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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

L'Attaque du métro 123

L'Attaque du métro 123Réalisé par Tony Scott, sorti le 29 juillet 2009
Titre original : The Taking of Pelham 1 2 3

Avec Denzel Washington, John Travolta, James Gandolfini, John Turturro, Luis Guzmán, Brian Haley, Ramon Rodríguez, Gbenga Akinnagbe ...

"Walter Garber (Denzel Washington) est aiguilleur du métro à New York. Comme chaque jour, il veille au bon déroulement du trafic, lorsque la rame Pelham 123 s'immobilise sans explication. C'est le début du cauchemar. Ryder, (John Travolta) un criminel aussi intelligent qu'audacieux, a pris en otage la rame et ses passagers. Avec ses trois complices lourdement armés, il menace d'exécuter les voyageurs si une énorme rançon ne lui est pas versée très vite. Entre les deux hommes commence un incroyable bras de fer. Chacun a des atouts, chacun a des secrets, et le face-à-face risque de faire autant de victimes que de dégâts. La course contre la montre est lancée..."




Mon avis
(bien) :
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Avant d'être un blockbuster réalisé par le très efficace Tony Scott (que l’ombre de son encombrant frangin a tendance à trop souvent occulter ; ce qui est quand même malheureux s'agissant du réalisateur du formidable True Romance et du sous-estimé
Les Prédateurs), L'Attaque du métro 123 se présente tout d’abord comme le remake de l'excellent, mais bien  trop méconnu, The Taking of Pelham One Two Three que Joseph Sargent réalisa au début des seventies. Il est d'ailleurs à noter que le titre français de l'original  – Les Pirates du métro – était à mon sens bien plus accrocheur que celui de cette nouvelle version (en même temps, le terme "pirate" aurait peut-être une connation toute autre aujourd'hui depuis la déferlante des Pirates des Caraïbes et la diabolisation des utilisateurs du peer-to-peer ?). Mais bon, passons. À l'époque, point de stars planétaires de la trempe d'un John Travolta ou d'un Denzel Washington se faisant face au casting,  mais les nettement plus confidentiels (mais pas moins excellents pour autant) Robert Shaw et Walter Matthau. Pour cette nouvelle version, exit donc le redoutable adversaire de l'agent 007 dans Bons baisers de Russie et le mémorable capitaine Red du Pirates (tiens donc ? ^^) de Roman Polanski, et welcome à deux spécialistes du blockbuster qui déménage. Si John Travolta a déjà effectivement eu l'occasion de prouver (chez John Woo notamment) qu'il avait la stature nécessaire pour ce type de productions, s'agissant de Denzel Washington, L'Attaque du métro 123 n'est ni plus ni moins ici sa quatrième collaboration avec le réalisateur (après USS Alabama en 1995, Man on Fire en 2004 et Déjà vu en 2006) ; les deux hommes s'étant ainsi progressement imposés avec le temps comme l'un des duos les plus réjouissants du cinéma d'action moderne. Dès les premières minutes d'ailleurs, le style Tony Scott, avec ses cadrages toniques et son montage énergique, est déjà immédiatement identifiable. Peut-être même un peu trop pour un réalisateur qui, à défaut d'être d'une grande sobriété, a déjà été plus inspiré... Heureusement, les plans saccadés et aggressifs de l'introduction laissent rapidement le pas à une mise en scène plus apaisée et nettement plus agréable à suivre (on pense ainsi moins au récent Man on fire, bien mieux maîtrisé au passage, et davantage au plus classique Ennemi d'État).


Dans tous les cas, Tony Scott a visiblement fait le choix de s'éloigner de l'ambiance très seventies du film de Joseph Sargent (et ses vêtements flashy, son score ultra funky de David Shire – et ce, au profit d'une bande sonore dénuée d'âme qui souffre terriblement de la comparaison – ou encore ses répliques misogynes et racistes bien senties ; reflet ironique de la mentalité de l'époque). Et si L'Attaque du métro 123 apparaît toujours comme un brin old shool, le réalisateur semble s'être davantage attaché à retrouver l'esprit du cinéma d'action des années fin 1980 / début 1990 qu'il connaît sur le bout des doigts (et où les noms de Joel Silver, Don Simpson, Jerry Bruckheimer, Mark Gordon et autres faisaient alors fantasmer plus d'un fan d'actioners). Pour les plus jeunes, la trame de L'Attaque du métro 123 rappelera donc  inévitablement celles de films comme Speed de Jan de Bont (déjà un remake d'un film japonais des années 1970, Super Express 109, où un moyen de transport collectif était également détourné par un terroriste ; bien que celui-ci avait alors préféré ne pas rester à son bord) ou encore Piège à grande vitesse de Geoff Murphy (avec l'inémitable Steven Seagal et la ravissante Katherine Heigl). Qui plus est, le coup du petit employé sans histoire qui va devoir faire face à une menace terroriste évoque aussi par moment le Mort subite de Peter Hyams (où Jean-Claude Van Damme incarnait alors un tranquille agent de sécurité confronté à des évènements similaires) et quelques petites autres productions typiques de l'époque. Quant au personnage auquel John Travolta prête ses traits, il renvoit tout simplement au méchant  un brin homo refoulé du Broken Arrow de John Woo qu'incarnait alors... le même John Travolta ! On retrouve d'ailleurs ici chez l'acteur une même gestuelle maniérée, une même voix fluette et doucereuse, concourant à faire de son personnage un adversaire pour le moins ambigü (et notamment lorsque, au détour de deux répliques cinglantes, il nous fait un coming-out des plus étonnants...^__^).


L'Attaque du métro 123
Quant John Travolta joue les gros bonnets, Eminem n'a qu'à bien se tenir !


Film ultra-référentiel qui s'assume parfaitement, L'Attaque du métro 123 illustre parfaitement l'ambition de Tony Scott de nous offrir un divertissement à l'ancienne ; genre dont il avait d'ailleurs été l'un des meilleurs artisans (avec des films comme Le Flic de Beverly Hills 2 ou encore Le Dernier Samaritain notamment). Le film aurait presque même pu prendre avantageusement place il y a une bonne quinzaine d'années tant les ajouts de technologies d'aujourd'hui apparaissent comme des élements de modernité assez artificiels (à l'instar de cette webcam sur l'ordinateur portable d'un passager de la rame qui continue de marcher sans que personne ne la voit et qui, alors que le film revient dessus à de nombreuses reprises, n'apporte strictement rien digne d'intérêt à l'histoire). Parallèlement à cette volonté de revenir à ses premières amours, Tony Scott n'oublie évidemment d'adresser les traditionnels clins d'œil au film de Joseph Sargent. Le personnage de Denzel Washington s'appelle ainsi Walter Garber en hommage au Zachary Garber qu'incarnait alors Walter Matthau, porte une chemise jaune clair avec une cravate multicolore inversement semblable à celles qu'arborait alors son homologue, et à également fort à faire avec des industriels japonais (dont il est accusé d'avoir accepté les pots de vin chez Scott ; et dont il devait assurer la visite de l'installation informatique chez Sargent). Du côté du personnage campé par John Travolta, on peut également noter un hommage dans le pseudonyme qu'il porte à présent ; Ryder était en fait le véritable nom dans l'original du personnage interprété par Robert Shaw, alias Mr Blue. Popularisé à l'excès par Tarantino via son Reservoir Dogs, l'emploi de couleurs pour figurer les noms de codes de ses personnages semble en effet avoir été délaissé ici par Tony Scott et ses scénaristes. Un choix d'autant plus discutable que cher Quentin n'a jamais nié pour sa part s'être inspiré du film de Joseph Sargent (et puis, Ryder, Ramon, Wallace et Bashkim c'est quand même nettement moins la classe que Mr Blue, Mr Green, Mr Gray et Mr Brown...). Que cette nouvelle version des Pirates du métro s'efface derrière le film de Tarantino pour ne pas être accusée de plagiat par des cinéphiles incultes reste quoi qu'il en soit un drôle de comble je trouve...


Outre ce changement absurde des pseudonymes employés par les preneurs d'otages du métro, j'ai surtout regretté que leur personnalité ait été ici réduite comme une peau de chagrin. Hormis les deux rôles principaux, tous les autres personnages manquent cruellement de profondeur, alors que chaque second rôle chez Sargent avait su habiter le film et que tous les bad guys disposaient d'une véritable caractérisation. Ici, mis à part John Travolta donc (toujours aussi jouissif en psychopathe qui en impose, et assurément la pièce maîtresse du film de Scott), les méchants de l'histoire semblent en effet totalement inexistants (sans parler du totalement inutile négociateur joué par John Turturro que les scénaristes ont cru bon de rajouter ; on a vraiment connu David Koepp nettement plus inspiré...). Qui plus est, Denzel Washington (bizarrement presque trop charismatique pour convaincre) peine à être aussi attachant que Walter Matthau (franchement plus crédible en brave gars désemparé, mais pas si naïf qu'il n'y paraît). Est-ce pour cette raison que le réalisateur n'a pas pu s'empêcher de transformer notre bon vieil aiguilleur écrasé par le poids des responsabilités en une sorte de John McClane fatigué, tendance Une journée en enfer, dans la conclusion du métrage ? Pourtant pas présenté comme un héros au premier abord, et encore moins comme un ancien-flic cabochard ou même un citoyen vengeur personnellement impliqué, le personnage de Denzel Washington n'a, a priori, aucune raison de se changer ainsi en super-justicier coursant, arme au poing, les méchants à travers toute la ville (d'autant qu'on le voit retourner tranquillement, l'image d'après, à ses occupations comme si de rien n'était). C'est là une ficelle scénaristique particulièrement bancale qui a du mal à passer et qui est loin d'atteindre le plaisir ressenti devant la conclusion délicieusement ironique achevant Les Pirates du métro (tristement remplacé ici par cette image particulièrement risible d'un gentil papa ramenant un bidon de lait à sa gentille famille après tel un Jack Bauer pantouflard "n'avoir fait que son devoir" de bon et honnête citoyen américain).

 

Manquant d'une saine créativité pour redynamiser l'intérêt du film pour ceux qui connaissent déjà le modèle de Joseph Sargent (on peut également citer la scène de la livraison de l'argent un vulgaire copié/collée de l'original ou ce sniper mordu par un rat qui presse accidentellement sur la détente un nouveau rajout aussi grotesque qu'inutile), L'Attaque du métro 123 a néanmoins pour lui le mérite de disposer du savoir-faire de Brian Helgeland (déjà scénariste sur L.A. Confidential, Payback ou Créance de sang) qui à défaut de pouvoir rivaliser avec les répliques hautes en couleurs des Pirates du métro (l'époque ne le permettrait certainement plus) nous gratifie de quelques punchlines déroutantes dont il a le secret (les meilleures étant celles assénes par un John Travolta décidément très en forme). Au final, bien que demeurant un divertissement tout à fait agréable à suivre, L'Attaque du métro 123 plaira certainement davantage à ceux qui ne connaissent pas l'original (en tout point supérieur). Loin d'être raté, et plutôt efficace même comme toujours avec Tony Scott (bien que le réalisateur nous a habitué à mieux et que de récentes productions du genre, telles que Phone Game de Joel Schumacher ou Inside Man de Spike Lee, lui soient infiniment supérieures), son dernier film s'oublie pourtant bien trop rapidement pour espérer un jour s'imposer comme un véritable classique du genre. Nul doute en revanche qu'il supportera sans problème quelques revisionnages à l'avenir par un samedi soir paresseux ou un dimanche pluvieux. C'est déjà ça.

 


Films de Tony Scott chroniqués ici : L'Attaque du métro 123 ; Les Prédateurs


P
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Vlad 30/11/2009 23:39


Un film sympathique que j'ai beaucoup aimé. Il est clair très facile pour les diverses raisons que tu évoques mais j'ai pris mon pied même si j'admets que l'original et mieux maitrisé surtout sur
la psychologie des personnages.