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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Soleil Vert

Réalisé par Richard Fleischer, sorti le 26 juin 1974
Titre original : Soylent Green

Avec Charlton Heston, Edward G. Robinson, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Joseph Cotten, Brock Peters, Lincoln Kilpatrick, Leonard Stone ...

"En 2022, les hommes ont epuisé les ressources naturelles. Seul le Soleil Vert, sorte de pastille, parvient à nourrir une population miséreuse qui ne sait pas comment créer de tels aliments. Omniprésente et terriblement répressive, la police assure l'ordre. Accompagné de son fidèle ami, un policier (Charlton Heston) va découvrir, au péril de sa vie, l'effroyable réalité de cette société inhumaine..."




Mon avis
:
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Figure emblématique du film noir d’après-guerre, Richard Fleischer  réalisa aussi quelques grands classiques du cinéma fantastique et d’aventure tels que 20.000 lieues sous les mers avec Kirk Douglas, Les Vikings avec le même Kirk Douglas, Tony Curtis et Ernest Borgnine ou encore Le voyage fantastique, dont Joe Dante fit le remake à la fin des années 1980. Avec Soleil Vert, le futur réalisateur de Conan le Destructeur et de Kalidor (tous deux avec Arnold Schwarzenegger) signe un film d’anticipation nihiliste qui aura marqué son temps, aidé en cela par la présence du charismatique Charlton Heston qui, après La Planète des Singes de Franklin J. Schaffner et Le Survivant de Boris Sagal, a désormais une expérience solide dans le genre. Détail amusant, si le titre français ne correspond nullement à une traduction littérale du titre original Soylent Green (contraction de "soybean / soja" et de "lentil / lentille" associée à la couleur verte), il désigne néanmoins la même chose : cet alicament créé de toutes pièces par une multinationale fictive et dont les couleurs (jaune, rouge, bleu …) varient selon les jours de la semaine où il est distribué (censé être à base de plancton, le vert est le dernier mis au point par la firme). Ce Soleil Vert est aussi l’un des principaux ajouts du film par rapport au roman original de Harry Harrison publié en 1966, Make room, make room ! (littéralement : "Dégagez, faites de la place !").

Le roman de Harrison décrit un futur peu enviable où l’économie semble au point mort, où les individus s’entassent dans les villes avec pour unique quotidien un rationnement drastique, une violence  patente et des inégalités sociales à tous les niveaux. Renvoyant aux prévisions alarmistes de Thomas Malthus concernant l’explosion démographique et les conséquences catastrophiques à long terme pour l’humanité (les ressources naturelles n’étant pas illimitées), il s’agit d’une œuvre profondément politique qui s’oppose à tous ces conservateurs de l’époque qui refusent le contrôle des naissances (principalement pour des raisons religieuses), alors  même que les méthodes de contraception (la pilule notamment) commencent à se démocratiser.  Si la thématique de la surpopulation ne sera pas délaissée dans le film (en témoigne ces nombreuses séquences montrant des individus entassés les uns sur les autres et dormant à même le sol dans un New York désormais composés de plus de 40 millions d’habitants), celui-ci enrichira profondément son propos. Tourné en pleine crise pétrolière internationale (nous sommes au beau milieu des années 1970), Soleil Vert accentue les peurs déjà profondément ancrées concernant la raréfaction des matières premières et ses dramatiques répercussions pour l'homme. Les ressources naturelles s’amenuisent tandis que les méthodes d’agriculture intensives se développent. La destruction de l’environnement et la pollution de la planète deviennent des sujets récurrents dans l’actualité. Et les mouvements écologistes, en plein essor, s’organisent. En un mot commençant, l’avenir ne s’annonce pas tout à fait rose. Il semble assez noir même ou, en l'espèce, plutôt vert !

Et oui – et c’est une des particularités présentent dans le film que le titre français souligne, notre atmosphère, désormais saturée de CO²  et autres substances chimiques, a pris une inquiétante couleur verdâtre. Pourtant, cette pollution manifeste de notre monde est ironiquement l’arbre qui cache la forêt. Si le vert semble à présent plus refléter la sinistre couleur de l’air que l’on respire que celle de la verdoyante forêt (la séquence où l’on voit un bout de forêt pathétique conservé sous serre pour les mieux nantis est, à ce propos, assez éloquente), la corruption politique qui gangrène la société, son cynisme financier et plus globalement son injustice profonde sont encore plus inquiétantes. Au-delà de ce qu'elle respire donc, l'humanité est inexorablement polluée et pervertie. Les théories de Charles Darwin sur l’évolution des espèces prennent ici une tournure alors bien tragique. Seuls les plus forts peuvent espérer avoir une chance de survivre. Les riches se murent dans des buildings high-tech ultra-protégés et sont prêts à toutes les compromissions pour ne pas rejoindre la masse des crèvent-la-dalle (quitte à organiser de "justes" et "nécessaires" assassinats en son sein comme l'affirme l'un des  puissants dirigeants de la société Soylent  au début du film, à la grande stupeur de son meurtrier...). Les pauvres, justement, sont abandonnés à leur sort misérable, lamentablement parqués dans des abris de fortune (comme cette église-dortoir semblable à un mouroir), quand ils ne sont tout simplement pas balayés tels de vulgaires détritus par d'immenses bulldozers équipés de bennes à ordures. Les vieillards sont euthanasiés, et les autres ne doivent leur provisoire salut qu’à une terrifiante entourloupe alimentaire. Sans parler des flics qui profitent du peu de pouvoir qu'ils possèdent (on le voit à la façon dont le personnage de Charlton Heston "pille" l'appartement de la victime, jusqu'à son "mobilier", où à travers le marché noir organisé au sein même du commissariat de police). Quant aux femmes, elles sont contraintes de monnayer leur corps pour survivre. Pareils à des bouts plastiques sans goût ni texture, ces Soleils semblent alors, plus que jamais, être une terrible métaphore de cette survie sans joie à laquelle l’humanité s'est elle-même condamnée. "Nous menons une existence bien écœurante" affirmera d'ailleurs avec justesse le personnage interprété par Edward G. Robinson à un moment. Et alors que les ressources naturelles s'épuisent et que certains ne connaissent même plus le goût d'une simple pomme, on se demande tout comme lui comment on a pu en arriver là.

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Mais tout bien pesé, s'il faut creuser, préfères-tu qu'on creuse... à la pelleteuse?


La répression est plus forte et plus injuste que jamais. Les tentatives désespérées de révolte de la populace sont réglées d'une sinistre façon, rappelant immanquablement les heures les plus sombres de l'histoire. L'amour semble impossible dans ce monde où les femmes ne sont rien de plus que des faire-valoir "achetées" aussi prosaïquement que des meubles. L'amitié, une valeur d'un autre temps oubliée au même titre que le simple plaisir qu'on peut ressentir à croquer dans une ridiculement essentielle pomme. Car il ne suffit pas de posséder une chose pour s'en satisfaire, il faut avant tout en connaître la valeur intrinsèque. Ainsi le personnage de Charlton Heston semble-t-il avoir du mal à saisir l'émotion qui émerge celui de Edward G. Robinson lorsqu'il avale un simple bout de viande. J'ai alors pensé à Equilibrium et la façon dont les rebelles du film de Kurt Wimmer s'émerveillent des choses du passé. À la différence que, si les hommes ont perdu leur humanité par négligence dans Soleil Vert, ils s'en sont volontairement débarrassé – comme tout ce qui pouvait susciter la moindre émotion – dans Equilibrium (ce qui est peut-être pire). Dans ce monde agonisant, semblable à la mort, que dépeint Richard Fleischer, l'espoir semble plus que jamais illusoire. Le générique (voulu par Harry Harrison lui-même) donne le ton dès les premières images
en fait un redoutable diaporama photographique qui illustre l'essor de la société industrielle de son avènement au XIXe siècle à son inévitable déchéance présentée dans le film. Pessimiste et particulièrement anxiogène, Soleil Vert cherche vraisemblablement à réveiller les consciences, à l’instar du personnage interprété par Charlton Heston dans le film. Toutefois, si l’intrigue est intéressante, elle est amenée d’une façon un peu laborieuse et certains passages  sont un peu longuets. En outre, et peut-être aussi parce qu’on est légèrement moins naïfs que les protagonistes du film, la révélation finale est assez attendue. À ce titre, celle de La Planète des Singes de Franklin J. Shaffner, même si elle est assez différente, m’avait autrement plus surprise. Toutefois, cela n’a pas vraiment d’importance, car l’effroyable vérité qui se cache dans l’ombre du Soleil Vert n’est finalement qu’un détail (aussi abominable soit-il) dans l’horreur de ce qu'est devenu le monde

Quelques minutes avant, une séquence bouleversante aura en effet grandement contribué à augmenter la dimension tragique et désespérée du film. Il s’agit de celle mettant en scène l'euthanasie de Sol. On y voit ce dernier allongé dans une pièce ronde austère, les yeux rivés sur un immense écran panoramique. Alors que la sixième symphonie de Beethov' débute, une succession d'images apparaît. Bouts de documentaires animaliers, prises de vues magnifiques sous-marines ou aériennes, couchers et levers de soleil... Rien de plus qu'un banal assemblage de reportages naturalistes, mais, à ce moment précis du film, et après avoir "subi" plus d’une heure trente de plans crasseux d’un futur injuste et inhumain, où la pollution de l’air est aussi forte que celle de l’âme,  la portée de ses images est très forte. Finis les animaux tous mignons qui gambadent gaiement dans la pampa sud-américaine, au cœur la savane africaine ou sur les steppes sibériennes. Finis aussi l’amour, la fraternité et toute espèce de solidarité.  Tout cela n’existe plus. L’empoisonnement atmosphérique est aussi irrémédiable que celui qui a germé dans le cœur des hommes. Même si, aussi infime qu’elle soit, une lueur d’espoir semble émerger de cette pénombre. De fait, Thorn, le personnage joué par Charlton Heston, retrouve effectivement peu à peu son humanité (à la manière de celui interprété par Christian Bale dans Equilibrium). Il redécouvre les plaisirs tout simples de la vie (comme le goût d’un fruit ou la saveur d’un whisky), semble pouvoir aimer de nouveau (sa relation avec Shirl devient moins mécanique, plus affectueuse avec le temps) et fait preuve d’une sensibilité véritable vers la fin du film (surtout lors de l’euthanasie de Sol). L’émotion de Charlton Heston durant cette scène est d’autant plus sincère qu’Edward G. Robinson (que l’acteur connaissait bien puisqu’ils avaient partagé l’affiche du film Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille) vivait alors ses derniers jours. L'acteur déclarera plus tard que ses larmes durant cette scène était réelles car il savait Edward G. Robinson rongeait pas ce cancer qui le tuera quelques semaines seulement après la fin du tournage. Toutefois, n'est-il pas déjà trop tard pour la rédemption ?

Inscrivant son film dans un univers tangible et assez réaliste, Richard Fleischer offre néanmoins un film qui paraît aujourd'hui quelque peu daté. Car si le fond demeure toujours aussi intense et éprouvant, la forme a effectivement pris un sérieux coup de vieux. Vraisemblablement, le réalisateur (mais peut-on réellement lui en vouloir ?) n'a pas su anticiper les avancées technologiques et cela se ressent. Les effets spéciaux ou les rares "excentricités" futuristes notamment prêtent un peu à rire. Difficile en effet de ne pas sourire de nos jours lors de la fameuse scène des pelleteuses, devant le spectacle d'un loft moderne très seventies (malgré un très joli "intérieur" ^__^) ou de celui d'un jeu-vidéo qui se veut "futuriste" (en fait le premier du genre, Computer Space, conçu en 1971 par Nolan Bushnell qui créera également le fameux Pong), mais qui n'est même pas à la hauteur d'un Tetris...  En outre, si on ne peut pas reprocher grand chose à l'interprétation (Charlton Heston et Edward G. Robinson en tête donc), la réalisation est bien trop académique et son obsolescence gâche un peu la force évocatrice d'un film qui demeure pourtant cruellement d'actualité. Le réchauffement climatique, la raréfaction des matières premières, la disparition de la diversité animale, la surpopulation, les crises alimentaires ou l'accroissement des inégalités sont effectivement plus que jamais des préoccupations qui nous sont contemporaines (même si on espère malgré tout que cette apocalyptique vision du futur soit hautement exagérée). De ce fait, et alors que ce n'était vraiment pas utile pour La Planète des Singes avec le même Charlon Heston, c'est l'une des rares fois où j'estime qu'un remake se justifierait. Ne serait-ce que pour remettre le formidable message du film de Richard Fleischer au goût du jour. Et ce, même si l'interprétation exceptionnelle de Charlton Heston, tout comme celle d'Edward G. Robinson, semble inégalable...



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broots 30/09/2008 07:56

revu ce film il y a peu, j'en avais un tel souvenir que j'ai été un poil déçu par la forme, mais le fond m'accroche toujours autant... Et même si oui, c'est un peu "décalé" car la société n'a pas aussi mal évolué que ça, le propos reste furieusement d'actualité...

Shin 02/10/2008 23:43



Bonsoir Broots,

Oui, le film a quand même un peu vieilli malgré un propos toujours aussi d'actualité. Mais en dépit des défauts de sa forme, Soleil Vert demeure un classique à voir pour la pertinence de
son fond !

Amicalement,

Shin.



RobbyMovies 24/09/2008 08:42

>Shin. Le sport qui consiste à descendre par principe un remake a trouvé sa limite dès 1982 avec The Thing où il était de bon ton de le critiquer sur le thème "honte reprendre un film du graaaaaaaand Howard Hawks" et autres "trop d'effets démonstratifs le cinéma d'aujourd'hui ne sait qu'accumuler la technique". On voit le résultat aujourd'hui : qui oserait encore trouver l'original supérieur au remake ? Ok les exemples ne sont pas légion mais ça illustre très bien je trouve les limites du "principe" face à la réalité du résultat.
Quant à l'avalanche récente, elle assez concentrée me semble-t-il sur le cinéma d'épouvante par essence destiné à un jeune public qui ne connaît pas les originaux. Or l'épouvante ayant toujours été un genre très commercial dès le départ il me paraît difficile de s'offusquer aujourd'hui d'une démarche identique des studios. Croisons les doigts, il en sortira bien qq perles...

leunamme 22/09/2008 11:42

D'accord avec vous, ce film est un chef-d'oeuvre, tant par la force de son propos que par celle de son interprétation.
D'ailleurs on ne peut qu'être incrédule quand on voit ce qu'est devenu Charlton Heston par la suite.

Shin 29/09/2008 19:35



Bonsoir leunamme,

Jean-Jacques Goldman disait : "Les chansons sont souvent plus belles que ceux qui les chantent."

C'est tellement vrai quand on y pense...

Amicalement,

Shin.



RobbyMovies 20/09/2008 14:02

Oui pour le moment on dirait bien héhé.
Il faut dire que je n'ai jamais rien eu contre les remakes à priori, il faut juger sur pièce. Et comme cela ne condamne pas l'original à disparaitre (c'est même souvent le contraire) on a tout à y gagner et strictement rien à y perdre.

Shin 20/09/2008 14:19



Sages paroles Robby auxquelles je peux qu'abonder car c'est exactement ce que je pense. Je n'ai jamais compris pourquoi les cinéphiles étaient si haineux envers les remakes (comme si cela
faisait oublier l'original, ce qui n'est jamais le cas). En revanche, je comprends la lassitude de certains car la mise en chantier de remakes (et autres suites) semble être devenue
un sport national au pays du cinéma...

Amicalement,

Shin.



RobbyMovies 20/09/2008 13:44

Absolument d'accord avec le fait qu'un remake serait le bienvenu. Enfin si c'est qqun de sérieux qui s'y colle évidemment.

Mais les faiblesses de la réalisation font vraiment trépigner par rapport au thème(s) riche(s) abordés et plus que jamais d'actualité.

J'ai bon espoir que cela se fasse.

Shin 20/09/2008 13:53



Bonjour Robby,

On est de nouveau sur la même longueur d'ondes dirait-on !? ^__^

Amicalement,

Shin.