Réalisé par Ruggero Deodato, sorti le 22 avril 1981
Avec Robert Kerman, Francesca Ciardi, Perry Pirkanen, Luca Barbareschi,
Salvatore Basile, Ricardo Fuentes, Gabriel Yorke ...
"Une équipe de journalistes composée de trois hommes et une femme se rend dans la jungle amazonienne afin à la recherche de vrais cannibales. Bientôt, la troupe ne donne plus aucun signe de
vie. Le gouvernement américain décide alors d'envoyer une équipe de secours sur place. Celle-ci retrouve, grâce à une tribu amazonienne, les cassettes vidéos de la première équipe, qui renferme
le terrible secret de leur disparition..."
Je pense que les gens qui ont osé voir ce film ne sont pas si nombreux et je m'en vais de ce pas
convaincre les autres (ô combien chanceux) de s'abstenir de voir la plus grande arnaque de l'histoire cinématographique (j'exagère à peine). Interdit dans plus de 60 pays et
censuré dans la majorité de ceux qui ont eu le courage (la folie ?) de le sortir, Cannibal Holocaust fut assorti d'une interdiction aux moins de 16 ans lors de sa sortie
cinématographique française (censurée) qui s'étendra aux moins de 18 ans lors de sa récente édition DVD en version intégrale et inédite. Très légitimement, le film provoqua un énorme
scandale à l'époque tant la violence qui s'en émane est réaliste. Le réalisateur dut d'ailleurs s'expliquer devant les tribunaux, démontrer que tout ceci était faux et prouver que les acteurs
étaient toujours en vie en passant à la télévision avec eux. Pour l'anecdote, à la façon du Projet Blair Witch bien plus tard qui exploite le même procédé de caméra embarquée, Ruggero
Deodato avait laissé suggérer qu'il s'agissait d'un véritable témoignage filmé et les acteurs restèrent discrets lors de la sortie du film (pour précisément faire croire qu'ils n'en étaient
pas et avaient effectivement péris) ; ce qui c'est un peu retourné contre lui, mais a fonctionné vu que le film a rapporté plusieurs centaines de millions de dollars dans le monde.
Bon, c'est bien joli tout ça, mais parlons du film maintenant. Considéré comme culte pour une raison qui m'échappe complètement par un bon nombre de cinéphiles, ce film est d'une médiocrité rare
et d'une stupidité qui dépasse l'entendement. On peut éventuellement passer au réalisateur le jeu d'acteurs pitoyable (le premier rôle est tenu par un hardeur qui a plus d'une centaine de
films pornographiques à son actif, c'est dire le niveau), le scénario inintéressant, les dialogues affligeants, la psychologie insignifiante, la dimension ethnologique inexistante, la caricature grossière des sociétés primitives (ça commence à faire pas mal), l'ennui mortel ressenti, les longueurs pesantes, la bande originale oscillant entre la musique d'ascenseur
et le gimmick de film porno, l'exotisme de pacotille ou encore la mise en scène outrancière. J'ai trop l'habitude de me délecter devant des nanars et autres séries Z pour m'offusquer de ce genre
de "détails". Mais alors le reste, tant sur le fond que sur la forme, est vraiment d'une connerie crasse et d'une telle pestilence que ça en devient carrément injustifiable et
indéfendable.
Sur la forme, le film est difficilement supportable. Scène de viol à connotation pornographique douteuse, émasculation en gros plan, bébé arraché violemment du ventre de sa mère, femme empalée
vivante sur un pieu verticale par où vous savez, longue séquence montrant un homme souffrir dans l'indifférence générale et autres amputations font partie des "joyeusetés" que le
réalisateur réserve aux amateurs de gore bien saignant et de sensations fortes. Il ne nous épargne vraiment rien et, il faut le reconnaître, les maquillages et autres effets visuels sont d'un
réalisme effroyable. À ce niveau-là, le film est vraiment efficace et file une sérieuse envie de vomir ses tripes. Ceux qui voulaient du trash vont véritablement être servis et risquent bien de
vite regretter leurs penchants voyeuristes... Dans un sens, le réalisateur atteint son but. Mais le pire reste à venir puisque celui-ci n'hésitera pas à exécuter de véritables animaux pour les "besoins" du film (histoire de faire plus réaliste je
présume...). Dégueulasse, gerbant, inutile, vaseux et crétin. À quoi bon dépecer une tortue encore vivante et décapiter deux singes (la première prise ayant foirée...) franchement
? Ruggero Deodato justifiera ce massacre d'espèces menacées par un simple "les
quotas de chasse ont été respectés" d'un cynisme absolument abject.
Sur le fond, le film se cache derrière une pseudo-intellectualisation de la violence pour justifier son contenu. Grosso-modo, si j'ai bien saisi l'idée, Ruggero Deodato a réalisé un film fondamentalement violent pour dénoncer les dérives de notre société de
consommation gourmande d'images racoleuses et abusivement sensationnelles. Il fustige ainsi le manque de déontologie des journalistes d'aujourd'hui, prêts à toutes les extrémités pour faire de
l'audimat. Grotesque et d'une hypocrisie manifeste, le film de Deodato est l'incarnation même de cette dérive médiatique qu'il est censé critiquer. Cette production commerciale imbécile use et
abuse en effet abondamment de toutes les ficelles du voyeurisme barbare le plus affligeant et du sensationnalisme gore le plus immonde, où l'inutlie se mêle à l'abject, et démontre surtout
l'absence totale de talent et l'incapacité maximale à produire une œuvre un tant soit peu subtile de son réalisateur. N'est pas Stanley Kubrick qui veut ; qui avait su en son temps être
intelligemment plus subversif avec son, désuet, mais autrement plus intelligent, Orange Mécanique. En poussant à un tel niveau de surenchère la violence excessive de son film dans un but
financier si évident, il perd tout crédit. La mise en route cette année d'une suite qu'il réalisera lui-même ne fait que
confirmer cette démarche essentiellement mercantile que Rugerero Deodato aura encore plus de mal à nier cette fois-ci...
Plus ça va et plus je suis enclin à penser qu'il faut être soit mentalement déficient, soit totalement immature ou alors irrémédiablement
pervers pour apprécier une déjection cinématographique aussi honteuse et méprisable. Cela dit, August Underground's Mordum se payera le luxe d'être encore plus racoleur et putassier
(ce qui est très balèze, dans un sens) avec
ses relents de porno déviant. Bon, le film a pour lui de ne pas avoir sacrifié de "véritables" animaux, mais il est tellement mauvais (et encore plus mal filmé) que je ne
m'abaisserai vraiment pas à le voir en entier ni à en faire la critique (ce qu'on m'en a dit me suffit). D'ailleurs, j'ai tenu à peine quinze minutes tellement c'était gerbant
visuellement... et surtout de connerie. C'était peut-être le but après tout ?
Par Shin
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Publié dans : Cinéma
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