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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 00:00
La Vie de David GaleRéalisé par Alan Parker, sorti le 23 avril 2003
Titre original : The Life of David Gale

Avec Kevin Spacey, Kate Winslet, Laura Linney, Gabriel Mann, Rhona Mitra, Leon Rippy, Matt Craven, Michael Crabtree ...

"Militant contre la peine capitale au Texas, le docteur David Gale (Kevin Spacey), un professeur d'université, se retrouve à tort condamné à mort pour le viol et le meurtre de l'activiste Constance Harraway (Laura Linney). Dans sa cellule, il reçoit Elizabeth Bloom (Kate Winslet), une journaliste qui mettra tout en œuvre pour prouver son innocence. Le compte à rebours a commencé, il ne reste plus que 4 jours avant l'exécution de Davide Gale avant de le sauver. Mais y parviendra-t-elle ?"




Mon avis
(passable) :





Alan Parker est un cinéaste dont la réputation n'est plus vraiment à faire, et nombreux sont les fleurons qu'il a offerts au cinéma américain. Lorsque l’on regarde de plus près sa filmographie, on remarque aussi que deux grandes tendances s’en dégagent. En premier lieu, Alan Parker a su, tout au long de sa carrière, moderniser le film musical avec panache, jusqu’à en devenir l'un des plus éminents spécialistes (de Bugsy Malone à Fame, en passant par Pink Floyd : The Wall, The Commitments ou, plus près de nous, Evita). D’autre part, il s’est également illustré pour ses films de société tragiques, engagés et pour le moins polémiques (qu’il s’agisse du classique Midnight Express, de Birdy, d’Angel Heart : Aux portes de l'Enfer, de Mississipi Burning ou encore du récent Les Cendres d'Angela). Avec La Vie de David Gale, Alan Parker ne déroge pas à la règle et revient donc à l'un de ses genres de prédilection en se frottant à un sujet extrêmement délicat, et particulièrement aux États-Unis : la peine de mort. À la sortie de ce film, précisons, en outre, que la présidence des États-Unis était alors assurée par un certain George W. Bush ; ancien gouverneur du Texas et, accessoirement, fervent défenseur de la peine capitale. Le long-métrage d’Alan Parker a donc logiquement généré son petit lot de controverses Outre-Atlantique (déchaînant la passion de la presse américaine pour un sujet aussi brûlant), alors qu'il peinait dans le même temps à convaincre son public et à remplir les salles (à peine plus de 17 millions de dollars de recettes en fin d'exploitation pour un budget presque trois fois supérieur). S’il serait alors facile de penser que les Américains ne sont pas réceptifs à des films en apparence aussi critiques vis-à-vis du fonctionnement de leur société, on peut également arguer la maladresse du script et une ambiguïté dans le propos qui auront pu en décontenancer plus d'un. En France, la presse spécialisée ne s'est d'ailleurs pas privée non plus pour dénoncer l'espèce de complaisance malsaine avec laquelle Alan Parker a abordé son sujet et le caractère particulièrement douteux du, ou plutôt des messages qu'il semble vouloir faire passer. Et si la virulence de certaines critiques pourrait malgré tout paraître un brin excessive par moment, un irrépressible sentiment malaise plane effectivement bel et bien à la fin de la projection ; le final du film étant en effet particulièrement déroutant.


Et pourtant, La Vie de David Gale ne manque vraiment pas de qualités et avait tout pour devenir un très grand film. À commencer par son casting haut de gamme où se côtoient, entre autres, Matt Craven, Laura Linney, Leon Rippy, Kate Winslet ou encore Kevin Spacey bien entendu. Il est d’ailleurs assez curieux de s’imaginer que les rôles principaux aillent failli être interprétés par d’autres comédiens tant le choix des acteurs semble ici particulièrement judicieux. Il est ainsi plutôt surprenant de penser que David Gale aurait dû à l’origine être… George Clooney !  Non pas que l’acteur ne possède pas le talent requis (je l’ai d’ailleurs trouvé assez formidable dans Une nuit en enfer, Hors d’atteinte, La Ligne rouge, Solaris ou encore Syriana). Seulement, on n’imagine moins aisément ce séduisant VRP de Nespresso en violeur que celui qui donna vie au sociopathe sadique de Se7en… De la même façon, le rôle tenu par Kate Winslet avait d’abord été destiné à Nicole Kidman. Si cette dernière aurait très certainement livré une interprétation sans faille, j’ai du mal à imaginer quelqu’un d’autre à la place l’actrice anglaise tant j’ai trouvé sa prestation impeccable. Globalement, La Vie de David Gale n’a de toute façon pas à rougir de son casting, jusque dans ses rôles les plus secondaires ; même si Kevin Spacey est largement celui qui impressionne le plus par l’intensité de son jeu et la force de son implication. D’Usual Suspects à K-Pax, l'homme qui vient de loin, en passant par Se7en, Swimming with Sharks, L.A. Confidential, Minuit dans le jardin du bien et du mal, American Beauty, Ordinary Decent Criminal ou encore Un monde meilleur, cet artiste polymorphe arrive toujours à insuffler aux personnages qu’il interprète une profondeur unique et une certaine forme d’attachement (et ce, même lorsqu’il campe la pire des ordures). Une fois encore, il donne au personnage qu’il incarne une dimension incroyable ; parvenant à susciter en nous autant l’intérêt, l’attachement que l’émotion. Du grand art comme on voit que rarement qui conforte la place de Kevin Spacey au sommet des acteurs les plus merveilleux et talentueux (et ce n’est certainement pas moi qui remettrais en cause les Oscars qu’il a reçus pour ses prestations impériales dans Usual Suspect ou encore American Beauty). Sa participation au film d’Alan Parker est assurément le plus gros atout d’un film qui aurait vraiment souffert de l’absence d’un acteur aussi exceptionnel.


La Vie de David Gale
"Des hommes, des femmes et d'la verve, nom de dieu !" (air connu)


Au niveau de la réalisation, La Vie de David Gale est également un long-métrage qu’il est agréable de suivre. Bien qu’Alan Parker ait sans nul doute déjà été plus inspiré, sa caméra accompagne avec justesse les mouvements des personnages et son sens du cadrage est demeuré toujours aussi avisé. Il n'en fallait évidemment pas moins pour un film aussi subversif qui n’aurait décemment pas pu s’appesantir de lourdeurs dans la mise en scène. Certains passages possèdent ainsi une formidable puissance cinégénique ; participant de ce fait à l’implication profonde du spectateur. À ce titre, la scène de confrontation télévisuelle entre David Gale et le gouverneur du Texas est pour le moins prodigieuse. Lorsque l’on sait que le réalisateur avait un temps songer à engager un sosie de George W. Bush pour le rôle, on n’imagine à peine l’impact que cela aurait pu provoquer dans l’opinion publique… d’autant que sa charge contre l’ancien Président américain me semble déjà suffisamment féroce et explicite comme cela. Quoi qu’il en soit, la réalisation d’Alan Parker permet de suivre La Vie de David Gale avec un véritable plaisir de cinéphile ; et notamment dans sa façon de gérer une tension qui va crescendo, jusqu’à la mise en abîme même du drame que fait naître le compte à rebours implacable de l’exécution de David Gale. Jusqu’au bout, on se demande vraiment si la journaliste Elizabeth Bloom parviendra à le sauver ou non. Parmi les séquences les plus mémorables, en dehors des images très fortes du "viol", je retiendrai surtout celle où David Gale doit dire adieu à son fils et qu’il finit en larmes sur les marches avec la peluche du gosse dans les bras ; un passage particulièrement émouvant, soutenu par la force de conviction de son interprète. De fait, même si certaines des révélations qui agrément le récit étaient assez prévisibles (disons que j’ai rarement été surpris pour ma part), l’intrigue s’avère assez rondement menée durant près d’1h40. Le hic, c’est qu’il dure 30 minutes de plus durant lesquelles on découvre une abominable vérité qui ne peut que laisser pantois (ce qui suit est à déconseiller à tous ceux qui n’auraient pas vu le film et ne voudraient pas connaître de détails cruciaux quant à sa conclusion).

 
Et alors qu’on pensait que le film avait d'abord été conçu comme une sorte de réquisitoire contre la peine de mort, Alan Parker se fourvoie en un intant avec cette une conclusion aussi hautement improbable que foncièrement abjecte ; nous donnant  par la même la très désagréable impression de s’être fait arnaquer dans les grandes largeurs. La Vie de David Gale s'oriente alors en effet sur une pseudo-dénonciation de la facilité avec laquelle on peut manipuler l’opinion publique, et surtout les dérives de l’extrémisme (cette idée que, même s'il s'agit de défendre des idéaux aussi légitimes et justes que l’abolition de la peine de mort, on peut devenir encore plus monstrueux que l’horreur que l’on voulait dénoncer en ayant recours à des méthodes aussi discutables). Le problème, c’est que – si ces aspects sont très intéressants au demeurant (et mériteraient largement qu'on s'y attarde)
à ce niveau-là du film, ils apparaissent comme totalement hors de propos. Sacrifié un sujet aussi grave et important que la peine de mort dans le seul but d'artificiellement surprendre le spectateur avec un twist ending totalement déplacé me semble être l'un des plus gros ratages de La Vie de David Gale. Non seulement cette ficelle scénaristique gâche complètement la portée du message (le débat sur la peine de mort étant alors reléguée au second plan au profit du spectacle) mais, en plus, elle intervient bien trop tardivement dans le récit pour que l'on puisse vraiment s'impliquer sur cette nouvelle orientation du film (en tout cas, pas après avoir autant instrumentalisé le débat peine de mort pour, in fine, l'abandonner aussi maladroitement au profit de réflexions hasardeuses sur la manipulation et l'extrémisme). Pire que maladroite, la méthode employée est d'autant plus problématique qu'elle gâche aussi le sentiment général ressenti ; et on ressort de la séance finalement moins bouleversé qu'écœuré par tout ça . Dommage. Mille fois dommage même tant le sujet était prometteur et le casting de haute volée. Pour ce dernier d'ailleurs, La Vie de David Gale vaut néanmoins le coup. Son interprétation est absolument remarquable, et Kevin Spacey tout simplement stupéfiant. Pour le reste, vous jugerez sur pièces. Après tout, je suis peut-être passé à côté de quelque chose...



P
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commentaires

Elihpenic 29/04/2010 17:51



Film assez agréable même si il est loin de casser trois pattes à un canard...



kschoice 10/01/2010 14:11


Nous passons tous à côté de quelque chose...nul doute que personne ne peut se vanter d'avoir pleinement compris une oeuvre. Nous voyons le cinéma, chacun avec son propre regrad, son propre
vécu.
Il ne s'agit en fait que d'un avis personnel que tu livres ici, une fois de plus dans un article formidablement bien écrit, et où, au contraire de beaucoup d'auteurs de la blogosphère, tu expliques
clairement pourquoi tu n'as pas accroché plus que cela. C'est tout à ton honneur, car là d'autres enchaînent des critiques véritables sans aucune explication, tu réussis à démontrer le pourquoi du
comment de ton ressenti.
Un excellent article donc, même si je ne le partage pas vraiment. En effet, et même si je dois avouer que je suis un très grand admirateur du cinéaste, le film possède une force et une portée
philosophique hors norme.
Là où, comme tu l'expliques, on ressent de la compassion pour le personnage (cela fait partie de la manipulation scénaristique propre au twist ending) tu es par la suite plus que surpris, puis
finalement dégoûté par de tels procédés pour le moins très extrêmes je te l'accorde.
Mais en mettant en avant un sacrifice personnel pour le bien de la juste cause qu'il défend, Parker nous livre finalement un film très profond, bien que puissamment déstabilisant.
Il faut dire que je suis plutôt bon spectateur, délaissant toute recherche d'incohérences éventuelles ou d'inepties pour le moins voyantes. Quand c'est excessif, bien sûr on ne peut qu'émettre des
doutes, mais perso, je trouve ici que cela reste assez discret, même si dans les nombreux montages saccadés, on peut y voir quelques indices qui délivrent des clefs. Là où c'est fort..;c'est que
ces indices, si on les décode, permettent au spectateur de comprendre la démarche du professeur et d'induire par là-même un suspens supplémentaire. A contrario, si comme moi, on est un peu ouvert à
tous les styles cinématographiques, sans pour autant vouloir pleinement décoder les rouages de l'oeuvre, ce n'est pas grave pour autant car alors c'est la surprise du twist final qui
prend la relève.
Je ne peux donc que féliciter le scénariste, et sa mise en image par un réalisateur qui ne m'a que très peu déçu.


Wilyrah 04/01/2010 11:55



Personnellement, j'ai beaucoup aimé. J'avais chroniqué ce film y'a deux-trois ans, je l'aime beaucoup.


Pas de nouveaux billets depuis début décembre ? J'espère qu'il n'y a rien de grave dans ta vie.


Amicalement


Wilyrah



Bastien 06/12/2009 15:58


Si tu es passé à côté de quelque chose, moi aussi, car je mets la même note pour les même remarques...


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