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Brêves de comptoir

Vendredi 11 avril 2008
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Au théâtre de la Gaité Montparnasse à Paris du 17 Janvier 2008 au 17 Mai 2008
(du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 16h30)

Scénario et dialogues
:
Philippe Elno
Mise en scène : Philippe Sohier
Décors
:
Pierre-François Limbosch
Lumières : Christophe Grelié
Costumes : Agnès Sénéchaud

Interprétation : Florence Foresti et Philippe Elno

Présentation :"Prendre son temps n'est pas une mince affaire de nos jours ! Pour une hyperactive, star du show-business de surcroît, c'est quasi impossible et synonyme de cauchemar. Isa tombe en panne de GPS en rase campagne où même son portable ne capte pas. La rencontre avec l'apiculteur local, Éric, particulièrement paisible, ne calme pas tout de suite son stress. Condamnée à attendre un bus qui ne passera qu'après la décrue, Isa finit par se laisser aller à l'écoute : à l'écoute de la nature, à l'écoute de son unique interlocuteur, et à l'écoute d'elle-même... pour retrouver, qui sait, sa créativité perdue..."

Remarquée par l'humoriste Anne Roumanoff, la truculente Florence Foresti a débuté aux côtés de Stéphane Bern au sein de l'émission 20h10 pétantes. Cependant, la célébrité lui proviendra de ces intermèdes comiques qu'elle interprète dans les émissions de Laurent Ruquier (la regrettée On a tout essayé, puis la nocturne On n'est pas couché) et où se mêlaient une pléiade de personnages bigarrés et délirants (telles que la bourgeoise salace Anne-Sophie de la Coquillette, la ministre des "affaires problématiques" Dominique Pipeau, la "belle-maman" envahissante Myriam, la bimbo écervelée Brigitte ou bien des parodies plus vraies que nature de Ségolène Royal, Britney Spears, Céline Dion ou encore Madonna).

http://images3.hiboox.com/images/1508/m3zcqgq0.jpgAu cinéma, on a également pu la trouver à l'affiche du film Dikkenek du réalisateur belge Olivier Van Hoofstadt, des comédies romantiques Détrompez-vous de Bruno Dega et Si c'était lui... d'Anne-Marie Etienne ou encore prêter sa voix à la version française de Lucas, fourmi malgré lui de John A. Davis. Prochainement, elle devrait également jouer dans l'adaptation du célèbre roman de Marc Lévy, Mes amis, mes amours. Florence Foresti a aussi confirmé tout le bien que l'on pensait d'elle sur les planches grâce à son one woman show, Florence Foresti fait des sketchs (et des fois elle amène son chien), qu'elle a présenté à La Cigale en 2006.

Aussi survoltée que l'immense Louis de Funès, cette artiste aux multiples facettes, alliant la gouaille de Mireille Robin à la causticité d'Elie Semoun, se retrouve une nouvelle fois sur le devant de la scène grâce au comédien et auteur Philippe Elno, homme de théâtre à l’humilité aussi imposante que son talent, qui l'a choisi pour partager le duo de la pièce qu'il a écrite : L'abribus ; confrontation entre Paris et la province, la ville et la campagne, l'hyperactivité et la tranquillité, la technologie et la nature, le superflu et l'essentiel.

Par un heureux concours de circonstances, une scénariste angoissée va donc se retrouver coincée pendant plusieurs heures dans un petit coin perdu de campagne à la tranquillité qui lui paraît insupportable. Pour cette parisienne égocentrique sans cesse dans l'urgence et le mouvement, c'est le début d'une aventure qu'elle n'oubliera pas de sitôt (nous non plus) et qui s'avèrera bien différente de ce qu'elle aurait pu imaginer. Florence Foresti (plus énergique que jamais) campe à merveille un personnage taillé sur mesure plein de préjugés, ne jurant que par la technologie et la modernité, qui pose un regard méprisant, agacé et moqueur sur ce tranquille apiculteur insouciant amateur de nichées de mésanges et de couchers de soleil. En dépit des similitudes entre le personnage d'Isabelle et celui qu'elle s'est créée auprès du public, Florence Foresti est surprenante de justesse, de spontanéité, de sensibilité et d'autodérision. Bien sûr, on prend plaisir par moment à retrouver, par ci par là, une intonation ou une mimique familière, mais le texte léger de Philippe Elno permet à la comédienne de rendre son personnage à la fois ridicule et attachant.

Avec son espèce de combinaison d'astronaute surréaliste, Philippe Elno campe quant à lui un personnage solitaire, décontracté et paisible en totale contradiction avec cette parisienne acrimonieuse, stressée et survoltée. Avec beaucoup d'humour  et d'amusement, Éric (le personnage qu'il interprète) va ainsi mettre en exergue tous les travers grotesques de cette starlette exagérément maniérée, hypocondriaque et narcissique ; http://images3.hiboox.com/images/1508/zk8etj53.jpgavec toute la justesse de jeu nécessaire d'un comédien visiblement très à l'aise sur scène. Orné d’un sourire immuable qui suggère la distance amusée qu’il prend par rapport à cette femme qui s'agite inutilement, sa joviale sympathie et sa  déconcertante simplicité seront les armes dont usera le tranquille provincial pour amadouer la parisienne effarouchée. Et à l'issue de cette confrontation, dont la finalité est prévisible (mais qu'importe), l’extrême différence de caractère entre les deux personnages s’atténuera à mesure que leur excentricité réciproque les rapprochera.

Alliant sobriété et efficacité, la mise en scène inspirée Philippe Sohier joue habilement de ce décor minimaliste aux ressources insoupçonnées, où chaque séquence est sublimée par le travail remarque de Christophe Grelié sur les lumières. Se collant à l'évolution de l'éclipse à venir, les lumières (tour à tour éclatantes, tamisées, sombres, lumineuses) suivent également une autre évolution, celle de la relation entre les personnages. À cela s'ajoute évidemment le talent des deux comédiens, transcendé par leur évident plaisir à jouer et leur manifeste complicité, ainsi que la qualité des dialogues percutants de Philippe Elno ; permettant à L'abribus un équilibre parfait entre le burlesque et le spirituel, la réflexion et l'humour, la dérision et la tendresse.

Au final, on s'émeut un peu et on rit beaucoup. La pièce, bien que classique dans sa trame, est un véritable petit nuage délectable dans un ciel bleu rayonnant. On en ressort avec une immense banane et le sentiment d'avoir assisté un rare et subtil moment (qui passe à une vitesse folle !) d'émotion sincère et de profonde humanité. Un vrai bonheur que je conseille à tous !

À noter que France 4 diffusera samedi 10 mai dès 21h la pièce
L'abribus en direct du théâtre Gaité Montparnasse. Elle n'est pas belle la vie ?


Le site officiel du théâtre de la Gaité Montparnasse : www.gaite.fr

Pour redécouvrir le spectacle précédent : cliquez-ici
par Shin publié dans : Spectacles communauté : PanoramArt
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Mardi 15 janvier 2008
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"Allemagne, années 1930. Pendant que les nazis s’activent à mettre sur pied le Troisième Reich, dans la boîte de nuit berlinoise Kit Kat Klub, on retrouve la chanteuse Sally Bowles  et le Maître de cérémonie du club qui essayent, grâce à leurs divertissements extravagants, de faire oublier aux visiteurs les difficultés de la vie et les menaces grandissantes du monde extérieur…"

Musique et paroles : John Kander et Fred Ebb
Livret original : Joe Masteroff
Mise en scène et chorégraphies : Sam Mendes et Rob Marshall (version française de BT McNicholl)
http://images3.hiboox.com/images/1608/9zflr1mg.jpghttp://images3.hiboox.com/images/1608/uv0dnmme.jpgAdaptation française :
Jacques Collard (livret),
Eric Taraud (paroles),
Susan Taylor (chorégraphie)
Equipe créative :
Emmylou Latour (costumes), Gaston Briski (son),
Peggy Eisenhauer et Mike Baldassari (lumières)
Avec sur scène :
Fabian Richard (EmCee),
Claire Pérot (Sally Bowles),
Virginie Perrier (Fräulein Kost)
Geoffroy Guerrier (Cliff Bradshaw), Catherine Arditi (Fräulein Schneider),
Pierre Reggiani (Herr Schultz), et Patrick Mazet (Ernst Ludwig)


La genèse d'un classique

À l’origine, Cabaret est une comédie musicale de Joe Masteroff qui s’inspire de la pièce de théâtre     I am a camera, de John Van Druten, et d’une partie du recueil Adieu à Berlin, de l'écrivain anglo-américain Christopher Isherwood.

Entourés de John Kander (compositeur), Ronald Field (chorégraphe) et Fred Ebb (qui signent les paroles), Harold Prince (qui avait auparavant produit, entre autres, West Side Story) monte la pièce pour la première fois en 1966 à Broadway en transformant le caractère dur et pessimiste de l’œuvre en une grande fête pathétique. Le personnage de l’énigmatique Maître de cérémonie, grimé comme l'image de la mort, machiavélique manipulateur, captera l’attention de tous grâce à l’interprétation de Joel Grey. Le spectacle obtiendra huit Tony Awards. Il restera plus de trois ans à l’affiche. Cet incroyable succès le fait rentrer dans le club très fermé des meilleures recettes de l'histoire du musical.

http://images3.hiboox.com/images/1608/hicwn1je.jpgUne fameuse adaptation filmée sortira en 1972 et sera mis en scène par Bob Fosse. L'incontournable Joel Grey sera du casting au côté de Michael York ou encore de l’admirable Liza Minnelli. Le film connaîtra le succès que l’on sait et remportera huit Oscars.

Il faudra ensuite attendre 1998, et la version réalisée et mise en scène par Sam Mendes sur des chorégraphies de Rob Marshall, pour que Cabaret batte une nouvelle fois des records. Cette version, plus épurée et libertaire, va triompher durant six années consécutives à Broadway et obtiendra de nombreuses récompenses.

Après avoir été présenté à New-York, Londres, Madrid, puis Amsterdam, le spectacle s’installe à Paris, aux Folies Bergères, en octobre 2006. Il s’agit alors d’une version entièrement adapté et interprété en live par des artistes et musiciens français. En 2007, cette version française a été nommé six fois aux Molières (un record pour un spectacle musical) et obtenu trois trophées aux Musicals : meilleur musical dans une adaptation, interprétation féminine (Claire Pérot) et interprétation masculine (Fabian Richard).

Fort de son succès, le spectacle joue en ce moment même les prolongations… 

La vie est un grand cabaret

C’est cette version épurée, libertaire et succulemment transgressive que j’ai eu l’occasion fin 2007.

Dès l’arrivée, la magnificence du cadre bleu et or, assez guindé mais néanmoins classieux, des Folies Bergères a de quoi éblouir. Surtout lorsque, comme c’est mon cas, on est plutôt habitué à des scènes plus intimistes où se côtoient stars de la chanson, humoristes et artistes en devenir. À titre de comparaison scabreuse, l’Olympia, bien que mythique, ne m’avais pas autant impressionné par ses ornements. Bien sûr, n'étant allé ni au Lido, ni au Moulin Rouge, ni au Crazy Horse (hélas), ma comparaison apparaît comme assez limitée à ce sujet.

http://images3.hiboox.com/images/1608/yaa36qkm.jpgBref, revenons à l'essentiel. La comédie musicale, d’une durée de 2h25 (avec une entracte de 15 minutes), commence à 20 heures. Mais, une près d'une bonne dizaine de minutes avant cette échéance officielle, un officieux spectacle s’offre à nous. En effet, les artistes du show entrent progressivement en scène. Ils s’échauffent, jouent faussement les poseurs, déambulent entre les fauteuils, taquinent le public. Le spectacle a déjà commencé.

J’avais déjà assisté à d’autres comédies musicales par le passé qui, disons, étaient plus clinquantes et formatées (à l’instar des Dix commandements ou du Roi Soleil : c’est Dove Attia qui doit être content !), bien que très divertissantes et spectaculaires. Néanmoins, il s’agissait ici de mes premiers pas (si j’ose dire) dans l’univers du music-hall. Et je dois bien avoué qu’ils furent extrêment réjouissants !

Comme le promet en prélude EmCee, le flamboyant Maître de cérémonie du Kit Kat Klub, les filles sont magnifiques, les garçons sont magnifiques, l’orchestre est magnifique ! D’ailleurs, on peut ajouter que les serveurs et serveuses qui officient dans le Carré d’Or ne sont pas en reste non plus. Ce qui nous a encore plus dépités, avec ma chérie, de ne pas avoir pu y être, faute de place disponible. Cependant, malgré le fait que nous étions en balcon, nous avons pleinement apprécié le spectacle. Je pense même que les sensations ressentis sont très différente en fonction de la place que l’on occupe : immersion totale dans l’univers du Kit Kat Klub avec les serveurs et serveuses, impression d’assister à - ou plutôt de gentiment "espionner" - une tranche de vie au balcon.

Le décor, sur scène, très minimaliste, contraste avec la beauté du lieu. Un instant suffit à nous plonger dans ce délicieux libertinage de l’underground berlinois des années 1930. Les artistes chantent, dansent, jouent admirablement, ils sont beaux et délicieusement décadents sur scène. Mais, avant tout, ce sont de formidables comédiens.

Fabian Richard (Emcee), séduisant et charmeur, drôle et pathétique, est d’ailleurs celui qui, à juste titre, rafle un maximum d’ovations. Il faut dire aussi que son personnage est le plus riche du spectacle (et celui qui m’a déclenché le plus de rires incontrôlés : quelques soupçons de finesse et une bonne dose de grivoiserie suffit à mon bonheur en même temps !), et qu’il l’interprète à la perfection. J’ai d’ailleurs été très surpris d’apprendre qu’il avait été retenu à la dernière minute…

http://images3.hiboox.com/images/1608/fquiw0hc.jpgEt puis, bien sûr, il y a la flamboyante Claire Pérot qui, a seulement 24 ans, nous offre une présence sur scène et une puissance vocale qui n’a pas à rougir la comparaison avec son illustre devancière, la talentueuse Liza Minnelli ; son interprétation survoltée de la chanson phare "Cabaret" étant un grand moment d‘émotion unique et inoubliable !

À vrai dire, moi qui ne connaissait mal le monde du music-hall et n’avait pas vu le film de Bob Fosse (à part quelques extraits des prestations de Liza Minneli), je dois avoué que l'étrangeté du propos de l’œuvre et sa densité romanesque m’ont ici agréablement surpris.

Intelligent, drôle, sensuel, subversif, délicieux, éblouissant… UNE RÉUSSITE !


Le site officiel : www.cabaret-lemusical.fr
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