Francis Ford Coppola fait partie de ses réalisateurs dont le simple nom suffit à attiser la curiosité, quelque soit le projet qu'il prévoit de réaliser. D'autant plus que le cinéaste n'avait rien réalisé depuis près dix ans (L'Idéaliste) et que son dernier grand film remonte quand même à plus d'une quinzaine d'années (Dracula). Et même si on a entre temps eu l'occasion de constater que le talent était héréditaire chez les Coppola, qu'il s'agisse de la fille Sofia (Lost in Translation) ou du fils Roman (CQ), c'est peu dire que le retour du maestro se faisait attendre. Marquant le retour en force du patriarche dans la hiérarchie cinématographie des Coppola, L'Homme sans âge avait donc tout du projet prometteur et alléchant. Et pourtant...
Adapté d'une nouvelle éponyme de l'écrivain roumain Mircea Eliade, L'Homme sans âge est un long-métrage qui m'a laissé effectivement très perplexe. En plus d'écrire, Mircea Eliade était également un historien des religions renommé, un passionné de philosophie et un fin spécialiste des langues (il maîtrisait d'ailleurs pas moins de huit langues : roumain, français, allemand, italien, anglais, hébreu, persan et sanskrit). Il n'est donc pas très surprenant que l'histoire se concentre sur un professeur de linguistigue obnubilé par ses travaux sur les origines et la naissance du langage, et qu'on y parle également de métempsycose (la réincarnation, la transmigration de l'âme) ou encore de l'inéductabilité de la mort (grande interrogation métaphysique s'il en est). L'écrivain était également un facho notoire, "chargé de presse et propagande" pour le compte du Maréchal Antonescu (un des responsables de l'extermination des juifs roumains) auprès de l'ambassade roumaine au Portugal. Il rédigea d'ailleurs à cette époque un ouvrage à la gloire du régime corporatiste et fascisant du dictateur portugais Salazar. Là-dessus par contre, le film est plus discret. Si ce n'est la représentation de quelques officiers nazis caricaturaux qu'on croirait sortir tout droit d'Indiana Jones et la dernière croisade (le second degré en moins) et autres escapades sexuelles avec une jolie fräulein membre du parti à l'occasion (dans des passages d'un érotisme envoûtant, mais un peu gratuit). Plus globalement, L'Homme sans âge se rapproche surtout du récent The Fountain de Darren Aronofski. Le sujet est très proche (tragédie amoureuse flirtant avec quête d'immortalité, renaissance et réincarnation) et plutôt intéressant également. La mise en scène en images est soignée et les images sont elles-même très belles. Mais, le tout est présenté de manière franchement prétentieuse (avec une inutile complexification à l'extrême du récit) et l'histoire devient vite incompréhensible (voire, tout simplement chiante). Particulièrement long (plus de deux heures) et proposant des scènes qui, en plus de se traîner en longueur, semblent parfois se répéter à l'infini, le principal problème du long-métrage est qu'il part surtout un peu dans tous les sens (donnant même l'impression qu'on a concentré plusieurs films en un).
L'Homme sans âge commence donc comme un épisode de La Quatrième Dimension ou d'Au-delà du réel (un vieux professeur rajeunit après avoir été frappé par la foudre) ; puis enclenche à la manière d'une quête philosophico-spirituelle sur les recherches auxquelles se livre le personnage sur le langage humain ; avant de flirter avec la romance lors de la (re)découverte d'un amour perdu ; pour finalement aboutir à un curieux mélange plutôt déstabilisant. Et malgré le caractère plutôt fascinant de la chose, on a de plus en plus de mal à croire en cette histoire improbable qu'on nous raconte (ou tout simplement à en saisir le sens) à mesure que le film avance. Dominic Matei rajeunit donc miraculeusement un beau jour grâce à un coup de foudre (un "vrai" coup de foudre venant du ciel), lui offrant ainsi la possibilité de parachaver l'œuvre de sa vie ; à savoir découvrir et comprendre les origines du langage. Un autre coup de foudre (amoureux cette fois-ci), lui permettra plus tard d'approfondir davantage encore ses recherches sur le sujet. Une facilité scénaristique n'arrivant jamais seule, notre bon vieux professeur se voit doté, en plus d'une jeunesse semblant inaltérable, de pouvoirs à faire baver les plus grands super-héros des comics Marvel. Voilà donc qu'il peut désormais emmagasiner le contenu d'un ouvrage d'un simple touché ou parcourir les rêves de sa muse aussi facilement que s'il s'agissait d'un livre grand ouvert. Excerçant une attraction quasi animale autour de lui, et notamment au près de la gente féminine (fantasme d'un vieil auteur / réalisateur qui veut continuer à croire qu'on peut continuer à plaire malgré l'âge ?), le personnage qu'interprète un électrisant Tim Roth semble d'un coup effectivement bien verni car, une bénédiction n'arrivant jamais seule elle non plus, un docteur va tout aussi mystérieusement s'enticher de lui et devenir un bien pratique mécène. De cette manière, notre héros n'aura même plus besoin de bosser pour vivre ! Ce qui va lui laisser tout le loisir nécessaire pour accomplir sa quête, tranquillement installé dans son immense manoir en Toscane (ou dans un autre paradis perdu du genre, je ne me souviens plus trop). C'est bien cool tout ça, mais c'est quand même un peu gros... non ?
À consommer avec modération...
Récyclant quelques idées des précédants films du cinéaste (l'ambiance très seventies évoquant notamment la mythique trilogie Le Parrain), L'Homme sans âge constitue un film vraiment part dans la filmographie de Francis Ford Coppola, un véritable melting pot des thèmes de prédilection du cinéaste. L'évolution de Laura (Alexandra Maria Lara), sa transformation quasi bestiale progressive rappelle ainsi la mutation que subissait Mina (Wynona Ryder) au contact de l'envoûtant seigneur des vampires (Gary Oldman) dans Dracula (même si les surréalistes scènes de possession ressemblent davantage ici à une parodie grotesque de L'Exorciste de William Friedkin, et prêtent franchement à rire). De la même façon, la manifestation de la folie quasi paranoïaque de Dominic Matei (Tim Roth), sorte d'alter-ego pervers du personnage incarné par Robin Williams dans Jack (enfant prisonnier dans un corps d'adulte), évoque assurément celle qui affecte le Colonel Kurtz (Marlon Brando) dans Apocalypse Now (même si le montage utilisé ici donne trop souvent l'impression d'assister à un pastiche de Gollum dans Le Seigneur des Anneaux). Là encore, j'ai trouvé l'emploi d'un double (maléfique ?) un peu facile pour expliquer les agissements de notre héros. M'enfin, passons. Car ce sont surtout les longues discussions mentales emphatiques et autres monologues incompréhensibles du personnage que j'ai trouvé éreintants ; complexifiant à outrance un propos qui ne le nécessitait pas vraiment (à part peut-être pour se donner un genre intello...). Ce qui fait que, à force, on finit même par se désintéresser complètement de l'histoire d'amour servant de fil rouge au récit ; et tant pis pour la merveilleuse Alexandra Maria Lara (révélée par son rôle de secrétaire d'Adolf Hitler dans La Chute d'Oliver Hirschbiegel aux côtés de Bruno Ganz ; également présent au casting) qui fait tout ce qu'elle peut pour donner un peu de grâce et d'émotion à son rôle complètement bâclée. Quant à Tim Roth, même s'il livre ici une prestation tout à fait convaincante, on l'a tout de même connu plus inspiré ; chez Quentin Tarantino (Reservoir Dogs) ou James Gray (Little Odessa) notamment.
Et pourtant, le film continue d'intéresser grâce au sublime travail sur l'image du réalisateur de Peggy Sue s'est mariée. Francis Ford Coppola a en effet porté beaucoup de soin à la mise en scène de L'homme sans âge, même si le long-métrage oscille trop souvent entre trouvailles visuelles ingénieuses (une utilisation des perspectives magnifique, des plans aux angles de vue inattendus) et expérimentations hasardeuses ; surtout en ce qui concerne les trop nombreuses superpositions d'images (le rendu flirtant davantage avec un kitsh maladroit qu'avec l'onirisme visiblement recherché par le réalisateur). Et si les couleurs de la photographie sont éclatantes, les effets-spéciaux font tout de même un peu pitié pour un film de cet acabit (on a parfois l'impression d'être devant un mauvais épisode de la série Au-delà du réel, l'aventure continue). Ce qui est vraiment dommage lorsque l'on constate le soin particulier dont les maquillages ont bénéficié. D'autant plus que certaines facéties visuelles n'ont à mon sens aucune utilité (je n'ai vraiment pas compris l'intérêt de la scène avec le pistolet que Matei "retourne" contre son agresseur). On se demande d'ailleurs bien trop souvent où le cinéaste veut en venir ; allant de retenues narratives en réflexions métaphysiques pompeuses, en passant par des séquences fantasmagories rappelant le cinéma de David Lynch (en nettement moins captivant cela dit). Enrichissant continuellement son histoire sans véritablement creuser toutes les pistes qu'il explore, Francis Ford Coppola finit par rendre son récit extrêmement indigeste et particulièrement soporifique (que celui qui n'aura pas regardé sa montre au moins une fois durant la projection me lance la première pierre ! ^__^). L'Homme sans âge donne l'impression de survoler tout un tas de choses, et d'en développer aucune. Ce qui est très frustrant. En outre, les passages où les personnages s'expriment en langues étrangères (inconnues même, je dirais) auraient vraiment gagné à être raccourcis car ils virent rapidement au ridicule (j'avais parfois l'impression d'assister au sketch de Gad Elmaleh lorsqu'il va voir une pièce de théâtre hyper relou en allemand pour pouvoir fumer une clope juste derrière ! ^__^). Et même si je n'ai pas totalement passé un mauvais moment devant ce film, je dois bien avoué que je me suis beaucoup ennuyé et que je n'ai pas vraiment compris grand chose en fait (à la fin, je ne cherchais même plus à comprendre d'ailleurs). Alors, de là à le conseiller ou pas, je ne sais pas. Pour le coup, c'est vous qui voyez...
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