est mis en avant :P ). J'espère en tout cas qu'un jour on pourra voir la version voulu par le réalisateur (qui sais si le patron de la fox change un jour) car je pense vraiment qu'on aurait pu avoir un putain de gros film. En tout cas je te rejoins sur le fait aussi que c'est vraiment dommage que le film ai été assassiné par le studio lors de sa distribution car en étant plus accéssible je pense que ce film pourrait plaire à beaucoup de monde. Ton billet est en tout cas une nouvelle fois très construit et l'analyse que tu en fait me botte bien :PA bientôt,VladHS : Ne te fais aps une mousse avec Camille pendant "Collateral" ^^

tinalakiller 17/06/2009 18:36

j'ai trouvé l'humour un peu lourd et niveau note j'aurai mis un peu moins mais ca reste une comédie divertissante, drole, intelligente (plus qu'on peut le croire) et sans prétencion

Shin 17/06/2009 20:35



Bonsoir Tina,

Bien que cela ne m'ait pas franchement étonné de la part de Mike Judge (qui est déjà allé nettement plus loin dans le graveleux lors de ses précédentes créations), je peux comprendre que
l'aspect potache de l'ensemble puisse fatiguer comme je le précise dans mon billet (même si, compte tenu de la longueur du film, cela ne m'a pas dérangé plus que cela).

Après, concernant la note, elle ne reflète aucunement la valeur intrinsèque du film, mais correspond plutôt à une appréciation personnelle (certes un peu exagérée j'en conviens, mais ça
compense le fait que le métrage soit si peu connu je pense).
Amicalement,

Shin.