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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

La Mutante

La MutanteRéalisé par Roger Donaldson, sorti le 27 septembre 1995
Titre original : Species
                
Avec Ben Kingsley, Michael Madsen, Alfred Molina, Forest Whitaker, Marg Helgenberger, Natasha Henstridge, Michelle Williams, Whip Hubley ...

"Après avoir lancé un message à travers l'espace sur l'existence de notre espèce, une équipe scientifique reçoit la réponse vingt ans plus tard sous la forme d'un échantillon d'ADN extraterrestre. Sous la direction du docteur Xavier Fitch (Ben Kingsley), les Américains tentent en secret une expérience de fécondation..."




Mon avis
(très bon) :
  


 

Avec sa campagne marketing aussi aguicheuse que maligne promettant un habile mélange de séquences gore et de passages érotiques, La Mutante a immédiatement fait l'objet de toutes les convoitises auprès des ados d'alors et demeure aujourd'hui encore l'une des séries B fantastiques les plus emblématiques des 1990's. Bien que doté d'un budget plutôt confortable de 35 millions de dollars (entre les 25 millions d'un Johnny Mnemonic et les 60 millions d'un Jumanji, sortis la même année), ce long-métrage n'en demeure pourtant pas moins traversé du plus pur esprit de liberté propre au cinéma d'exploitation de cette époque. Entre volonté sensationnaliste visant à attirer le chaland et vocation à offrir un produit parfaitement calibré pour séduire l'amateur de sensations fortes, La Mutante ne ménage donc pas ses effets. Particulièrement réussis, les truquages réalisés en plateau à base de maquillages saisissants et autres prothèses ultra-réalistes permettent d'ailleurs au réalisateur de proposer des séquences horrifiques assez mémorables. Parfaitement à l'aise derrière la caméra, Roger Donaldson livre donc un solide divertissement dont le casting quatre étoiles renforce significativement l'intérêt.

 

Depuis son premier long-métrage réalisé en Nouvelle-Zélande à la fin des années 1970's, le cinéaste australien a toujours su confier les rôles principaux de ses films à des comédiens talentueux et emblématiques parvenant à transcender leurs personnages. Après Sam Neil (alors débutant, mais déjà très prometteur) et Warren Oates (bien connu des aficionados de Sam Peckinpah) en 1977 pour Sleeping Dogs, il dirige donc Mel Gibson et Anthony Hopkins en 1984 dans Le Bounty (aux côtés d'une distribution prestigieuse réunissant aussi Laurence Olivier, Bernard Hill, Daniel Day-Lewis, ou Liam Neeson), puis Kevin Costner et Gene Hackman en 1987 dans Sens Unique (thriller efficace mettant également en scène Will Patton et Sean Young), ou encore Tom Cruise et Bryan Brown en 1988 dans Cocktail (le film te donnant furieusement de t'engager dans une carrière de barman à la Jamaïque au son des Beach Boys). Plus tard, on le verra également s'ajoindre les services de Pierce Brosnan et Linda Hamilton pour Le Pic de Dante en 1997, ainsi que Colin Farrell et Al Pacino à l'occasion de La Recrue,en 2003. Avec La Mutante, Roger Donaldson ne déroge pas à la règle puisque la distribution est – pour une production de ce genre – assez singulière. Le vétéran Ben Kingsley (Gandhi, La Liste de Schindler, La Jeune Fille et la Mort) y incarne donc l'impitoyable tête pensante de l'équipe scientifique gouvernementale qui a créée, puis tentée de détruire, une hybride humain-alien appelée Sil. Pour retrouver et éliminer le fruit de cette expérience génétique ayant mal tourné, il fait alors appel à un chasseur de prime bourru campé par le toujours aussi classe Michael Madsen (Reservoir Dogs, Wyatt Earp, Kill Bill) tout en force tranquille, à un médium volubile interprété par l'immense Forrest Whitaker (Ghost Dog, Le Dernier Roi d'Écosse, Zulu) dans un numéro de roue libre assez amusant, ainsi qu'à deux scientifiques auquels Alfred Molina (Les Aventuriers de l'arche perdue, Identity, Spider-Man 2) et Marg Helgenberg (Les Tommyknockers, Bad Boys, la série Les Experts) prêtent leurs traits. Une équipe de choc donc, même si l'écriture plus que basique de leurs rôles ne permet pas franchement à ce casting prestigieux de briller. Néanmoins, à la vérité, l'intérêt est ailleurs...

 

La Mutante
Le baiser mortel du lagon.
 
Malgré la présence de Ben Kingsley, Michael Madsen ou encore Forest Whitaker, la star de La Mutante est une jeune inconnue de 20 ans, une certaine Natasha Henstridge. Totalement inconnue avant la sortie de ce film en 1995 (il s'agit d'ailleurs de son premier long-métrage), ce magnifique mannequin canadien de 1m78 va immédiatement accéder à la notoriété grâce à ce rôle. Tapant dans l'œil des spectateurs aussi bien que dans celui de producteurs, la belle blonde scupturale trimballera ensuite son physique de rêve aux côtés de Jean-Claude Van Damme dans l'efficace Risque Maximum, de Bruce Willis et Matthew Perry dans l'amusant Mon voisin le tueur, ou encore de Jason Statham et Pam Grier dans l'embarrassant Ghosts of Mars (du pourtant génial John Carpenter). Mais pour une grande partie des cinéphiles, Natasha Henstridge restera à jamais la bombasse de La Mutante. Et c'est en effet moins la qualité de son jeu que celle de ses mensurations qui est mis à l'honneur ici ; le long-métrage de Roger Donaldson ne lésinant pas sur les gros plans nibards (ce qui est toujours très appréciable lorsqu'ils sont aussi jolis). Mais derrière cet aspect érotico-soft parfaitement assumé et revendiqué par le film, La Mutante demeure aussi un chouette divertissement horrifique qui en dépit d'un scénario assez simpliste évoquant certains épisodes de la série Au-delà du réel s'avère suffisamment malin pour faire oublier ses quelques faiblesses. Ainsi, alors que le spectateur devrait logiquement être du côté de l'équipe scientifique humaine traquant la mutante, le manque de développement psychologique de ses membres ne permet pas une réelle empathie. Et finalement, c'est bien cette alien qui a toute notre sympathie ; au point que l'on souhaiterait presque qu'elle parvienne à coloniser la terre. Comme l'indique le personnage de Forest Whitaker à un moment, la mutante est "encore une enfant" ; et elle agit comme tel (le premier vêtement qu'elle achètera sera d'ailleurs une robe de mariée, équivalent contemporain de la robe de princesse dont rêvent toutes les petites filles). Tout comme une "enfant", Sil apprend vite ; s'adaptant au monde à toute vitesse après avoir observer, copier, puis assimiler les comportements humains. Le jeu hésitant de la débutante Natasha Hendstrige   et de la toute jeune Michelle Williams qui incarne sa version juvénile  se prête d'ailleurs particulièrement bien à ce personnage en pleine découverte des émotions et des sens.

 

Mue par un insatiable instinct de préservation, sa recherche du "prince charmant" se transforme rapidement en quête du "partenaire idéal" (dénué de tares pouvant nuire à sa progéniture) ; les mâles reproducteurs récalés étant férocement éliminés par cette entité gynocratique. Pareille à une veuve noire utilisant les humains dans le seul but la reproduction de son espèce les cocons dans lequel elle emprisonne ses proies renforce d'ailleurs cet aspect arachnéen   et qui, sous sa véritable apparence, se voit dotée d'un impressionnant exosquelette biomécanique, Sil n'est pas sans évoquer une figure majeure du cinéma fantastique : le xénomorphe. Et pour cause. À l'instar du fameux huitième passager exterminant les membres du Nostromo dans le mythique Alien de Ridley Scott, la créature de La Mutante a été entièrement conceptualisée par le génial Hans Ruedi Giger. L'influence du maître est d'autant plus patente lors de la séquence fantasmagorique du train cauchemardesque dont le design rappelle fortement le redoutable ennemi de Ripley qui pourchasse Sil. On sent d'ailleurs bien que certaines idées sont passées à la trappe. Les rêves oniriques de la mutante auraient sûrement mérité un traitement plus poussé. Pour le reste, en poussant jusqu'au paroxysme l'érotisation de sa créature, le film de Roger Donaldson est sans doute l'incarnation cinématographique la plus fidèle des travaux de l'artiste suisse (où le "féminin" fait bien souvent l'objet d'une représentation charnelle hyper-sexualisée). À la fois envoûtante, excitante et monstrueuse, la créature imaginée par H.R. Giger est donc une réussite esthétique remarquablement bien retranscrite à l'écran ; si ce n'est dans le final bâclé du métrage où une surabondance d'effets numériques datés gâche un peu le plaisir du spectateur. Ce qui est d'ailleurs fort regrettable car, jusque-là, La Mutante avait parfaitement su ménager ses effets grâce à une utilisation ingénieuse des jeux d'ombre et de lumière ; la photographie de Andrzej Bartkowiak (déjà à l'œuvre sur L'Honneur des Prizzi de John Huston, Chute libre de Joel Schumacher ou encore Speed de Jan de Bont) s'avérant particulièrement inspirée. En outre, abandonnant totalement son enveloppe charnel "humaine", la mutante est alors réduite à n'être plus qu'un terrifiant monstre inexpressif rompant un peu trop abruptement l'empathie du spectateur –  dont le sort finit par n'avoir que peu d'importance.

 

Toutefois, malgré ce léger bémol concernant sa conclusion, La Mutante reste encore aujourd'hui un divertissement de qualité, épaulé par un casting très enthousiasmant, et offre finalement au spectateur tout ce qu'il en attendait ; à savoir des séquences gore et sexy emballées avec soin autour d'un postulat fantastique (même si davantage d'humour et de second degré aurait été un plus appréciable). Ce qui ne sera pas franchement le cas des trois séquelles qui suivront, à la qualité sans cesse décroissante surtout à partir du troisième film (Michael Madsen disparissant de la franchise à l'issue du second volet, et Natasha Henstridge ne faisant plus qu'une très courte apparition dans le suivant) et tout à fait dispensables.


 

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Roggy 08/05/2014 18:50


Salut,


J'aime beaucoup aussi ce film de monstres avec la scupturale Natasha Hendstrige. En revanche, il faut zapper les suites...

Mr Vladdy 07/05/2014 14:45


Tu me donnes en tout cas envie de le revoir :P Toute mon adolescence qui revient :)


 


Sinon ça fait vraiment plaisir de revoir de l'activité sur ton blog :)

dasola 07/05/2014 08:44


Bonjour Shin, je confirme que c'est un bon film de genre avec des effets spéciaux plutôt réussis. Bonne journée.

Mr Vladdy 06/05/2014 20:11


Un film que j'aime beaucoup voir et revoir. Il faudrait d'ailleurs que je le revois car de mémoire ma note tournerait plus autour d'un 4/5 c'est te dire l'affection que je peux avoir pour ce film
qui à bercé une partie de mon adolescence.


Comme tu l'écris, on retrouve tout ce que l'on est venu chercher, c'est un film assez intelligent et pour s'en convaincre il suffit de voir sa suite nettement plus pauvre (pour ma part je me suis
arrêté au deuxième film préférant ne pas me faire mal avec les autres volets...)

Shin 06/05/2014 22:58



La Mutante est très correct, et même particulièrement malin par moment, mais le final est assez décevant je trouve. J'aurais aimé que l'ultime confrontation soit un peu plus
péchue. Et puis les effets visuels laissaient quand même à désirer... La numérisation de la créature est un peu craignos.


Mais bon, je continue néanmoins à grandement apprécier ce film qui marqua aussi mon adolescence, je dois bien l'avouer ! ^^