Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 23:00
Sim


Dimanche 6 septembre 2009, à Saint-Raphaël dans le Var,  l'un des personnages les plus attachants du paysage audiovisuel français s'éteignait à l'âge de 83 ans, succombant à une saloperie d'embolie pulmonaire. Né le 21 juillet 1926 à Cauterets dans les Hautes-Pyrénées de son véritable nom Simon Berryer, ce fils d'ingénieur électricien à l'éternelle allure canonique passe son enfance à Ancenis. C'est dans cette ville de Loire-Atlantique que, encore tout gamin,  le petit Simon sera pour la première fois confronté au monde du spectacle en occupant un petit emploi... d'ouvreur dans le cinéma tenu par ses parents ! Après avoir suivi ses parents sur Nantes – partis y prendre la gérance d'une salle, le jeune Sim débute sa vie professionnelle à proprement parlé en devenant opérateur de cinéma à Rennes au sein du Royal.

Lucide et avisé, Sim comprend rapidement que sa drôle de trombine peut devenir un « fonds de commerce inépuisable ».  Publiée en 1983 chez Flammarion, sa première autobiographie s'intitulera d'ailleurs Elle est chouette, ma gueule. Visage élastique rendant possible une infinité de grimaces, crâne dégarni bien avant l'heure, peau ridée lui conférant un indéboulonnable sourire bienveillant et un regard rieur communicatif, silhouette maigrichonne lui donnant l'air d'un vieux jockey chétif... Le bougre avait bien raison ; elle était vraiment chouette, sa gueule ! Forcément inimitable (bien que mon défunt grand-père partagea avec lui une curieuse ressemblance physique qui me donnait cette étrange impression que l'artiste faisait, en quelque sorte, pratiquement "partie de la famille"), cette "tronche" pour le moins singulière – cadeau espiègle d'une « étoile farceuse » comme il aimait lui-même à s'en amuser – va ainsi faire le bonheur de plusieurs générations de gosses (y compris de ceux ayant dépassés la date prescrite), et par la même le sien. C'est grâce à elle en effet, à ses irrésistibles mimiques et à son sens de l'humour raffiné que les portes des cabarets parisiens s'ouvrent à lui dès 1953. Si le succès de ce premier tour de chant comique demeure plutôt confidentiel, cela permet quand même à ce sympathique trublion de côtoyer des artistes de renom (ou qui allaient rapidement le devenir) tels que Fernand Raynaud, Gilbert Bécaud ou encore Charles Aznavour.

Sans pour autant devenir une célébrité du même acabit que ces illustres légendes de la scène française, Sim accèdera néanmoins à une certaine reconnaissance du public à travers le prisme télévisuel. Tombé sous le charme inhabituel et attachant de l'artiste alors qu'il faisait le pitre au Crazy Horse Saloon (la tête évidemment à  hauteur adéquate, juste au niveau des poitrines des sublimissimes "Girls"), Jean Nohain (figure incontournable de l'ORTF) lui offre ainsi l'opportunité de faire ses premiers pas sur le petit écran. Sim participe donc à l'émission 36 chandelles avant d'acquérir une véritable notoriété (travesti d'une robe, d'une perruque, d'un chapeau et d'un maquillage outrancièrement rococo) avec son inénarrable interprétation de la "Baronne Adélaïde de la Tronche-en-Biais", créée à l'occasion d'une émission de Guy Lux (
« du gros comique » s'en amusera-t-il lui-même où il ne cessera « raboter, peaufiner, raffiner » son art). Après avoir animé plusieurs programmes dédiés à la jeunesse au début des années 1960, le fantaisiste deviendra un fidèle des émissions de variétés dans les années qui suivront ; qu'il s'agisse des shows extrêmement populaires de Guy Lux bien entendu, de ceux Maritie et Gilbert Carpentier ou encore de la fameuse Académie des neuf présentée par Jean-Pierre Foucaud avec L'Académie des 9 (s'y illustrant à chaque fois par nombre de pitreries et autres clowneries).

Sim
Se plaisant à amuser la galerie et à pratiquer l'art de l'auto-dérision en toute allégresse (
« L'erreur est humaine, regardez-moi ! » avait-il d'ailleurs l'habitude de plaisanter), Sim usera de sa volubile exubérance bien au-delà du petit écran de télévision. En effet, avec son goût prononcé pour la parodie, la gaudriole et une peur du ridicule quasi inexistante, le joyeux luron aimait également pousser la chansonnette. Davantage gags bon enfant que tirades poétiques, les chansons auxquelles il prête sa voix ont alors pour noms colorés J'aime pas les rhododendrons (1971), C'est pas moi, c'est ma sœur (1972), Je joue de l'hélicon (1975), Pépé Reggae (1980) ou encore l'étonnante (et totalement appropriée) reprise du Quoi, ma gueule ? popularisé par Johnny Hallyday. Pour les amateurs, le tube le plus fameux de l'artiste reste évidemment le mémorable Où est ma ch'mise grise ? sorti en 1978 en duo avec Patrick Topaloff ; une parodie pour le moins enjouée de You're the one that I want du film Grease, et qui sera par ailleurs Disque d'or ! Parallèlement, à cette activité musicale, cette impayable tronche va aussi faire la joie de nombreux spectateurs.

Bien que le plus souvent cantonné à de petits rôles de faire-valoir, Sim tourne néanmoins pour des réalisateurs aussi variés que Michel Audiard  (comme Une veuve en or en 1969, et surtout Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas... mais elle cause en 1970 où il campe une étonnante libellule !), Philippe Clair (La Grande Maffia en 1971, La Brigade en folie en 1973), Jean-Pierre Mocky (Le Roi des bricoleurs en 1977) ou encore Guy Lux (Drôles de zèbres en 1997, où le public a l'immense bonheur de le voir reprendre son mythique rôle de Baronne). Coutumier des apparitions fugaces dans de gros succès populaires (Cartouche de Philippe de Broca en 1963, Les Mariés de l'an II de Jean-Paul Rappeneau en 1971, Pinot simple flic de Gérard Jugnot en 1984, ou plus récemment Astérix & Obélix contre César en 1999 et Astérix & Obélix aux Jeux Olympiques de Frédéric Forestier et Thomas Langmann en 2008 dans lesquels il campe à merveille son double de papier : Agecanonix), Sim n'hésite pas non plus à donner de sa personne pour des films moins réputés, parfois nanardesques, mais qui ne manquaient pourtant pas de charme comme en témoigne les titres Les Gaîtés de l'escadrille de Georges Péclet en 1958, Sacrés Gendarmes et Touch' pas à mon biniou (parfois renommé Gueules de vacances) de Bernard Launois en 1980, ou encore l'improbable Andréa de Henri Glaeser (un obscur film érotique de 1976 pour lequel il apparaît furtivement sous le nom de Sim O'Connor ; déjà tout un programme !).

Sa plus grande fierté dans le domaine cinématographique était – à forte raison et bien qu'il s'agisse là-encore d'un petit rôle
le cadeau que lui avait le grand Federico Fellini en 1990 en lui confiant le personnage du joueur de flûte lunaire vivant dans une tombe à l'occasion du bien-nommé La Voce della luna (une apparition certes éphémère, mais dont l'intensité poétique aura su marquer durablement les spectateurs) ; comme une preuve (si besoin était) que l'homme n'était pas qu'un clown naturellement doué, mais aussi un être sensible et un artiste complet. On avait ainsi pu le voir se produire sur les planches dans deux pièces à succès écrites et mises en scène par son ami Victor Lanoux (Le Tourniquet et La Ritournelle), avant qu'il n'écrive et ne mette en scène sa propre pièce de théâtre (Une cloche en or) qu'il jouera près d'un demi-millier de fois. Le petit Simon était d'ailleurs revenu à la télévision en 2007 auprès de son complice de scène en occupant un rôle récurrent dans la série à succès de France 3, Louis la brocante, pour laquelle il écrivit plusieurs scénarios. Également auteur de plusieurs ouvrages où cet amateur de Raymond Devos pouvaient laisser libre cours à son humour subtil et délicat (comme Elle est chouette, ma gueule donc, mais aussi Pour l'humour de Dieu, Elles sont chouettes, mes femmesLe Penseur ou encore son ultime livre au titre tragiquement prophétique : Et la retraite, bordel ?), pour la plupart d'entre nous, Sim restera surtout indissociable de l'émission culte (d'abord radiophonique, puis télévisée) de Philippe Bouvard, Les Grosses Têtes, à laquelle il assiste dès sa création en 1977 et où il parvenait à faire mourir de rire les nombreux auditeurs de RTL chacune de ses interventions ; son humour imparable (souvent absurde, mais jamais vulgaire) et son esprit avisé (Sim se définissait lui-même comme un « rigolo qui réfléchit »  ce qui, soulignait-il, «paraît évidemment baroque ») avait fait de lui un personnage éminemment populaire (bien au-delà de cette image de simple "faiseur de grimaces" qui lui collait à la peau) et terriblement attachant qui nous manquera profondément...
   

Sim

Partager cet article

Repost 0
Published by Shin - dans Artistes
commenter cet article

commentaires

Vlad 29/09/2009 22:10


Ca m'as fait un choc quand j'ai appris sa disparition. Je l'aimais beaucoup et il me faisait enormément pensé à un oncle disparu que j'appreciais beaucoup et qui avais le même style d'humour. Une
bien triste nouvelle il manquera à beaucoup d'entre nous, toute génération confondue.


Shin 13/10/2009 20:52



Bonsoir Vlad,

Il me rappelait également un proche disparu (mon grand-père) et avait surtout bercé toute ma jeunesse. Sottement, j'avais presque l'impression qu'il ne mourrait jamais...

Amicalement,

Shin.



tinalakiller 29/09/2009 21:41


je l'aimais bien
sa mort m'a attristé

RIP :)


À propos du blog

LA SHINÉMATHÈQUE
  La Shinémathèque
« La connaissance s'accroît en la partageant.»

s :  CINEMA ACTUALITE MUSIQUE BLOG MANGA CINEMA / TV LA SHINEMATHEQUE
:
Bienvenue dans mon humble chez moi ! J'espère que le voyage nous plaira et vous donnera envie de revenir et, pourquoi pas de participer. Qu'il s'agisse de cinéma, de séries, de musique ou d'autres absurdités, je serai toujours ravi de lire vos avis ; qu'ils soient positifs... ou négatifs ! ;-)

Rechercher

La Pin-up du mois

  La Pin-Up du mois

 

         VOIR TOUTES LES PIN-UP   

Les Listes du Shinéphile

Dans le compteur

          Déjà

      visiteurs !

 

Actuellement, il y a curieux sur ce blog...