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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

The Impossible

 The ImpossibleRéalisé par J. A. Bayona, sorti le 21 novembre 2012

Avec Naomi Watts, Ewan McGregor, Tom Holland, Johan Sundberg, Natalie Lorence, Soenke Möhring, Marta Etura, Geraldine Chaplin ...

"L’histoire vraie d'une famille en vacances en Thaïlande séparés par l'une des plus terribles catastrophes naturelles récentes, le tsunami du 26 décembre 2004. Au milieu de centaines de milliers d’autres personnes, ce couple et leurs enfants vont tenter de survivre et de se retrouver..."

 


Mon avis
(pas mal) :
 


Avec le formidable succès rencontré par son premier long-métrage, L’Orphelinat (qui enchanta la critique spécialisée, explosa le box-office espagnol en 2007 et connu aussi une très belle carrière à l’international), Juan Antonio Bayona s’est immédiatement imposé comme l’un des cinéastes les plus prometteurs de la péninsule ibérique. Sa vision d’un drame aussi traumatisant que celui qui frappa l’Océan Indien le 26 décembre 2004 – causant de pharaoniques dégâts matériels et provocant surtout la mort de plus de 200 000 personnes à travers la Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie, l’Inde, le Sri Lanka ou encore la Somalie – était donc attendue avec un vif intérêt, mêlé à une certaine fébrilité. Bien que cette tragédie soit relativement récente, ce n’est effectivement pas la première fois que le cinéma s’empare du sujet. Pourtant, aucune fiction n’a jusqu’à présent réellement su rendre justice à ce sujet ô combien délicat ; qu’il s’agisse du mysticisme déconcertant de Vinyan de Fabrice du Welz, ou encore du fantastique mal géré par Clint Eastwood dans son décevant Au-delà. Quant au long téléfilm de plus de trois heures réalisé par la réalisatrice indienne Bharat Nalluri, Tsunami : Les Jours d’après (avec Tim Roth et Toni Colette), il faut bien reconnaître qu’il n’aura pas franchement su marquer les mémoires non plus…

 

Avec un cinéaste de la trempe de Bayona qui plus est issu de l’écurie de l’emblématique Guillermo Del Toro   on pouvait également s’attendre à ce que celui-ci s’engouffre dans la brèche surnaturelle pour narrer cette effroyable tragédie. Et pourtant, en optant pour une approche nettement plus réaliste, Juan Antonio Bayona qui a ici choisi d’apparaître sous un "J.A. Bayona" sans doute plus passe-partout à l’international est parvenu avec bien plus d’efficacité à retranscrire la puissance dévastatrice de cette catastrophe naturelle d’une rare violence. Le premier quart d’heure du film (extrêmement bien mis en scène) propose d’ailleurs aux spectateurs une expérience sensorielle tout bonnement sidérante. Le réalisateur espagnol ne s’attarde d'ailleurs pas outre-mesure sur l’exposition de ses personnages. Très rapidement même, au sein de ce lieu qui semble presque trop tranquille et trop paradisiaque, un malaise s'installe. Au-delà de cet océan à perte de vue et de ce soleil qui inonde le ciel, on sent la menace gronder. Les quelques secondes de ce calme (trop calme) qui précèdent la tempête sont saisissantes. Le spectateur est immédiatement plongé dans l'angoisse du fléau qui se rapproche inexorablement. Si aucun aileron ne vient signifier l'arrivée d'un immense requin blanc (bien que l'influence de Steven Spielberg dans la mise en place du suspense et la représentation ultra-réaliste du spectaculaire reste palpable), un monstre marin bien plus impitoyable va alors s'abattre.

 

 

The Impossible
Naomi Watts : jamais sans mon fils.

 

Pour mettre en image cette dévastatrice vague tueuse, l'équipe technique a mis le paquet : près d'un an aura été nécessaire pour créer l'impressionnante séquence de près de dix minutes pendant lesquelles le tsunami ravage les côtes thaïlandaises (dans des décors époustouflants de réalisme). En choisissant de recourir à de véritables milliers de mètres cubes d'eau plutôt que d'abuser d'effets digitaux outranciers, Bayona parvient donc à reproduire la catastrophe avec un degré de réalisme rarement atteint au cinéma. Le résultat n'en est que plus renversant et physiquement éprouvant ; c'est peu dire que l'on ressent littéralement l'expérience cauchemardesque vécue par les personnages. Oscillant entre horreur et onirisme, les séquences sous-marines (durant lesquelles les éléments se déchaînent contre les corps, les os se brisent et les chairs se déchirent) sont parmi les très bonnes idées du film. La brutalité du déluge (ces épouvantables plaies béantes ou, plus tard, cette surprenante séquence choc de vomissement à l'hôpital) est non seulement représentée avec une redoutable efficacité, mais il faut également le reconnaître – de façon plutôt inédite. La première partie de The Impossible de l'engloutissement hyper immersif de ce havre de paix sous d'innombrables eaux torrentielles à ces saisissants plans aériens où le réalisateur nous révèle un paysage post-apocalyptique de désolation et de dévastation  – justifie à elle-seule que l'on s'intéresse au film. Il est donc d'autant plus dommage, et frustrant, que la suite s'avère aussi décevante...

 

En effet, et en dépit de ces (très) belles promesses, Bayona va malheureusement sombrer ensuite dans les pires poncifs du mélodrame ; ne nous épargnant ni les sempiternels violons qui viennent inutilement alourdir chaque passage émouvant (à la longue, la bande-son devient juste insupportable), ni les séquences tire-larmes too much bien trop appuyées pour être honnêtes (à l'image de ce pathétique appel téléphonique aussi pathos que les pires moments du déjà affligeant World Trade Center de Oliver Stone). En abandonnant cette relative sobriété dont il avait jusque-là su faire preuve et en cédant à la facilité du pathos compassionnel de pacotille, le cinéaste obtient finalement l'inverse de l'effet escompté. L'histoire a beau être vraie (comme on nous le signifie pourtant avec assez peu de subtilité dès la première phrase introduisant le film), on finit par la trouver artificielle. Passé une heure de métrage où l'emploi de procédés émotionnels aussi mécaniques que grossiers est accentué par un surlignage quasi-systématique des souffrances endurées par cette famille si valeureuse, le spectateur finit par inévitablement se lasser et ressentir une véritable indigestion de bons sentiments. En fait, la césure intervient surtout à partir du moment où le personnage de Ewan McGregor fait son retour à l'écran.

 

 

The Impossible
Ewan McGregor : mes fils, ma bataille.

 

À l'évidence, même si l'on peut être quelque peu gêné par le choix des très british Ewan McGregor et Naomi Watts pour camper les pourtant très espagnols membres de la famille de María Belón (présente sur le tournage, et dont l'histoire a inspiré le film) d'autant plus que la péninsule ibérique ne manque vraiment pas de talents (le couple Luis Tosar et Marta Etura aurait, par exemple, fonctionné à merveille) on comprend bien qu'il s'agit avant tout, à l'instar du tournage en langue anglaise, d'une décision purement stratégique visant à vendre plus facilement cette production espagnole d'envergure (près de 45 millions d'euros) à l'international. Cette petite (mais légitime) réserve mise de côté, force est de constater que Naomi Watts est tout bonnement formidable dans son rôle de mère courage confrontée au chaos et à l'horreur. Saisissante de justesse, elle parvient à rendre parfaitement crédible la relation qu'elle forme avec son fils ; leur errance à travers les terres ravagées de Thaïlande n'est d'ailleurs pas sans évoquer celle de Viggo Mortensen et de son fils dans le crépusculaire La Route de John Hillcoat. Ici aussi, la question de la survie importe finalement moins que de déterminer pourquoi, et surtout pour qui, on veut survivre (mère et fils se poussant mutuellement à avancer). C'est pourquoi, le film fait aussi erreur à mon sens en se "défocalisant" aussi vite de ce duo ; d'abord en lui adjoignant un superflu "second enfant" (retrouvé qui plus est nickel chrome dans une sorte d'improbable berceau de feuilles et de branchages), puis en s'intéressant en parallèle au sort du reste de la famille (annihilant, par la même, tout enjeu dramatique et tout suspense).

 

De toute manière, dès lors que Ewan McGregor réapparaît, le ton change. Le périple post-apocalyptique cru et sauvage cède alors sa place au mélo de base dégoulinant de naïveté, rendant l'ensemble assez bancal et dénué de toute aspérité ("Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil !"). Il y a bien encore quelques beaux moments par la suite, mais ils émanent surtout de Naomi Watts, et à plus forte raison du jeune Tom Holland (la révélation du film) dont les errements rappellent ceux de Christian Bale dans le remarquable Empire du Soleil de Steven Spielberg ; et dont l'influence est palpable aussi bien dans la manière de mettre en image cette catastrophe que dans le rôle prépondérant accordé à cette famille qui cherche, plus que tout, à se reconstituer. Mais, Bayona n'a malheureusement pas la maestria du réalisateur de A.I. Intelligence Artificielle et ne parvient pas à traduire avec la même pertinence les angoisses de l'enfance ; d'autant que le passage de l'hôpital tend lui-aussi à traîner inutilement en longueur. Et je ne parle même pas de la séquence des retrouvailles, avec son chassé-croisé ridicule à grand renfort de violons et son suspense en carton (surtout qu'on ne doute pas un seul instant de sa prévisible issue), et qui s'étire affreusement aussi. Pourtant, si le réalisateur ne savait pas comment remplir son film une fois passée l'ahurissante reconstitution du tsunami, il aurait avantageusement pu se concentrer sur les principales victimes du drame. Il est quand même aberrant s'agissant d'un film se déroulant dans une Thaïlande ravagé par le tsunami – que l'on s'intéresse aussi peu aux locaux. Partout, il n'y a d'yeux et de compassion que pour les touristes et leurs proches. La population asiatique est quasiment inexistante à l'écran (si ce n'est un ou deux plans furtifs). Qui plus est, les rares fois où le réalisateur s'y intéresse, c'est lorsqu'elle apporte tant bien que mal son aide aux occidentaux...

 

Au final, si J.A. Bayona a su dès les premières minutes nous époustoufler avec son indéniable sens de la mise en scène et l'efficacité ultra-réaliste avec laquelle il est parvenu à reproduire cette catastrophe, il s'égare malheureusement trop rapidement dans les méandres du mélodrame poussif et de l'occidentalo-centrisme ; nous laissant un désagréable goût de semi-ratage alors que, avec tous les talents en présence, son The Impossible aurait dû être ce grand film qu'il ne parvient que trop rarement à approcher.

 

 

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