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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Australia

Australia

Réalisé par Baz Luhrmann, sorti le 24 décembre 2008

Avec Nicole Kidman, Hugh Jackman, David Wenham, Bryan Brown, Jack Thompson, Ben Mendelsohn, David Gulpilil, Brandon Walters ...

"À la fin des années 30, Lady Sarah Ashley (Nicole Kdman), une aristocrate anglaise hautaine et renfermée, arrive au coeur des paysages sauvages du Nord de l'Australie pour y rejoindre son mari qu'elle soupçonne d'adultère, et qui tente - sans succès - de vendre l'immense domaine qu'ils possèdent sur place : Faraway Downs. Elle ne tarde pas à découvrir que l'exploitation est au bord de la ruine et menacée par son propre contremaître, Neil Fletcher (David Wenham), un homme sans scrupules de mèche avec un puissant éleveur, prêt à tout pour précipiter la chute du domaine et s'en emparer. Pour sauver Faraway Downs, Sarah n'a pas d'autre choix que de s'allier à un "cow-boy" local un peu rustre connu sous le seul nom de "Drover" (Hugh Jackman), et de parcourir avec lui des milliers de kilomètres à travers les terres aussi magnifiques qu'inhospitalières du pays afin de mener jusqu'à Darwin 1500 têtes de bétail. Peu à peu transformée par la puissance et la beauté des paysages, touchée par la rencontre d'un jeune aborigène orphelin (Brandon Walters), Sarah découvre des sentiments qu'elle n'avait jamais éprouvés jusqu'alors...
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Mon avis
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Initiée en 1992 avec le virevoltant Ballroom Dancing, puis poursuivi en 1996 avec le shakespearien Roméo+Juliette, la bouillonnante "trilogie du rideau" de Baz Lurhmann prit fin dans un festival de sons et lumières en 2001 avec le flamboyant Moulin Rouge !. Bien que prenant place durant la Belle Époque, cette comédie musicale résolument moderne détonnait surtout par sa réorchestration exaltée de tubes contemporains et sa mise en scène clinquante. Nicole Kidman y endossait aussi l’un de ses plus beaux rôles ; brillant de mille feux et resplendissant autant que le plus précieux des diamants, exceptionnelle et si fragile à la fois. Depuis cette apothéose visuelle et musicale, le cinéaste n’avait plus rien tourné. Ou presque. Il y a effectivement bien eu quelques échos annonçant un biopic sur Alexandre Le Grand, mais le projet semble avoir désormais repoussé aux calendes grecques (à plus forte raison depuis qu’Oliver Stone a livré sa vision, avec le peu de succès que l’on sait). Voilà donc près de sept années que, hormis une luxueuse publicité pour Chanel en 2004 avec la sublime Nicole Kidman justement et le comédien Rodrigo Santoro (vu notamment dans Love Actually et la série LOST), Baz Lurhmann se montrait particulièrement rare.

 

Ayant toujours à cœur d’entraîner son public dans un tourbillon de sentiments généreux et dépaysant, celui-ci a pris une direction nettement plus nostalgique qu’à son habitude avec ce nouveau projet en forme de déclaration d’amour aux vieux films épiques ayant bercé son enfance et surtout à son pays natal. Spontanément, il fit donc de nouveau appel à sa muse cinématographique à laquelle il offrit le ténébreux Hugh Jackman pour partenaire. Ce qui tombe relativement bien étant donné que les deux acteurs ont justement grandi en Australie ; conférant d’emblée au film une affiche particulièrement alléchante. Que ce soit au niveau des moyens (financiers, techniques et humains), de sa structure (durée, mise en scène, casting) ou de ses intentions (épiques, émotionnelles et historiques), Australia s’impose également dès le premier coup d'œil comme un film incroyablement ambitieux. Un beau grand film riche de plus 150 minutes de spectacle époustouflant où l’émotion est omniprésente et où chaque plan relève de la prouesse technique. À ce titre, la charge des bestiaux (qui rappelle un peu celle des gnous dans Le Roi Lion de Disney), est un morceau de bravoure proprement impressionnant. Mais comme je le mentionnais un peu avant, s’inscrivant délibérément dans la lignée des grandes fresques cinématographiques qui ont jalonnées l'histoire telles que Le Docteur Jivago, Guerre et Paix ou Out of Africa, Baz Luhrmann a tout d'abord conçu son film comme un vibrant hommage au cinéma de Victor Fleming.

Australia

Hugh Jackman et Nicole Kidman : deux comédiens douchés par la grâce.


La relation mouvementée qu'entretiennent élégante Lady Ashley et le bourru Drover n'est en effet pas sans évoquer celle qui liait la distinguée Scarlett O'Hara et le rustre Rhett Butler du mythique Autant en emporte le vent. En outre, ces deux jeunes femmes de caractère appartiennent à de riches familles aristocratiques possédant d'immenses propriétés agricoles, et verront leur destin irrémédiablement lié aux tragédies de l'histoire (la seconde guerre mondiale pour l'un, la guerre de sécession pour l'autre). Les deux cinéastes partagent en outre le même amour des grands espaces et des romances compliquées. De plus, comment ne pas penser aussi au Magicien d'Oz (autre grande réalisation de Victor Fleming) lorsque le réalisateur nous convie à découvrir cette galerie de personnages attachants qui peuplent Faraway Downs ? Pas vraiment des héros, blessés par la vie, fragilisés par leur condition ou hantés par un passé trouble, ils vont néanmoins faire preuve d'un héroïsme hors du commun lorsqu'il s'agira de protéger leur "famille". Et puis, il y a évidemment le fameux (et magnifique) Somewhere over the rainbow dont la mélodie est souvent détournée pour accompagner le film ; ou même fredonnée par certains de ses protagonistes (sans parler des extraits du film de Victor Fleming qu'on peut également voir). Bien entendu, je serai un peu malhonnête si je n'avouer pas que le cinéaste fait parfois preuve de zèle et d'un certain manque de subtilité. Toutefois, si Baz Luhrmann sort la grosse artillerie, c'est surtout pour que cette épopée romanesque possède  l'envergure nécessaire.

Les personnages sont donc parfois très caricaturaux (je pense notamment à celui qu'interprète David Wenham), l'histoire d'amour peu originale (et quasi cousue de fil blanc) et les bons sentiments de rigueur (quitte à faire vibrer les violons par moment). Mais bon sang, quel spectacle ! Car Australia est avant toute chose un film d'une densité peu commune ; qui ne craint nullement les longs développements et prend le temps de poser son intrigue consciencieusement. Certains reprocheront d'ailleurs très certainement à Baz Luhrmann des longueurs peu utiles (la fin s'étire un peu trop, il est vrai), mais on ne peut décemment pas remettre en cause la sincérité de son implication (même s'il me semble évident qu'un tel long-métrage va diviser). Surtout en ce qui concerne sa volonté de mettre en lumière l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de son pays et de rendre hommage aux  "générations volées" (ces enfants métisses d'aborigènes et d’indigènes blancs que le gouvernement australien aura enlevé de force à leurs parents jusqu'à la fin des années 1960 avant de présenter tardivement des excuses publiques en 2008). Et avec les exigeantes contraintes qu'imposent une production d'une telle ampleur, le réalisateur est réellement parvenu à livrer une œuvre incarnée et audacieuse, qui possède le charme désuet des films d'autrefois tout en se distinguant nettement des productions récentes du même acabit. Ce qui fait, que malgré les défauts, les clichés ou les maladresses, on ne peut s'empêcher ici de rêver les yeux grands ouverts devant tant de beauté.


Australia

  Nicole Kidman : une poupée rousse dans une auberge espagnole nommée Faraway Downs.


Poétique, charmant et enivrant, Australia fait ainsi preuve d'une splendeur des images qui force le respect. Ce lumineux voyage sur grand écran au creux d'un territoire magnifique – qui aura étonnement été que trop peu filmé de la sorte – vaut franchement le déplacement dans les salles obscures. Ne serait-ce que pour apprécier pleinement le spectacle. Qu’il s’agisse de la charge d’un troupeau de bovins au bord d’une falaise en feu, du bombardement aérien et volcanique de la ville de Darwin par les troupes japonaises ou encore d’un sauvetage héroïque durant une nuit de cendre, les moments de bravoure ne sont pas rares. Plus généralement, les quelques cadres panoramiques qui subliment la somptuosité de ce continent lointain, tout comme les plans plus intimistes qui s’attardent sur un visage ou un regard, sonnent comme autant de claques visuelles et contribuent à faire d’Australia une expérience fascinante. Certes imparfaite, mais terriblement captivante. Et tant bien l’issue nous est connue, on se passionne aisément pour cette histoire d’amour impossible, contrariée par les jalousies environnantes et une guerre qui meurtrit le monde. D’autant que Baz Luhrmann n’est visiblement pas dupe concernant le caractère suranné et parfois grotesque de son film ; y ajoutant quelques touches de ce second degré parfaitement assumé qui parcourait déjà Moulin Rouge !.

À ce titre, la première partie (plus légère et décalée) est une franche réussite ; et on passe du rire aux larmes en un claquement de doigts. Les kangourous émerveillent ainsi l’ingénue Nicole Kidman (qui a d’ailleurs une irrésistible manière de l’exprimer, en VO tout du moins) au moins presque autant que le torse du divin Hugh Jackman (lors d’une douche pour le moins atypique). Faisant preuve d’une auto-dérision salvatrice, nos deux tourtereaux s'en donnent à cœur joie pour jouer de leurs charmes et enchanter les plus sensibles (et tant pis
ceux que les excès de sentimentalisme rebutent sont laissés sur le bord de la route). Aidé dans leur tâche par un casting plutôt enthousiasmant ; qu’il s’agisse des attachants résidents de Faraway Downs (avec une mention spéciale pour Jack Thompson et le jeune Brandon Walters) ou des "gueules" qui peuplent Darwin (avec notamment un Bryan "F/X" Brown charismatique en diable). Et de fait, les acteurs concourent largement à faire d’Australia un divertissement qui inspire toute notre sympathie. Et ce, en dépit même de ces petites choses qui agacent. Comme ce dénouement en forme de happy-end surprenant de la part d’un cinéaste aux inclinations habituellement si tragiques (Roméo+Juliette, Moulin Rouge !). Toute la partie après le bal, et qui fait suite à l’attaque surprise de l’armée japonaise, m’a d’ailleurs moins convaincue ; rappelant alors la lourdeur dont faisait parfois preuve Pearl Harbor (en moins pénalisant quand même). Il ne s’agit cependant que d’un très léger bémol qui ne parviendra certainement pas à entraver le plaisir ressenti devant un long-métrage bien au-dessus de la moyenne (qui ne méritait vraiment pas que l'on s'acharne autant sur lui) et qui ne pouvait pas sortir à un meilleur moment que pendant les fêtes de fin d’année. Pareil à un gros gâteau de Noël : un peu lourd à digérer, mais qu'on engloutit toutefois non sans plaisir gourmand !

 

Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Wilyrah 31/01/2009 12:22

Je l'ai bien aimé ce film. Peut-être suis indulgent, je ne sais pas, mais je le trouve bien foutu. Il a les défauts que tu décris, nous sommes assez d'accord. Je ne sais pas si tu avais lu ma fiche sur ce film, mais j'ai l'impression qu'on en tire la même impression ;)Bonne continuation, à bientot !

Shin 02/02/2009 13:45



Bonjour Wilyrah,

Effectivement, j'ai lu ta chronique. Je me demandais d'ailleurs en écrivant "un beau grand film" où j'avais lu cette formule. Je pensais l'avoir emprunté à un magazine, mais finalement
c'est bien ton billet qui m'a laissé cette reminiscence. J'espère que tu me pardonneras cette réutilisation involontaire ! ^__^

Sinon, effectivement, nos avis se rejoignent grandement (en vérifiant, je m'aperçois d'ailleurs que je t'avais laissé quelques mots ^__^).

Amicalement,

Shin.



Vlad 30/01/2009 23:11

Un film a voir absolument au cinéma. C'est beau, c'est beau, c'est beau et que dire d'autres ? Ah oui c'est beau :) Non sérieusement la mise en scène est superbe, le jeu des acteurs impeccable mais bon sang qu'est ce que c'est long et prévisible. A force d'etirer son film luhrman aurait pu surfer sur la mode du moment à savoir le dyptique et faire son australia en deux partie tant il y a deux histoire différentes. Malgré la beauté visuel et la réussite générale de l'oeuvre, le scénario prévisible dès les premières secondes font que j'ai quand même trouvé le temps long mais ca reste un film à voir que je ne regrette pas d'avoir vu en salles.

Shin 02/02/2009 12:44



Bonjour Vlad,

Je suis d'accord avec toi sur le fait qu'il s'agisse d'un film de cinéma. D'accord aussi sur la longueur un peu gênante du film (je pense que le film aurait pu s'arrêter après le bal, le
reste me semble superflu). En revanche, je ne l'ai pas trouvé si prévisible que cela. Au contraire, connaissant les penchants du cinéaste pour les fins tragiques, je ne m'attendais à une fin
si heureuse. À part cela, c'est un effectivement magnifique.

Amicalement,

Shin.



Elodie 30/01/2009 11:58

Tout à fait d'accord avec toi, enfin en gros ! personnellement Luhrmann a réussi à me faire me demander jusqu'à la fin si l'histoire allait bien finir ou non. Comme tu l'as dit, il nous a habitués à des tragédies dans Romeo+Juliet et Moulin Rouge!, mais à une happy end dans Balroom Dancing...Un très bon moment

Shin 02/02/2009 12:41



Bonjour Elodie,

Même si Baz Luhrmann n'est pas parvenu à renouveler l'exploit de Moulin Rouge !, j'a trouvé que la magie opérait toujours. Et bien que je reconnaisse que le film n'est pas exempt de
quelques défauts (un épilogue pas franchement utile par exemple), j'ai tout de même passé un très bon moment devant Australia. C'est bien le principal, je trouve.

Amicalement,

Shin.