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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 23:00
X-Men : Days of Future PastRéalisé par Bryan Singer, sorti le 21 mai 2014
                
Avec Hugh Jackman, James McAvoy, Michael Fassbender, Patrick Stewart, Ian McKellen, Jennifer Lawrence, Peter Dinklage, Ellen Page ...

"En 2023, dans un futur où les espèces humaine et mutante ont été décimées par d’impitoyables robots Sentinelles, les ultimes survivants n’ont plus grand chose à espérer de l’avenir. Dans un ultime effort pour changer le cours tragique des événements, le Professeur Charles Xavier (Patrick Stewart) et Magneto (Ian McKellen) envoient Wolverine (Hugh Jackman) dans le passé en 1973, à la rencontre des jeunes mutants écorchés qu’ils ont été. Car le meilleur moyen d’arrêter la guerre reste encore de ne pas la laisser éclater..."




Mon avis
(grand film) :
  


 

Avant le succès retentissant du Spider-Man de Sam Raimi en 2002 (et ses plus de 820 millions de dollars à l'international), et bien avant le carton planétaire des Avengers de Joss Whedon en 2012 (qui dépassera 1,5 milliard de recettes mondiales), les super-héros Marvel faisaient un peu office de parents pauvres face aux représentants de leur principal concurrent, DC Comics ; les films de Richard Donner (1978) et Tim Burton (1989) ayant effectivement permis à Superman et Batman d'asseoir leur statut d'icônes populaires, phagocytant ainsi toute l'attention du grand public pendant de nombreuses années. Pour une large majorité, ou du moins pour les non-initiés, l'idée de super-héros resta donc irrémédiablement attachée à l'image d'un kryptonien aux pouvoirs divins incapable d'enfiler son slip correctement, ou à celle d'un milliardaire combattant le crime à coup de gadgets high-tech dans sa combi chauve-souris. Certes, il y eut bien quelques tentatives télévisuelles – la série Hulk de Kenneth Johnson (L'Homme qui valait trois milliards, V) à partir de 1977, le téléfilm Nick Fury avec David Hasselhoff en 1998 – et cinématographiques – Punisher avec Dolph Lundgren en 1989, Captain America de Albert Puyn en 1990, Les Quatre Fantastiques produit par Roger Corman en 1994 – visant à populariser quelques uns des plus éminents représentants du catalogue Marvel, mais les résultats furent loin d'être à la hauteur. En grande partie de qualité assez douteuse, la plupart de ces productions ont effectivement été de véritables fours commerciaux ;  le film de Roger Corman n'est d'ailleurs jamais sorti (son lancement ayant été surtout décidé pour éviter au studio de perdre les droits sur les personnages). Bien sûr, la série mettant en scène le géant vert campé par Lou Ferrigno connut un joli succès public, mais cela resta sans commune mesure avec les cartons planétaires des héros incarnés par Christopher Reeves et Michael Keaton. Mais si Superman et Batman restèrent longtemps les seuls à posséder une véritable notoriété publique, les désastres successifs de Superman IV et Batman & Robin semblent condamner le genre. En effet, malgré les très bons résultats de Blade en 1997 (personnage méconnu de Marvel sortant en plein revival vampirique ; la décennie est alors marquée par les succès du Dracula de Francis Ford Coppola, Entretien avec un vampire, Une nuit en Enfer ou encore la série Buffy contre les vampires), les super-héros n'ont donc plus franchement la cote à l'aube du nouveau millénaire .


Lorsque la Fox lance X-Men à la fin des années 1990, elle prend donc un véritable pari. Récoltant finalement plus de 300 millions de dollars pour un budget de 75 millions, le film sera pourtant une opération très rentable pour le studio. Révélé par l'audacieux thriller Usual Suspects, Bryan Singer n'a peut-être pas encore le poids suffisant pour éviter aux exécutifs de brider son enthousiasme (ils l'obligent à abandonner le personnage du Fauve, s'immiscent largement en salle de montage, et avancent la sortie du film de plusieurs mois), mais il parvient tout de même à insuffler quelques unes de ses obsessions thématiques à cette première incursion chez les mutants (sa fascination pour la figure du Mal et le nazisme, la discrimination et la marginalisation sociale de certains groupes d'individus). Le confortable succès de X-Men octroie à Bryan Singer une plus large latitude – des moyens financiers plus conséquents (110 millions de dollars), mais surtout le retour de son monteur habituel John Ottman (qui composera aussi la bande originale et fera notamment des miracles lors d'une mémorable scène d'ouverture à la Maison Blanche) – lui permettant de livrer un X-Men 2 qui représentera, pendant près d'une décennie, non seulement la meilleure incarnation des fameux mutants à l'écran, mais surtout l'un des meilleurs films de super-héros jamais réalisés (tant par sa richesse d'écriture que par sa mise en scène ultra-soignée). Abandonnant subitement un univers qu'il avait construit à partir de rien au sein de la Fox pour aller s'acoquiner avec la Warner, la cinéaste déçoit logiquement de nombreux fans. Car la suite, tout le monde s'en souvient. Confié aux mains du faiseur lisse et maléable Brett Ratner, X-Men : L'Affrontement final (Last Stand) assure peut-être le spectacle, mais le saccage en règle d'une mythologie s'étant jusqu'à alors illustrée par sa rigueur et sa cohérence, tout comme le traitement aberrant accordé à certains personnages emblématiques (Cyclope, Jean Grey, le Professeur Xavier), ont du mal à passer. Malheureusement, les spin-off autour de Wolverine ne relèvent pas vraiment le niveau – ce personnage est-il fait pour exister indépendamment à l'écran ? – et, en l'espace d'une demi-douzaine d'années, c'est toute la franchise mutante qui semble compromise. Et tout ça pour que Bryan Singer nous ponde un Superman Returns mou du bulbe ne parvenant vraiment jamais à s'émanciper de l'héritage un peu trop pesant du Superman de Richard Donner (également producteur de ce nouveau film ; comme quoi le monde est vraiment petit)...

 

X-Men : Days of Future Past
  Retour vers le futur antérieur.

 

Après quelques années d'incompréhensibles errements durant lesquelles sont charcutés plusieurs arcs narratifs majeurs des comics (la saga du Phénix dans L'Affrontement Final, l'Arme X dans Wolverine, l'exil japonais de Logan et son grand amour Mariko Yashida dans Le Combat de l'immortel), les grands pontes de la Fox semblent soudainement atteints d'une prise de conscience tout à fait inespérée. Au début des années 2010, ils rappellent donc le fils prodigue. Malheureusement, Bryan Singer étant toujours lié à Warner (il leur doit encore Jack le chasseur de géants), c'est au (très) talentueux Matthew Vaughn (Layer Cake, Stardust, Kick Ass) que revient donc la tâche (très) ardue de sauver cette franchise à la dérive. Faisant table rase du passé et allant jusqu'à "remplacer" l'intégralité du casting, le cinéaste britannique – qui avait un temps été envisagé pour X-Men 3 – fait alors des miracles. X-Men : le commencement (First Class) est une véritable réussite. Réconciliant enfin les fans de la première heure avec l'univers riche et complexe de ces mutants attachants, son film demeure aussi un divertissement spectaculaire d'excellente facture. C'est pourquoi, lorsqu'ils apprennent fin 2012 que Matthew Vaughn ne réalisera finalement pas la suite de son film, les X-Menophiles – redoutant déjà le retour des blockbusters mutants sans âme – ont de nouvelles sueurs froides. Malgré la filmographie alors défaillante de Bryan Singer (Superman Returns et Jack le chasseur de géants ayant été des échecs tant artistiques que commerciaux), son come-back est toutefois reçu pour beaucoup avec un réel optimisme. En élaborant une franchise où le scénario produit du sens et où les personnages ne servent pas seulement de prétexte à des scènes d'action désincarnées, il fut le premier – et le seul jusqu'à Matthew Vaughn – à avoir su traiter cet univers avec tout le respect et le sérieux nécessaire. Suite à la défection du britannique, Bryan Singer s'imposait donc comme la seule alternative pertinente. Intitulé Days of Future Past (littéralement les "jours du futur antérieur" ; comme celui d'une saga qu'il faut à présent "corriger"), ce nouveau X-Men poursuit donc la remise à plat amorcée avec First ClassMatthew Vaughn reste d'ailleurs ici crédité comme co-scénariste et producteur – tout en affichant des ambitions démesurées. Doté d'un budget colossal frôlant les 250 millions de dollars, X-Men : Days of Future Past réunit pour la première fois à l'écran "anciens" et "nouveaux" mutants ; la Fox espèrant bien ainsi mettre fin à l'hégémonie de Marvel Studios sur le marché des films de super-héros (volonté partagée par Warner et Sony qui, dans le même temps, annoncèrent le lancement des projets Justice League et Sinister Six, également censés concurrencer le mastodonte Avengers).
 
Sorte de crossover géant qui tend à combler les fidèles de la première heure des films de Bryan Singer tout en rassurant les fans plus récents de Matthew Vaughn, Days of Future Past caresse aussi les amateurs des comics dans le sens du poil, puisque l'arc narratif publié en 1981 qui donne son nom au long-métrage est l'un des plus populaires. En seulement deux chapitres, John Byrne et Chris Claremont – la présence de ce dernier comme consultant prouve d'ailleurs ici une réelle volonté de préserver l'intégrité de l'œuvre originale – ont effectivement livré l'une des histoires les plus passionnantes de la galaxie X-Men (et assurément ma préférée). En l'an 2023, le monde a été envahi par les Sentinelles, des robots puissants évolutifs ayant été originellement créés pour éliminer la menace mutante. Dans ce futur post-apocalyptique dévasté, seule une poignée de mutants résiste encore, mais les machines gagnent du terrain chaque jour et l'extinction est proche. Leur dernier espoir consiste donc à envoyer l'un des leurs dans le passé, bien avant que ne surviennent ces évènements tragiques, pour tenter de changer le cours du temps. Si cette histoire est évidemment connue des téléspectateurs de la série d'animation X-Men de Fox Kids, elle est aussi forcément familière aux fans d'une certaine saga initiée par James Cameron. Et pour cause. À l'instar de George Lucas qui s'appuya largement sur le John Carter de Edgar Rice Burroughs pour concevoir son Star Wars, le réalisateur de Titanic s'est largement inspiré de cette aventure pour élaborer son Terminator. La parenté entre les deux univers est d'ailleurs tellement évidente que Bryan Singer a tenu à s'entretenir longuement avec ce dernier à propos du fonctionnement de la théorie des cordes, du voyage dans le temps, et autres multivers (le film fait aussi une rapide allusion à Star Trek, autre référence du genre). S'il est difficile de savoir combien les conseils avisés de l'expérimenté de James Cameron ont permis au réalisateur de Walkyrie de solidifier les bases du récit de Simon Kinberg et Matthew Vaughn, il n'en demeure pas moins que celui-ci est parvenu à livrer un film d'une remarquable complexité, mais parfaitement cohérent et limpide, dont les tenants et aboutissants font toujours sens, et où chaque scène semble à sa place.

 

X-Men : Days of Future Past
  Michael Classbender.

 

S'il a parfois été reproché à Bryan Singer un certain académisme dans sa mise en scène, il convient surtout de souligner ici la très grande élégance de celle-ci. À la fois sobre, soignée, et toujours parfaitement lisible, sa réalisation met l'accent sur des mouvements de caméra amples et harmonieux qui donnent la part belle aux prouesses de ces personnages. Admirablement chorégraphiée et d'une ampleur folle (la gestion de l'espace et l'utilisation de la profondeur de champ justifient à elles seules l'emploi de la 3D), la magistrale ouverture nocturne permet ainsi d'introduire avec maestria les mutants du futur dont les pouvoirs sont ici utilisés avec une intelligence rare ; chacun jouant un rôle bien déterminé dans cette guerre sans fin les opposant aux Sentinelles (pour la parenthèse chauvine : Omar Sy apparaît peu, mais reste crédible en mutant mutique). Évoquant fortement l'ouverture de Terminator 2 : Le Jugement Dernier (on a connu comparaison moins flatteuse), cette scène fait également écho à l'un des passages les plus mémorables de la saga (l'attaque de la Maison-Blanche par Diablo, ici presque ringardisé par l'étendue des pouvoirs de la toute jeune téléporteuse Blink) et prouve une nouvelle fois – à ceux qui regrettaient la mollesse de certaines scènes d'action de ses précédents X-Men – que Bryan Singer est parfaitement capable d'assurer le spectacle lorsque cela est nécessaire. D'aucuns trouveront sûrement encore à redire à ce niveau-là (l'action pour l'action n'ayant jamais été une obsession du cinéaste), mais Days of Future Past ne se la joue pas franchement petit slip. Et s'il est sans doute regrettable que la Fox (ne voulant pas d'un film de 2h30) ait contraint Bryan Singer à sacrifier la seule séquence de Malicia (sa libération par les mutants du futur aurait sûrement été assez épique – j'espère vivement un director's cut !), le long-métrage comporte en l'état déjà bien assez de moments enthousiasmants pour combler tous ceux venus voir du grand spectacle ; qu'il s'agisse de l'impressionnante évasion parisienne de Mystique, de l'ahurissante scène du stade avec Magneto ou encore de cette séquence d'anthologie avec Vif-Argent (assûrement la plus remarquable du film). En plus d'être foutrement bien troussée (je ne me rappelle pas avoir déjà vu la super-vitesse aussi bien employée auparavant) et fichtrement drôle (l'espiègle Evan Peters parvenant à voler la vedette à tout le monde en l'espace d'à peine cinq minutes), cette dernière permet surtout d'introduire assez habilement le personnage (à l'instar de Diablo dans X-Men 2) en valorisant par une mise en image inventive l'incroyable étendue de ses capacités (et l'allusion à un certain "copain de sa mère" fera plaisir aux fans du comics). Bryan Singer en profite également pour nous rappeler au passage que les apparences sont parfois trompeuses et qu'un individu peut s'avérer nettement plus surprenant que ne le laisser d'abord présager son accoutrement ridicule (il faut bien l'avouer).  
 
Avec Days of Future Past, le cinéaste continue donc d'explorer ses thémes de prédilection. Depuis son premier X-Men, le combat des mutants reflète celui de toute personne ayant dû se battre pour valoir ses droits face à l'osctracisme d'une société intolérante ; qu'il s'agisse des juifs durant la seconde guerre mondiale (le passé traumatisant de Erik Lehnsherr, à la fois juif et mutant) ou encore des noirs pour l'obtention de leurs droits civiques (le pacifiste Charles Xavier et le radical Magneto étant d'évidents pendants fictifs de Martin Luther King et Malcom X), mais aussi des revendications actuelles de la communauté homosexuelle (jugée par certains, et au même titre que les mutants, comme des être "anormaux"). Une véritable catharsis donc pour Bryan Singer qui fut adopté par une famille juive et révéla son homosexualité très tôt dans sa carrière (un passage de X-Men 2 est des plus évocateurs : Bobby Drake y fait son "coming-out mutant" face à ses parents ; ceux-ci lui demandant alors s'il a "essayé de ne pas être mutant"). Ayant également toujours su politiser le propos de ses premiers X-Men (les méthodes radicales du sénateur Kelly n'étant pas sans évoquer la tristement célèbre "chasse aux sorcières" de Joseph McCarthy), le réalisateur ancre logiquement son film dans une certaine réalité historique ; poursuivant ainsi l'héritage du précédent métrage de Matthew Vaughn. Outre l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy expliqué au détour d'un dialogue et la truculente vision satirique de l'Amérique sous la présidence de l'exubérant Richard Nixon, c'est surtout la fin de la guerre au Viêtnam qui joue ici un rôle primordial. La façon dont les États-Unis vont alors rejeter leur haine sur les mutants suite à leur capitulation récente illustre bien cette irrépressible nécessité du peuple qui, n'ayant plus personne à blâmer, semble devoir se trouver un nouvel bouc émissaire ; une guerre en remplaçant inlassablement une autre. Personnage abject rappelant fortement Adolf Hitler, jusqu'à dans le traitement de son éventuelle élimination (remonter le temps pour le tuer aurait-il permis de changer le cours de l'histoire ?), Bolivar Trask (Peter Dinklage, impeccable) est aussi là pour nous rappeler à quel point le totalitarisme et la peur de l'autre mènent irrémédiablement à la guerre et l'extrémisme. Haïssant et craignant les mutants de façon quasi-maladive (leur "supériorité" génétique apparait comme intolérable aux yeux de cet humain physiquement "diminué"), les conséquences de son projet de contrôle et d'éradication évoquent fortement la solution finale du régime nazi. Cette vision du futur avec ces mutants marqués, non pas d'une étoile mais d'un "M" sur l'œil, et ces charniers gigantesques laissent d'ailleurs assez peu de place au doute.

  X-Men : Days of Future Past
Peur bleue.

 

Dénué de tout manichéisme, le scénario brillant de Simon Kinberg – qui se rachète une bonne conduite après le naufrage de Last Stand (qu'il avait également écrit) – insiste surtout sur la notion de choix. Un individu ne se détermine effectivement pas en fonction de sa nature profonde (supposément bonne ou mauvaise), mais en fonction des choix qu'il a fait et, surtout, de ceux qu'il fera. Cette logique s'applique évidemment autant aux humains qu'aux mutants dont les questionnements ne cessent d'alimenter un script d'une richesse incroyable. Multipliant dimensions narratives et enjeux dramatiques (qui s'enrichissent mutuellement au fil du récit), environnements spatio-temporelles et quantité de personnages (iconisés en seulement quelques plans), Bryan Singer parvient toutefois à maintenir judicieusement l'équilibre de son intrigue en la resserrant autour de quelques protagonistes principaux (Wolverine, le Professeur Xavier, Mystique, et Magneto en tête). S'il prend alors le risque de frustrer les fans de tel ou tel mutant (ceux du futur ne sont d'ailleurs employés qu'en cas d'utilité narrative), chaque apparition est justifiée et apporte un réel ajout à l'histoire (logiquement, les sentinelles sont donc assez peu présentes) . Il enrichit ainsi constamment le propos général du film, au lieu de multiplier inutilement les clins d'œil gratuits adressés aux spectateurs. Contrastant sévèrement avec son image de leader inflexible de 2023 (auquel Patrick Stewart apporte toute sa sagesse naturelle), le Charles Xavier de 1973 est un homme brisé sur le fil du rasoir qui semble avoir tourné le dos au monde (James McAvoy livre d'ailleurs une prestation tout en justesse et sensibilité qui n'est pas sans rappeler celle de Tom Cruise dans le formidable Né un 4 juillet). Plus vraiment le jeune idéaliste fougueux du film de Matthew Vaughn, mais pas encore le guide spirituel et moral des premiers films de Bryan Singer, Xavier est en proie à l'incertitude quant au sacrifice crucial qu'il s'apprête à faire (baisser les bras pour préserver son corps ou se battre avec ses pouvoirs en renonçant à ses jambes). Magneto (Michael Fassbender, plus charismatique film après film) reste quant à lui plus ferme dans ses convictions, se radicalisant encore davantage (le chemin de la rédemption sera long, comme le suggère d'ailleurs Wolverine). Mais il devra aussi se confronter aux conséquences que ses choix impliquent. 

Approfondissant encore le triangle sentimental développé dans le précédent film, Days of Future Past place ainsi Mystique (Jennifer Lawrence sublime, et dont le jeu a gagné en maturité) littéralement au cœur de l'intrigue. Tranchant radicalement avec la fragile et juvénile Raven de First Class, l'évolution spectaculaire que connaît la mutante polymorphe n'est pas sans rappeler la transformation de Sarah Connor dans Terminator 2 . Redoutable guerrière – quel plaisir d'enfin retrouver l'acrobatique combattante en grande forme ! – se sentant comme investie d'une sacro-sainte mission qu'elle estime nécessaire pour protéger son espèce, elle ne craint pas recourir aux solutions les plus extrêmes. Confrontée à ses questionnements internes et au poids de son libre-arbitre, Mystique aura un rôle primordial à jouer ; le sort du monde étant inexorablement lié au sien, et à celui qu'elle destine à Bolivar Trask, le créateur des Sentinelles de Trask Industries (le projet d'assassinat de la mutante évoque là encore fortement celui de Sarah Connor à l'encontre de Miles Dyson, à l'origine des Terminators de Cyberdyne Systems). Véritable point de répère des spectateurs, Wolverine (Hugh Jackman, dans le rôle de sa vie) connaît les évènements passés et à venir lorsqu'il débarque du futur (la scène du réveil, autre clin d'œil à Terminator, ravira d'ailleurs les fans de l'athlétique acteur australien). Dans les comics, c'est Kitty Pride qui tenait ce rôle. Un changement scénaristique assez évident Wolverine est le personnage le plus populaire de la franchise que Simon Kinberg justifie avec un certain pragmatisme. Le pouvoir de guérison du plus célèbre mutant le rendant physiologiquement insensible au temps, il semblait être seul à pouvoir logiquement survivre à ce voyage spatio-temporel. Qui plus est, Wolverine existant déjà dans ce passé (à la différence de la trop jeune Kitty Pride qui naîtra des années après 1973), ce choix apparaît aussi comme nettement plus cohérent aves les principes énoncés dans le film (l'esprit du futur étant supposé prendre possession du corps rajeuni de son hôte). Assurant un véritable travail d'adaptation, Bryan Singer et son scénarist ne se contentent donc pas d'effectuer un vulgaire copier-coller, mais conforment les comics à ses exigences. Ils parviennent ainsi avec brio à en présever l'essence tout en offrant une œuvre personnelle de grande qualité, et d'une folle inventivité formelle. 

 

  X-Men : Days of Future Past
 Logan, survivant de l'enfer.

Grâce à son fidèle collaborateur Newton Thomas Sigel (chef opérateur de tous les films du cinéaste américain depuis Usual Suspects), Bryan Singer livre un long-métrage aux images léchées jouant admirablement sur les contrastes. À la froideur d'un futur sombre et déprimant de 2023 s'oppose ainsi la chaleur du passé lumineux et coloré de 1973. Un jeu de symétrie esthétique qui se retrouve dans les costumes portés par les personnages (arborant armures et uniformes militaires dans le futur, alors que les tenues du passé s'avèrent nettement plus variées et excentriques), ainsi que dans le degré de sophistication et le design évolutif des Sentinelles (celles de 2023 évoquent d'ailleurs fortement le T1000 et le robot Destructeur de Thor). Rompant avec le classicisme habituel de sa mise en scène, Bryan Singer gratifie également son film d'habiles trouvailles visuelles ; sublimant les pouvoirs de ses mutants (Blink et Vif-Argent en tête) et variant habilement les formats (comme l'utilisation du 16 mm pour ancrer ses personnages dans une certaine historicité). Le réalisateur surprend aussi dans la manière dont il parvient à s'affranchir des canons établis par la franchise, réussissant l'exploit d'aboutir à un résultat qui reste parfaitement cohérent tout en corrigeant les principales bourdes et incohérences des précédents opus ; à commencer par Last Stand auquel un épilogue final miraculeux apporte une conclusion salvatrice (effaçant quasiment tous les outrages subis par les mutants). Une volonté affichée d'ailleurs dès les crédits d'ouverture où le score de John Ottman vient soudainement dynamiter le fameux gimmick de la Fox (l'intrusion soudaine du célèbre thème musical des mutants affirmant leur identité face à l'omniprésence du studio). De fait, les différents changements physiques de Hank McCoy transformé en Fauve à la fin du film de Matthew Vaughn 1962, mais affichant de nouveau un faciès humain lors d'une allocution télévisée de X-Men 2 quarante ans plus tard tout comme la paralysie fluctuante de Charles Xavier paraplégique lorsque s'achève First Class, de nouveau valide dans X-Men Origins : Wolverine et le flashback de Last Stand – trouvent ici une explication rationnelle convaincante ; une vision prophétique des pensées de Logan permettant aussi de comprendre certains bouleversements chronologiques à venir. Il sera d'ailleurs intéressant de découvrir comment le prochain film justifie les dernières zones d'ombre (la façon dont Wolverine récupère son squelette en adamantium notamment – même si j'ai déjà ma petite idée sur la question). 

Conçu à la fois comme la continuation logique et le redémarrage nécessaire de la franchise (la séquence finale élargissant significativement le champ des possibles), Days of Future Past est un film littéralement mutant qui parvient à faire évoluer l'univers des X-Men dans le bon sens. À l'instar du sage Professeur Xavier face à l'impétueux Magneto, Bryan Singer met l'accent sur la possibilité de rédemption (invitant les spectateurs à "oublier" le passé) plutôt que sur l'affrontement direct (un effort surhumain de conciliation a été entrepris pour permettre aux différentes visions de coexister). Et c'est bien dans ce soucis manifeste d'équilibre que réside la force du long-métrage. Entremêlant personnages, époques et thèmes au sein d'un univers riche et complexe, Bryan Singer prouve ici ses incroyables capacités de conteur (le découpage de son film est tout simplement parfait). Soignant le fond jamais négliger la  forme, le cinéaste livre donc une œuvre d'une inventivité visuelle, thématique et scénaristique ahurissante. Sa volonté de produire du sens le conduit naturellement à insister sur les motivations de ses personnages (leurs actions ne semblent jamais gratuites). Ce qui lui permet de susciter une réelle empathie à leur encontre (leur destinée importe). Et s'il n'hésite pas à user parfois d'une touche de second degré pour tempérer certaines outrances (le mutant à la Minority Report qui fait vomir à distance), Bryan Singer ne bascule pas pourtant dans la surenchère de gags déplacés (soulignant son approche respectueuse de la franchise). Plus cérébral que bon nombre de blockbusters équivalents grâce à une écriture précise et signifiante, Days of Future Past n'en reste pour autant pas moins une grande aventure humaine (ou disons mutante) palpipante, et surtout un pur moment de cinéma majuscule jamais rasoir, qui saura combler même les plus réfractaires au genre. Réunissant les acteurs principaux des deux franchises auxquels il adjoint les services de petits nouveaux attachants on se réjouit déjà de voir davantage Vif-Argent dans le prochain opus ! au sein d'un divertissement généreux multipliant les morceaux de bravoure, Bryan Singer parvient enfin, après sept films de qualité inégale, à réaliser LE film sur les X-Men dont je rêvais depuis tout gosse. Une réussite absolue et exemplaire qui relance assurément la franchise sous les meilleurs auspices ; une très bonne impression que la galvanisante scène post-générique (qui n'évoquera probablement pas grand chose pour le spectateur lambda, mais réjouira forcément tout fan des mutants) semble d'ailleurs confirmer assez nettement.
 

   

Films de Bryan Singer chroniqués ici : Jack le chasseur de géants ;  Walkyrie ; X-Men : Days of Future Past

   

 

Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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commentaires

dasola 04/06/2014 20:47


Bonsoir Shin, moi aussi j'ai énormément aimé comme tous les précédents. Les effets spéciaux sont très réussis comme d'habitude. Bonne soirée.

Oreo33 02/06/2014 18:10


Excellent papier Mister sur cette réussitte. Je n'avais pas vu le parrallèle entre Né un 4 juillet et le Charles Xavier de 1973.


Tu as bien raison de souligner que Bryan Singer assure le spectacle quand c'est nécessaire. C'est rare qu'un fan connaissant l'histoire et le comics puisse adorer son adapatation à ce point.


Les thématiques sont passionnantes et l'empathie pour les personnages est là. Purée, la scène du début, le Pentagone, l'attentat, le final. De grands moments de bravoure. Chaque personnage a sa
part d'ombre et de doute. Le film forme un tout; ou comme tu le soulignes les actes ne sont pas gratuits. C'est comme un jeu d'échec.


Le lien avec les films précédents n'allait pas être facile à faire. Et tu repars sur quelque chose de nouveau. Un Retour vers le futur version X-Men. La classe.


A propos, tu parles de l'emploi de la 3D. Elle vaut le coup pour un second visionnage ?

Mr Vladdy 29/05/2014 19:13


J'ai beaucoup aimé ce film. J'ai quand même une petite préférence pour "Le commencement" mais je ne regrette vraiment pas cette suite d'excellente qualité ;-)

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