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Brêves de comptoir

Lundi 5 mai 2008
http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/3/5/5/9782070781553.gifDe Vincent Delecroix

Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l'évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide... et une chaussure pleine de ressources romanesques.

L'imbrication des histoires les unes dans les autres à l'intérieur du roman permet à Vincent Delecroix d'aborder des registres très différents, du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire de mœurs et par la peinture drolatique de la solitude – thème de prédilection de l'auteur.




Né en 1969, ce professeur enseignant la philosophie à Paris fut remarqué dès la parution de son premier roman en 2003, Retour à Bruxelles. Par la suite, il publia deux autres romans, À la porte en 2004 (qui fut adapté au théâtre et interprété par le grand Michel Aumont) et Ce qui est perdu en 2006. Passionné du philosophe et théologien danois
Sören Kierkegaard, Vincent Delecroix lui réserva également un certain nombre d'ouvrages comme Post-scriptum aux lettres philosophiques, Exercice en christianisme ou encore Singulière philosophie : essai sur Kierkegaard. Aujourd'hui, il est question d'un roman paru aux éditions Gallimard et au titre un brin énigmatique : La chaussure sur le toit.
 
On en trouve des choses sur un toit. Des cheminées, des antennes, des chats errants. Avec de l'imagination, on peut y voir des anges, le Père Noël ou encore Mary Poppins. On y a même déjà aperçu un b
œuf, un violon et un hussard... sur le toit. Mais que se passe-t-il lorsqu'on y découvre une chaussure ? Une chaussure sur un toit, c'est étrange, bizarre, incongru, ridicule, amusant, agaçant et parfois même franchement énervant pour certains ; symbole d'un bonheur perdu, vestige du passage d'un ange mélancolique ou œuvre d'art en devenir pour d'autres. Une chaussure sur un toit, c'est beaucoup de choses à la fois et tout autant d'explications possibles. En neuf et un chapitres (le dernier étant un épilogue au roman), Vincent Delecroix apporte des semblants de réponses, mais pas seulement. La chaussure sur le toit n'est pas en effet un roman conventionnel.

Les histoires narrées à chaque chapitre sont à la fois indépendantes et liées, uniques et solidaires. Les personnages du roman fréquentent tous ce même quartier parisien. Ils vont se frôler,
s'entremêler, se croiser, s'ignorer. De vraies tranches de vies associées à ce vieil immeuble populaire, et à une chaussure. Une chaussure qui symbolise leurs doutes et leurs craintes, leurs espérances et leurs détresses. Une valse à cloche-pied des sentiments, un peu bancale un peu gauche, drôle aussi et ironique, pathétique et émouvante. La vie, quoi. Et la chaussure n'est finalement qu'un prétexte, très bien exploité, pour raconter autrement la vie d’un quartier près de la gare du Nord à travers ces quelques déclinaisons proposées par l'auteur.

Le ton de Vincent Delecroix est souvent ironique, parfois moqueur, jamais méchant. Il y a vraiment beaucoup d'émotions dans cet ouvrage un brin mélancolique où la question de l'abandon (et pas seulement de cette chaussure) est grandement traitée et la solitude au c
œur des préoccupations des différents protagonistes. Le livre se lit rapidement grâce une écriture très agréable et des personnages aussi variés qu'intéressants. L'humour et l'absurde omniprésents (jusqu'à la chute, exquise, pied-de-nez final malin et astucieux) aident également à apprécier ces petites saynètes pleines de vie.

Parmi toutes ces histoires, j'ai adoré "Caractère de chien" parce que, même en me doutant du truc, je me suis laissé avoir par l'auteur qui a su (a)mener son récit de façon admirable et rendre son "héros" particulièrement attachant. Après, comme j'aime beaucoup Cali, j'ai bien apprécié aussi "Secourisme" avec son héroïne folâtre aux allures de "Roberta". En revanche, "Explication de ma disparition" et "L'élément tragique" ont été particulièrement laborieuses à lire en raison de leurs références philosophiques appuyées qui sont plus indigestes qu'enrichissantes et donnent l'impression que l'auteur cherche à sortir sa science ; quitte à larguer certains lecteurs en cours de route. Ce qui serait dommage car l'ensemble est plutôt plaisant, et même plus que cela.

Je peux également évoquer "Le syndrome Conte de fées" dont les pérégrinations du héros m'ont quelque peu rappelées celles qui fut miennes à une époque pas si lointaine. Ou encore "La vérité sort-elle de la bouche des enfants ?", fable douce-amère angélique, et le "Chant de l'attente", magnifiquement écrit et dont voici un extrait : "Ma mère croit que j'ai l'âge inscrit sur ma carte d'identité française, parce que j'ai le même visage que celui de la photo. Ma mère ne veut pas savoir que j'ai vieilli deux fois, une première fois quand tu m'as prise dans tes bras, une seconde fois quand on m'en a arrachée
la première fois je suis devenue une femme, la seconde une morte. Je suis plus vieille que ma mère, plus vieille que n'importe qui."

Enfin, il y a "Le saut de l'ange", épilogue à l'extravagance suprême et sa note de page qui prouve que l'auteur ne prend ses lecteurs pour des imbéciles (comme quoi, on a eu tort de s'inquiéter de cela durant les passages "philosophiques"...). L'ultime question qu'il soulève renvoit indubitablement à toutes celles qu'on se pose. Comment certains personnages font-ils pour se croiser (à l'instar du cambrioleur et de l'unijambiste coincé sur le toit) ? Pourquoi n'ouvre-t-on jamais au présentateur de télévision ? Comment les personnages peuvent-ils tous voir cette même chaussure ? Combien y-a-'il de chaussures sur le toit au final ? Tant de questions et autant de réponses qu'il y aura de lecteurs. À l'instar des personnages du récit, chacun y trouvera une manière différente de l'appréhender selon son caractère. Quoi qu'il en soit, cette vulgaire chaussure sur un toit parisien aura su susciter grand intérêt. Quelque peu agaçante comme le roman durant certaines digressions de l'auteur, on lui pardonne tout. Elle est tellement attachante et de si agréable compagnie que, finalement, on aurait bien aimé que l'aventure se poursuive davantage. Dans nos esprits ? Pourquoi pas. Il n'est pas exclu d'en philosopher après tout...


par Shin publié dans : Lectures communauté : PanoramArt
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Mercredi 19 mars 2008
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Slam Dunk de Takehiko Inoue (Kana - 31 volumes, édition terminée)


"Au collège, Hanamichi Sakuragi s’est fait jeter par 50 filles. Il est ensuite entré au lycée, mais il est resté sous le choc du refus de la 50ème fille qui lui a répondu : "Je suis amoureuse d’Oda du club de basket." C’est alors qu’est apparue l’âme salvatrice : Haruko Akagi. Il a suffit que, dans le couloir de l’école, elle lui demande : "Tu aimes le basket ?" pour que son coeur s’enflamme. Les choses ne sont malheureusement pas si simples puisqu’elle est amoureuse d’un garçon qui ne le sait pas et l'ignore : Kaede Rukawa. Ce garçon, véritable prodige du basket-ball collègien, va devenir le grand rival de Sakuragi..."


Après tout ce temps, j'ai finalement terminé la lecture de Slam Dunk. Et bien, que de plaisir ce fut !

L'humour, omniprésent au début du manga, laisse progressivement sa place à des phases de jeu vraiment prenantes ! Enfin, même si les SD (Super Deformed : caricatures) sont un peu moins présents sur la fin, le manga continue d'être drôle jusqu'au bout néanmoins. Car, bien que l'essence de ce manga se situe ailleurs, c'est avant tout un divertissement ; soyez donc rassurés.

Quoiqu'il en soit, il est vraiment très plaisant de suivre la progression de l'équipe de Shohoku et de ses membres (notamment la relation entre les éternels rivaux Sakuragi et Rukawa). Bien sûr, la fin laisse un petit goût d'inachevé, mais les tirs à trois points de Mitsui, les actions rapides de Miyagi et le Gorilla Dunk d'Akagi résonnent encore dans mon esprit... Sans parler des actions fabuleuses, et souvent farfelues, de Sakuragi et de son rival de toujours, Rukawa.

Les joueurs des autres équipes sont bien souvent intéressants également et bien construits. Je pense notamment à Sendô, Uozumi, Maki, Kiyota ou encore Fujima. En revanche, j'aurai vraiment apprécié voir l'équipe de Hiroshi Morishige (le tondu de seconde qui fait penser à Shaquille O'Neil) disputer un match contre Shohoku...

Après, étant un fan de Basket-Ball de la première heure, ce manga semblait fait pour moi. J'ai plutôt apprécié également d'essayer de découvrir quel grand joueur de la NBA avait inspiré tel ou tel joueur :
* Dennis Rodman pour Sakuragi (les cheveux rouges, les rebonds, l'agressivité),
* Michael Jordan pour Rukawa (le bandeau sur le bras ne trompe pas, tout comme le sens inné du jeu),
* Patrick Ewing pour Akagi (le côté animal, les dunks puissants, les contres efficaces, la stature impressionnante),
* Tyrone "Muggsy" Bogues pour Miyagi (les passages rapides, la petitesse),
* Steve Kerr pour Mitsui (l'adresse aux paniers à trois points et, surtout, la capacité de les marquer dans les moments décisifs).

Mais, la question à se poser est la suivante : Peut-on réellement accrocher à Slam Dunk sans aimer au moins un peu le basket ? En effet, les matchs s'étendent parfois sur plusieurs volumes et cela peu sembler bien long au néophyte, ou plutôt au non-fan ; même si les indications et précisions sur les règles du jeu sont plutôt claires.

Personnellement, j'ai trouvé les matchs vivants, passionnants et très fluides. Ca bouge vraiment.! Je dirais même que ça donne la pêche par moment ! On est auprès des joueurs. On participe à leurs doutes, leur fatigue, leur courage, leurs exploits. Et puis, on se demande à chaque fois sur quelle action Sakuragi va faire ressortir son génie et sur laquelle il va se taper une méchante honte (ce qui arrive assez souvent, faut bien l'avouer ^^) !

Cependant, il est important de préciser que la quasi globalité du manga est centré autour des matchs. Il ne faut donc pas se fier aux premiers tomes qui sont moins accès sur le sport. Inoue avoue d'ailleurs lui-même avoir débuté son manga avec une trame de shônen classique (pour les non-initiés, le "shônen" est un manga qui s'adresse surtout aux jeunes garçons) : le voyou au grand coeur qui tombe amoureux de la coqueluche de l'école, et qui va se mettre au sport pour lui plaire. D'ailleurs, cette partie de l'histoire est très basique et finalement peu intéressante. Le véritable intérêt de Slam Dunk, c'est bien le basket-ball. Le reste n'est qu'un joli habillage. D'ailleurs, en parlant d'habillage, il faut bien dire que le dessin s'améliore vraiment pour atteindre des sommets sur la fin du manga (même si Inoue a toujours autant de mal à dessiner de jolies filles ^^).

Inoue, en tant que passionné de basket, développe tout son talent dans les phases de jeu et les relations entre joueurs. Et il y parvient avec brio. On vibre à chaque action, car rien n'est jamais joué. On frémit pour cette équipe qui progresse à chaque match. On frissonne face aux incertitudes (Mitsui, Miyagi, Akagi, Sakuragi et Akagi ont tous de grandes forces, mais également de grandes faiblesses qui peut tout faire capoter). On se passionne pour le destin de Sakuragi-le-génie (et parfois, parfois seulement ^^, son surnom n'est pas volé) et la façon dont il va prendre en maturité face à ses forces mais, aussi et surtout, à ses faiblesses. Lorsque la dernière page se tourne, on se dit finalement que, alors que ça représente pourtant un nombre non-négligeable, 31 tomes c'est peu. Même si c'est le temps qu'il aura fallu pour raconter à peine plus de six mois de la vie de ces jeunes adolescents...

En tout cas, c'est un manga bien plus passionnant et moins figé que le trop contemplatif (et leeeeent) Vagabond(également par Takehiko Inoue). Et je crois bien que je ne vais pas tarder à lire Real (son dernier manga en date ayant pour thème le handibasket), que je viens juste de me procurer. Pour les amateurs d'humour et les passionnés de basket-ball, il serait dommage de passer à côté...
par Shin publié dans : Lectures communauté : PanoramArt
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