Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

La Chaussure sur le toit

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/3/5/5/9782070781553.gifDe Vincent Delecroix

Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l'évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide... et une chaussure pleine de ressources romanesques.

L'imbrication des histoires les unes dans les autres à l'intérieur du roman permet à Vincent Delecroix d'aborder des registres très différents, du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire de mœurs et par la peinture drolatique de la solitude – thème de prédilection de l'auteur.




Né en 1969, ce professeur enseignant la philosophie à Paris fut remarqué dès la parution de son premier roman en 2003, Retour à Bruxelles. Par la suite, il publia deux autres romans, À la porte en 2004 (qui fut adapté au théâtre et interprété par le grand Michel Aumont) et Ce qui est perdu en 2006. Passionné du philosophe et théologien danois
Sören Kierkegaard, Vincent Delecroix lui réserva également un certain nombre d'ouvrages comme Post-scriptum aux lettres philosophiques, Exercice en christianisme ou encore Singulière philosophie : essai sur Kierkegaard. Aujourd'hui, il est question d'un roman paru aux éditions Gallimard et au titre un brin énigmatique : La chaussure sur le toit.
 
On en trouve des choses sur un toit. Des cheminées, des antennes, des chats errants. Avec de l'imagination, on peut y voir des anges, le Père Noël ou encore Mary Poppins. On y a même déjà aperçu un b
œuf, un violon et un hussard... sur le toit. Mais que se passe-t-il lorsqu'on y découvre une chaussure ? Une chaussure sur un toit, c'est étrange, bizarre, incongru, ridicule, amusant, agaçant et parfois même franchement énervant pour certains ; symbole d'un bonheur perdu, vestige du passage d'un ange mélancolique ou œuvre d'art en devenir pour d'autres. Une chaussure sur un toit, c'est beaucoup de choses à la fois et tout autant d'explications possibles. En neuf et un chapitres (le dernier étant un épilogue au roman), Vincent Delecroix apporte des semblants de réponses, mais pas seulement. La chaussure sur le toit n'est pas en effet un roman conventionnel.

Les histoires narrées à chaque chapitre sont à la fois indépendantes et liées, uniques et solidaires. Les personnages du roman fréquentent tous ce même quartier parisien. Ils vont se frôler,
s'entremêler, se croiser, s'ignorer. De vraies tranches de vies associées à ce vieil immeuble populaire, et à une chaussure. Une chaussure qui symbolise leurs doutes et leurs craintes, leurs espérances et leurs détresses. Une valse à cloche-pied des sentiments, un peu bancale un peu gauche, drôle aussi et ironique, pathétique et émouvante. La vie, quoi. Et la chaussure n'est finalement qu'un prétexte, très bien exploité, pour raconter autrement la vie d’un quartier près de la gare du Nord à travers ces quelques déclinaisons proposées par l'auteur.

Le ton de Vincent Delecroix est souvent ironique, parfois moqueur, jamais méchant. Il y a vraiment beaucoup d'émotions dans cet ouvrage un brin mélancolique où la question de l'abandon (et pas seulement de cette chaussure) est grandement traitée et la solitude au c
œur des préoccupations des différents protagonistes. Le livre se lit rapidement grâce une écriture très agréable et des personnages aussi variés qu'intéressants. L'humour et l'absurde omniprésents (jusqu'à la chute, exquise, pied-de-nez final malin et astucieux) aident également à apprécier ces petites saynètes pleines de vie.

Parmi toutes ces histoires, j'ai adoré "Caractère de chien" parce que, même en me doutant du truc, je me suis laissé avoir par l'auteur qui a su (a)mener son récit de façon admirable et rendre son "héros" particulièrement attachant. Après, comme j'aime beaucoup Cali, j'ai bien apprécié aussi "Secourisme" avec son héroïne folâtre aux allures de "Roberta". En revanche, "Explication de ma disparition" et "L'élément tragique" ont été particulièrement laborieuses à lire en raison de leurs références philosophiques appuyées qui sont plus indigestes qu'enrichissantes et donnent l'impression que l'auteur cherche à sortir sa science ; quitte à larguer certains lecteurs en cours de route. Ce qui serait dommage car l'ensemble est plutôt plaisant, et même plus que cela.

Je peux également évoquer "Le syndrome Conte de fées" dont les pérégrinations du héros m'ont quelque peu rappelées celles qui fut miennes à une époque pas si lointaine. Ou encore "La vérité sort-elle de la bouche des enfants ?", fable douce-amère angélique, et le "Chant de l'attente", magnifiquement écrit et dont voici un extrait : "Ma mère croit que j'ai l'âge inscrit sur ma carte d'identité française, parce que j'ai le même visage que celui de la photo. Ma mère ne veut pas savoir que j'ai vieilli deux fois, une première fois quand tu m'as prise dans tes bras, une seconde fois quand on m'en a arrachée
la première fois je suis devenue une femme, la seconde une morte. Je suis plus vieille que ma mère, plus vieille que n'importe qui."

Enfin, il y a "Le saut de l'ange", épilogue à l'extravagance suprême et sa note de page qui prouve que l'auteur ne prend ses lecteurs pour des imbéciles (comme quoi, on a eu tort de s'inquiéter de cela durant les passages "philosophiques"...). L'ultime question qu'il soulève renvoit indubitablement à toutes celles qu'on se pose. Comment certains personnages font-ils pour se croiser (à l'instar du cambrioleur et de l'unijambiste coincé sur le toit) ? Pourquoi n'ouvre-t-on jamais au présentateur de télévision ? Comment les personnages peuvent-ils tous voir cette même chaussure ? Combien y-a-'il de chaussures sur le toit au final ? Tant de questions et autant de réponses qu'il y aura de lecteurs. À l'instar des personnages du récit, chacun y trouvera une manière différente de l'appréhender selon son caractère. Quoi qu'il en soit, cette vulgaire chaussure sur un toit parisien aura su susciter grand intérêt. Quelque peu agaçante comme le roman durant certaines digressions de l'auteur, on lui pardonne tout. Elle est tellement attachante et de si agréable compagnie que, finalement, on aurait bien aimé que l'aventure se poursuive davantage. Dans nos esprits ? Pourquoi pas. Il n'est pas exclu d'en philosopher après tout...



Pour découvrir d'autres lectures traitées ici : cliquez-ici

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Cinéphile Amateur 05/05/2008 16:49

Je n'ai pas lu ce livre mais ton article me donne envie d'en savoir plus :P