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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Snowpiercer – Le Transperceneige

Snowpiercer – Le TransperceneigeRéalisé par Bong Joon-ho, sorti le 30 octobre 2013
Titre original : Snowpiercer
                
Avec Chris Evans, Jamie Bell, Tilda Swinton, John Hurt, Song Kang-ho, Octavia Spencer, Ewen Bremner, Luke Pasqualino ...

"2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais…."




Mon avis
(pas terrible) :  th_icon_good.gifth_icon_bof.gifth_icon_none.gifth_icon_none.gifth_icon_none.gif


 

 

Révélé en 2003 grâce au formidable polar Memories of Murder (véritable chef-d'œuvre du genre), Bong Joon-ho a rapidement accru sa (très bonne) réputation à l'international avec la sortie de The Host, trois années plus tard . Toutefois, si ce thriller fantastique s'avérait particulièrement prometteur dans sa première partie, il pâtissait malheureusement trop (à mon sens) de son traitement mi-figue mi-raisin. Car s'il est vrai que les séquences horrifiques consacrées aux attaques de la créature – au ton résolument plus sérieux – étaient tout à fait bluffantes, j'avais trouvé les aspects mélodramatiques – traités avec un second degré grand-guignolesque assez déstabilisant – franchement ratés. Ayant d'ailleurs été comme "éjecté" du long-métrage à partir de cette ridicule scène outrancière de pleurnicherie familiale, je n'étais jamais parvenu ensuite à passer outre ce traitement dual et à apprécier ce film qui, en dehors de cela, possédait d'indéniables qualités ; tant esthétiques que thématiques (ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayer et ressayer !). Du coup, j'abordais ce Snowpiercer – Le Transperceneige avec une certaine appréhension ; espérant retrouver le réalisateur du génial Memories of Murder, tout en craignant avoir de nouveau à faire avec celui du si décevant The Host...

 

Malheureusement, il semblerait que le second ait pris le dessus. En effet, cette adaptation cinématographique d'une bande-dessinée mythique, Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette (que j'ai pas encore eu l'occasion de lire dans son intégralité), s'avère être une amère déception. Ce que je déplore amèrement car – en grand amateur de fantastique / science-fiction, des récits post-apocalyptiques en particulier et du cinéma sud-coréen en général – le dernier long-métrage de Bong Joon-ho avait de nombreux atouts pour me plaire. À commencer par son casting, particulièrement alléchant : du formidable Song Kang-ho (JSA, Memories of Murder, Le Bon, la Brute et le Cinglé) à la légende John Hurt (Alien, Elephant Man, Midnight Express), en passant par Jamie Bell (Billy Elliott, King Kong, Jane Eyre), Chris Evans (révélé par sa prestation sidérante dans Sunshine de Danny Boyle), ou les sympathiques Ewen Bremner (Spud de Transpotting) et Luke Pasqualino (Freddie de la série Skins). Dans l'ensemble, les acteurs sont d'ailleurs plutôt convaincants ; même si Chris Evans en fait parfois un peu trop dans son rôle de héros sombre et torturé façon "Christopher Nolan presents", et que le cabotinage outrancier de Tilda Swinton s'avère particulièrement insupportable (un défaut à reprocher sans doute davantage à la direction de Bong Joon-ho – il suffit de se rappeler les "performances" similaires de The Host – qu'à l'actrice britannique, nettement plus subtile d'ordinaire et pas franchement aidée avec ses hideuses prothèses faciales). Seulement, le problème vient moins de la qualité de leur jeu que de ce qu'on leur fait jouer...

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  «  Parce que ce n'est pas un héros. C'est un ange gardien silencieux. Un protecteur vigilant. Un chevalier noir.» 

 

Disons-le tout de suite, le scénario de Snowpiercer est d'une rare connerie. Certes, s'agissant d'un pur produit cinématographique, de SF qui plus est, lui reprocher son manque de réalisme et son recours à certaines ficelles narratives pourrait sembler pour le moins inapproprié. À l'instar du genre fantastique auquel elle est intimement liée, la science-fiction invite le spectateur à "voir plus loin" en stimulant son imagination ; quitte à franchir les frontières de l'inimaginable. Toutefois, si le récit n'a donc pas nécessairement besoin d'être réaliste pour que le film fonctionne, il devient difficile d'y croire à partir du moment où ce que l'on nous raconte n'est même pas crédible. Contrairement au fantastique ou à la fantasy (où l'inexplicable, le merveilleux et la magie font loi), la science-fiction nécessite quand même une toute autre rigueur d'écriture. Car aussi extravagant que puisse paraître l'univers présenté, il se doit d'être parfaitement plausible pour que le spectateur puisse y adhérer. Et c’est bien là que le bât blesse. Le long-métrage de Bong Joon-ho nous narre donc la survie des derniers survivants du monde, après que celui-ci ait été ravagé par un cataclysme apocalyptique provoqué par l'homme. Malheureusement, le système devant permettre de stopper le réchauffement climatique fut tellement efficace qu'il aboutit à l'apparition d'une nouvelle ère glacière ("ah la boulette !"). Heureusement, la Terre pouvait compter sur le visionnaire Wilford, sorte de Steve Jobs du chemin de fer (ou de Paco Rabanne de la voie ferrée si vous préférez). Bref, un richard excentrique que tout le monde prenait pour un jobard mais qui, en fait, avait tout prévu depuis le début. Mais alors, vraiment tout.

 

En effet, ce bon vieux Wilford n'avait pas seulement anticipé le déluge hivernal, il avait également déjà imaginé un moyen d'y réchapper. Mais comme l'idée de l'arche était un petit peu surfaite (Noé, Deucalion, Gilgamesh, Ziusudra... ça commençait à faire beaucoup), il a mis au point un gigantesque train surpuissant – le fameux "transperceneige" donc – capable de relier tous les pays du monde en une année ; et condamné à reproduire éternellement ce cycle sans jamais s'arrêter (pauvre petit tchou-tchou !). Passons outre l'incroyable flair de Wilford (c'est quand même beau ce train qui arrive comme par magie pile-poil au bon moment), et intéressons-nous un peu à la logistique d'une telle entreprise. S'il est déjà assez difficile d'envisager qu'un chemin de fer planétaire ait pu être fabriqué en loucedé par un seul homme (quelques centaines de milliards par-ci, quelques centaines petits ponts au-dessus des mers par-là... easy, quoi !), il semble tout de même hautement improbable qu'un train ait pu y circuler sans discontinuer pendant près de deux décennies. Comme chacun sait, il n'y a bien entendu rien de plus fiable au monde qu'un train. Vous savez, cette invention technologique fabuleuse qui ne déraille jamais, roule sur des rails ne nécessitant aucun entretien, et fait fi des conditions climatiques extrêmes. Si deux ou trois pauvres flocons de neige pouvaient empêcher un train de fonctionner, je crois que ça se saurait... Mais bon, admettons car, même si le postulat de départ est complètement improbable, on a déjà connu pire. Et puis, ça reste de la fiction après tout. À la base, on n'est pas venu non plus se taper un cours de deux heures sur le génie mécanique... Cela dit, si quelques facilités scénaristiques sont tout à fait excusables lorsqu'elles servent efficacement le film, l'accumulation d'incohérences basiques que rien ne vient jamais justifier à de quoi agacer. Malheureusement, Snowpiercer a en effet cette bien fâcheuse tendance à se tirer lui-même une balle dans le pied...

 

Évidemment, s'agissant de détailler ici les failles du scénario, tout ce qui va suivre contiendra de nombreux spoilers.

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  "Je ne suis pas un héros, faut pas croire ce que disent les journaux !" (air connu) 

 

On nous explique donc que ce train fait le tour du monde sur un année avec la particularité de ne jamais s'arrêter ; et pourtant on y découvre que différentes nationalités provenant des quatre coins du monde y coexistent. Il est effectivement assez surprenant que américains et coréens puissent faire partie du même voyage alors que leurs pays sont géographiquement opposés et que – selon les principes édictés par le long-métrage lui-même – seuls les passagers du train ont pu survivre dans cet environnement glacial mortifère. Pire encore, dans la dernière partie du film, le héros nous explique (larme à l'œil) que, n'ayant plus rien à manger, les occupants des wagons de queue ont été contraints à s'entre-dévorer – en appliquant même le fameux le principe du "les femmes et les enfants d'abord !" (c'est dire si c'était moche) – avant qu'une miraculeuse barre protéinée ne soit inventée. Cependant, lorsqu'il découvre enfin la composition de ces fameuses barres, le héros semble totalement terrifié. Mais vraiment. Genre la tête du mec qui a surpris mamie en train de faire zic-zic avec papy. L'horreur absolue quoi. Là on se dit que – pour parvenir à choquer autant un mec qui avouera ensuite avoir dépecé lui-même des bébés pour survivre – ça doit être sacrément dégueulasse ! Franchement, je pensais même qu'il allait nous refaire le fameux coup de Soleil Vert. Sauf que, les trucs trop "oh mon dieu, c'est affreux !" qui servent à faire les fameuses barres, ce sont juste... des insectes. Là autant dire que les barres (de rire), c'est plutôt moi qui les aient eu. Wouaaah ! Quelle révélation de dingue quand même !! Cela dit, la tête outrée du héros était peut-être là pour souligner la consternation du spectateur... Ce qui serait vachement malin, en fait.

 

Bon évidemment, pour ceux qui se demanderaient par quel miracle des millions de "sauterelles pixélisées", pardon je voulais dire de "cafards pas beaux", ont atterri là du jour au lendemain (j'aurais quand même du mal à croire que les hommes ont trouvé plus légitime de bouffer leurs propres gamins avant de passer aux criquets), sachez qu'on ne le saura jamais. Un beau jour, le soleil s'est levé, et des millions de cafards avaient tapé l'incruste à bord du train ("korean style, mec !"). Rassurez-vous, on ne saura pas davantage d'où sort le mystérieux wagon avec sa fabrique à barres protéinés, ni quel pouvait bien être son utilité jusque-là (sûrement qu'il a dû apparaître en cours d'écriture lui-aussi). Tout cela est parfaitement crédible. Si, si. Ce n'est pas comme si, l'instant d'après on découvrait une immense chambre froide garnie de plusieurs dizaines de carcasses de bœuf et que le réalisateur "omettait" de nous montrer le wagon où est élevé le bétail ensuite... Là encore, ça serait parfaitement inutile. Il est tout à fait probable que les stocks de viande entreposés à l'origine n'aient pas bougé d'un iota en dix-huit ans de périple. De toute façon, les pauvres de derrière bouffent des termites tandis que les riches de devant se goinfrent de sushi. Oui, oui. De sushi. Attendez, un train censé sauver les derniers survivants du monde doit nécessairement avoir son restaurant japonais. Tout le monde sait ça ! Pour le coup, les scénaristes ont pensé à mettre un joli aquarium pour expliquer d'où vient le poisson. Concernant le riz, sans doute qu'il est provient du même approvisionnement magique tout à fait crédible que la bidoche ; à moins qu'il ne soit cultivé dans la serre entre les douze jardinières et dix arbustes qu'on voit à un moment (pour la place que ça prend, une rizière...). Et comme se goinfrer de sushi et de bidoche donne de l'embonpoint, ce bon vieux Wilford (qui avait vraiment tout prévu) a aussi pensé à doter la première classe d'une piscine à remous, d'un sauna hammam et d'une discothèque cosy pour bouger son body (tout cela pendant que les prolos de derrière crèvent de faim). Autant la seconde classe du "transperceneige" laisse à désirer, autant la première a le droit au top de la classe !

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  "Qui c'est qui est très gentil ? Les gentils ! Qui c'est qui est très méchant ? Les méchants !" (air connu) 

 

Plutôt que d'essayer de mettre au point un système égalitaire qui permettrait aux hommes de vivre en parfaite harmonie, cet enfoiré de Wilford a donc préféré concevoir un train où certains auraient tout et d'autres rien. Bien sûr, il aurait aussi pu juste sauver ses potes nantis et laisser clamser ces misérables crèvent-la-dalle (ça aurait libérer un peu d'espace pour le terrain de golf en plus), mais cela aurait été nettement moins machiavélique. Niark, niark, niark ! C'est pourquoi Wilford le fourbe a également cru bon installer une prison – en fait une sorte de morgue où des mecs pioncent tranquilou en attendant qu'on les réveille – et une ouverture cylindrique permettant de faire geler les bras des crevards de la seconde classe. Mouahahahaha ! Les riches se repaissent donc dans l'opulence, tandis que les pauvres s'entretuent pour avoir de quoi survivre. Comme bon nombre de récits post-apocalyptique, le film de Bong Joon-ho décrit donc une micro-société arbitraire, autoritaire et profondément injuste contre laquelle une poignée d'hommes spoliés va s'insurger jusqu'à son implosion. Sorte de "Titanic sur rails" futuriste, ce "transperceneige" déroule un schéma connu – décor unique clos et compartimenté, environnement hostile, lutte des classes – et raconte une histoire qui n'est pas franchement neuve (en même temps, la bande-dessinée date de 1984). Pas tellement dérangeant en soi, ce sentiment de déjà-vu qui hante le long-métrage se fait surtout ressentir via la paresse d'écriture et la vision ultra simpliste le caractérisant.

 

Ainsi, les passagers de première classe ne sont guère plus que de simples figurants ; des mannequins décoratifs interchangeables au rôle purement fonctionnel : une troupe de soldats, un groupe de clubbeurs, une classe d'élèves. Détail amusant : tous les élèves de cette classe semble avoir le même âge. Là encore, la pyramide des âges de ce train est très binaire : soit on est adulte, soit on a 6 ans. À l'instar des insectes et des carcasses de viande, il faut croire que les gamins apparaissent comme par magie dans le train à l'âge de 6 ans (même si cela n'explique pas ce qu'ils deviennent après jusqu'à leur majorité). De toute façon, pour ce que ça change... Déjà que l'agencement des wagons ne présente aucune espèce de logique – l'école située entre la chambre froide et le sauna, c'est tellement pratique – avec son bar à sushi  "qui sert une fois par an" et sa demi-douzaine de couchettes (pour une centaine de personnes). À croire qu'il n'y a que des Shadoks en première classe : les soldats sont toujours des soldats, les élèves des élèves et les clubbeurs des clubbeurs. Bon évidemment, lorsque ces derniers viennent soudainement chercher l'embrouille aux héros, ça expliquerait alors pourquoi on ne voit qu'un ou deux pélos se battre pendant que les autres continuent de danser à l'arrière-plan (ça valait drôlement le coup qu'ils quittent leur discothèque ceux-là...). Dans un autre registre tout aussi cocasse, on notera également que – outre les cafards, les quartiers de bœuf, les coréens, les bébés, les adolescents... – les munitions dépendent aussi de cette logique d'apparition spontanée aléatoire. Lorsque les rebelles prennent d'assaut la première classe, les armes des soldats sont visiblement vides ; d'où les haches qu'ils utilisent. Et c'est d'ailleurs en anticipant cette pénurie que le héros a su motiver ses compagnons. Pourtant, quelques wagons plus tard, les munitions font miraculeusement leur retour. Ce twist est d'ailleurs tellement débile imprévisible que même la jeune fille télépathe (qui avait prédit l'attaque des soldats armés de ces fameuses haches juste avant) ne l'avait pas vu venir ce coup des munitions cachées sous les œufs (malgré l'absence saugrenue de poules dans ce train). Mais bon, si les scénaristes avaient pris ce "détail" en compte, les accessoiristes auraient ramené des haches pour rien. Ce qui n'aurait pas été cool...  

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  « Attention ! Il ne faut pas oublier l'éthique de la maison, les enfants :
il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont. »  


Cela dit, ces soldats qui "oublient" momentanément que – wouh pinaise ! – ils avaient encore des munitions en fait ne sont pas plus étourdis que nos gentils rebelles avec leurs idées lumineuses du genre : se scinder en deux groupes sans raison ("l'union fait la force" c'est vraiment pour les losers !), épargner le personnage – pourtant bien relou – de Tilda Swinton au prétexte qu'elle les aiderait à trouver Wilford (continuer d'avancer jusqu'à la locomotive de tête étant sans doute un plan beaucoup trop tarabiscoté), ou encore tirer à travers les fenêtres du train (ce n'est pas comme si le climat extérieur était potentiellement mortel pour eux et qu'un simple bras glissé dehors pouvait congeler). Ce dernier point donne d'ailleurs lieu à l'une des scènes les plus risibles du film : séparés d'une bonne dizaine de wagons (le train effectuant alors un immense virage), les personnages de Chris Evans et Vlad Ivanov improvisent donc un gunfight aussi débile qu'inefficace consistant à perforer les vitres pour toucher l'autre dans le wagon d'en face. Évidemment, comme le train ne cesse de rouler à pleine vitesse (c'est même l'une de ses caractéristiques majeures) et qu'il s'agit de verre blindé (supposé protéger les occupants du froid extérieur), on les voit juste faire des petits trous avec leurs flingues en se faisant les gros yeux. Du coup, le super-méchant en chef, qui n'aime pas passer pour un veau (malgré sa tronche de bovin), est vraiment tout colère. Il fait alors un bond jusqu'à la voiture des gentils – c'est marrant car j'avais cru que les deux groupes étaient séparés d'une bonne dizaine de wagons la scène d'avant, mais j'ai dû me tromper – et parvient à défoncer tout le monde à mains nues juste avant de se faire poignarder, étrangler, puis laisser pour mort par notre héros. Ce qui ne l'empêchera pas de se réveiller comme un fleur quelques minutes après (un hommage subtil à l'increvable Terminator de James Cameron sans doute...).  


C'est d'ailleurs assez énervant que chaque idée de mise de scène soit systématiquement gâchée par l'incongruité d'un gag ; qu'il soit volontaire ou pas. À l'évidence, Bong Joon-ho n'est pourtant pas un réalisateur médiocre (bien au contraire), mais ces nombreuses ruptures de tons plombent inexorablement toute immersion du spectateur (ce qui était déjà un réel problème dans The Host). Passe encore le coup des rebelles qui courent au ralenti en agitant les bras et en hurlant comme les 300 ("this is sparta !"). Mais lorsque, au beau milieu d'une baston, on voit un mec se rétamer sur un poisson mort tel Pitivier dans La Septième Compagnie ("j'ai glissé, chef !"), ça devient juste pathétique. Franchement, j'ai même cru qu'ils allaient nous rajouter un vieux bruit de trompette à la Benny Hill tellement c'était con. Et puis, j'attends toujours de comprendre le sens cette scène de la "Saint-Sylvestre". À un moment, les mecs arrêtent de se battre, se claquent la bise, se souhaitent la bonne année, puis recommencent à se taper sur la gueule. Okay, les gars ! Il va peut-être falloir songer à se calmer sur la sniffette, non ? Du coup, Snowpiercer donne cette étrange impression de ressembler à une production Cannon qui aurait été confié à un cinéaste arty du style de Wong Kar-waï. Entre nanar non-assumé et navet grandiloquent, le résultat s'avère donc assez ridicule et particulièrement prétentieux avec son scénario complexifié à l'extrême pour paraître plus intelligent qu'il ne l'est vraiment. Surtout que tout s'effondre lamentablement une fois le pot-aux-roses découvert. Lorsque notre héros, sorte de Neo des cheminots, rencontre enfin Wilford, le grand Architecte du train, on a donc droit à des tunnels de dialogues pompeux censés apporter quelques éclaircissements (comme dans Matrix Reloaded, mais en plus relou). Mais, si n'est la classe inaltérable de Ed Harris (alors même qu'il accueille Chris Evans limite en slibard !), il n'y a alors plus grand chose à sauver de ce naufrage.  

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  Salaud, on t'aime.  


Instant "révélation de la mort-qui-tue" : Wilford nous explique le rôle tenu par Gilliam. Il s'avère donc que ce vieux sage incarné par John Hurt – modèle de vertu qui sacrifia son bras pour nourrir les pauvres de la seconde classe et ainsi mettre fin aux gueuletons de bébés – est en fait un enfoiré de première qui aurait été de mèche avec Wilford depuis le début. D'ailleurs, la révolte menée par Chris Evans aurait été totalement planifiée par nos deux grands sachems. En effet, le train connaissant les affres de la surpopulation, ils ont pensé que ça serait encore le moyen le plus efficace pour éliminer les trois quarts des passagers de la seconde classe. Et bah ! Entre Wilford qui se fait chier à embarquer des pauvres (alors qu'il aurait pu les laisser crever), à installer une prison pour enfermer les agitateurs (alors qu'il aurait pu les laisser crever), et Gilliam qui se coupe le bras pour empêcher les siens de se bouffer entre eux (alors qu'il aurait pu les laisser crever). Tout ça, dans le seul but de finalement dézinguer une centaine d'innocents à la sulfateuse. Sans déconner, ce sont quand même de sacrés petits vicelards ces deux-là ! Surtout que Wilford, s'il a bien pensé à concevoir un engin roulant sur des rails ne nécessitant aucune maintenance, n'a rien trouvé de plus sournois pour remplacer les pièces défectueuses de son train pourri que de recourir à des... enfants (?). Oui, voilà. À un moment donné, il ouvre une trappe et, à la place de la courroie de transmission, il y avait un gamin. Un vrai, coincé entre un carburateur et trois pistons. Alors là, j'ai eu beau chercher une explication un tant soit peu crédible, je sèche. Heureusement, c'est à ce moment-là que Minsoo (l'expert en ouverture de portes que les rebelles avaient libéré pour accéder à Wilford) décide de faire exploser le train. Car, à l'instar de Wilford et Gilliam, lui-aussi avait un plan bougrement intelligent. Après avoir remarqué que la neige commençait à fondre dehors, il a donc pensé qu'il n'y avait plus aucun risque à quitter le train (là encore, ce n'est pas comme si une scène nous avait montré un peu avant qu'on pouvait perdre un bras juste en le mettant à l'extérieur...). Sauf que, au-lieu de chercher à se barrer dès le départ (tu parles d'un expert en ouverture de portes !), il a trouvé ça plus marrant de se fighter avec tous les gardes du train avant, et d'attendre d'être à moitié clamsé, pour finalement le faire exploser. Et donc tuer tous les passagers. Un vrai Prix Nobel, lui-aussi.


Snowpiercer se termine ensuite de façon totalement absurde puisque l'on voit la fille de Minsoo avec un gamin s'extirper de ce train qui vient de dérailler. Ils se retrouvent donc comme deux couillons au beau milieu d'un massif montagneux, avec rien à bouffer ou à boire, et juste deux pauvres manteaux sur le dos. Puis on voit alors approcher un ours blanc numérique majestueux – alwaaaaays, Coca-Cola ! – et le cinéaste laisse alors l'imagination du spectateur vagabonder. Les plus optimistes d'entre nous y verront peut-être alors le symbole du renouveau, celui d'une nouvelle ère de paix qui s'annonce entre les hommes et la nature, enfin réconciliés. Les autres pourront toujours se marrer en songeant à la gueule de ces deux petits nenfants quand le gentil gros nounours affamé va courir vers eux pour les becqueter. Comme quoi, la lutte des classes, ça ne sert vraiment à rien. Et dire qu'il aurait juste suffit que tous ces pauvres restent tranquillement à leur place (entassés en seconde classe à manger des criquets) pour qu'ils soient encore en vie... Monde de merde. Alors, certes, j'ai déjà vu des tas de films plus mauvais que celui-ci (qui reste très bien réalisé et solidement interprété), mais rarement avec un scénario aussi con. Et c'est d'autant plus dommage que les acteurs semblent globalement impliqués, que l'univers du film n'est pas inintéressant et que la mise en scène ne manque pas d'audace. Sans rancune, j'essaierais quand même de découvrir la bande-dessinée (en espérant y trouver moins d'inepties) et j'irais sûrement voir le prochain film de Bong Joon-ho. Car il m'est impossible de ne plus croire au potentiel du réalisateur d'un chef-d'œuvre comme Memories of Murder.


 

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Roggy 08/05/2014 19:02


Je suis d'accord avec ta critique qu'on nous a annoncé comme une grosse tuerie (à l'Etrange festival en présence du réal et des auteurs de la BD). Même si le film se laisse regarder (Chris Evans
est très bon), il est bourré de scories qui rappellent la BD et qui gâchent l'ensemble. Dommage.

Mr Vladdy 25/04/2014 01:01


Même si je te trouve dur dans ta note finale, après avoir lu ton avis je le comprends. De mon côté je n'ai pas fait attention à tous ce que tu cites et je t'avoue que sur le coup je m'en foutais
un peu (ca changera peut être au prochain visionnage). Du coup ma note est plus généreuse mais ton avis reste très intéressant à lire je trouve et les spoliers pour le dévelloper s'avère
nécessaire.

Shin 25/04/2014 12:00



Honnêtement, avant de rédiger ma critique, j'étais plus mesuré dans ma notation car le film possède d'indéniables qualités (les acteurs sont convaincants même si Tilda Swinton m'a gonflé, et la
mise en scène est souvent très inspirée). Et plus j'écrivais, plus je reprenais mes notes, plus le film me paraissait ridicule dans son écriture...

S'il avait été question d'un simple blockbuster, d'un pur objet de divertissement, d'une série B rigolarde, j'aurais peut-être pu passer outre les défauts scénaristiques.

Mais le long-métrage de Bong Joon-ho se veut clairement plus malin que ça. On voit bien que, derrière une mise en scène clinquante, il essaie de raconter quelque chose. Le problème, c'est que dès
qu'on se penche un peu sur le scénario et qu'on le décortique, ça ne tient pas la route. Tout n'est qu'un ramassis d'inepties et d'incohérences. Du coup, plus ma chronique avançait, plus mon
ressenti sur le film a empiré. Et, pour expliquer tout cela, je ne voyais vraiment pas comment faire sans les spoilers en effet...

Après, ça vient peut-être de moi. La plupart des avis que j'ai pu lire sont plutôt positifs, voire même carrément élogieux ; plusieurs en font même leur film de 2013. Pourquoi pas, après tout.
Peut-être que les "erreurs" que je souligne ont une explication logique, ou que j'ai mal compris le film... J'attends d'ailleurs beaucoup l'avis de Oreo sur la question car je sais qu'il
a beaucoup aimé Snowpiercer. Il aura sans doute d'autres arguments à m'avancer, du sens là où je n'en vois aucun.