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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Le Bon, la Brute et le Cinglé

Réalisé par Kim Jee-woon, sorti le 17 décembre 2008
Titre original : Joheunnom nabbeunnom isanghannom

Avec Song Kang-ho, Lee Byung-hun, Jung Woo-sung, Jo Kyeong-hun, Oh Dal-su, Kim Kwang-il, Lee Cheong-a, Ma Dong-seok Ma ...

"Les années 30 en Mandchourie. Le Cinglé (Song Kang-ho) vole une carte aux trésors à un haut dignitaire japonais. La Brute (Lee Byung-hun), tueur à gages réputé, est payé pour récupérer cette carte. Le Bon (Jung Woo-sung) veut retrouver le détenteur de la carte pour empocher la prime. Un seul parviendra à ses fins, s'il réussit à anéantir l'armée japonaise, les voyous chinois, les gangsters coréens... et ses deux adversaires."




Mon avis
(grand film)
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Alors que l'on aurait tout à fait imaginé Quentin Tarantino mettre en scène un western déjanté, alliant modernité et hommage ultra-référentiel * (son diptyque Kill Bill empruntant d'ailleurs bon nombre de codes du film de cowboys), c'est finalement le sud-coréen Kim Jee-woon qui s'y colle en réalisant Le Bon, la Brute et le Cinglé ; gros shoot frénétique qui est un peu à l'Asie ce que l'original de Sergio Leone (Le Bon, la Brute et le Truand) était à l'Europe. Mieux qu'une adaptation culturelle, c'est carrément d'une révolution du genre qu'il s'agit... Pas moins ! De son côté, le réalisateur des cultes Reservoir Dogs et Pulp Fiction est tout de même allé faire l'acteur pour Takashi Miike dans le Sukiyaki Western Django, relecture très libre d'autre fameux western italien (Django) réalisé par l'autre Sergio (Corbucci). Faut croire que l'idée le titillait aussi finalement... Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos flingueurs.


Ayant déjà eu notamment l'occasion de s'illustrer dans des genres aussi variés que la comédie policière (The Quiet Family), le drame horrifique (2 Sœurs) et le polar noir (A bittersweet life),
avec le succès que l'on sait, Kim Jee-woon possédait tout le potentiel nécessaire pour réussir ce pari fou sur lequel tant d'autres se seraient royalement plantés : s'attaquer au mythique Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone (film intouchable s'il en est). Bien que (comme je l'évoquais plus haut), en fait de remake, il s'agirait plutôt d'une relecture moderne dont s'est magnifiquement réapproprié  le cinéaste tout en saupoudrant l'ensemble d'une multitude de références destinés autant au grand public non-initié qu'au noyau dur de fans méticuleux. Les allusions à l'original ne manquent donc pas : de la prodigieuse attaque du train introductive filmée en CinemaScope – où plans larges et gros plans se succèdent façon Leone au rythme d'une éclatante bande son (qui rappelle souvent Ennio Morricone) – à l'inévitable et ô combien jubilatoire confrontation finale au fin fond d'un désert ardent, en passant par d'autres clins-d'œil plus subtils (à l'occasion d'une scène de torture brutale ou d'une symbolique amputation de doigt par exemple). Mais, si Kim Jee-woon rend largement hommage à l'œuvre de Sergio Leone (y compris ces autres travaux comme Il était une fois dans l'Ouest ou même Mon nom est personne), il ne faudrait surtout pas faire d'amalgame et croire que le réalisateur s'est simplement contenté ici de faire un melting-pot référentiel à la sauce sud-coréenne.

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Jung Woo-sung : Dans le train tirera trois fois...


Ce qui frappe effectivement très rapidement, c'est l'énergie déployée par le long-métrage. Car même si le trio d'impitoyables adversaires (Le Bon, la Brute et le Truand/Cinglé) et la thématique du trésor enfoui conjoitement convoité sont toujours présents, le film de Kim Jee-woon propose un plaisir autrement plus déluré que le classique de Sergio Leone. À l'image de ce train pris d'assaut lors d'un prologue absolument époustouflant, Le Bon, la Brute et le Cinglé a ainsi été pensé comme une grosse locomotive de fun lancée tambour battant à travers le désert mandchou ; qu'immortalisent à merveille un réglement de compte enflammé dans un "marché fantôme" ou encore, et surtout, cette phénoménale course-poursuite finale aux allures de cartoon post-apocalyptique déjanté (à mi-chemin entre Indiana Jones et Mad Max), avec un cinglé dans le rôle de bip-bip et une armée de coyotes à ses trousses (où se côtoient chevaux, motos,  side-cars, engins militaires et pourritures en tout genre). Véritable exaltation frénétique d'une bonne vingtaine de minutes, ce déchaînement d'action conclut en apothéose un film à la folie complètement assumée ; la cerise sur le gateau de cette séquence étant évidemment l'imparable tube Don't let me be misunderstood (que Quentin Tarantino avait déjà employé pour son diptyque Kill Bill) !

On le sait, Sergio Leone aimait à figer l'action avant de faire preuve d'un déchaînement de violence aussi brutale que laconique ; ce qui tranchait largement avec ce qu'on avait l'habitude de voir dans les westerns américains de Sam Peckinpah ou John Ford (de construction plus conventionnelle). Pour sa part, Kim Jee-woon préfère au contraire privilégier l'action burlesque façon Stephen Chow (qui s'était déjà réapproprié certains codes du genre dans son ubuesque Crazy Kung-Fu) et les gunfights baroques à la John Woo avec un sens du rythme remarquable (ce qu'on avait déjà eu le loisir d'apprécier dans son A bittersweet life) ; accordant ainsi très peu (trop peu diront peut-être certains) de répit à son film (même si quelques longueurs peu préjudiciables cela dit
se font ressentir sur la fin). Redéfinissant un genre à la dérive (malgré quelques louables tentatives récentes comme L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d'Andrew Dominik ou Appaloosa d'Ed Harris), sans oublier de saluer ceux qui l'ont précédé, le réalisateur sud-coréen livre donc un western épique débordant de fougue et de générosité communicatives qui surprend autant par sa démesure magistrale que par son étonnante originalité. Kim Jee-woon enchaîne en effet les séquences à un rythme proprement hallucinant avec une innovation constante dans sa mise en scène (et peu de plans du films se ressemblent).

Loin d'être une banale copie modernisée, Le Bon, la Brute et le Cinglé apporte une certaine fraîcheur au genre qui doit autant à  sa réalisation inventive (on retiendra notamment le plan atypique qui accompagne un vol d'aigle en introduction) qu'à son second degré omniprésent (en grande partie grâce de l'irrésistible personnage du Cinglé, esquivant les balles en zigzaguant ou par d'autres méthodes pour le moins... originales ^__^). En outre, les paysages désertiques mandchous (auxquels le cinéaste donne une profondeur remarquable) n'ont vraiment rien à envier aux grands espaces de l'Ouest sauvage. Quant à la photographie particulièrement soignée (ce qui était déjà le cas des précédents 2 Sœurs et A bittersweet life) et tirant sur les tons orangés, elle accentue judicieusement le caractère comic-book de l'ensemble. À l'instar d'un Wanted : Choisis ton destin, on ne s'étonnera donc pas outre mesure de l'incroyable résistance physique de nos héros ou du nombre incalculable de balles tirées à la minute car Le Bon, la Brute et le Cinglé demeure avant toute chose un spectacle de chaque instant totalement barré et surréaliste (même si le réalisateur tente d'intégrer son film dans une certaine réalité historique à travers l'occupation japonaise de la Chine, comme l'avait fait auparavant Sergio Leone avec la guerre de sécession en toile de fond).


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Trois enterrements ?


Ce qui était également remarquable chez Leone, c'était sa capacité exceptionnelle à fuir l'esthétisme formatée et à s'appuyer avec pertinence sur les incroyables "gueules" qu'il parvenait à dénicher. C'est également le cas de Kim Jee-woon qui propose ici une galerie de tronches haut en couleurs tout à fait remarquable. Qu'il s'agisse de personnages secondaires aux particularités physiques richement employés ou du détonnant  trio de tête bien entendu. On retrouve donc le flegmatique Jung Woo-sung (Musa, la princesse du désert) dans les bottes du plus ou moins honnête "Bon", tandis que le charismatique Lee Byung-hun (A bittersweet life) arbore la mèche rebelle de l'impitoyable "Truand" et  le loufoque Song Kang-Ho (Memories of Murder) se coiffe de l'improbable casque du "Cinglé". Alors que j'avais eu du mal à apprécier ses excès de jeu dans The Host (qui ne m'avait pas captivé lorsque je l'ai découvert), je dois bien avouer que ce dernier m'a ici absolument charmé. Il faut dire aussi que son personnage (à l'instar du "Truand" dans le long-métrage de Sergio Leone) est de loin le personnage le plus complet et le plus intéressant du film. D'ailleurs, à mesure que le film avance, les frontières qui séparent le Bon, la Brute et le Cinglé se font de plus en plus minces. Et, à la fin, on ne sait finalement plus trop qui est qui.

À ce sujet, j'ai appris récemment que la version présentée en France était quelque peu différente de celle que les sud-coréens ont eu le loisir de voir. Ainsi, si certains plans ont été ajoutés (à l'instar du dynamitage d'une montagne), d'autres ont ainsi mystérieusement disparus. Une scène introductive supprimée chez nous permettait ainsi de développer davantage les motivations du "Bon", enrichissant avantageusement sa personnalité et son ambivalence (pareil pour la fin du film). J'espère toutefois que la future édition DVD / Blu-Ray aura le bon goût de réintègrer ses modifications (en proposant une version alternative par exemple). En attendant, même si le film aurait gagné à être parfois un peu plus lisible durant certaines scènes d'action (rien de bien méchant cela dit), Le Bon, la Brute et le Cinglé demeure très certainement l'un des divertissements les plus jouissifs de l'année et je le conseille fortement à ceux qui pensaient que le cinéma asiatique n'était bon qu'à nous ressortir interminablement les mêmes sempiternelles histoires de fantômes vengeurs et autres réglements de comptes mafieux. Définitivement, le western (ici ou ailleurs) n'est pas prêt de mourir !

 
* Ce billet a bien évidemment été écrit avant le tournage de l'excellent Django Unchained.


Pour voir d'autres chroniques de films :
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pacboy 06/01/2009 14:02

c'est illisible et sans enjeux, on ressent aucune émotion, donc pour moi mal fichudans bittersweet c'était par moment illisible, mais putain y avait de l'enjeux, de l'envie, de la pression tu ressentais une atmosphère dans les combats/gun fight

pacboy 05/01/2009 20:55

ha mais le scénario est foireux, les cascades aussi, mais heureusement y a l'humour avec le cinglé qui sauve le film du désastre, mais franchement c'est à peine moyen ce truc :s et j'ai toujours raison je suis juste avant gardiste pour les avis c'est tout

Shin 05/01/2009 22:35



Salut Pac,

T'abuses quand même. Les cascades sont plutôt réussies, même si les scènes d'action sont parfois difficiles à suivre j'en conviens. Déjà, rien que pour la course poursuite finale, ça serait abusé
de condamner toutes les séquences d'action du film.

Amicalement,

Shin.



Michael 04/01/2009 00:41

Quelle est cette "chose" qui rend le scénario foireux?Le film n'a rien à raconter, c'est un simple tremplin à références. Et malheureusement, les références seules ne font pas un film.C'est un peu la version kikoulol du Leone : il y en a qui nous amène au coeur de l'humanité, tandis que l'autre fait dans la pose.

Shin 04/01/2009 03:04



Bonsoir Michael,

Comme tu auras pu le constater, je ne partage pas du tout ton point de vue (même si j'admets volontiers que le film de Leone est autrement plus réussi). Pour moi, Le Bon, la Brute et
le Cinglé existe justement bien au-delà de ses références et propose un divertissement de qualité et particulièrement fun.

En tout cas, c'est intéressant d'avoir un avis différent. Et puis, comme ça, Pac sera ravi d'apprendre que d'autres n'ont pas du tout accroché à ce film ! ^__^

Amicalement,

Shin.



eelsoliver 03/01/2009 15:10

Malheureusement, je n'ai pas eu la chance de voir ce western ds la mesure où il semble peu diffusé dans les salles obscures.J'attendrai donc sa sortie en dvd mais va falloir patienter!

Shin 04/01/2009 03:01



Bonsoir Olivier,

C'est vrai que l'attente risque d'être longue, mais ça vaut vraiment le coup pour les amateurs de films spectaculaires bien fun !

Amicalement,

Shin.



cayoux33 03/01/2009 11:34

Bonne année à toi avant toute chose Je ne suis pas encore allée voir ce film, il passe d'ailleurs dans peu de salle chez moi, m'a l'air génial et un opeu barge; donc très intéressant ^^

Shin 04/01/2009 03:00



Bonsoir cayoux33,

Effectivement, la distribution de ce long-métrage n'est pas suffisamment importante (même si on a connu pire pour un film de ce genre) et je sais que c'est frustrant de ne pas pouvoir le
voir en salles (surtout qu'il s'agit d'un "vrai" film de cinéma je trouve).

À défaut, il ne restera plus qu'à se rabattre sur le DVD.

Amicalement,

Shin.