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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 00:00
Into the Woods – Promenons nous dans les boisRéalisé par Rob Marshall, sorti le 28 janvier 2015
Titre original : Into the Woods
                
Avec Meryl Streep, James Corden, Emily Blunt, Anna Kendrick, Chris Pine, Daniel Huttlestone, MacKenzie Mauzy, Johnny Depp ...
 
"Les intrigues de plusieurs contes de fées bien connues se croisent afin d’explorer les désirs, les rêves et les quêtes de tous les personnages. Cendrillon, le Petit Chaperon rouge, Jack et le haricot magique et Raiponce, tous sont réunis dans un récit où interviennent également un boulanger et sa femme qui espèrent fonder une famille, mais à qui une sorcière a jeté un mauvais sort...."

 


Mon avis (très mauvais) :  http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_bof.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif
 

 

Je serais assez malhonnête en affirmant que Into the Woods – Promenons nous dans les bois est un projet que j'abordais avec un immense enthousiasme. Déjà, je me rappelle très bien du dernier film intitulé Promenons-nous dans les bois que j'ai vu le navet de Lionel Delplanque avec Clotilde Coureau et François Berléand et il n'y avait franchement pas de quoi être euphorique. Surtout, je me souviens encore mieux de la filmographie de Rob Marshall et, vraiment, il y avait de sérieuses raisons de s'inquièter. Réalisateur du plus faible épisode de Pirates des Caraïbes (déjà avec Johnny "je continue à torpiller ma carrière" Depp, et déjà produit par Disney), celui-ci est aussi l'auteur de deux bien piètres adaptations cinématographiques de comédies musicales à succès ;  Chicago qui n'était déjà pas franchement mémorable, et Nine que tout le monde a préféré oublier. Non content d'avoir déjà flingué nos oreilles par deux fois, Rob Marshall persiste et signe donc cette nouvelle calamité "musicale" estampillée Disney se réclamant des contes des frères Grimm et de Charles Perrault, autant que de la Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim. Ce dernier point étant probablement dû à un excès de fumette de Stephen Sondheim et James Lapine auteurs de la comédie musicale originale diffusée à Broadway depuis 1986 qui citent volontiers le psychanalyste américain comme source d'inspiration, tant ce aspect semble totalement imperceptible à l'écran. Bon, vu que Rob Marshall déclare carrément avoir été inspiré par Barack Obama en personne après l'avoir entendu dire aux familles des victimes du 11 septembre « vous n’êtes pas seuls… aucun d’entre nous ne l’est » (sic), on se dit que, oui, ça devait être de la sacrée bonne came. 

 

Si les célèbres personnages popularisés par les frères Grimm et de Charles Perrault sont bien de la fête (donnant parfois l'impression d'être devant une sorte d'Avengers du conte de fées), le traitement rachitique des personnages et le manque globale de cohérencenous amène à un résultat hautement pitoyable et caricatural. La blonde (et donc fade au sourire niais) Raiponce et la brune (chiante qui ne sait pas ce qu'elle veut) Cendrillon se font donc courtiser par deux Princes Charmants bellâtres interchangeables (aussi beaux gosses qu'ils sont crétins et imbus de leur personne). Tandis que le pédophile Loup pervers (Johnny Depp égaré d'un obscur Tim Burton) pourchasse l'agaçante Petit Chaperon Rouge ; celle-ci se faisant dragouiller par l'insupportable Jack (ces deux-là agissant systématiquement de façon imbécile et égoïste, mais ce ne sont que des enfants alors ça passe) ; et celui-ci dépouillant sans vergogne le monde des Géants (mais ils le méritent car ce sont des méchants, comme tous Géants qui se respectent). Pendant ce temps-là, un pauvre Boulanger joufflu (peureux mais gentil) et sa Femme enceinte (un peu trop belle et rousse pour ne pas agir stupidement avant la fin de l'histoire) doivent récupérer les quatres objets les plus puissants de l'univers à savoir : l'Arche Perdue, le Saint Graal, l'Anneau de Sauron et les Dragon Balls, une capuche, une mèche de cheveux, une godasse et une vache laitière pour sauver leur enfant à naître de la terrible malédiction lancée par la Sorcière très méchante qui fait des tours sur elle-même et chante plus fort que Maître Grims lorsqu'elle se vénère (en plus, elle est moche). Enfin, c'est surtout pour servir de prétexte ô combien brillant pourrave afin de lier toutes les histoires entre-elles, en fait.

 

Into the Woods – Promenons nous dans les bois
« Promenous-nous dans les bois, pendant que le Loup n'y est pas... » (air connu)
 
Bon, vous l'aurez compris, le scénario est un effroyable foutoir, rédigé n'importe comment, qui fait se rencontrer les personnages comme bon lui semble en dépit de tout sens logique (à moins que la forêt ait la même superficie qu'un studio parisien) et ne semble même pas savoir dans quelle direction aller ; au point de nous glorifier d'un étrange faux happy-end aux deux tiers du film, avant de s'engouffrer dans le hors-piste le plus nawak (faisant alors totalement disparaître de l'équation une Raiponce qui ne servait de toute façon pas à grand chose et poussant la Femme du Boulanger à réagir soudainement de manière aussi stupide et qu'improbable). Pauvre au niveau de l'écriture, Into the Woods l'est aussi en ce qui concerne son esthétisme résolument kitsch (avec des costumes et maquillages outranciers donnant plus l'impression d'être devant une captation filmée que face à un véritable long-métrage de cinéma) et hideux (Johnny Depp s'étant fait cette année, semble-t-il, une spécialité , après l'affligeant Charlie Mortdecai, des rôles à moustache ridicule). Manquent singulièrement d'imagination, le long (bien trop long) métrage donne surtout l'impression d'être en présence d'un seul et même décor en carton-pâte du début à la fin... On passera rapidement aussi sur cette affreuse voix-off sans relief (dire que Jeremy Irons, James Earl Jones, John Cleese, Michael Caine ou encore Alan Rickman ont un temps été envisagé ; ça aurait eu une autre gueule, c'est sûr !) et ses effets visuels douteux (la scène de la Géante s'approchant de la ville miniature évoquant davantage Chérie, j'ai agrandi le bébé ! que Le Seigneur des Anneaux). Car, en dépit de tous les défauts précédemment cités, et malgré un casting plutôt classe (Meryl Streep, Johnny Depp, Anna Kendrick, Emily Blunt, Chris Pine...) largement sous-exploité, ce qui choque le plus à la découverte de ce film musical, c'est surtout l'incroyable chiantitude de sa bande originale... Un comble.

 

À l'instar de l'autre cauchemar auditif de 2013,  Les Misérables, les pauvres âmes de Into the Woods semblent avoir été touché par la même malédiction les poussant à chantonner constamment, sans la moindre raison. Même lorsqu'ils se parlent. Même juste pour savoir si la soupe est assez chaude, si ça ne manque pas un peu de sel quand même, ou si la récolte de courgettes sera bonne cette année, ils chantent. Tout le temps. Mais vraiment tout le temps... nom de dieu de putain de bordel de merde de saloperie de connard d'enculé de ta mère ! (merci Lambert). Ils chantent encore et encore sur des paroles horribles, sur des phrases insignifiantes (en fait surtout de vulgaires dialogues emberlificotés à la va-comme-j'te-pousse-et-on-verra-bien-c'que-ça-donne), pour se plaindre, pour évoquer le souvenir d'un être perdu. Mais toujours de façon hyper joyeuse. Attention, c'est important. On est chez Disney, quand même. Le monde est plus marrant, c'est moins désespérant, en chantant... (merci Michel). Des chansons, toujours des chansons oui, il vaut mieux être très (très) fan des comédies musicales à la base ! qui s'emmêlent les unes aux autres sans qu'on ne parvienne à les distinguer franchement entre elles. C'est là qu'on se dit que les séquences parlées non chantés, c'est quand même bien pratique pour s'y retrouver. De telle sorte que, à la longue, le film de Rob Marshall ne semble être rien d'autre qu'une longue lithanie de mots enchaînés sur une même mélodie mièvre bien rentre-dedans et hyper entêtante (le titre Into the Woods pouvant dès à présent prendre la place du Let it go de La Reine des Neiges pour faire craquer les détenus à Guantánamo). Au milieu de cette horreur, peu de choses à sauver donc ; si ce n'est un court passage plein de degré avec Chris Pine (doué dans l'exercice d'autoparodique) clâmant non sans ironie, et avec une très grande lucidité pour le spectateur, toute l'ampleur de son Agoniiiiie... Au secours.

 

 

 

Films de Rob Marshall chroniqués ici :  Chicago ; Into the Woods 

 

 
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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 00:00

undefinedRéalisé par Rob Marshall, sorti le 26 février 2003
 

Avec Renée Zellweger, Catherine Zeta-Jones, Richard Gere, John C. Reilly, Queen Latifah, Lucy Liu, Taye Diggs, Dominic West...

 

"À Chicago, dans les années 1920, Roxie Hart (Renée Zellweger), une jeune femme qui rêve de monter sur la scène de l'Onyx Club, est accusée du meurtre de son amant indélicat et envoyée en prison. Derrière les barreaux, elle retrouve celle qu'elle admire, Velma Kelly (Catherine Zeta-Jones), une chanteuse de jazz condamnée pour avoir tuée son mari et sa soeur, pris en flagrant délit d'adultère. Le très populaire avocat Billy Flynn (Richard Gere) va brillamment plaider leur cause et attirer l'attention des médias sur ces deux jeunes femmes à la superbe voix. Roxie, dont Billy a fait l'emblème de la naïveté abusée, devient en quelque temps une véritable star à Chicago..."


 


 

Mon avis (passable) :  http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif
 

 
Adapté de la comédie musicale montée en 1975 par Bob Fosse (d'après la pièce de théâtre écrite par Maurine Dallas Watkins en 1926 et basée sur le véritable procès de Roxie Hart), ce film est sans commune mesure avec l'extravagant Moulin Rouge (un des rares films musicaux récents que j'ai apprécié). Là où Baz Luhrman déjouait toutes les conventions du genre en misant surtout sur le grand spectacle par une mise en scène débridée, audacieuse et époustouflante, Rob Marshall choisit lui une voie diamétralement opposé et tend à rester aussi fidèle que possible au genre. De ce fait, le film de Marshall semble s'orienter davantage vers un public friand de comédies musicales et du music-hall. Ce qui est à la fois la principale force et la principale faiblesse du film.
 
De ce fait, en demeurant fidèle au genre et en respectant scrupuleusement les règles de la comédie musicale, Rob Marshall – qui a fait ses débuts en tant que chorégraphe à Broadway montre un savoir-faire certain et un grand respect envers le genre qu'il aborde ; on a véritablement l'impression d'assister à un spectacle comme Broadway a l'habitude de faire. De ce fait, Mais si les personnes amatrices du genre devraient sans doute apprécier le film, les autres ne pourront que regretter le peu d'audace du metteur en scène. C'est d'ailleurs ce manque d'aplomb qui me fait préférer assez nettement Moulin Rouge à Chicago. Le résultat est visuellement plutôt réussi et assez entrainant musicalement, mais l'ensemble demeure cruellement académique.

 

Chicago
« Moi, tranquillement poseyyy avec mes meufs. »
 
Concernant le jeu des acteurs, il m'a laissé plutôt circonspect. Richard Gere, Renée Zellweger et Catherine Zeta-Jones chantent assez correctement et se débrouillent pas mal niveau danse (surtout Richard Gere avec son amusant numéro de claquettes). On sent bien que les acteurs se sont amusés à fond sur le tournage du film, mais je n'ai jamais vraiment été charmé par le film, et les parties chantées m'ont parfois semblé un peu inégales (alors je n'avais trouvé que peu de reproches à faire sur le flamboyant casting de Moulin Rouge ; exception faite du passage où le Garou argentin massacre le "Roxanne" de The Police). Sans être risible pour autant, disons que le résultat ne m'a tout simplement pas convaincu (mais je reconnais à nouveau être peu sensible au genre). En revanche, j'ai trouvé la prestation de Queen Latifah si éblouissante et drôle ! particulièrement réussie lorsqu'elle entame son tour de chant. C'est pourquoi je regrette d'ailleurs que son rôle soit si peu mis en valeur...
 
En final, que penser du film ? Et bien disons que j'ai plutôt passé un agréable moment à la vision de ce film (surtout pour les prestations sympathiques de Richard Gere en avocat-danseur incroyable et de Queen Latifah en matonne impériale), mais que j'estime que le tapage médiatique qui a été fait autour est tout de même bien exagéré (Oscar du meilleur film en 2003 alors que Le Pianiste ou Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours me semblaient bien plus méritants). On pourrait également déplorer que le manque d'audace du film le contraigne à cette accumulation pataude des archétypes traditionnels de la comédie musicale. Pour conclure, si le long-métrage de Rob Marshall parviendra sans doute à combler les amateurs du genre, il aura probablement bien du mal à séduire le reste du public (là où le Moulin Rouge de Baz Luhrmann avait justement su être plus fédérateur et ambitieux). Pas foncièrement déplaisant, Chicago reste donc un musical divertissement honnête qui profite de numéros d'acteurs agréables (Queen Latifah et Richard Gere en tête) ; mais ce n'est clairement pas LE chef-d'œuvre du septième art annoncé. Et après avoir découvert le somptueux Cabaret en live, je ne peux m'empêcher de penser que le film de Rob Marshall n'en est finalement rien d'autre qu'une variation bien tristoune...

 

 

 

Films de Rob Marshall chroniqués ici :  Chicago ; Into the Woods 

 

 
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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 23:00
Black StormRéalisé par Steven Quale, sorti le 13 août 2014
Titre original : Into the Storm
                
Avec Richard Armitage, Sarah Wayne Callies, Max Deacon, Nathan Kress, Alycia Debnam-Carey, Arlen Escarpeta, Jeremy Sumpter, Matt Walsh ...

"En une journée, la petite ville de Silverton est dévastée par une multitude de tornades sans précédent. Les habitants sont désormais à la merci de ces cyclones ravageurs et meurtriers, alors même que les météorologues annoncent que le pire est à venir. Tandis que la plupart des gens cherchent un abri, d’autres se risquent à se rapprocher de l’œil du cyclone pour tenter d’immortaliser en photos cet événement exceptionnel..."




Mon avis
(bien) :  


 

Alors que le thème semble pour le moins cinégénique, les tornades se font curieusement assez rares au cinéma. Exceptions faites du très particulier Take Shelter (davantage drame fantastique que film catastrophe) et d'une poignée de téléfilms médiocres (au nombre duquel il convient d'ajouter la couillonnade délurée Sharknodo), dix-huit ans après sa sortie, Twister demeure donc le seul long-métrage véritablement mémorable du genre. Divertissement honorable reposant sur un casting attachant (Helen Hunt, Bill Paxton, Cary Elwes et Philip Seymour Hoffman en tête) et un budget record (92 millions de dollars à l'époque, soit l'équivalent de Independence Day sorti la même année) , le film de Jan de Bont (Speed) peut effectivement s'enorgueillir d'avoir longtemps été assez unique en son genre (notamment grâce à la qualité de ses effets visuels toujours aussi saisissants à l'heure actuelle). Et ce,  même s'il n'était pas exempt de défauts pour autant (histoire assez convenue,  scènes d'action un brin répétitives, pour un résultat accusant quand même de sérieuses baisses de rythme). Il est d'ailleurs vraiment surprenant que le premier véritable successeur potentiel ait mis autant de temps à arriver.

 

Inutile de bouder plus longtemps son plaisir, ce Black Stormtitre "français" imbécile nettement moins fidèle que le Into the Storm original – relève le défi sans grande difficulté. En dépit d'un budget nettement plus serré (50 millions de dollars ; soit à peine plus de la moitié de celui alloué à Twister près d'une vingtaine d'années plus tôt), le résultat se révèle être particulièrement spectaculaire et généreux. Si le film de Jan de Bont possèdait sans doute une esthétique un peu plus soignée (avant de passer derrière la caméra, le réalisateur néerlandais fut tout de même directeur photo sur nombreux films de Paul Verhoeven et John McTiernan), Black Storm compense largement la donne de par sa sidérante démesure visuelle notamment lors de l'incroyable séquence de l'aéroport ! et son renouvellement constant en matière d'action (les très réalistes scènes de destruction de l'environnement et des bâtiments étant aussi variées que les tornades de plus en plus dévastatrices représentées à l'écran). Habitué à gérer toutes les contraintes liées à l'utilisation d'effets visuels conséquents (il fut auparavant superviseur de ceux du monumental Avatar de James Cameron), Steven Quale a parfaitement su tirer le maximum de son budget pour livrer un film catastrophe qui saura séduire les amateurs du genre.

  
Black Storm
Le vent les portera... (air connu)
 
Pour le reste, on pourra sans doute reprocher le caractère un brin opportuniste de la réalisation en mode found-footage (étant donné que tous les films de genre actuels y ont droit) ; surtout que le réalisateur s'en affranchit un peu comme bon lui semble (au point qu'on finit par ne plus savoir qui tourne quoi). Cela dit, n'étant pas particulièrement friand de ces procédés filmiques (bien trop souvent prétexte facile à une mise en scène dégueulasse et à des cadres branlants censés apporter plus de vraisemblance à ces images "prises sur le vif"), leur utilisation parcimonieuse n'est vraiment franchement pas pour me déplaire (surtout si ça peut éviter un affreux mal de tête au sortir de la salle !). Quoi qu'il en soit, le recours de la réalisation caméra à l'épaule n'en reste pas moins judicieux en l'espèce dans le sens où cela permet au spectateur de se sentir au plus près de l'action ; cette approche "documentaire" renforçant de fait l'impact et le réalisme des évènements vécus par les différents groupes de personnages. Et ce, bien que ces derniers s'avèrent ici essentiellement fonctionnels.

 

Doté d'un casting de quasi inconnus (dont Arlen Escarpeta qui était apparu dans le précédent film du réalisateur, le sympathique Destination Finale 5), Black Storm se contente effectivement d'accumuler tous les clichés du genre : l'adolescent geek timide secrètement amoureux de la bombasse du lycée, le frère athétique vanneur, le père veuf autoritaire ayant du mal à communiquer avec ses fils, la mère éloignée de son enfant, les gamins pris au piège à secourir, le boss tyrannique et obsédé par son travail, les gros beaufs casse-cou(ille)s à moitié débile... Mais l'ensemble est traité avec suffisament d'humour (notamment grâce au frère déconneur incarné par Nathan Kress) et de légèreté si ce n'est une séquence bavarde et pleurnicharde un peu longuette, le film a le bon goût d'éviter le déferlement pathos et moralisateur de ce type de productions pour que la pilule passe sans problème. Si Sarah Wayne Callies (aperçue dans les séries Prison Break et The Walking Dead) est toujours aussi horripilante et insipide, Richard Armitage (méconnaissable Thorin Écu-de-Chêne dans la saga Le Hobbit de Peter Jackson) s'avère particulièrement convaincant en héros inflexible à la Charlon Heston (héros du classique Tremblement de terre de Mark Robson), tout comme Matt Walsh avec son fameux bolide Titus (un personnage à part entière né de l'imagination du chef décorateur David Sandefur). Je suis en revanche un peu plus circonspect concernant l'utilité toute relative des deux "jackass", vulgaires faire-valoir comiques...

 

En définitive, Steven Quale a parfaitement su combler toutes mes attentes, et même un peu plus : le traitement plus que bienvenu de "l'après" (montrant les conséquences de cette catastrophe tant sur l'environnement que sur les hommes) ou encore le joli message (certes convenu mais assez judicieusement mis en perspective par les témoignages post-traumatiques)  sur la nécessité de profiter du temps présent. Divertissement spectaculaire de haute volée, Black Storm s'avère donc être un film catastrophe d'une efficacité imparable qui remplit parfaitement son cahier des charges et même s'il perdra sans doute un peu de sa puissance sur un poste de télévision envoie foutrement du lourd sur grand écran !  


 

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 23:00
The Raid 2Réalisé par Gareth Evans, sorti le 23 juillet 2014
Titre original : The Raid 2 : Berandal
                
Avec Iko Uwais, Arifin Putra, Yayan Ruhian, Oka Antara, Cecep Arif Rahman, Julie Estelle, Very Tri Yulisman, Alex Abbad ...

"Après un combat sans merci pour s’extirper d’un immeuble rempli de criminels et de fous furieux, laissant derrière lui des monceaux de cadavres de policiers et de dangereux truands, Rama (Iko Uways), jeune flic de Jakarta, pensait retrouver une vie normale, avec sa femme et son tout jeune fils…. Mais il se trompait. On lui impose en effet une nouvelle mission : Rama devra infiltrer le syndicat du crime, où coexistent dans une sorte de statu quo mafia indonésienne et yakusas. Sous l’identité de « Yuda », un tueur sans pitié, il se laisse jeter en prison afin d’y gagner la confiance d'Uco (Arifin Putra), le fils d'un magnat du crime indonésien - son ticket d’entrée pour intégrer l’organisation. Sur fond de guerre des gangs, il risquera sa vie dans un dangereux jeu de rôle destiné à porter un coup fatal à l’empire du crime..."




Mon avis
(coup de cœur) :
  


 

Originaire du Pays de Galles, Gareth Evans a toujours été un grand amateur d'arts martiaux. Réalisé en 2003 avec l'aide d'étudants japonais de l'Université de Cardiff, son premier court-métrage Samurai Monogatari narre ainsi les derniers instants d'un samouraï condamné ; alors que le documentaire The Mystic Art of Indonesia qu'il tourne en 2007 – un an après son premier long-métrage Footsteps (encore inédit en France) – s'intéresse déjà au Pencak Silat, art martial indonésien alors totalement méconnu. À peine deux années plus tard, le cinéaste écrit et réalise Merantau (dont le titre évoque le phémonène socio-culturel de migration volontaire des ruraux vers les grandes villes indonésiennes). Ce petit film de castagne mélodramatique rencontre un joli succès à l'international ; faisant alors découvrir au monde le Silat tout en lançant la carrière de deux futures stars du cinéma d'action indonésien : Iko Uwais et Yayan Ruhian. Fin 2009, Gareth Evans s'attelle alors à l'écriture d'un nouveau long-métrage : Berandal ("délinquant" en indonésien). Le réalisateur et sa femme Rangga Maya Barack-Evans ne parviennent malheureusement pas à réunir les fonds nécessaires pour lancer cet ambitieux projet qui multiplie les scènes d'action complexes et coûteuses. Berandal est donc provisoirement rangé au placard au profit d'un autre film d'action : Serbuan maut (traduisible par "invasion mortelle").

Conçu comme un huis-clos nerveux à l'action resserrée dans un lieu unique, ce long-métrage apparait de prime abord comme une sorte de plan B pour le cinéaste qui ne veut pas d'un Berandal au rabais. Sortant simultanément aux États-Unis et en Indonésie en mars 2011 sous le titre de The Raid, cette "solution de secours" reçoit alors un accueil triomphal. Très vite, l'encore méconnu Gareth Evans devient donc la nouvelle coqueluche des amateurs de bastons et de bastos qui voient en lui le renouveau du cinéma d'action. Et c'est peu dire si, en dépit d'une intrigue somme toute très sommaire (l'assaut d'un immeuble appartenant à un baron de la drogue par une équipe d'intervention des forces de l'ordre), The Raid va faire sensation à travers le monde. Avec un budget relativement modeste de 1,1 million de dollars, le réalisateur gallois est effectivement parvenu à proposer près d'une centaine de minutes d'action non-stop, enchaînant intenses séquences de gunfights et combats survitaminés avec une maestria qui a de quoi filer de sérieux complexes à bon nombre de productions hollywoodiennes du genre. Alors que The Raid s'offre une très belle carrière à l'international (multipliant par quatre sa mise initiale), l'idée d'une suite germe très rapidement dans l'esprit de Gareth Evans. Celui-ci voit alors l'occasion inespérée d'enfin concrétiser son grand projet Berandal. Il rédige plusieurs versions de son scénario en conséquence, modifie l'histoire, adapte personnages et intrigues jusqu'à obtenir une version définitive à l'automne 2012 de ce qui sera donc The Raid 2 ; avec comme gageure de frapper encore plus fort auprès d'un public qui, cette fois-ci, l'attend au tournant ! *

 

The Raid 2
"Il revient et il n'est pas content..."

 

Si The Raid 2 fait directement suite au premier (petit clin-d'œil avec le retour de cet entraînement aux poings où le héros fait preuve d'une incroyable démonstration de vitesse), le réalisateur n'a pour autant pas l'intention de faire dans la redite facile. Alors que le bugdet serré de The Raid l'avait contraint à enfermer son film dans une triple unité de temps (l'assaut se déroulait quasiment en temps réel), de lieu (un seul immeuble comme unique décor) et d'action (avec une progression narrative linéaire allégée de toute fioriture : en gros, escalader les différents niveaux jusqu'au boss final), les moyens plus confortables mis à disposition ici – de l'ordre de 4,5 millions de dollars – lui permettent de franchir à nouveau cap. The Raid 2 offre ainsi au cinéaste gallois l'opportunité de montrer que, au-delà du merveilleux filmeur d'action qu'il est assurément (on ne compte plus les nombreuses séquences-choc ayant imprimé la rétine des spectateurs du premier film), Gareth Evans est aussi un surprenant raconteur d'histoire(s). Si les toutes premières minutes apparaîtront comme familières aux amateurs de The Raid (une très courte introduction s'intéresse aux rares survivants du précédent épisode tout juste après l'anéantissement du gang de Tama), l'intrigue prend par la suite une direction pour le moins inattendue ;  l'élimination rapide de plusieurs personnages-clés du premier film annihilant de fait toute éventualité d'une poursuite rigoureuse des précédentes trames narratives mises en place.

 

Le confinement du protagoniste principal en plein cœur d'un milieu hostile et clos au tout début de The Raid 2 (Rama se retrouve incarcéré au sein d'une prison submergée de détenus agressifs) fait bien entendu écho à sa situation précédente (emprisonné dans un immeuble envahi de féroces narco-trafiquants), mais cette "suite" va très vite adopter un angle bien différent ; comme en témoigne les deux premières bastons du film. Car si on n'y voit tout d'abord notre héros combattre à lui seul plusieurs assaillants dans l'espace ultra-réduit et claustrophobique de toilettes sombres aux murs décrépits (un décor déliquescent évoquant fortement The Raid), la seconde bataille apporte une ampleur inédite en multipliant les opposants (le "un contre tous" fait alors place au "tous contre tous") tout en élargissant sensiblement l'envergure du champ de bataille (une vaste cour à ciel ouvert recouverte de boue). Par ailleurs, la volonté de rompre avec la tonalité du précédent opus est également illustrée par la nouvelle identité accordée à Rama. Devenu Yuda – nom emprunté au héros de Merantau (une silhouette dessinée sur un mur fait aussi écho à ce film) – afin d'infiltrer la pègre de Jakarta dirigée par Bangun, celui-ci se voit contraint d'abandonner ses valeurs morales de bon père de famille (touchant aparté téléphonique rompant un court instant avec ce furieux vacarme symbolisé par une assourdissante musique techno) et d'adopter une personnalité diamétralement opposée à celle de l'irréprochable héros qu'il était jusque là. S'enfonçant dans un tourbillon de violence qui l'oblige à une profonde crise de conscience (bouleversante scène dans la salle de bain après le carnage du restaurant), Rama semble progressivement se perdre dans le chaos généré par son maléfique double Yuda (les dernières paroles prononcées par le héros sont d'ailleurs bien plus riches de sens qu'il n'y paraît).

 

The Raid 2
  "This time, it's war.".

 

En passant le cap de la trentaine, le jeu de Iko Uwais a significativement gagné en épaisseur. Avec une étonnante justesse, l'acteur indonésien parvient ainsi à parfaitement retranscrire le combat interne que mène ce personnage à la trajectoire complexe. Après une découverte brutale du monde carcéral – une plongée en enfer qui n'est pas sans rappeler le furieux Prison on Fire de Ringo Lam – au sein duquel le respect s'obtient à la force des poings (dans la gueule), Rama devra ensuite gagner la confiance de l'héritier du clan Bangun (et donc s'abaisser à effectuer les plus basses besognes) afin d'être recruter dans l'organisation de son père. Si l'histoire de ce policier infiltré qui noue progressivement une dangereuse amitié avec un criminel mafieux – évoquant à la fois City on Fire de Ringo Lam (toujours) et Donnie Brasco de Mike Newell (et d'autres productions du même genre) – n'est certes pas d'une grande originalité, elle est surtout prétexte à lier The Raid 2 à son prédécesseur. D'ailleurs, à peine Rama enrôlé au sein de la mafia locale, le boss Bangun lui fait bien comprendre qu'il ne sera ici rien de plus qu'un homme de main comme les autres. Indirectement, le réalisateur signifie déjà au spectateur que le "héros" du précédent film n'occupe déjà plus le centre de gravité du récit.

 

De fait, plus dense, plus complexe, plus ambitieuse, l'histoire de The Raid 2 se développera ensuite assez souvent en marge de la simple destinée de Rama. À l'instar de l'homme sans nom qui – dans Le Bon, La Brute, Le Truand – cédait du terrain au profit de Tuco, Rama semble être progressivement relégué au second plan derrière le personnage de Uco (un nom dont la sonorité est d'ailleurs très proche de lui porté par Eli Wallach chez Sergio Leone). L'acteur indonésien Arifin Putra – dont le charme vénéneux n'est pas sans rappeler celui du sud-coréen Lee Byung-hun (A bittersweet Life, G.I. Joe) – incarne l'héritier du clan Bangun avec une belle authenticité et parvient à être crédible autant dans les séquences d'action – pour lesquelles il dut subir un entraînement intensif lui faisant prendre dix kilos de masse musculaire – que dans les passages plus dramatiques. D'ailleurs, il y a quelque chose de finalement assez touchant dans la spirale autodestructive dans laquelle ce jeune homme en mal de reconnaissance, et par trop ambitieux, s'enlise. Car, même si ce personnage – arrogant, colérique et cruel envers les femmes – se montre antipathique sur bien des aspects, l'interprétation sensible et nuancée de Arifin Putra permet de ne pas le rendre complètement détestable, et d'ainsi mieux comprendre la relation fascination-rejet qui le lie avec notre héros. Ne supportant plus d'être cantonné à ce rôle ingrat de "fils de" (en témoigne la fureur qui s'empare de lui lors du passage au karaoké), Uco va alors multiplier les mauvais choix et progressivement déchaîner les enfers. The Raid 2 s'incrit dès lors complètement dans la pure tradition des grandes fresques criminelles – quelque part entre le Johnnie To de Election, le John Woo du Syndicat du Crime et le Francis Ford Coppola du Parrain – et en reprend les principaux codes. Complots, manipulations, assassinats, mensonges et autres traîtrises ponctuent ainsi cet éternel jeu de trônes qui gangrène Jakarta.

 

The Raid 2
"Peu importe, où, quand et comment, quelqu'un doit payer."

 

Disposant d'un nombre bien plus important de protagonistes, The Raid 2 prend le temps de développer tout au long de son récit les répercussions des éternelles luttes de pouvoir que se livrent les différentes puissances en présence. Alors que Tama incarnait seul la menace à éliminer du premier film, la figure du mal apparaît ici comme bien plus complexe et nuancée ; se présentant comme une hydre aux multiples visages. L'acteur indonésien Tio Pakusadewo prête donc sa prestance naturelle et son regard impénétrable au charismatique chef de la mafia locale, Bangun. Lassé de ces bains de sang qui lui ont permis d'obtenir le pouvoir sur Jakarta, celui-ci essaie tant bien que mal de canaliser son fils en lui inculquant les vertus de la loyauté et du respect, mais l'impatience de Uco va les conduire sur des routes radicalement opposées. À mesure que le film avance, Bangun semble d'ailleurs davantage faire confiance à son fidèle bras droit, le dévoué et reconnaissant Eka (attachant Oka Antara), qu'à son propre fils qui, de son côté, se rapproche dangereusement du maléfique Bejo (inquiétant Alex Abbad, déjà à l'affiche de Merantau). Avec sa silhouette sinistre et sa démarche maniérée, ce dernier représente de fait la parfaite incarnation de la part des ténèbres dans laquelle sombre inéxorablement Uco (comme en témoigne cette glaçante mise à mort collective des cinq captifs rappellant l'exécution similaire du premier The Raid).

 

Au-delà de marquer un réel point de rupture entre un père et son fils, la scène de médiation entre les deux parrains, indonésien et japonais, illustre aussi le fossé qui se creuse (et ne cesse de se remplir de cadavres) entre les anciens chefs mafieux (épuisés et assagis par des années de tueries) et les jeunes arrivistes (avides de pouvoir à tout prix). Tout comme Bangun, M. Goto Ken'ichi Endô (Crows Zero de Takashi Miike, 20th Century Boys de Yukihiro Tsutsumi) incarne cette vision stratégique plus traditionnelle du pouvoir, ici partagé entre deux clans rivaux ayant opté pour l'équilibre d'une alliance. Cette tempérance mesurée s'oppose fondamentalement avec le régime oppressif que Uco et Bejo tentent d'imposer avec force ambition et une absence totale de limites (le speech prononcé par ce dernier en introduction en forme d'hommage évident à une fameuse scène du Casino de Martin Scorsese n'est d'ailleurs pas dénuée d'une sublime ironie) ; quitte à mener la ville à une véritable guérilla urbaine l'importante scène coupée "Gang War" développait par ailleurs cet aspect et à s'octroyer les services d'une police totalement corrompue menée par le sordide Reza auquel le perturbant Roy Marten prête son sourire trouble. Au milieu de ce récit très dense, aux luttes intestines évoquant à la fois longs-métrages mafieux italo-américains et films de yakuzas, plusieurs figures vont progressivement apparaître dans le récit.

 

The Raid 2
"Once more into the fray. Into the last good fight I'll ever know. Live and die on this day."

 

La plus attendue, c'est évidemment celle de Yayan Ruhian. Bien que son personnage déjà culte de Mad Dog ait disparu dans le précédent épisode, le réalisateur tenait à la présence de cet acteur hors normes avec lequel il collabore depuis 2008 (Yayan Ruhian ayant déjà supervisé avec Iko Uwais l'ensemble des chorégraphies de Merantau et The Raid) ; d'autant plus que le rôle de Prakoso existait déjà dans la première mouture de Berandal. Montrant d'une certaine manière quelle pourrait être la destinée funeste de Rama, l'histoire de ce personnage ambivalent représente une sorte d'aparté dans le récit principal. À la fois tueur implacable, mari et père, Prakoso évolue dans un monde violent qui l'éloigne chaque jour un peu plus de sa famille (un isolement affectif qui pèse de plus en plus aussi sur Rama). Yayan Ruhian surprend ici par la qualité de son jeu en réussissant à faire totalement oublier le furieux Mad Dog ce qui n'était pas une mince affaire ! et en retranscrivant avec une étonnante subtilité les deux facettes de son héros mélancolique : père de famille touchant lors de la scène du repas avec sa femme, combattant impassible et implacable lors de l'éxécution nocturne à un bras hommage au fameux sabreur manchot de Chang Cheh ? dans les rues de Jakarta. En quelques scènes majestueuses, Gareth Evans parvient à insuffler une tendresse et une poésie inattendues à ce personnage mélodramatique dans la lignée des grands héros tragiques de John Woo (Une balle dans la tête), Johnnie To (Vengeance) ou même Luc Besson (Léon). À ce titre, il convient de citer ce sublime passage qui débute dans une immense discothèque bleu nuit avant de se poursuivre dans une ruelle recouverte de neige d'un blanc immaculé bientôt teinté d'un rouge sang lugubre (rappelant le combat final du premier Kill Bill entre la Mariée et O-Ren Ishii). Cette séquence onirique d'une rare beauté rare (plan saisissant où le silence d'une improbable songerie fait place à la fureur d'une armée de gangsters) voit son impact renforcer par l'utilisation habile de la magnifique Sarabande de Haendel (clin d'oeil évident au crépusculaire Barry Lyndon de Stanley Kubrick).

 

Outre ce tueur vieillissant écartelé entre le sens de l'honneur de Bangun et l'arrivisme radical de son fils, d'autres nouvelles têtes font ici leur apparition. À commencer par le mercenaire engagé par Bejo que campe Cecep Arif Rahman et dont le surnom "The Assassin" n'a rien d'un hasard. Étant effectivement répresenté comme "celui qui assassine Mad Dog", il s'impose d'emblée comme son successeur logique en tant que principal adversaire de Rama. Également à la solde de Bejo, la belle "Hammer Girl" interprétée par Julie Estelle (ancien mannequin de père franco-américain et de mère sino-indonésienne) avec son look lolita idol et son frère "Baseball Bat Man"  incarné par Very Tri Yulisman (mon petit chouchou du film !) avec sa démarche de furyô nonchalent (rappelant Rookies et Racailles Blues de Masanori Morita) semblent quant à eux tout droit sortis de l'univers du manga. Tous deux apportent au film un soupçon de folie décalée très appréciable. Et bien que ces trois personnages soient essentiellement mutiques (le gars à la batte de baseball a quand même une réplique assez savoureuse !), Gareth Evans s'est attaché à les rendre aussi mémorables que possible en les introduisant via d'impressionnantes scènes d'action iconiques montées en parallèle où chacun fait preuve de compétences martiales très variées et d'un style de combat unique, tant dans les techniques déployées que dans les armes utilisées. Si le cinéaste gallois a sérieusement revu à la hausse les exigences de son scénario, en livrant une œuvre nettement plus dense et complexe, il n'a pas oublié pourtant que le spectateur était surtout venu pour voir de la castagne à l'écran. En sortant l'action de The Raid en dehors de l'immeuble tenu par le trafiquant de drogue du premier film, le réalisateur s'empare d'un terrain de jeu sensiblement augmenté qui lui permet de repousser plus loin encore les limites du cinéma d'action et de livrer des combats encore plus épiques (et oui, c'est possible !) à travers une multitude d'environnements : toilettes, restaurants, discothèques, entrepôts, immeubles, cour boueuse, champs, rames de métro, voitures, ruelles et autres boulevards urbains... tout y passe !  Quitte à anticiper quelques lieux pour l'occasion (la première ligne de métro de Jakarta n'ouvrant effectivement qu'en 2018 selon Wikipedia).

 

The Raid 2
"Seule leur mère peut les différencier."

 

Alors que le premier The Raid (aussi efficace soit-il) se présentait comme une sorte de beat-them-all à l'ancienne dans l'esprit d'un Kung-Fu Master (fameux jeu vidéo qui fit la joie des bornes d'arcade où le héros gravissait les étages les uns après les autres en combattant des ennemis de plus en plus puissants), The Raid 2 se rapproche davantage d'un open-world next-generation bien plus ambitieux à la GTA V (aux environnements plus denses et aux intéractions moins linéaires). N'étant alors plus verticalement confinées dans une simple tour d'immeuble, les scènes d'action voient leur horizon s'élargir considérablement, contrebalançées par des séquences dialoguées qui font le lien entre les différents fils narratifs, et des passages plus contemplatifs qui semblent suspendre le temps de cette furie totale (sorte de "calme avant la tempête" si caractéristique des westerns de Sergio Leone). Que ce soit lors de la baston menée par Rama dans l'exiguïté d'une cabine de toilettes, de cette bagarre générale dans la boue (une logistique matérielle et humaine de malade !), du baroud d'honneur de Prakoso dans la neige, de la boucherie du métro par la fille aux marteaux (Julie Estelle ayant dû subir trois mois d'entraînement intensif pour donner corps à ce pendant indonésien de la sadique Gogo Yubari de Kill Bill), de la spectaculaire attaque à la batte de baseball (pour laquelle Very Tri Yulisman fut formé plusieurs semaines par un coach sportif), et de tant d'autres... il n'y a pas un combat qui ne ressemble à un autre (même si le dernier acte du métrage, avec son héros increvable à la John McClane, rappelle l'ambiance du premier film en reprenant à nouveau le principe du Jeu de la Mort de Bruce Lee) .

En tout, ce n'est pas moins d'un an et demi de préparation qu'il aura fallu à Iko Uwais et Yayan Ruhian pour mettre au point ces chorégraphies plus démentes les unes que les autres ; leur extrême complexité expliquant sans mal les près de six mois nécessaire à Garth Evans ensuire pour en tirer le meilleur. En fin connaisseur des plus grands représentants du cinéma hongkongais (de Bruce Lee à Jackie Chan, en passant par Jet Li ou Sammo Hung), ce dernier a d'ailleurs parfaitement su optimiser tous les différents éléments en sa possession (de la gestion de l'espace et des éléments de décors à la diversité des chorégraphies et des armes utilisées), tout en faisant preuve d'une inventivité permanente dans sa façon de filmer l'action (dont l'intensité ne cesse d'aller crescendo) jusqu'à cet hallucinant final d'une dizaine de minutes dans la cuisine   une folie furieuse ayant nécessité pas moins de six moins d'élaboration et dix jours de tournage ! – où Iko Iwais et Cecep Arif Rahman s'affrontent dans  l'un des duels à mort les plus mémorables du cinéma depuis Bruce Lee face à Chuck Norris il y a plus de quarante ans dans La Fureur du Dragon. Non content de nous livrer des combats titanesques, le turbulent Gareth Evans en rajoute une couche à sa déferlente d'action en s'aventurant pour la première fois dans le domaine des poursuites automobiles. Conçues par une équipe supervisée par Bruce Law, spécialiste hongkongais de la question (Le Festin Chinois de Tsui Hark, Thunderbolt de Gordon Chan, Flashpoint de Wilson Yip, ainsi que certaines séquences du Transformers 4 de Michael Bay), et servies par des effets visuels remarquables, ces cascades sont absolument époustouflantes. Tout comme il a su adapter sa mise en scène afin de toujours valoriser la performances des acteurs (épousant chacun de leurs gestes tout en sublimant le moindre de leurs coups), Gareth Evans parvient ici à concevoir des plans qui dépassent l'entendement (il faut voir cette caméra exécuter des mouvements dynamiques incroyablement fluides d'un véhicule à un autre alors même que les passagers ne cessent de se castagner la tronche, de se tirer dessus dans tous les sens, et de s'envoyer valdinguer d'un véhicule en marche).

 

The Raid 2
"Il était une fois en Indonésie."

 

Si le résultat n'est évidemment pas aussi spectaculaire qu'une production à gros budget telle que Fast & Furious 5, le long-métrage compense allégrément cette démesure visuelle par une sauvagerie rare qui ne fait jamais dans la demi-mesure et ringardise bon nombre de blockbusters américains (pour un budget 20 fois moins important). À l'instar des personnages d'un Sam Peckinpah (La Horde Sauvage, Chiens de paille) ou d'un Paul Verhoeven (RoboCop, Starship Troopers), ceux de Gareth Evans sont bel et bien composés de chair et de sang ; les dégats que subissent leur corps s'avèrent donc ultra-réalistes (la plupart des acrobaties réalisées s'est d'ailleurs fait sans recours aux câbles et autres effets numériques). Ayant opté pour approche frontale, le réalisateur n'omet aucun détail ; y compris les plus graveleux lors d'une scène surréaliste dans un sordide hangar de tournage porno clandestin. Ce parti pris consistant à représenter Jarkarta dans toute sa crudité crasse colle parfaitement avec le récit tragique et désespéré de la descente en enfer subie par le héros. Bien que les décors dans lesquels évolue Rama (de la prison poisseuse du début à l'immeuble luxueux de la fin) se font de plus en plus sophistiqués et colorés à mesure qu'il progresse dans la hiérarchie de cet empire criminel (à noter l'excellent travail sur les lumières et la gamme chromatique de Matt Flanery, directeur photo de Gareth Evans depuis son premier long), son univers ne cesse effectivement de s'assombrir (le rouge qui envahit les murs du restaurant guindé de Bejo finit d'ailleurs par ne faire qu'un avec le sang qui les recouvre ; comme une même couleur de mort). Bien plus que le précédent film, The Raid 2 est d'une noirceur totale, et la notion d'espoir  y est en conformité avec la dureté du monde réel (Benedict approuverait !) toute  relative.

 

Singulièrement fourni en terme d'action enragée et d'ultra-violence exarcébée, The Raid 2 ne se contente pas seulement d'être la parfaite extension d'un premier film déjà remarquable en assurant généreusement le spectacle. Si le long-métrage de Gareth Evans s'avère particulièrement réussi, c'est surtout parce que celui-ci a eu l'intelligence de ne pas se contenter de reproduire bêtement la formule gagnante de The Raid (d'autant que l'effet de surprise n'aurait plus eu cours). Bien au contraire, il a ainsi réussi à livrer l'une des rares suites ayant su – à l'instar de Terminator 2, Mad Max 2 ou encore Pusher 2 – dépasser les attentes du spectateur et à le prendre à contre-pied ; parvenant à conserver tout ce qui faisait le charme du premier opus tout en lui apportant, dans le même temps, un traitement résolument novateur. Au final, il serait d'ailleurs inexact d'affirmer que The Raid 2 est meilleur que son prédécesseur, car il est surtout autre (comme chez James Cameron, George Miller ou Nicolas Winding Refn, chaque opus s'abordant de manière très différente). En revanche, il est assurément plus ambitieux, mieux écrit et plus abouti. Et si l'on pourra sans doute chipoter sur l'absence d'un thème mélodique aussi péchu que le Razors out composé par Mike Shinoda pour The Raid, l'utilisation de morceaux classiques (la fameuse Sarabande de Haendel) et de compositions plus traditionnels (notamment l'instrumental tribale à base de gongs lors du final) lui apporte toutefois, là encore, une toute autre identité musicale ne manquant pas finalement pas de charme (sans parler de l'excellent mixage sonore réalisé aux studios Skywalker de San Francisco sur le bruitages qui déboite sévère). Désormais, il ne reste plus donc qu'à espérer que Gareth Evans parvienne une nouvelle fois à se renouveler avec le très attendu The Raid 3, d'ores et déjà annoncé (ainsi que le remake américain bon courage les gars... du premier film), et nous inflige un nouvel uppercut en pleine poire ! BAM !!!

 

* Au passage, je ne remercie vraiment pas les distributeurs qui ont cru bon sortir The Raid 2 en France (le 23 juillet 2014) plus de trois mois après sa diffusion au Festival international du film policier de Beaune (le 4 août 2014) et sa sortie initiale (programmée pour 16 avril 2014).

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 23:00
X-Men : Days of Future PastRéalisé par Bryan Singer, sorti le 21 mai 2014
                
Avec Hugh Jackman, James McAvoy, Michael Fassbender, Patrick Stewart, Ian McKellen, Jennifer Lawrence, Peter Dinklage, Ellen Page ...

"En 2023, dans un futur où les espèces humaine et mutante ont été décimées par d’impitoyables robots Sentinelles, les ultimes survivants n’ont plus grand chose à espérer de l’avenir. Dans un ultime effort pour changer le cours tragique des événements, le Professeur Charles Xavier (Patrick Stewart) et Magneto (Ian McKellen) envoient Wolverine (Hugh Jackman) dans le passé en 1973, à la rencontre des jeunes mutants écorchés qu’ils ont été. Car le meilleur moyen d’arrêter la guerre reste encore de ne pas la laisser éclater..."




Mon avis
(grand film) :
  


 

Avant le succès retentissant du Spider-Man de Sam Raimi en 2002 (et ses plus de 820 millions de dollars à l'international), et bien avant le carton planétaire des Avengers de Joss Whedon en 2012 (qui dépassera 1,5 milliard de recettes mondiales), les super-héros Marvel faisaient un peu office de parents pauvres face aux représentants de leur principal concurrent, DC Comics ; les films de Richard Donner (1978) et Tim Burton (1989) ayant effectivement permis à Superman et Batman d'asseoir leur statut d'icônes populaires, phagocytant ainsi toute l'attention du grand public pendant de nombreuses années. Pour une large majorité, ou du moins pour les non-initiés, l'idée de super-héros resta donc irrémédiablement attachée à l'image d'un kryptonien aux pouvoirs divins incapable d'enfiler son slip correctement, ou à celle d'un milliardaire combattant le crime à coup de gadgets high-tech dans sa combi chauve-souris. Certes, il y eut bien quelques tentatives télévisuelles – la série Hulk de Kenneth Johnson (L'Homme qui valait trois milliards, V) à partir de 1977, le téléfilm Nick Fury avec David Hasselhoff en 1998 – et cinématographiques – Punisher avec Dolph Lundgren en 1989, Captain America de Albert Puyn en 1990, Les Quatre Fantastiques produit par Roger Corman en 1994 – visant à populariser quelques uns des plus éminents représentants du catalogue Marvel, mais les résultats furent loin d'être à la hauteur. En grande partie de qualité assez douteuse, la plupart de ces productions ont effectivement été de véritables fours commerciaux ;  le film de Roger Corman n'est d'ailleurs jamais sorti (son lancement ayant été surtout décidé pour éviter au studio de perdre les droits sur les personnages). Bien sûr, la série mettant en scène le géant vert campé par Lou Ferrigno connut un joli succès public, mais cela resta sans commune mesure avec les cartons planétaires des héros incarnés par Christopher Reeves et Michael Keaton. Mais si Superman et Batman restèrent longtemps les seuls à posséder une véritable notoriété publique, les désastres successifs de Superman IV et Batman & Robin semblent condamner le genre. En effet, malgré les très bons résultats de Blade en 1997 (personnage méconnu de Marvel sortant en plein revival vampirique ; la décennie est alors marquée par les succès du Dracula de Francis Ford Coppola, Entretien avec un vampire, Une nuit en Enfer ou encore la série Buffy contre les vampires), les super-héros n'ont donc plus franchement la cote à l'aube du nouveau millénaire .


Lorsque la Fox lance X-Men à la fin des années 1990, elle prend donc un véritable pari. Récoltant finalement plus de 300 millions de dollars pour un budget de 75 millions, le film sera pourtant une opération très rentable pour le studio. Révélé par l'audacieux thriller Usual Suspects, Bryan Singer n'a peut-être pas encore le poids suffisant pour éviter aux exécutifs de brider son enthousiasme (ils l'obligent à abandonner le personnage du Fauve, s'immiscent largement en salle de montage, et avancent la sortie du film de plusieurs mois), mais il parvient tout de même à insuffler quelques unes de ses obsessions thématiques à cette première incursion chez les mutants (sa fascination pour la figure du Mal et le nazisme, la discrimination et la marginalisation sociale de certains groupes d'individus). Le confortable succès de X-Men octroie à Bryan Singer une plus large latitude – des moyens financiers plus conséquents (110 millions de dollars), mais surtout le retour de son monteur habituel John Ottman (qui composera aussi la bande originale et fera notamment des miracles lors d'une mémorable scène d'ouverture à la Maison Blanche) – lui permettant de livrer un X-Men 2 qui représentera, pendant près d'une décennie, non seulement la meilleure incarnation des fameux mutants à l'écran, mais surtout l'un des meilleurs films de super-héros jamais réalisés (tant par sa richesse d'écriture que par sa mise en scène ultra-soignée). Abandonnant subitement un univers qu'il avait construit à partir de rien au sein de la Fox pour aller s'acoquiner avec la Warner, la cinéaste déçoit logiquement de nombreux fans. Car la suite, tout le monde s'en souvient. Confié aux mains du faiseur lisse et maléable Brett Ratner, X-Men : L'Affrontement final (Last Stand) assure peut-être le spectacle, mais le saccage en règle d'une mythologie s'étant jusqu'à alors illustrée par sa rigueur et sa cohérence, tout comme le traitement aberrant accordé à certains personnages emblématiques (Cyclope, Jean Grey, le Professeur Xavier), ont du mal à passer. Malheureusement, les spin-off autour de Wolverine ne relèvent pas vraiment le niveau – ce personnage est-il fait pour exister indépendamment à l'écran ? – et, en l'espace d'une demi-douzaine d'années, c'est toute la franchise mutante qui semble compromise. Et tout ça pour que Bryan Singer nous ponde un Superman Returns mou du bulbe ne parvenant vraiment jamais à s'émanciper de l'héritage un peu trop pesant du Superman de Richard Donner (également producteur de ce nouveau film ; comme quoi le monde est vraiment petit)...

 

X-Men : Days of Future Past
  Retour vers le futur antérieur.

 

Après quelques années d'incompréhensibles errements durant lesquelles sont charcutés plusieurs arcs narratifs majeurs des comics (la saga du Phénix dans L'Affrontement Final, l'Arme X dans Wolverine, l'exil japonais de Logan et son grand amour Mariko Yashida dans Le Combat de l'immortel), les grands pontes de la Fox semblent soudainement atteints d'une prise de conscience tout à fait inespérée. Au début des années 2010, ils rappellent donc le fils prodigue. Malheureusement, Bryan Singer étant toujours lié à Warner (il leur doit encore Jack le chasseur de géants), c'est au (très) talentueux Matthew Vaughn (Layer Cake, Stardust, Kick Ass) que revient donc la tâche (très) ardue de sauver cette franchise à la dérive. Faisant table rase du passé et allant jusqu'à "remplacer" l'intégralité du casting, le cinéaste britannique – qui avait un temps été envisagé pour X-Men 3 – fait alors des miracles. X-Men : le commencement (First Class) est une véritable réussite. Réconciliant enfin les fans de la première heure avec l'univers riche et complexe de ces mutants attachants, son film demeure aussi un divertissement spectaculaire d'excellente facture. C'est pourquoi, lorsqu'ils apprennent fin 2012 que Matthew Vaughn ne réalisera finalement pas la suite de son film, les X-Menophiles – redoutant déjà le retour des blockbusters mutants sans âme – ont de nouvelles sueurs froides. Malgré la filmographie alors défaillante de Bryan Singer (Superman Returns et Jack le chasseur de géants ayant été des échecs tant artistiques que commerciaux), son come-back est toutefois reçu pour beaucoup avec un réel optimisme. En élaborant une franchise où le scénario produit du sens et où les personnages ne servent pas seulement de prétexte à des scènes d'action désincarnées, il fut le premier – et le seul jusqu'à Matthew Vaughn – à avoir su traiter cet univers avec tout le respect et le sérieux nécessaire. Suite à la défection du britannique, Bryan Singer s'imposait donc comme la seule alternative pertinente. Intitulé Days of Future Past (littéralement les "jours du futur antérieur" ; comme celui d'une saga qu'il faut à présent "corriger"), ce nouveau X-Men poursuit donc la remise à plat amorcée avec First ClassMatthew Vaughn reste d'ailleurs ici crédité comme co-scénariste et producteur – tout en affichant des ambitions démesurées. Doté d'un budget colossal frôlant les 250 millions de dollars, X-Men : Days of Future Past réunit pour la première fois à l'écran "anciens" et "nouveaux" mutants ; la Fox espèrant bien ainsi mettre fin à l'hégémonie de Marvel Studios sur le marché des films de super-héros (volonté partagée par Warner et Sony qui, dans le même temps, annoncèrent le lancement des projets Justice League et Sinister Six, également censés concurrencer le mastodonte Avengers).
 
Sorte de crossover géant qui tend à combler les fidèles de la première heure des films de Bryan Singer tout en rassurant les fans plus récents de Matthew Vaughn, Days of Future Past caresse aussi les amateurs des comics dans le sens du poil, puisque l'arc narratif publié en 1981 qui donne son nom au long-métrage est l'un des plus populaires. En seulement deux chapitres, John Byrne et Chris Claremont – la présence de ce dernier comme consultant prouve d'ailleurs ici une réelle volonté de préserver l'intégrité de l'œuvre originale – ont effectivement livré l'une des histoires les plus passionnantes de la galaxie X-Men (et assurément ma préférée). En l'an 2023, le monde a été envahi par les Sentinelles, des robots puissants évolutifs ayant été originellement créés pour éliminer la menace mutante. Dans ce futur post-apocalyptique dévasté, seule une poignée de mutants résiste encore, mais les machines gagnent du terrain chaque jour et l'extinction est proche. Leur dernier espoir consiste donc à envoyer l'un des leurs dans le passé, bien avant que ne surviennent ces évènements tragiques, pour tenter de changer le cours du temps. Si cette histoire est évidemment connue des téléspectateurs de la série d'animation X-Men de Fox Kids, elle est aussi forcément familière aux fans d'une certaine saga initiée par James Cameron. Et pour cause. À l'instar de George Lucas qui s'appuya largement sur le John Carter de Edgar Rice Burroughs pour concevoir son Star Wars, le réalisateur de Titanic s'est largement inspiré de cette aventure pour élaborer son Terminator. La parenté entre les deux univers est d'ailleurs tellement évidente que Bryan Singer a tenu à s'entretenir longuement avec ce dernier à propos du fonctionnement de la théorie des cordes, du voyage dans le temps, et autres multivers (le film fait aussi une rapide allusion à Star Trek, autre référence du genre). S'il est difficile de savoir combien les conseils avisés de l'expérimenté de James Cameron ont permis au réalisateur de Walkyrie de solidifier les bases du récit de Simon Kinberg et Matthew Vaughn, il n'en demeure pas moins que celui-ci est parvenu à livrer un film d'une remarquable complexité, mais parfaitement cohérent et limpide, dont les tenants et aboutissants font toujours sens, et où chaque scène semble à sa place.

 

X-Men : Days of Future Past
  Michael Classbender.

 

S'il a parfois été reproché à Bryan Singer un certain académisme dans sa mise en scène, il convient surtout de souligner ici la très grande élégance de celle-ci. À la fois sobre, soignée, et toujours parfaitement lisible, sa réalisation met l'accent sur des mouvements de caméra amples et harmonieux qui donnent la part belle aux prouesses de ces personnages. Admirablement chorégraphiée et d'une ampleur folle (la gestion de l'espace et l'utilisation de la profondeur de champ justifient à elles seules l'emploi de la 3D), la magistrale ouverture nocturne permet ainsi d'introduire avec maestria les mutants du futur dont les pouvoirs sont ici utilisés avec une intelligence rare ; chacun jouant un rôle bien déterminé dans cette guerre sans fin les opposant aux Sentinelles (pour la parenthèse chauvine : Omar Sy apparaît peu, mais reste crédible en mutant mutique). Évoquant fortement l'ouverture de Terminator 2 : Le Jugement Dernier (on a connu comparaison moins flatteuse), cette scène fait également écho à l'un des passages les plus mémorables de la saga (l'attaque de la Maison-Blanche par Diablo, ici presque ringardisé par l'étendue des pouvoirs de la toute jeune téléporteuse Blink) et prouve une nouvelle fois – à ceux qui regrettaient la mollesse de certaines scènes d'action de ses précédents X-Men – que Bryan Singer est parfaitement capable d'assurer le spectacle lorsque cela est nécessaire. D'aucuns trouveront sûrement encore à redire à ce niveau-là (l'action pour l'action n'ayant jamais été une obsession du cinéaste), mais Days of Future Past ne se la joue pas franchement petit slip. Et s'il est sans doute regrettable que la Fox (ne voulant pas d'un film de 2h30) ait contraint Bryan Singer à sacrifier la seule séquence de Malicia (sa libération par les mutants du futur aurait sûrement été assez épique – j'espère vivement un director's cut !), le long-métrage comporte en l'état déjà bien assez de moments enthousiasmants pour combler tous ceux venus voir du grand spectacle ; qu'il s'agisse de l'impressionnante évasion parisienne de Mystique, de l'ahurissante scène du stade avec Magneto ou encore de cette séquence d'anthologie avec Vif-Argent (assûrement la plus remarquable du film). En plus d'être foutrement bien troussée (je ne me rappelle pas avoir déjà vu la super-vitesse aussi bien employée auparavant) et fichtrement drôle (l'espiègle Evan Peters parvenant à voler la vedette à tout le monde en l'espace d'à peine cinq minutes), cette dernière permet surtout d'introduire assez habilement le personnage (à l'instar de Diablo dans X-Men 2) en valorisant par une mise en image inventive l'incroyable étendue de ses capacités (et l'allusion à un certain "copain de sa mère" fera plaisir aux fans du comics). Bryan Singer en profite également pour nous rappeler au passage que les apparences sont parfois trompeuses et qu'un individu peut s'avérer nettement plus surprenant que ne le laisser d'abord présager son accoutrement ridicule (il faut bien l'avouer).  
 
Avec Days of Future Past, le cinéaste continue donc d'explorer ses thémes de prédilection. Depuis son premier X-Men, le combat des mutants reflète celui de toute personne ayant dû se battre pour valoir ses droits face à l'osctracisme d'une société intolérante ; qu'il s'agisse des juifs durant la seconde guerre mondiale (le passé traumatisant de Erik Lehnsherr, à la fois juif et mutant) ou encore des noirs pour l'obtention de leurs droits civiques (le pacifiste Charles Xavier et le radical Magneto étant d'évidents pendants fictifs de Martin Luther King et Malcom X), mais aussi des revendications actuelles de la communauté homosexuelle (jugée par certains, et au même titre que les mutants, comme des être "anormaux"). Une véritable catharsis donc pour Bryan Singer qui fut adopté par une famille juive et révéla son homosexualité très tôt dans sa carrière (un passage de X-Men 2 est des plus évocateurs : Bobby Drake y fait son "coming-out mutant" face à ses parents ; ceux-ci lui demandant alors s'il a "essayé de ne pas être mutant"). Ayant également toujours su politiser le propos de ses premiers X-Men (les méthodes radicales du sénateur Kelly n'étant pas sans évoquer la tristement célèbre "chasse aux sorcières" de Joseph McCarthy), le réalisateur ancre logiquement son film dans une certaine réalité historique ; poursuivant ainsi l'héritage du précédent métrage de Matthew Vaughn. Outre l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy expliqué au détour d'un dialogue et la truculente vision satirique de l'Amérique sous la présidence de l'exubérant Richard Nixon, c'est surtout la fin de la guerre au Viêtnam qui joue ici un rôle primordial. La façon dont les États-Unis vont alors rejeter leur haine sur les mutants suite à leur capitulation récente illustre bien cette irrépressible nécessité du peuple qui, n'ayant plus personne à blâmer, semble devoir se trouver un nouvel bouc émissaire ; une guerre en remplaçant inlassablement une autre. Personnage abject rappelant fortement Adolf Hitler, jusqu'à dans le traitement de son éventuelle élimination (remonter le temps pour le tuer aurait-il permis de changer le cours de l'histoire ?), Bolivar Trask (Peter Dinklage, impeccable) est aussi là pour nous rappeler à quel point le totalitarisme et la peur de l'autre mènent irrémédiablement à la guerre et l'extrémisme. Haïssant et craignant les mutants de façon quasi-maladive (leur "supériorité" génétique apparait comme intolérable aux yeux de cet humain physiquement "diminué"), les conséquences de son projet de contrôle et d'éradication évoquent fortement la solution finale du régime nazi. Cette vision du futur avec ces mutants marqués, non pas d'une étoile mais d'un "M" sur l'œil, et ces charniers gigantesques laissent d'ailleurs assez peu de place au doute.

  X-Men : Days of Future Past
Peur bleue.

 

Dénué de tout manichéisme, le scénario brillant de Simon Kinberg – qui se rachète une bonne conduite après le naufrage de Last Stand (qu'il avait également écrit) – insiste surtout sur la notion de choix. Un individu ne se détermine effectivement pas en fonction de sa nature profonde (supposément bonne ou mauvaise), mais en fonction des choix qu'il a fait et, surtout, de ceux qu'il fera. Cette logique s'applique évidemment autant aux humains qu'aux mutants dont les questionnements ne cessent d'alimenter un script d'une richesse incroyable. Multipliant dimensions narratives et enjeux dramatiques (qui s'enrichissent mutuellement au fil du récit), environnements spatio-temporelles et quantité de personnages (iconisés en seulement quelques plans), Bryan Singer parvient toutefois à maintenir judicieusement l'équilibre de son intrigue en la resserrant autour de quelques protagonistes principaux (Wolverine, le Professeur Xavier, Mystique, et Magneto en tête). S'il prend alors le risque de frustrer les fans de tel ou tel mutant (ceux du futur ne sont d'ailleurs employés qu'en cas d'utilité narrative), chaque apparition est justifiée et apporte un réel ajout à l'histoire (logiquement, les sentinelles sont donc assez peu présentes) . Il enrichit ainsi constamment le propos général du film, au lieu de multiplier inutilement les clins d'œil gratuits adressés aux spectateurs. Contrastant sévèrement avec son image de leader inflexible de 2023 (auquel Patrick Stewart apporte toute sa sagesse naturelle), le Charles Xavier de 1973 est un homme brisé sur le fil du rasoir qui semble avoir tourné le dos au monde (James McAvoy livre d'ailleurs une prestation tout en justesse et sensibilité qui n'est pas sans rappeler celle de Tom Cruise dans le formidable Né un 4 juillet). Plus vraiment le jeune idéaliste fougueux du film de Matthew Vaughn, mais pas encore le guide spirituel et moral des premiers films de Bryan Singer, Xavier est en proie à l'incertitude quant au sacrifice crucial qu'il s'apprête à faire (baisser les bras pour préserver son corps ou se battre avec ses pouvoirs en renonçant à ses jambes). Magneto (Michael Fassbender, plus charismatique film après film) reste quant à lui plus ferme dans ses convictions, se radicalisant encore davantage (le chemin de la rédemption sera long, comme le suggère d'ailleurs Wolverine). Mais il devra aussi se confronter aux conséquences que ses choix impliquent. 

Approfondissant encore le triangle sentimental développé dans le précédent film, Days of Future Past place ainsi Mystique (Jennifer Lawrence sublime, et dont le jeu a gagné en maturité) littéralement au cœur de l'intrigue. Tranchant radicalement avec la fragile et juvénile Raven de First Class, l'évolution spectaculaire que connaît la mutante polymorphe n'est pas sans rappeler la transformation de Sarah Connor dans Terminator 2 . Redoutable guerrière – quel plaisir d'enfin retrouver l'acrobatique combattante en grande forme ! – se sentant comme investie d'une sacro-sainte mission qu'elle estime nécessaire pour protéger son espèce, elle ne craint pas recourir aux solutions les plus extrêmes. Confrontée à ses questionnements internes et au poids de son libre-arbitre, Mystique aura un rôle primordial à jouer ; le sort du monde étant inexorablement lié au sien, et à celui qu'elle destine à Bolivar Trask, le créateur des Sentinelles de Trask Industries (le projet d'assassinat de la mutante évoque là encore fortement celui de Sarah Connor à l'encontre de Miles Dyson, à l'origine des Terminators de Cyberdyne Systems). Véritable point de répère des spectateurs, Wolverine (Hugh Jackman, dans le rôle de sa vie) connaît les évènements passés et à venir lorsqu'il débarque du futur (la scène du réveil, autre clin d'œil à Terminator, ravira d'ailleurs les fans de l'athlétique acteur australien). Dans les comics, c'est Kitty Pride qui tenait ce rôle. Un changement scénaristique assez évident Wolverine est le personnage le plus populaire de la franchise que Simon Kinberg justifie avec un certain pragmatisme. Le pouvoir de guérison du plus célèbre mutant le rendant physiologiquement insensible au temps, il semblait être seul à pouvoir logiquement survivre à ce voyage spatio-temporel. Qui plus est, Wolverine existant déjà dans ce passé (à la différence de la trop jeune Kitty Pride qui naîtra des années après 1973), ce choix apparaît aussi comme nettement plus cohérent aves les principes énoncés dans le film (l'esprit du futur étant supposé prendre possession du corps rajeuni de son hôte). Assurant un véritable travail d'adaptation, Bryan Singer et son scénarist ne se contentent donc pas d'effectuer un vulgaire copier-coller, mais conforment les comics à ses exigences. Ils parviennent ainsi avec brio à en présever l'essence tout en offrant une œuvre personnelle de grande qualité, et d'une folle inventivité formelle. 

 

  X-Men : Days of Future Past
 Logan, survivant de l'enfer.

Grâce à son fidèle collaborateur Newton Thomas Sigel (chef opérateur de tous les films du cinéaste américain depuis Usual Suspects), Bryan Singer livre un long-métrage aux images léchées jouant admirablement sur les contrastes. À la froideur d'un futur sombre et déprimant de 2023 s'oppose ainsi la chaleur du passé lumineux et coloré de 1973. Un jeu de symétrie esthétique qui se retrouve dans les costumes portés par les personnages (arborant armures et uniformes militaires dans le futur, alors que les tenues du passé s'avèrent nettement plus variées et excentriques), ainsi que dans le degré de sophistication et le design évolutif des Sentinelles (celles de 2023 évoquent d'ailleurs fortement le T1000 et le robot Destructeur de Thor). Rompant avec le classicisme habituel de sa mise en scène, Bryan Singer gratifie également son film d'habiles trouvailles visuelles ; sublimant les pouvoirs de ses mutants (Blink et Vif-Argent en tête) et variant habilement les formats (comme l'utilisation du 16 mm pour ancrer ses personnages dans une certaine historicité). Le réalisateur surprend aussi dans la manière dont il parvient à s'affranchir des canons établis par la franchise, réussissant l'exploit d'aboutir à un résultat qui reste parfaitement cohérent tout en corrigeant les principales bourdes et incohérences des précédents opus ; à commencer par Last Stand auquel un épilogue final miraculeux apporte une conclusion salvatrice (effaçant quasiment tous les outrages subis par les mutants). Une volonté affichée d'ailleurs dès les crédits d'ouverture où le score de John Ottman vient soudainement dynamiter le fameux gimmick de la Fox (l'intrusion soudaine du célèbre thème musical des mutants affirmant leur identité face à l'omniprésence du studio). De fait, les différents changements physiques de Hank McCoy transformé en Fauve à la fin du film de Matthew Vaughn 1962, mais affichant de nouveau un faciès humain lors d'une allocution télévisée de X-Men 2 quarante ans plus tard tout comme la paralysie fluctuante de Charles Xavier paraplégique lorsque s'achève First Class, de nouveau valide dans X-Men Origins : Wolverine et le flashback de Last Stand – trouvent ici une explication rationnelle convaincante ; une vision prophétique des pensées de Logan permettant aussi de comprendre certains bouleversements chronologiques à venir. Il sera d'ailleurs intéressant de découvrir comment le prochain film justifie les dernières zones d'ombre (la façon dont Wolverine récupère son squelette en adamantium notamment – même si j'ai déjà ma petite idée sur la question). 

Conçu à la fois comme la continuation logique et le redémarrage nécessaire de la franchise (la séquence finale élargissant significativement le champ des possibles), Days of Future Past est un film littéralement mutant qui parvient à faire évoluer l'univers des X-Men dans le bon sens. À l'instar du sage Professeur Xavier face à l'impétueux Magneto, Bryan Singer met l'accent sur la possibilité de rédemption (invitant les spectateurs à "oublier" le passé) plutôt que sur l'affrontement direct (un effort surhumain de conciliation a été entrepris pour permettre aux différentes visions de coexister). Et c'est bien dans ce soucis manifeste d'équilibre que réside la force du long-métrage. Entremêlant personnages, époques et thèmes au sein d'un univers riche et complexe, Bryan Singer prouve ici ses incroyables capacités de conteur (le découpage de son film est tout simplement parfait). Soignant le fond jamais négliger la  forme, le cinéaste livre donc une œuvre d'une inventivité visuelle, thématique et scénaristique ahurissante. Sa volonté de produire du sens le conduit naturellement à insister sur les motivations de ses personnages (leurs actions ne semblent jamais gratuites). Ce qui lui permet de susciter une réelle empathie à leur encontre (leur destinée importe). Et s'il n'hésite pas à user parfois d'une touche de second degré pour tempérer certaines outrances (le mutant à la Minority Report qui fait vomir à distance), Bryan Singer ne bascule pas pourtant dans la surenchère de gags déplacés (soulignant son approche respectueuse de la franchise). Plus cérébral que bon nombre de blockbusters équivalents grâce à une écriture précise et signifiante, Days of Future Past n'en reste pour autant pas moins une grande aventure humaine (ou disons mutante) palpipante, et surtout un pur moment de cinéma majuscule jamais rasoir, qui saura combler même les plus réfractaires au genre. Réunissant les acteurs principaux des deux franchises auxquels il adjoint les services de petits nouveaux attachants on se réjouit déjà de voir davantage Vif-Argent dans le prochain opus ! au sein d'un divertissement généreux multipliant les morceaux de bravoure, Bryan Singer parvient enfin, après sept films de qualité inégale, à réaliser LE film sur les X-Men dont je rêvais depuis tout gosse. Une réussite absolue et exemplaire qui relance assurément la franchise sous les meilleurs auspices ; une très bonne impression que la galvanisante scène post-générique (qui n'évoquera probablement pas grand chose pour le spectateur lambda, mais réjouira forcément tout fan des mutants) semble d'ailleurs confirmer assez nettement.
 

   

Films de Bryan Singer chroniqués ici : Jack le chasseur de géants ;  Walkyrie ; X-Men : Days of Future Past

   

 

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 23:00
BabysittingRéalisé par Philippe Lacheau & Nicolas Benamou, sorti le 16 avril 2014
                
Avec Philippe Lacheau, Alice David, Vincent Desagnat, Tarek Boudali, Julien Arutti, Gérard Jugnot, Clotilde Coureau, Enzo Tomasini  ...

"Faute de baby-sitter pour le week-end, Marc Schaudel (Gérard Jugnot) confie son fils Remy (Enzo Tomasini) à Franck (Philippe Lacheau), son employé, "un type sérieux" selon lui. Sauf que Franck a 30 ans ce soir et que Rémy est un sale gosse capricieux. Au petit matin, Marc et sa femme Claire (Clotilde Coureau) sont réveillés par un appel de la police. Rémy et Franck ont disparu ! Au milieu de leur maison saccagée, la police a retrouvé une caméra. Marc et Claire découvrent hallucinés les images tournées pendant la soirée..."




Mon avis
(excellent) :
  


 

La comédie française a toujours été populaire dans notre pays ; l'année 2013 n'a d'ailleurs pas dérogé à la règne (plus d'une dizaine de films ont ainsi franchi le million d'entrées ; Les Profs, Les Garçons et Guillaume, à table !, 9 mois ferme, ou encore Boule & Bill, ayant même dépassé les deux millions de spectateurs). Néanmoins, si les spectateurs continuent d'être attaché au genre, l'originalité est rarement au rendez-vous et, bien souvent, les comédies françaises n'ont de comique que le nom. Situations convenues, gags éculés, jeux de mots ringards, pseudo humoristes au talent d'acteur plus qu'approximatif, castings interchangeables (avec la très désagréable impression de toujours voir les mêmes tronches), réalisations à peine digne d'un téléfilm TF1 du lundi soir... Affirmer que le genre peine à se renouveler en France tient du doux euphémisme. De nos jours, aller voir une comédie française sur grand écran, c'est d'ailleurs bien souvent faire preuve d'une terrible inconscience ou d'un incroyable masochisme. Et pourtant, de temps en temps, il arrive qu'une petite comédie que personne n'avait vu venir, ne reposant sur aucune grosse tête d'affiche habituelle, et se démarquant surtout par la pertinence de son traitement, fasse mouche. On se rappelle ainsi des bonnes surprises que furent Les Beaux gosses, Radiostars, ou encore Les Kaïra. Soit autant de films (vraiment) drôles qui ne reposaient pas seulement sur un concept fumeux ringard – dont Fabien Onteniente est certes le plus "fameux" représentant, mais malheureusement pas le seul (le point de rupture ayant sans doute été atteint avec l'affligeant Cinéman) – et des comédiens en roue libre, mais s'appuyaient plutôt sur un véritable travail d'écriture, des dialogues percutants qui font mouche et des acteurs impliqués.

 

Derrière ses airs de Projet X "à la française", Babysitting se révèle donc être la très bonne surprise comique de ce début d'année. Car si le premier film de Philippe Lacheau et Nicolas Benamou rappelle certes celui de Nima Nourizadeh (une fête improvisée qui dégénère et dont la mise en images se fait via le procédé du found-footage), ainsi que la succès planétaire Very Bad Trip (avec comme principal moteur comique ce décalage entre les conséquences d'une soirée "un peu trop" arrosée et la découverte progressive des causes), il n'en demeure pas moins une véritable bombe d'humour et d'inventivité. Invitant le spectateur à adopter le point de vue des "victimes" de ce déluge (les propriétaires de la sompteuse baraque ayant subi les outrages d'une bande de jeunes excités), Babysitting n'aura donc de cesse que d'alterner entre les réactions à chaud de ces derniers (avec une dose de commentaires savoureux – et toujours irrésistiblement déplacés – du flic incarné par un Philippe Duquesne en très grande forme) et les évènements inimaginables s'étant déroulés la veille. La pertinence de ce mode de narration évite non-seulement la lassitude bien souvent provoquée par une utilisation abusive et inadéquate du found-footage (avec cette accumulation de passages invraisemblablement filmés par les personnages en guise de remplissage), mais démontre surtout que les auteurs en ont parfaitement assimilé les rouages. Représentant finalement moins de la moitié du long-métrage, les séquences "enregistrées" ne sont donc pas qu'un vulgaire argument marketing gratuit, mais sont au contraire utilisées avec une rare intelligence. Grâce à un montage judicieux, Babysitting préserve toute l'efficacité des passages loufoques ainsi illustrés qui n'en paraissent que délicieusement plus surréalistes encore.

 

Babysitting
  "Mais qu'est-ce qu'on a fait, ô bon dieu !?".

 

Philippe Lacheau a visiblement beaucoup appris de son passage à la télévision, où il a fait ses premières armes avec son groupe de potes (la fameuse Bande à Fifi), d'abord sur Canal + avec "l'anniversaire du jour", puis sur W9 avec le programme "Chut, chut, chut"). Cet apprentissage des "conditions du direct" se ressent clairement dans ce film où l'impression de spontanéïté est primordiale pour ne pas que l'ensemble sonne faux. Une expérience que connaît aussi Nicolas Benamou avec lequel Philippe Lacheau a déjà travaillé à l'occasion de la sympathique comédie Parïs à tout prix de Rheem Kherici (l'un participant au scénario et à la distribution, tandis que l'autre fila un coup de main à la mise en scène) puisqu'il fut le complice de Michaël Youn à l'époque du Morning Live (réalisant bon nombre de sketchs et happenings plus ou moins "improvisés"), avant de participer à la réalisation Fatal ou encore à celle du premier film de Fabien Gastabide, Les Kaïra. Habitués à amuser la génération 2.0, les deux compères font d'ailleurs régulièrement référence à certaines icônes modernes (l'amusant clin d'œil complice à Gollum que les plus anciens ont du mal à situer). Ayant toutefois le bon goût de ne jamais chercher à vainement reproduire la démesure abracadabrantesque des bulldozers américains du genre, les deux compères s'illustrent donc par une réelle inventivité comique aboutissant à une série de gags particulièrement drôles et ingénieux (qu'il s'agisse d'une savoureuse référence à Pixar, d'une partie de danse brésilienne effrénée, d'une escapade nocture en forêt totalement surréaliste, ou encore de la transposition live d'un jeu-vidéo culte tout aussi irrésistible que le détournement de Street Figher dans l'hilarant Niki Larson de Jackie Chan).

Derrière ses airs de comédie générationnelle, Babysitting n'est néanmoins pas qu'un vulgaire "film de jeunes" que viendra ringardiser la prochaine sensation à la mode. Rappelant l'esprit de camaraderie du très sympathique Quatre garçons plein d'avenir de Jean-Paul Lilienfeld, le long-métrage de Philippe Lacheau et Nicolas Benamou propose une galerie de personnages principaux hyper attachants qu'il s'agisse de la relation que le héros lie avec le jeune Enzo Tomasini ou encore de sa bromance aussi amusante que touchante avec le personnage incarné par l'impeccable Tarek Boudali à laquelle vient se greffer une pléiade de seconds rôles absolument irrésistibles de Philippe Duquesne à David Salles, en passant par Charlotte Gabris ou encore le duo impayable du Palmashow (David Marsais et Grégoire Ludig). Bien entendu, les plus grincheux pourront toujours reprocher au film quelques légères faiblesses d'écriture (même si les "temps morts" sont tout de même assez rares) et un côté un peu trop "gentillet" par moment (le happy-end est certes un brin facile et naïf), mais il n'empêche que Babysitting demeure une véritable réussite du genre. Déjà parce que les acteurs sont dans l'ensemble très bons (Vincent Desagnat livrant comme à son habitude une prestation absolument désopilante), parce que les réalisateurs ne traitent jamais leurs personnages avec cynisme (faisant au contraire preuve d'une belle tendresse à leur égard) et, surtout, parce qu'il permet de rire de bon cœur pendant près d'une heure trente. Ce qui devrait évidemment être l'objectif minimal de toute bonne comédie digne de ce nom, mais qui est quand même il faut bien l'avouer assez rarement le cas.

 

 

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 23:00
Passager 57Réalisé par Kevin Hooks, sorti le 12 mai 1993
Titre original : Passenger 57
                
Avec Wesley Snipes, Bruce Payne, Tom Sizemore, Bruce Greenwood, Michael Horse, Elizabeth Hurley, Alex Datcher, Robert Hooks  ...

"Un dangereux terroriste (Bruce Payne) s'est échappé du centre de détention où il était retenu, en utilisant la ruse. Celui-ci détourne peu après un avion, mais en ignorant que se trouve à bord un expert de la sécurité : John Cutter (Wesley Snipes) ..."




Mon avis (très bon) :  


 

Après ses apparitions remarquées dans le mythique clip Bad de Michael Jackson (réalisé par Martin Scorsese) ou encore le formidable The King of New-York de Abel Ferrara (avec Christopher Walken en tête d'affiche), Wesley Snipes enchaîne les drames sociaux pour Spike Lee (Mo'Better Blues, Jungle Fever), incarne un impitoyable chef de gang pour Mario Van Peebles (New Jack City, avec ce doublage improbable de Ice-T assuré par un certain JoeyStarr) et fait même petite une incursion dans le registre de la comédie sportive grâce à Ron Shelton (l'attachant Les Blancs ne savent pas sauter où il partage alors l'affiche avec un tout jeune Woody Harrelson). Passager 57 marque toutefois un tournant symbolique dans sa carrière puisqu'il s'agit du premier film d'action d'importance pour celui qui deviendra rapidement l'une des icônes des 1990's les plus emblématiques du genre (avec des films comme L'Extrême limite, Soleil Levant, Demolition Man, Drop Zone, Money Train, Meurtre à la Maison-Blanche, U.S. Marshals et bien entendu le mémorable Blade). L'acteur incarne donc ici un certain John Cutter, expert en sécurité aérienne et passager numéro 57 d'un avion pris en otage par le dangereux criminel récemment évadé Charles Rane. Sorti au tout début des années 1990, Passager 57 est l'un de ces nombreux "Die Hard movies" lancés suite au succès du phénoménal Piège de Cristal du grand John McTiernan.

 

Bien avant le bâteau de Piège en haute mer, le stade de Mort Subite ou la montagne de Cliffhanger, et quelques semaines après le quartier résidentiel de  La Prise de Beverly Hills, Kevin Hooks dirige donc le futur diurnambule dans un petit film d'action très rythmé où les punchlines bien senties ( Mettez-vous à ma place, qu'est-ce que vous feriez ? — J'me flinguerais !) s'enchaînent aussi rapidement que les coups de pied latéraux dans la tronche. Très prolifique à la télévision (21 Jump Street, New York Police Blues, Dragnet, Prison Break), le réalisateur de Passager 57 est un efficace technicien qui s'illustrera aussi par la suite en réalisant le très sympathique Black Dog (avec Patrick Swayze en routier dur à cuir). Si sa mise en scène ne propose rien de réellement innovant dans le genre, l'action y demeure très lisible (un minimum que certains tâcherons ne parviennent même pas à assurer) et, qui plus est, les combats au corps au corps impliquant Wesley Snipes mettent parfaitement en valeur les compétences martiales de l'acteur (ceinture noire de Karaté, en plus d'être un remarquable pratiquant de Capoeira). Véritable attraction du long-métrage, Wesley Snipes se révèle impeccable en héros badass à qui on ne la fait pas même si on aurait sans doute apprécié que, tel John McClane auquel il doit tant, il en bave un peu plus (la résolution de l'intrigue semblant un tantinet trop facile) et démontre déjà l'évident charisme dont il fait preuve. John Cutter demeure un héros typique de l'époque, au passé tourmenté, se sentant responsable de la mort de sa femme (on pense à Mel Gibson dans L'Arme Fatale), et qui ne semble prendre son pied qu'à travers son job pour lequel il déploit parfois des trésors d'ingéniosité (le passage où il simule la peur pour griller les méchants est carrément fendard !). Détail amusant : on peut voir son personnage feuilleter un exemplaire du fameux Art de la guerre de Sun-Tzu ; traité de stratégie militaire qui donnera son nom (amusante coïncidence) à un excellent film Christian Duguay mettant justement en scène... Wesley Snipes.

 

Passager 57
« Tu aimes jouer la roulette ? Un petit tuyau : parie toujours sur le noir ! »
 
Face à lui, Bruce Payne (révélé par Michael Mann dans La Forteresse Noire) campe un méchant complétement désaxé (on apprendra qu'il a tué son violent paternel à l'âge de quinze ans) assez mémorable. L'acteur possède vraiment la gueule de l'emploi idéale quelque part entre Christopher Walken, Julian Sands et Arnold Vosloo pour incarner cet impitoyable sociopathe au regard inquiétant (sa fameuse anaphore « Qui commande ? ») et n'a sans doute pas eu la carrière qu'il méritait (finir dans l'adaptation désastreuse du jeu Donjons & Dragons, c'est quand même assez moche). À la fois pervers sadique qui aime à torturer psychologiquement ses futures victimes en les faisant parler de leur famille ou en leur sortant des répliques salaces savoureuses (« Le héros du jour a-t-il glissé son anchois dans votre boîte ? »), et fin manipulateur qui parvient à semer rapidement le trouble dans l'esprit de ses ennemis (le personnage de Wesley Snipes en fera d'ailleurs les frais), Charles Rane est l'antagoniste parfait de l'héroïque John Cutter (mention spéciale à la scène où il s'amuse à effrayer un gamin jouant les shérifs). La présentation des deux personnages présente d'ailleurs des similitudes assez frappantes puisqu'elle utilisera à chaque fois la technique de faux-semblant ; qu'il s'agisse d'une opération de chirurgie esthétique piégée ou d'une prise d'otage simulée. À leurs côtés, on retrouve une distribution des plus sympathiques où se côtoient Bruce Greenwood (récemment vu en Capitaine Pike dans le Star Trek de J.J. Abrams), Michael Horse (acteur amérindien dont le physique atypique fit le bonheur des fans de la série Twin Peaks), la toute jeune Elizabeth Hurley (inoubliable Vanessa Kensington dans le très parodique Austin Powers) ou encore l''un des seconds rôles les plus savoureux du cinéma, Tom Sizemore (Point Break, True Romance, Tueurs nés, Heat, Il faut sauver le Soldat Ryan, Ennemi d'État, La Chute du Faucon Noir), qui incarne ici le fameux Sylvestre Delvecchio (« D-E-L... vecchio !»).

Écrit par Dan Gordon et David Loughery (qui signera aussi le scénario de Money Train, dans lequel Wesley Snipes retrouvera Woody Harrelson), Passager 57 se révèle donc être un très sympathique petit film d'action possédant ce qu'il faut de castagne, de dialogues percutants (la VF est excellente, surtout celle de Jacques Martial qui doublera à nouveau Wesley Snipes dans Soleil Levant et le génial Demolition Man) et de séquences WhatTheFuck faisant tout le charme de ce type de productions (le fameux passage du train d'atterrissage). Composée par la légende du jazz-rock Stanley Clarke qui collabora notamment avec Keith Richards, Stan Getz, Al Jarreau, et œuvra aussi sur le fameux Boyz N The Hood de John Singleton et elle-aussi typique des 1990's avec son saxo et ses lignes de guitare électrique, la bande-originale fera également la joie des nostalgiques d'un certain cinéma d'action à la cool qui évitait de trop se prendre au sérieux. Au final, préfigurant de quelques années des films comme Ultime Décision (avec Steven Seagal et Kurt Russell) et Air Force One (avec Harrison Ford et Gary Oldman), Passager 57 est donc peut-être bien ce produit surfant sans grande originalité sur le schéma imposé par Piège de Cristal (jusqu'à dans l'exécution même du "boss de fin"), mais il remplit parfaitement son rôle ; divertissant sans peine (et sans aucun temps mort) durant sa petite 1h20. Ce qui est déjà beaucoup plus que bon nombre de productions récentes du genre...

 

 

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 23:00
The Amazing Spider-Man : le Destin d'un Héros Réalisé par Marc Webb, sorti le 30 avril 2014
                
Avec Andrew Garfield, Emma Stone, Jamie Foxx, Dane DeHaan, Sally Field, Colm Feore, Campbell Scott Michael, Embeth Davidtz ...

"Ce n’est un secret pour personne que le combat le plus rude de Spider-Man (Andrew Garfield) est celui qu’il mène contre lui-même en tentant de concilier la vie quotidienne de Peter Parker et les lourdes responsabilités de Spider-Man. Mais Peter Parker va se rendre compte qu’il fait face à un conflit de bien plus grande ampleur. Être Spider-Man, quoi de plus grisant ? Peter Parker trouve son bonheur entre sa vie de héros, bondissant d’un gratte-ciel à l’autre, et les doux moments passés aux côté de Gwen (Emma Stone). Mais être Spider-Man a un prix : il est le seul à pouvoir protéger ses concitoyens new-yorkais des abominables méchants qui menacent la ville. Face à Electro (Jamie Foxx), Peter devra affronter un ennemi nettement plus puissant que lui.  Au retour de son vieil ami Harry Osborn (Dane DeHaan), il se rend compte que tous ses ennemis ont un point commun : OsCorp..."




Mon avis
(très bon) :
  


 

En janvier 2010, lorsque Sony officialise l'annulation du Spider-Man 4 de Sam Raimi (pourtant prévu pour 2011) au profit d'un reboot confié à un "inconnu" du nom de Marc Webb, le studio se rend alors responsable d'une sorte de "péché originel". Car cette décision étonnante Spider-Man 3 ayant alors été (avec près de 900 millions de dollars de recettes) l'épisode le plus lucratif de la saga ne frustra pas seulement les fans du super-héros imaginé par le créateur de Evil Dead, elle marqua surtout le point de départ d'une réticence farouche et irrémédiable (pour ne pas dire "haine") envers cette nouvelle franchise. Pour les admirateurs de Sam Raimi, déjà fortement remontés contre Sony qu'ils estiment déjà totalement responsables – à tort ou à raison – du semi fiasco Spider-Man 3, la sortie de The Amazing Spider-Man en 2012 était l'affront de trop. Pris au piège entre un réalisateur bien décidé cette fois-ci à imposer ses choix (notamment concernant la présence du "old school" Vautour, dont personne ne voulait chez Sony) et la perspective de voir les droits (et les dollars qui vont avec) de l'homme araignée s'échapper au profit de la maison Marvel, les pontes du studio ont évidemment agi dans la précipitation et de façon pour le moins maladroite. Rebooter une franchise globalement appréciée, et dont le dernier opus n'a même pas cinq ans, était effectivement un pari aussi osé que suicidaire. En même temps, s'ils ne voulaient pas "perdre" ce personnage emblématique de leur catalogue, ils n'avaient pas vraiment pléthore d'options... Toutefois, si la déception des fans de la première heure est tout à fait légitime et compréhensible, leur acharnement systématique à l'encontre de cette nouvelle franchise entre condamnation de principe et mauvaise foi manifeste – a de quoi laisser pantois. Avec le temps, les reproches adressés à l'encontre des films de Sam Raimi sont ainsi devenus sans importance et sa saga s'est tranquillement érigée au rang de grande "référence du genre" ; tandis que ceux de Marc Webb étaient inévitablement de sombres "navets honteux".

 

Certes, Sam Raimi avait produit un travail tout à fait honorable, et sa trilogie reste encore aujourd'hui un sympathique divertissement. Néanmoins, il faut savoir raison garder. Par exemple, aussi réussi soit l'opus le plus apprécié de sa saga, Spider-Man 2 est loin d'être ce "chef-d'œuvre" indétrônable qu'on essaie aujourd'hui de nous vendre. Il est bien, certes. Excellent, même. Mais franchement, ce n'est pas comme si on n'avait jamais connu mieux (ou du moins aussi bien) avant ou après : les Superman de Richard Donner, les Batman de Tim Burton, The Crow, The Mask, Blade 2, Hellboy 2, Kick Ass, Watchmen, X-Men : First Class, Avengers, Captain America : Winter Soldier... Sans parler du formidable The Dark Knight (qui obtient d'ailleurs 9/10 sur IMDB quant celui de Sam Raimi récolte un "modeste" 7,4/10) ; ou encore de tous ces films de super-héros originaux (car non issus de comics) et formidables tels que RoboCop , Mystery Men, Les Indestructibles, Super et bien sûr Incassable (LA référence du genre en ce qui me concerne). Surtout, si Spider-Man 2 était clairement à ranger du côté des réussites, ce n'était franchement pas le cas du premier épisode (passablement emmerdant) et encore moins du troisième (à moitié raté concernant Venom, à moitié ridicule concernant Dark Spidey). Mais bon, rien n'y fait. Sam Raimi est nécessairement un génie, et Marc Webb forcément un tâcheron. Ainsi, lorsque Marc Webb ose mettre en scène des ouvriers qui aident l'Araignée en alignant des grues, c'est un imbécile. En revanche, quand Sam Raimi filmait des badauds balancer des tomates et des pommes sur la tête du Bouffon Vert, c'était un virtuose. De la même façon, lorsque Marc Webb montre Spider-Man révéler son visage à un enfant apeuré pour lui donner confiance après l'attaque du Lézard et ainsi lui sauver la vie, c'est un abruti. Par contre, quand Sam Raimi nous gratifiait d'une séquence où son héros retirait son masque devant la centaine de passagers d'une rame de métro avant d'être porté au ciel comme une rock-star, c'était un prodige. Un passage qu'on retrouvait d'ailleurs dans "l'irréprochable" Spider-Man 2. Et c'est seulement lorsque Sam Raimi lui-même affirme qu'il adore la version de Marc Webb qu'il perd soudainement toute crédibilité aux yeux de ses fans. "Vendu !" crient les uns. "Hypocrite !" hurlent les autres. Et c'est sûr que, vu comment ça s'est terminé avec Sony, il avait toutes les raisons de prendre des pincettes avec eux... Cela dit, il ne s'agit pas ici de prouver que l'un soit meilleur que l'autre, mais plutôt de mettre en évidence le fait qu'ils ont justement livrés, tous les deux, des films imparfaits chaque vision ayant ses défauts, et ses qualités – et que nouvelle approche n'est pas forcément synonyme d'hérésie absolue.

 

The Amazing Spider-Man : le Destin d'un Héros
Andrew Garfield & Emma Stone, dans la chaleur de la nuit.

 

En découvrant le premier The Amazing Spider-Man, on sentait bien que la vague nolanienne était passée par là. Sans pour autant atteindre la noirceur du Chevalier Noir (lui aussi hanté par la disparition précoce de ses parents), la destinée de l'Homme Araignée y était présentée de façon plus sombre et tourmentée (quitte à compléxifier parfois inutilement le récit). Une approche qui était d'ailleurs accentuée par quelques références inattendues au cinéma horrifique. Ainsi, lorsque Peter Parker découvrait les effets de la morsure, son basculement entre l'angoisse paranoïaque provoquée par les changements de son corps et l'état exatique procuré par ses nouvelles capacités n'était pas sans rappeler La Mouche de David Cronenberg. De la même façon, le destin tragique de ce savant fou et désespéré, à la fois cobaye et victime de ses propres expériences, incarné par Rhys Ifans évoquait quelque peu les personnages torturés similaires que campait Vincent Price pour la Hammer. Mais surtout, tout comme Christopher Nolan avant lui s'était démarqué de l'approche de Tim Burton en s'intéressant moins aux vilains qu'à son héros, Marc Webb a surtout chercher à mettre l'accent sur le développement de Peter Parker et sa transformation en super-héros. D'ailleurs, si les antagonistes de l'Araignée manquent encore de cette saveur particulière qu'ils avaient chez Sam Raimi (Willem Dafoe et Alfred Molina demeurant des méchants assez mémorables), le Spider-Man de Marc Webb gagne sensiblement en profondeur. Plus drôle, plus agile, plus arachnéen, le personnage y est surtout plus fidèle à la version originale de Marvel. Tout comme dans les comics, Spidey n'est donc pas avare de vannes (l'humour est ici bien plus omniprésent), fabrique sa propre toile grâce à ses connaissances scientifiques (bye-bye les fils "magiques" sortant de ses poignées) et utilise ses pouvoirs avec une bien plus grande ingéniosité (tissant une véritable toile d'araignée pour repérer le Lézard dans le premier film, ou la nouant pour piéger Electro dans celui-ci). Outre la personnalité du héros, l'histoire développée dans The Amazing Spider-Man et sa séquelle est également plus fidèle à son modèle de papier. La rousse Mary-Jane Watson laisse donc sa place à la blonde Gwen Stacy qui redevient donc le véritable premier amour de Peter Parker. Quant à la sous-intrigue concernant les parents de notre héros, si elle n'est pas toujours très limpide, elle n'en demeure pas mois aussi parfaitement raccord avec les comics (ceux-ci étant supposés être des agents secrets du S.H.I.E.L.D.).


Mais, au-dessus de tout, ce qui fait la force des films de Marc Webb, c'est la pertinence de son casting principal. En remplaçant l'insipide Tobey Maguire par le succulent Andrew Garfield, le cinéaste nous épargne donc la vision pathétique d'un Peter Parker souffre-douleur qui se cache dans les vestiaires pour aller pleurnicher. Son héros n'est donc plus ce loser introverti mal dans sa peau, mais plutôt un marginal solitaire indécis dont le potentiel n'attendait qu'à être développé. Moins radicale, sa transformation en super-héros n'en paraît que plus crédible ; là où Teubé Maguire avait bien du mal à nous faire croire que des couilles lui étaient miraculeusement poussées qu'il était soudainement devenu plus sûr de lui. Faut dire aussi qu'il n'était pas non plus aidé par le traitement choisi par Sam Raimi. Car si la romance mis en scène par Marc Webb semble toujours aussi juvénile (en même temps, il s'agit d'adolescents), on n'est quand même à des lieues du niveau de mièvrerie atteint par la première trilogie entre ce niais de Tobey Maguire bredouillant avec peine « MJ... je... te... euh... je voulais... mmm... fff... non rien » et cette insupportable tête-à-claque de Kirsten Dunst le regardant avec des grands yeux d'ahurie avant de tourner le dos en chialant. Un "je t'aime, moi non plus" ultra relou qui s'éternisa pendant trois (longs) films. À la différence du Peter Parker de Tobey Maguire qui reste toujours un faible pathétique, celui interprété par Andrew Garfield gagne véritablement confiance à partir du moment où il devient Spider-Man ; trouvant le courage d'avouer ses sentiments, et son secret, à l'élue de son cœur. De la même façon, on gagne très largement au change avec Emma Stone qui en plus d'être nettement plus craquante que la fadasse Kirsten Dunst – incarne une petite amie ne se contentant pas d'être cette pauvre victime innocente, ce gros boulet humain, que le héros doit systématiquement sauver. Gwen Stacy a de la personnalité et du mordant. Moins énervante et plus touchante, l'histoire d'amour amorcée dans The Amazing Spider-Man (et prolongée ici) n'en est que plus attachante. Pour le reste, si Jamie Foxx campe un Electro ersatz de l'Homme-Mystère incarné par Jim Carrey dans Batman Forever (scientifique délaissé un peu timbré et revanchard) assez oubliable, il n'en va pas de même concernant l'interprète du nouveau Bouffon Vert. Véritable révélation du singulier Chronicle, Dane DeHaan sans pour autant faire oublier la prestation remarquable de James Franco – est impeccable dans le rôle du tourmenté Harry Osborn. N'ayant probablement pas encore livré tout son potentiel, son personnage pourrait enfin être le grand méchant du prochain film ; celui qui manque d'ailleurs encore et toujours à cette nouvelle franchise. En revanche, je ne félicite pas le distributeur qui a cru bon mettre en avant le Rhino ; personnage apparaissant à peine deux minutes, qui aurait pu être une agréable surprise, mais certainement pas un argument commercial...

 
The Amazing Spider-Man : le Destin d'un Héros
Dane DeHaan, à l'ombre de la haine.

 

Creusant davantage encore l'énigme entourant la disparition soudaine et précipité des parents de Peter Parker, The Amazing Spider-Man : le Destin d'un Héros propose une intrigue plus prenante que son prédécesseur. Et bien que le scénario soit largement perfectible, les méchants y sont nettement moins inconsistants (c'est surtout vrai pour le Bouffon Vert, mais Electro s'est avéré nettement moins ridicule que je ne l'avais redouté), et certains ressorts narratifs m'ont agréablement surpris. L'explication concernant les pouvoirs de Peter Parker apporte ainsi un éclairage intéressant sur ce qui le rend si unique. S'il avait été reproché au premier film de Marc Webb d'avoir négligé la mort de l'oncle Ben (sans doute trop expéditive, malgré un Martin Sheen touchant), le réalisateur parvient ici à rendre son récit plus poignant, tout en évitant la redite des films de Sam Raimi. Le troma éprouvé par Peter Parker suite à la mort de George Stacy sert ainsi de socle la silhouette de Denis Leary venant régulièrement hanter le héros à une profonde remise en question l'amenant à prendre conscience de l'écrasante responsabilité que ses pouvoirs impliquent (une idée issue des comics) ; un véritable "destin de héros" emprunt d'une émotion au tournant assez inattendu. De la même façon, Marc Webb parvient à s'émanciper de la trilogie récente (et encore donc très présente dans les esprits) de Sam Raimi en proposant une représentation très différente de la famille Osborn qui ménage ainsi l'effet de surprise chez le spectateur (le jeu maniéré élégant et magnétique de Dane DeHaan faisait le reste). Il ne s'attarde toujours pas non plus sur la partie "journalistique" de la vie de Peter Parker (l'un des gros points forts de la saga réalisée par Sam Raimi avec un J. K. Simmons survolté inoubliable en patron colérique du Daily Bugle) ; un mal pour bien qui évite là aussi le sentiment de déjà-vu (même s'il faudra sans doute y venir un jour). Bien plus palpitant et riche que le premier The Amazing Spider-Man, ce second épisode donne toutefois par moment l'étrange impression de n'être qu'une étape (l'apparition furtive du Rhino ne servant finalement qu'à annoncer le projet Sinister Six) avant le troisième long-métrage (qui s'annonce particulièrement prometteur cela dit).

 

En conclusion, s'il semble inévitable de vouloir comparer ce reboot avec la première trilogie (objectivement trop rapprochés dans le temps), on remarque surtout qu'il est tout à fait possible d'apprécier les deux approches. Les films de Sam Raimi étaient assez admirablement mis en scène (certaines séquences comme la naissance de l'Homme de Sable ou le combat contre Dr. Octopuss étaient vraiment sublimes), mais le réalisateur de (500) jours ensemble ne démérite vraiment pas. Car si ses scènes d'action manquent souvent de visibilité en gros plan (le corps-à-corps dans l'avion et le combat contre le Bouffon Vert sont décevants), certaines trouvailles visuelles de son The Amazing Spider-Man : le Destin d'un Héros s'avèrent très réussies (à l'instar de la scène de ralenti durant laquelle Peter Parker évite l'électrocution aux passants), et sa mise en scène prend une toute autre ampleur lorsque les cadres se font plus larges (qu'il s'agisse de figurer les déplacements éclair de Electro ou faire tournoyer la caméra autour de l'Araignée pour rendre compte de ses acrobaties). Ce qui n'empêche pas à Marc Webb de faire également preuve d'une belle inventivité dans des passages plus inattendus (comme lorsque l'espiègle Peter Parker s'amuse à détourner l'attention des gardes de OsCorp). En ce qui concerne le nouveau costume de Spider-Man présenté ici, il est aussi nettement plus convaiquant (les affreux "verres solaires" du premier film ayant laissé place à de larges "yeux blancs" plus proches de l'esthétique des comics d'origine). Pour le reste, si le look des vilains ne m'a pas spécialement emballé (notamment concernant Electro, même si je m'attendais à pire), je dois néanmoins reconnaître que les effets-visuels m'ont paru nettement plus convaincants que la bande-annonce ne le laisser à penser (surtout lorsqu'on se rappelle le méchant coup de vieux pris par ceux de l'ancienne trilogie) ; et le recours massif aux cascades "live" autant que possible augmentant de surcroît assez significativement le réalisme des scènes d'action (dont le spectacle s'avère plutôt réjouissant). Au final, bien que l'Homme Araignée soit toujours l'un des super-héros me passionnant le moins, je continue donc à préférer le Peter Parker / Spider-Man de cette nouvelle franchise ; bien plus fidèle à l'image facétieuse et décontractée que j'avais du personnage à la lecture des comics, et auquel dès lors qu'il ne se coltine pas la tronche de Teubé Maguire j'ai déjà moins envie de filer des baffes.

 

 

Films de Marc Webb chroniqués ici : (500) jours ensemble ; The Amazing Spider-Man : le Destin d'un Héros ;


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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 23:00
La MutanteRéalisé par Roger Donaldson, sorti le 27 septembre 1995
Titre original : Species
                
Avec Ben Kingsley, Michael Madsen, Alfred Molina, Forest Whitaker, Marg Helgenberger, Natasha Henstridge, Michelle Williams, Whip Hubley ...

"Après avoir lancé un message à travers l'espace sur l'existence de notre espèce, une équipe scientifique reçoit la réponse vingt ans plus tard sous la forme d'un échantillon d'ADN extraterrestre. Sous la direction du docteur Xavier Fitch (Ben Kingsley), les Américains tentent en secret une expérience de fécondation..."




Mon avis
(très bon) :
  


 

Avec sa campagne marketing aussi aguicheuse que maligne promettant un habile mélange de séquences gore et de passages érotiques, La Mutante a immédiatement fait l'objet de toutes les convoitises auprès des ados d'alors et demeure aujourd'hui encore l'une des séries B fantastiques les plus emblématiques des 1990's. Bien que doté d'un budget plutôt confortable de 35 millions de dollars (entre les 25 millions d'un Johnny Mnemonic et les 60 millions d'un Jumanji, sortis la même année), ce long-métrage n'en demeure pourtant pas moins traversé du plus pur esprit de liberté propre au cinéma d'exploitation de cette époque. Entre volonté sensationnaliste visant à attirer le chaland et vocation à offrir un produit parfaitement calibré pour séduire l'amateur de sensations fortes, La Mutante ne ménage donc pas ses effets. Particulièrement réussis, les truquages réalisés en plateau à base de maquillages saisissants et autres prothèses ultra-réalistes permettent d'ailleurs au réalisateur de proposer des séquences horrifiques assez mémorables. Parfaitement à l'aise derrière la caméra, Roger Donaldson livre donc un solide divertissement dont le casting quatre étoiles renforce significativement l'intérêt.

 

Depuis son premier long-métrage réalisé en Nouvelle-Zélande à la fin des années 1970's, le cinéaste australien a toujours su confier les rôles principaux de ses films à des comédiens talentueux et emblématiques parvenant à transcender leurs personnages. Après Sam Neil (alors débutant, mais déjà très prometteur) et Warren Oates (bien connu des aficionados de Sam Peckinpah) en 1977 pour Sleeping Dogs, il dirige donc Mel Gibson et Anthony Hopkins en 1984 dans Le Bounty (aux côtés d'une distribution prestigieuse réunissant aussi Laurence Olivier, Bernard Hill, Daniel Day-Lewis, ou Liam Neeson), puis Kevin Costner et Gene Hackman en 1987 dans Sens Unique (thriller efficace mettant également en scène Will Patton et Sean Young), ou encore Tom Cruise et Bryan Brown en 1988 dans Cocktail (le film te donnant furieusement de t'engager dans une carrière de barman à la Jamaïque au son des Beach Boys). Plus tard, on le verra également s'ajoindre les services de Pierce Brosnan et Linda Hamilton pour Le Pic de Dante en 1997, ainsi que Colin Farrell et Al Pacino à l'occasion de La Recrue,en 2003. Avec La Mutante, Roger Donaldson ne déroge pas à la règle puisque la distribution est – pour une production de ce genre – assez singulière. Le vétéran Ben Kingsley (Gandhi, La Liste de Schindler, La Jeune Fille et la Mort) y incarne donc l'impitoyable tête pensante de l'équipe scientifique gouvernementale qui a créée, puis tentée de détruire, une hybride humain-alien appelée Sil. Pour retrouver et éliminer le fruit de cette expérience génétique ayant mal tourné, il fait alors appel à un chasseur de prime bourru campé par le toujours aussi classe Michael Madsen (Reservoir Dogs, Wyatt Earp, Kill Bill) tout en force tranquille, à un médium volubile interprété par l'immense Forrest Whitaker (Ghost Dog, Le Dernier Roi d'Écosse, Zulu) dans un numéro de roue libre assez amusant, ainsi qu'à deux scientifiques auquels Alfred Molina (Les Aventuriers de l'arche perdue, Identity, Spider-Man 2) et Marg Helgenberg (Les Tommyknockers, Bad Boys, la série Les Experts) prêtent leurs traits. Une équipe de choc donc, même si l'écriture plus que basique de leurs rôles ne permet pas franchement à ce casting prestigieux de briller. Néanmoins, à la vérité, l'intérêt est ailleurs...

 

La Mutante
Le baiser mortel du lagon.
 
Malgré la présence de Ben Kingsley, Michael Madsen ou encore Forest Whitaker, la star de La Mutante est une jeune inconnue de 20 ans, une certaine Natasha Henstridge. Totalement inconnue avant la sortie de ce film en 1995 (il s'agit d'ailleurs de son premier long-métrage), ce magnifique mannequin canadien de 1m78 va immédiatement accéder à la notoriété grâce à ce rôle. Tapant dans l'œil des spectateurs aussi bien que dans celui de producteurs, la belle blonde scupturale trimballera ensuite son physique de rêve aux côtés de Jean-Claude Van Damme dans l'efficace Risque Maximum, de Bruce Willis et Matthew Perry dans l'amusant Mon voisin le tueur, ou encore de Jason Statham et Pam Grier dans l'embarrassant Ghosts of Mars (du pourtant génial John Carpenter). Mais pour une grande partie des cinéphiles, Natasha Henstridge restera à jamais la bombasse de La Mutante. Et c'est en effet moins la qualité de son jeu que celle de ses mensurations qui est mis à l'honneur ici ; le long-métrage de Roger Donaldson ne lésinant pas sur les gros plans nibards (ce qui est toujours très appréciable lorsqu'ils sont aussi jolis). Mais derrière cet aspect érotico-soft parfaitement assumé et revendiqué par le film, La Mutante demeure aussi un chouette divertissement horrifique qui en dépit d'un scénario assez simpliste évoquant certains épisodes de la série Au-delà du réel s'avère suffisamment malin pour faire oublier ses quelques faiblesses. Ainsi, alors que le spectateur devrait logiquement être du côté de l'équipe scientifique humaine traquant la mutante, le manque de développement psychologique de ses membres ne permet pas une réelle empathie. Et finalement, c'est bien cette alien qui a toute notre sympathie ; au point que l'on souhaiterait presque qu'elle parvienne à coloniser la terre. Comme l'indique le personnage de Forest Whitaker à un moment, la mutante est "encore une enfant" ; et elle agit comme tel (le premier vêtement qu'elle achètera sera d'ailleurs une robe de mariée, équivalent contemporain de la robe de princesse dont rêvent toutes les petites filles). Tout comme une "enfant", Sil apprend vite ; s'adaptant au monde à toute vitesse après avoir observer, copier, puis assimiler les comportements humains. Le jeu hésitant de la débutante Natasha Hendstrige   et de la toute jeune Michelle Williams qui incarne sa version juvénile  se prête d'ailleurs particulièrement bien à ce personnage en pleine découverte des émotions et des sens.

 

Mue par un insatiable instinct de préservation, sa recherche du "prince charmant" se transforme rapidement en quête du "partenaire idéal" (dénué de tares pouvant nuire à sa progéniture) ; les mâles reproducteurs récalés étant férocement éliminés par cette entité gynocratique. Pareille à une veuve noire utilisant les humains dans le seul but la reproduction de son espèce les cocons dans lequel elle emprisonne ses proies renforce d'ailleurs cet aspect arachnéen   et qui, sous sa véritable apparence, se voit dotée d'un impressionnant exosquelette biomécanique, Sil n'est pas sans évoquer une figure majeure du cinéma fantastique : le xénomorphe. Et pour cause. À l'instar du fameux huitième passager exterminant les membres du Nostromo dans le mythique Alien de Ridley Scott, la créature de La Mutante a été entièrement conceptualisée par le génial Hans Ruedi Giger. L'influence du maître est d'autant plus patente lors de la séquence fantasmagorique du train cauchemardesque dont le design rappelle fortement le redoutable ennemi de Ripley qui pourchasse Sil. On sent d'ailleurs bien que certaines idées sont passées à la trappe. Les rêves oniriques de la mutante auraient sûrement mérité un traitement plus poussé. Pour le reste, en poussant jusqu'au paroxysme l'érotisation de sa créature, le film de Roger Donaldson est sans doute l'incarnation cinématographique la plus fidèle des travaux de l'artiste suisse (où le "féminin" fait bien souvent l'objet d'une représentation charnelle hyper-sexualisée). À la fois envoûtante, excitante et monstrueuse, la créature imaginée par H.R. Giger est donc une réussite esthétique remarquablement bien retranscrite à l'écran ; si ce n'est dans le final bâclé du métrage où une surabondance d'effets numériques datés gâche un peu le plaisir du spectateur. Ce qui est d'ailleurs fort regrettable car, jusque-là, La Mutante avait parfaitement su ménager ses effets grâce à une utilisation ingénieuse des jeux d'ombre et de lumière ; la photographie de Andrzej Bartkowiak (déjà à l'œuvre sur L'Honneur des Prizzi de John Huston, Chute libre de Joel Schumacher ou encore Speed de Jan de Bont) s'avérant particulièrement inspirée. En outre, abandonnant totalement son enveloppe charnel "humaine", la mutante est alors réduite à n'être plus qu'un terrifiant monstre inexpressif rompant un peu trop abruptement l'empathie du spectateur –  dont le sort finit par n'avoir que peu d'importance.

 

Toutefois, malgré ce léger bémol concernant sa conclusion, La Mutante reste encore aujourd'hui un divertissement de qualité, épaulé par un casting très enthousiasmant, et offre finalement au spectateur tout ce qu'il en attendait ; à savoir des séquences gore et sexy emballées avec soin autour d'un postulat fantastique (même si davantage d'humour et de second degré aurait été un plus appréciable). Ce qui ne sera pas franchement le cas des trois séquelles qui suivront, à la qualité sans cesse décroissante surtout à partir du troisième film (Michael Madsen disparissant de la franchise à l'issue du second volet, et Natasha Henstridge ne faisant plus qu'une très courte apparition dans le suivant) et tout à fait dispensables.


 

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 23:00
Snowpiercer – Le TransperceneigeRéalisé par Bong Joon-ho, sorti le 30 octobre 2013
Titre original : Snowpiercer
                
Avec Chris Evans, Jamie Bell, Tilda Swinton, John Hurt, Song Kang-ho, Octavia Spencer, Ewen Bremner, Luke Pasqualino ...

"2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais…."




Mon avis
(pas terrible) :  th_icon_good.gifth_icon_bof.gifth_icon_none.gifth_icon_none.gifth_icon_none.gif


 

 

Révélé en 2003 grâce au formidable polar Memories of Murder (véritable chef-d'œuvre du genre), Bong Joon-ho a rapidement accru sa (très bonne) réputation à l'international avec la sortie de The Host, trois années plus tard . Toutefois, si ce thriller fantastique s'avérait particulièrement prometteur dans sa première partie, il pâtissait malheureusement trop (à mon sens) de son traitement mi-figue mi-raisin. Car s'il est vrai que les séquences horrifiques consacrées aux attaques de la créature – au ton résolument plus sérieux – étaient tout à fait bluffantes, j'avais trouvé les aspects mélodramatiques – traités avec un second degré grand-guignolesque assez déstabilisant – franchement ratés. Ayant d'ailleurs été comme "éjecté" du long-métrage à partir de cette ridicule scène outrancière de pleurnicherie familiale, je n'étais jamais parvenu ensuite à passer outre ce traitement dual et à apprécier ce film qui, en dehors de cela, possédait d'indéniables qualités ; tant esthétiques que thématiques (ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayer et ressayer !). Du coup, j'abordais ce Snowpiercer – Le Transperceneige avec une certaine appréhension ; espérant retrouver le réalisateur du génial Memories of Murder, tout en craignant avoir de nouveau à faire avec celui du si décevant The Host...

 

Malheureusement, il semblerait que le second ait pris le dessus. En effet, cette adaptation cinématographique d'une bande-dessinée mythique, Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette (que j'ai pas encore eu l'occasion de lire dans son intégralité), s'avère être une amère déception. Ce que je déplore amèrement car – en grand amateur de fantastique / science-fiction, des récits post-apocalyptiques en particulier et du cinéma sud-coréen en général – le dernier long-métrage de Bong Joon-ho avait de nombreux atouts pour me plaire. À commencer par son casting, particulièrement alléchant : du formidable Song Kang-ho (JSA, Memories of Murder, Le Bon, la Brute et le Cinglé) à la légende John Hurt (Alien, Elephant Man, Midnight Express), en passant par Jamie Bell (Billy Elliott, King Kong, Jane Eyre), Chris Evans (révélé par sa prestation sidérante dans Sunshine de Danny Boyle), ou les sympathiques Ewen Bremner (Spud de Transpotting) et Luke Pasqualino (Freddie de la série Skins). Dans l'ensemble, les acteurs sont d'ailleurs plutôt convaincants ; même si Chris Evans en fait parfois un peu trop dans son rôle de héros sombre et torturé façon "Christopher Nolan presents", et que le cabotinage outrancier de Tilda Swinton s'avère particulièrement insupportable (un défaut à reprocher sans doute davantage à la direction de Bong Joon-ho – il suffit de se rappeler les "performances" similaires de The Host – qu'à l'actrice britannique, nettement plus subtile d'ordinaire et pas franchement aidée avec ses hideuses prothèses faciales). Seulement, le problème vient moins de la qualité de leur jeu que de ce qu'on leur fait jouer...

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  «  Parce que ce n'est pas un héros. C'est un ange gardien silencieux. Un protecteur vigilant. Un chevalier noir.» 

 

Disons-le tout de suite, le scénario de Snowpiercer est d'une rare connerie. Certes, s'agissant d'un pur produit cinématographique, de SF qui plus est, lui reprocher son manque de réalisme et son recours à certaines ficelles narratives pourrait sembler pour le moins inapproprié. À l'instar du genre fantastique auquel elle est intimement liée, la science-fiction invite le spectateur à "voir plus loin" en stimulant son imagination ; quitte à franchir les frontières de l'inimaginable. Toutefois, si le récit n'a donc pas nécessairement besoin d'être réaliste pour que le film fonctionne, il devient difficile d'y croire à partir du moment où ce que l'on nous raconte n'est même pas crédible. Contrairement au fantastique ou à la fantasy (où l'inexplicable, le merveilleux et la magie font loi), la science-fiction nécessite quand même une toute autre rigueur d'écriture. Car aussi extravagant que puisse paraître l'univers présenté, il se doit d'être parfaitement plausible pour que le spectateur puisse y adhérer. Et c’est bien là que le bât blesse. Le long-métrage de Bong Joon-ho nous narre donc la survie des derniers survivants du monde, après que celui-ci ait été ravagé par un cataclysme apocalyptique provoqué par l'homme. Malheureusement, le système devant permettre de stopper le réchauffement climatique fut tellement efficace qu'il aboutit à l'apparition d'une nouvelle ère glacière ("ah la boulette !"). Heureusement, la Terre pouvait compter sur le visionnaire Wilford, sorte de Steve Jobs du chemin de fer (ou de Paco Rabanne de la voie ferrée si vous préférez). Bref, un richard excentrique que tout le monde prenait pour un jobard mais qui, en fait, avait tout prévu depuis le début. Mais alors, vraiment tout.

 

En effet, ce bon vieux Wilford n'avait pas seulement anticipé le déluge hivernal, il avait également déjà imaginé un moyen d'y réchapper. Mais comme l'idée de l'arche était un petit peu surfaite (Noé, Deucalion, Gilgamesh, Ziusudra... ça commençait à faire beaucoup), il a mis au point un gigantesque train surpuissant – le fameux "transperceneige" donc – capable de relier tous les pays du monde en une année ; et condamné à reproduire éternellement ce cycle sans jamais s'arrêter (pauvre petit tchou-tchou !). Passons outre l'incroyable flair de Wilford (c'est quand même beau ce train qui arrive comme par magie pile-poil au bon moment), et intéressons-nous un peu à la logistique d'une telle entreprise. S'il est déjà assez difficile d'envisager qu'un chemin de fer planétaire ait pu être fabriqué en loucedé par un seul homme (quelques centaines de milliards par-ci, quelques centaines petits ponts au-dessus des mers par-là... easy, quoi !), il semble tout de même hautement improbable qu'un train ait pu y circuler sans discontinuer pendant près de deux décennies. Comme chacun sait, il n'y a bien entendu rien de plus fiable au monde qu'un train. Vous savez, cette invention technologique fabuleuse qui ne déraille jamais, roule sur des rails ne nécessitant aucun entretien, et fait fi des conditions climatiques extrêmes. Si deux ou trois pauvres flocons de neige pouvaient empêcher un train de fonctionner, je crois que ça se saurait... Mais bon, admettons car, même si le postulat de départ est complètement improbable, on a déjà connu pire. Et puis, ça reste de la fiction après tout. À la base, on n'est pas venu non plus se taper un cours de deux heures sur le génie mécanique... Cela dit, si quelques facilités scénaristiques sont tout à fait excusables lorsqu'elles servent efficacement le film, l'accumulation d'incohérences basiques que rien ne vient jamais justifier à de quoi agacer. Malheureusement, Snowpiercer a en effet cette bien fâcheuse tendance à se tirer lui-même une balle dans le pied...

 

Évidemment, s'agissant de détailler ici les failles du scénario, tout ce qui va suivre contiendra de nombreux spoilers.

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  "Je ne suis pas un héros, faut pas croire ce que disent les journaux !" (air connu) 

 

On nous explique donc que ce train fait le tour du monde sur un année avec la particularité de ne jamais s'arrêter ; et pourtant on y découvre que différentes nationalités provenant des quatre coins du monde y coexistent. Il est effectivement assez surprenant que américains et coréens puissent faire partie du même voyage alors que leurs pays sont géographiquement opposés et que – selon les principes édictés par le long-métrage lui-même – seuls les passagers du train ont pu survivre dans cet environnement glacial mortifère. Pire encore, dans la dernière partie du film, le héros nous explique (larme à l'œil) que, n'ayant plus rien à manger, les occupants des wagons de queue ont été contraints à s'entre-dévorer – en appliquant même le fameux le principe du "les femmes et les enfants d'abord !" (c'est dire si c'était moche) – avant qu'une miraculeuse barre protéinée ne soit inventée. Cependant, lorsqu'il découvre enfin la composition de ces fameuses barres, le héros semble totalement terrifié. Mais vraiment. Genre la tête du mec qui a surpris mamie en train de faire zic-zic avec papy. L'horreur absolue quoi. Là on se dit que – pour parvenir à choquer autant un mec qui avouera ensuite avoir dépecé lui-même des bébés pour survivre – ça doit être sacrément dégueulasse ! Franchement, je pensais même qu'il allait nous refaire le fameux coup de Soleil Vert. Sauf que, les trucs trop "oh mon dieu, c'est affreux !" qui servent à faire les fameuses barres, ce sont juste... des insectes. Là autant dire que les barres (de rire), c'est plutôt moi qui les aient eu. Wouaaah ! Quelle révélation de dingue quand même !! Cela dit, la tête outrée du héros était peut-être là pour souligner la consternation du spectateur... Ce qui serait vachement malin, en fait.

 

Bon évidemment, pour ceux qui se demanderaient par quel miracle des millions de "sauterelles pixélisées", pardon je voulais dire de "cafards pas beaux", ont atterri là du jour au lendemain (j'aurais quand même du mal à croire que les hommes ont trouvé plus légitime de bouffer leurs propres gamins avant de passer aux criquets), sachez qu'on ne le saura jamais. Un beau jour, le soleil s'est levé, et des millions de cafards avaient tapé l'incruste à bord du train ("korean style, mec !"). Rassurez-vous, on ne saura pas davantage d'où sort le mystérieux wagon avec sa fabrique à barres protéinés, ni quel pouvait bien être son utilité jusque-là (sûrement qu'il a dû apparaître en cours d'écriture lui-aussi). Tout cela est parfaitement crédible. Si, si. Ce n'est pas comme si, l'instant d'après on découvrait une immense chambre froide garnie de plusieurs dizaines de carcasses de bœuf et que le réalisateur "omettait" de nous montrer le wagon où est élevé le bétail ensuite... Là encore, ça serait parfaitement inutile. Il est tout à fait probable que les stocks de viande entreposés à l'origine n'aient pas bougé d'un iota en dix-huit ans de périple. De toute façon, les pauvres de derrière bouffent des termites tandis que les riches de devant se goinfrent de sushi. Oui, oui. De sushi. Attendez, un train censé sauver les derniers survivants du monde doit nécessairement avoir son restaurant japonais. Tout le monde sait ça ! Pour le coup, les scénaristes ont pensé à mettre un joli aquarium pour expliquer d'où vient le poisson. Concernant le riz, sans doute qu'il est provient du même approvisionnement magique tout à fait crédible que la bidoche ; à moins qu'il ne soit cultivé dans la serre entre les douze jardinières et dix arbustes qu'on voit à un moment (pour la place que ça prend, une rizière...). Et comme se goinfrer de sushi et de bidoche donne de l'embonpoint, ce bon vieux Wilford (qui avait vraiment tout prévu) a aussi pensé à doter la première classe d'une piscine à remous, d'un sauna hammam et d'une discothèque cosy pour bouger son body (tout cela pendant que les prolos de derrière crèvent de faim). Autant la seconde classe du "transperceneige" laisse à désirer, autant la première a le droit au top de la classe !

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  "Qui c'est qui est très gentil ? Les gentils ! Qui c'est qui est très méchant ? Les méchants !" (air connu) 

 

Plutôt que d'essayer de mettre au point un système égalitaire qui permettrait aux hommes de vivre en parfaite harmonie, cet enfoiré de Wilford a donc préféré concevoir un train où certains auraient tout et d'autres rien. Bien sûr, il aurait aussi pu juste sauver ses potes nantis et laisser clamser ces misérables crèvent-la-dalle (ça aurait libérer un peu d'espace pour le terrain de golf en plus), mais cela aurait été nettement moins machiavélique. Niark, niark, niark ! C'est pourquoi Wilford le fourbe a également cru bon installer une prison – en fait une sorte de morgue où des mecs pioncent tranquilou en attendant qu'on les réveille – et une ouverture cylindrique permettant de faire geler les bras des crevards de la seconde classe. Mouahahahaha ! Les riches se repaissent donc dans l'opulence, tandis que les pauvres s'entretuent pour avoir de quoi survivre. Comme bon nombre de récits post-apocalyptique, le film de Bong Joon-ho décrit donc une micro-société arbitraire, autoritaire et profondément injuste contre laquelle une poignée d'hommes spoliés va s'insurger jusqu'à son implosion. Sorte de "Titanic sur rails" futuriste, ce "transperceneige" déroule un schéma connu – décor unique clos et compartimenté, environnement hostile, lutte des classes – et raconte une histoire qui n'est pas franchement neuve (en même temps, la bande-dessinée date de 1984). Pas tellement dérangeant en soi, ce sentiment de déjà-vu qui hante le long-métrage se fait surtout ressentir via la paresse d'écriture et la vision ultra simpliste le caractérisant.

 

Ainsi, les passagers de première classe ne sont guère plus que de simples figurants ; des mannequins décoratifs interchangeables au rôle purement fonctionnel : une troupe de soldats, un groupe de clubbeurs, une classe d'élèves. Détail amusant : tous les élèves de cette classe semble avoir le même âge. Là encore, la pyramide des âges de ce train est très binaire : soit on est adulte, soit on a 6 ans. À l'instar des insectes et des carcasses de viande, il faut croire que les gamins apparaissent comme par magie dans le train à l'âge de 6 ans (même si cela n'explique pas ce qu'ils deviennent après jusqu'à leur majorité). De toute façon, pour ce que ça change... Déjà que l'agencement des wagons ne présente aucune espèce de logique – l'école située entre la chambre froide et le sauna, c'est tellement pratique – avec son bar à sushi  "qui sert une fois par an" et sa demi-douzaine de couchettes (pour une centaine de personnes). À croire qu'il n'y a que des Shadoks en première classe : les soldats sont toujours des soldats, les élèves des élèves et les clubbeurs des clubbeurs. Bon évidemment, lorsque ces derniers viennent soudainement chercher l'embrouille aux héros, ça expliquerait alors pourquoi on ne voit qu'un ou deux pélos se battre pendant que les autres continuent de danser à l'arrière-plan (ça valait drôlement le coup qu'ils quittent leur discothèque ceux-là...). Dans un autre registre tout aussi cocasse, on notera également que – outre les cafards, les quartiers de bœuf, les coréens, les bébés, les adolescents... – les munitions dépendent aussi de cette logique d'apparition spontanée aléatoire. Lorsque les rebelles prennent d'assaut la première classe, les armes des soldats sont visiblement vides ; d'où les haches qu'ils utilisent. Et c'est d'ailleurs en anticipant cette pénurie que le héros a su motiver ses compagnons. Pourtant, quelques wagons plus tard, les munitions font miraculeusement leur retour. Ce twist est d'ailleurs tellement débile imprévisible que même la jeune fille télépathe (qui avait prédit l'attaque des soldats armés de ces fameuses haches juste avant) ne l'avait pas vu venir ce coup des munitions cachées sous les œufs (malgré l'absence saugrenue de poules dans ce train). Mais bon, si les scénaristes avaient pris ce "détail" en compte, les accessoiristes auraient ramené des haches pour rien. Ce qui n'aurait pas été cool...  

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  « Attention ! Il ne faut pas oublier l'éthique de la maison, les enfants :
il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont. »  


Cela dit, ces soldats qui "oublient" momentanément que – wouh pinaise ! – ils avaient encore des munitions en fait ne sont pas plus étourdis que nos gentils rebelles avec leurs idées lumineuses du genre : se scinder en deux groupes sans raison ("l'union fait la force" c'est vraiment pour les losers !), épargner le personnage – pourtant bien relou – de Tilda Swinton au prétexte qu'elle les aiderait à trouver Wilford (continuer d'avancer jusqu'à la locomotive de tête étant sans doute un plan beaucoup trop tarabiscoté), ou encore tirer à travers les fenêtres du train (ce n'est pas comme si le climat extérieur était potentiellement mortel pour eux et qu'un simple bras glissé dehors pouvait congeler). Ce dernier point donne d'ailleurs lieu à l'une des scènes les plus risibles du film : séparés d'une bonne dizaine de wagons (le train effectuant alors un immense virage), les personnages de Chris Evans et Vlad Ivanov improvisent donc un gunfight aussi débile qu'inefficace consistant à perforer les vitres pour toucher l'autre dans le wagon d'en face. Évidemment, comme le train ne cesse de rouler à pleine vitesse (c'est même l'une de ses caractéristiques majeures) et qu'il s'agit de verre blindé (supposé protéger les occupants du froid extérieur), on les voit juste faire des petits trous avec leurs flingues en se faisant les gros yeux. Du coup, le super-méchant en chef, qui n'aime pas passer pour un veau (malgré sa tronche de bovin), est vraiment tout colère. Il fait alors un bond jusqu'à la voiture des gentils – c'est marrant car j'avais cru que les deux groupes étaient séparés d'une bonne dizaine de wagons la scène d'avant, mais j'ai dû me tromper – et parvient à défoncer tout le monde à mains nues juste avant de se faire poignarder, étrangler, puis laisser pour mort par notre héros. Ce qui ne l'empêchera pas de se réveiller comme un fleur quelques minutes après (un hommage subtil à l'increvable Terminator de James Cameron sans doute...).  


C'est d'ailleurs assez énervant que chaque idée de mise de scène soit systématiquement gâchée par l'incongruité d'un gag ; qu'il soit volontaire ou pas. À l'évidence, Bong Joon-ho n'est pourtant pas un réalisateur médiocre (bien au contraire), mais ces nombreuses ruptures de tons plombent inexorablement toute immersion du spectateur (ce qui était déjà un réel problème dans The Host). Passe encore le coup des rebelles qui courent au ralenti en agitant les bras et en hurlant comme les 300 ("this is sparta !"). Mais lorsque, au beau milieu d'une baston, on voit un mec se rétamer sur un poisson mort tel Pitivier dans La Septième Compagnie ("j'ai glissé, chef !"), ça devient juste pathétique. Franchement, j'ai même cru qu'ils allaient nous rajouter un vieux bruit de trompette à la Benny Hill tellement c'était con. Et puis, j'attends toujours de comprendre le sens cette scène de la "Saint-Sylvestre". À un moment, les mecs arrêtent de se battre, se claquent la bise, se souhaitent la bonne année, puis recommencent à se taper sur la gueule. Okay, les gars ! Il va peut-être falloir songer à se calmer sur la sniffette, non ? Du coup, Snowpiercer donne cette étrange impression de ressembler à une production Cannon qui aurait été confié à un cinéaste arty du style de Wong Kar-waï. Entre nanar non-assumé et navet grandiloquent, le résultat s'avère donc assez ridicule et particulièrement prétentieux avec son scénario complexifié à l'extrême pour paraître plus intelligent qu'il ne l'est vraiment. Surtout que tout s'effondre lamentablement une fois le pot-aux-roses découvert. Lorsque notre héros, sorte de Neo des cheminots, rencontre enfin Wilford, le grand Architecte du train, on a donc droit à des tunnels de dialogues pompeux censés apporter quelques éclaircissements (comme dans Matrix Reloaded, mais en plus relou). Mais, si n'est la classe inaltérable de Ed Harris (alors même qu'il accueille Chris Evans limite en slibard !), il n'y a alors plus grand chose à sauver de ce naufrage.  

 

Snowpiercer – Le Transperceneige
  Salaud, on t'aime.  


Instant "révélation de la mort-qui-tue" : Wilford nous explique le rôle tenu par Gilliam. Il s'avère donc que ce vieux sage incarné par John Hurt – modèle de vertu qui sacrifia son bras pour nourrir les pauvres de la seconde classe et ainsi mettre fin aux gueuletons de bébés – est en fait un enfoiré de première qui aurait été de mèche avec Wilford depuis le début. D'ailleurs, la révolte menée par Chris Evans aurait été totalement planifiée par nos deux grands sachems. En effet, le train connaissant les affres de la surpopulation, ils ont pensé que ça serait encore le moyen le plus efficace pour éliminer les trois quarts des passagers de la seconde classe. Et bah ! Entre Wilford qui se fait chier à embarquer des pauvres (alors qu'il aurait pu les laisser crever), à installer une prison pour enfermer les agitateurs (alors qu'il aurait pu les laisser crever), et Gilliam qui se coupe le bras pour empêcher les siens de se bouffer entre eux (alors qu'il aurait pu les laisser crever). Tout ça, dans le seul but de finalement dézinguer une centaine d'innocents à la sulfateuse. Sans déconner, ce sont quand même de sacrés petits vicelards ces deux-là ! Surtout que Wilford, s'il a bien pensé à concevoir un engin roulant sur des rails ne nécessitant aucune maintenance, n'a rien trouvé de plus sournois pour remplacer les pièces défectueuses de son train pourri que de recourir à des... enfants (?). Oui, voilà. À un moment donné, il ouvre une trappe et, à la place de la courroie de transmission, il y avait un gamin. Un vrai, coincé entre un carburateur et trois pistons. Alors là, j'ai eu beau chercher une explication un tant soit peu crédible, je sèche. Heureusement, c'est à ce moment-là que Minsoo (l'expert en ouverture de portes que les rebelles avaient libéré pour accéder à Wilford) décide de faire exploser le train. Car, à l'instar de Wilford et Gilliam, lui-aussi avait un plan bougrement intelligent. Après avoir remarqué que la neige commençait à fondre dehors, il a donc pensé qu'il n'y avait plus aucun risque à quitter le train (là encore, ce n'est pas comme si une scène nous avait montré un peu avant qu'on pouvait perdre un bras juste en le mettant à l'extérieur...). Sauf que, au-lieu de chercher à se barrer dès le départ (tu parles d'un expert en ouverture de portes !), il a trouvé ça plus marrant de se fighter avec tous les gardes du train avant, et d'attendre d'être à moitié clamsé, pour finalement le faire exploser. Et donc tuer tous les passagers. Un vrai Prix Nobel, lui-aussi.


Snowpiercer se termine ensuite de façon totalement absurde puisque l'on voit la fille de Minsoo avec un gamin s'extirper de ce train qui vient de dérailler. Ils se retrouvent donc comme deux couillons au beau milieu d'un massif montagneux, avec rien à bouffer ou à boire, et juste deux pauvres manteaux sur le dos. Puis on voit alors approcher un ours blanc numérique majestueux – alwaaaaays, Coca-Cola ! – et le cinéaste laisse alors l'imagination du spectateur vagabonder. Les plus optimistes d'entre nous y verront peut-être alors le symbole du renouveau, celui d'une nouvelle ère de paix qui s'annonce entre les hommes et la nature, enfin réconciliés. Les autres pourront toujours se marrer en songeant à la gueule de ces deux petits nenfants quand le gentil gros nounours affamé va courir vers eux pour les becqueter. Comme quoi, la lutte des classes, ça ne sert vraiment à rien. Et dire qu'il aurait juste suffit que tous ces pauvres restent tranquillement à leur place (entassés en seconde classe à manger des criquets) pour qu'ils soient encore en vie... Monde de merde. Alors, certes, j'ai déjà vu des tas de films plus mauvais que celui-ci (qui reste très bien réalisé et solidement interprété), mais rarement avec un scénario aussi con. Et c'est d'autant plus dommage que les acteurs semblent globalement impliqués, que l'univers du film n'est pas inintéressant et que la mise en scène ne manque pas d'audace. Sans rancune, j'essaierais quand même de découvrir la bande-dessinée (en espérant y trouver moins d'inepties) et j'irais sûrement voir le prochain film de Bong Joon-ho. Car il m'est impossible de ne plus croire au potentiel du réalisateur d'un chef-d'œuvre comme Memories of Murder.


 

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