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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 23:00
Légendes d'Automne
Réalisé par Edward Zwick, sorti le 5 avril 1995
Titre original : Legends of the Fall
   
Avec Brad Pitt, Aidan Quinn, Henry Thomas, Anthony Hopkins, Julia Ormond, Paul Desmond, Gordon Tootoosis, Karina Lombard ...

"Au cœur des contrées sauvages du Montana, trois frères, Alfred (Aidan Quinn), Tristan (Brad Pitt) et Samuel (Henry Thomas) sont élevés par leur père, le colonel William Ludlow (Anthony Hopkins), et ses amis indiens. Un jour, Samuel, le plus fragile, présente sa ravissante fiancée, Susannah (Julia Ormond), à sa famille. Les trois jeunes hommes s’engagent dans la première Guerre Mondiale. Samuel ne reviendra pas du champ de bataille. À leur retour, Tristan et Alfred se battent pour conquérir le cœur de la belle veuve..."


   
Mon avis (grand film) :  L'image “http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_bof.gif?t=1201078413” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
   


   
Malgré son très beau casting, Légendes d'Automne est un film que j'abordais avec une certaine appréhension. Je craignais en effet – comme pourrait le laisser supposer son synopsis – qu'il ne s'agisse seulement d'une bête histoire amour contrariée entre une femme et deux frères. Je redoutais déjà la lourdeur de cette saga familiale façon "téléfilm du dimanche après-midi" avec son folklore indien à la Dr Quinn, femme médecin. Et pour être tout à fait honnête, les premières minutes de ce long-métrage m'ont fait assez peur. Heureusement, derrière son aspect "romance en costumes" (genre que j'exècre en temps normal), ce que raconte long-métrage de Edward Zwick s'avère bien plus intéressant que cela. Passé son premier chapitre, la suite du film (qui intervient après la tragédie ayant lieu sur le champ de bataille) s'aventure en effet vers une direction tout à fait inattendue. L'histoire nous est racontée à travers la voix d'un vieux chef indien Cree et son récit est celui de la désillusion face à l'arrivée de la civilisation américaine moderne. Le prologue nous présente ainsi le patriarche de la famille, le colonel William Ludlow, qui combattu durant les guerres amérindiennes. Celui-ci refuse d'être le complice d'un gouvernement dont il juge le comportement envers les Indiens qu'on a trahit, chasser de leur terres, et même massacrés – complètement écœurant. Un peu à la manière du Lieutenant John Dunbar dans le film Danse avec les loups de Kevin Costner, cet officier de carrière a donc préféré se retirer loin de l'immoralité et de la barbarie du monde civilisé pour aller s'installer au beau milieu des terres sauvages du Montana en compagnie de son ami Un Coup ("One Stab" en VO), un indien Cree rescapé, et de Decker, un déserteur ayant épousé une indienne Cree. C'est ici qu'il a construit un ranch dans lequel on grandit ses trois fils : Alfred l'ainé qui semble le plus réfléchi et ambitieux, Tristan le rebelle qui a été élevé dans les traditions indiennes, et Samuel le cadet qui a la tête est remplie d'idéaux.

Ce sont d'ailleurs les idéaux du jeune Samuel, sa vision naïve (comme il se l'avouera lui-même par la suite) sur la société moderne naissante, qui le pousseront à aller s'engager dans la premier conflit militaire industrialisé de l'histoire mondiale. Et le vieux colonel William Ludlow –
qui sait pourtant combien la guerre peut s'avérer absurde et comment les belles promesses peuvent s'envoler au vent des champs de bataille – se retrouve malheureusement impuissant face à la détermination de son jeune fils. Samuel (interprété par Henry Thomas, qui a bien changé depuis l'époque où il incarnait le jeune Elliott dans E.T. l'extraterrestre) est persuadé que sa décision est juste et veut, tout comme son père l'avait fait avant lui (lorsqu'il n'avait pas encore abandonné toutes ses illusions sur le monde civilisé), combattre avec fierté pour ce pays dont la cause lui semble juste ; embarquant avec lui ses deux grands frères qui cherchent avant tout à protéger l'enfant chéri de la famille. Légendes d'Automne quitte alors les magnifiques paysages du Montana (la photographie de John Toll – qui recevra un Oscar pour ce film – est somptueuse) pour aller s'engager sur les terres inhospitalières d'une Europe ravagée par la Première Guerre mondiale. On pourra alors remarquer que Edward Zwick a parfaitement su tirer parti de son budget serré de 30 millions de dollars ; soit moitié moins que celui de Entretien avec un vampire (également avec Brad Pitt et qui sortira l'année suivante). Il nous livre en effet des scènes de batailles dans les tranchées particulièrement réalistes (avec ces corps tombant comme des mouches, meurtris par les rafales de balles et les explosions de grenade), mais qui ne sont pas non plus dénué d'un certain onirisme surprenant (comme lorsque l'on voit apparaître ces soldats allemands montés sur des chevaux portant d'étranges masques à gaz ; ou lorsque Samuel se retrouve perdu au milieu des jets de balles, des nuages de fumées et de murs de barbelés en criant le nom de son frère).

Légendes d'Automne
Destins violés.

Mais si drame il y a bien dans Légendes d'Automne, il concerne tout d'abord le personnage incarné par Anthony Hopkins (très touchant dans la peau de ce père au caractère entier). Durant toute sa vie (ou du moins depuis que après avoir pris conscience de l'horreur dont le gouvernement américain pouvait être capable il se soit réfugié dans ce coin reculé du nord-ouest des États-Unis), William Ludlow n'a eu de cesse d'échapper aux lois de son pays en y opposant ses propres valeurs (prenant le partie des Indiens, accueillant un fugitif, éduquant une femme métisse, et allant même jusqu'à prendre les armes). Mais ce pays dont il cherche tant à fuir la civilisation destructrice finira par le rattraper à travers ses proches. Il y a d'abord sa femme qui, ne supportant pas de vivre aussi loin de la société civilisée, s'éloignera de lui. Puis son plus jeune fils qui lui sera tragiquement enlevé pour avoir justement voulu défendre ce monde civilisé. Et enfin son aîné qui intégrera littéralement ce système civilisé en choisissant d'aller vivre en ville et en y devenant politicien (marquant dès lors l'opposition tant physique que moral entre le père et son fils), et subira lui-aussi les revers de cette civilisation corrompue. Seul Tristan, cet enfant rebelle qui est resté proche de la nature (en témoigne sa relation particulière avec le grizzli), semble aspirer à vivre aussi loin que possible de la civilisation ; jusque dans sa vie sentimentale (s'éloignant de l'américaine Suzanah – magnifique Julia Ormond, dont la beauté naturelle m'a parfois fait penser à Kate Beckinsale ; ce qui n'est pas le moindre des compliments lorsque l'on connaît mon affection pour la sublime anglaise – pour se rapprocher de l'indienne Isabelle Deux incarnée par la non moins jolie Karina Lombard, qui aurait par ailleurs fait une Pocahontas admirable). Mais l'expérience de la civilisation n'a pas épargné Tristan non plus ; lui le gardien d'un frère qu'il n'a pas su protéger ; lui l'indomptable ours sauvage solitaire condamné à l'exil ou à l'exclusion pour ne pas avoir voulu se soumettre aux lois d'une Amérique dans laquelle il ne se reconnait pas. En pleine crise identitaire, on le verra d'ailleurs essayer de se retrouver lui-même en s'échappant dans les coins les plus reculés de la planète .

À ce propos, il y a un passage magnifique, très symbolique, qui se situe juste après la disparition de son frère. On voit alors Tristan repousser d'un coup le gentilhomme américain civilisé qu'il essayait d'être sur le champ de bataille (il taquine même son frère comme si la guerre n'était alors qu'un jeu) en redevenant l'ours sauvage aux pratiques indiennes ancestrales (il prépare sa vengeance en se recouvrant le visage de sang). Particulièrement bien mise en scène, cette séquence – l'une des plus violentes du long-métrage – m'a d'ailleurs fait songer par sa radicalité et son caractère iconique – Tristan revenant au camps avec le scalp de ses victimes – au formidable Braveheart de Mel Gibson (ce qui est peu surprenant lorsque l'on sait que le directeur de la photographie John Toll, le monteur Steven Rosenblum et le compositeur James Horner ont travaillé sur les deux films).
Si Johnny Depp qui a un temps été  envisagé pour ce rôle aurait sans doute été excellent, mais il faut bien reconnaître que Brad Pitt ne démérite vraiment pas en livrant une prestation émouvante et écorchée qui n'est pas sans évoquer son rôle dans le sublime Et au milieu coule une rivière de Robert Redford (où déjà il prenait le partie des Indiens). Il parvient remarquablement à rendre palpable cette dualité qui empoisonne l'esprit de son personnage ; celui qui ne parvient pas à être civilisé (refusant un mariage avec cette jolie citadine lettrée et se livrant à cette contrebande comme pour "baiser" dans sa propre corruption un État qu'il méprise autant que son père), et qui n'est pas davantage capable de contrôler sa nature sauvage (s'adonnant à la débauche, au braconnage, aux massacres et à la vengeance sanguinaire). C'est en revivant le trauma de la disparition de son frère devant le spectacle d'un animal blessé qu'il va complètement sombrer. Et ce n'est qu'à la toute fin du film que, ayant accepté la part de ces deux mondes qu'il porte en lui, il trouvera enfin la paix (la dernière scène n'est évidemment pas dénuée de sens).

Légendes d'Automne
Un cœur invaincu.

Un Coup – qui assure la narration avec le recul d'un regard postérieur
– compare à un moment la belle Suzanah à de "l'eau qui gèle et brise le rocher" ; mais il ne la rend pas pour autant fautive de l'explosion de la fratrie. Telle l'eau gelant au contact de la roche, elle n'est pas tenue responsable de son éclatement. Mais son cœur aussi se remplit de froid au contact des hommes. Dans la dureté du monde sauvage tout comme dans la brutalité de la société civilisé, la barbarie de l'homme épargne rarement les femmes. Légendes d'Automne s'achève à la manière d'un western crépusculaire et annonce la mort d'un mythe ; qui n'est autre que celui de l'Ouest Sauvage. Chevaux et voitures coexistent encore, mais plus pour très longtemps.  Face à ce progrès qui ne cesse de gagner du terrain, le désir de liberté trouve de moins en moins d'espace. Le cow-boy solitaire continue encore le combat, mais sa destruction semble programmée. Le héros insoumis – comme son père avant lui – sait que son monde est voué à disparaître, mais il se refuse à abandonner les armes. Il est intéressant de noter que Un Coup qui se refuse tout le long du film à parler anglais et continue à s'exprimer en langage Cree raconte à présent cette histoire dans la langue des hommes civilisés ; comme s'il avait lui aussi finalement renoncé à la lutte face à la marche irrésistible du progrès. Même si le sens des dernières paroles qu'il prononce montre bien qu'il n'a pas pour autant mis de côté le libre sauvage qui vit au fond de lui.

C'est dans son mélange subtil des genres – navigant entre le drame, la romance, le film de guerre et le western
que le long-métrage de Edward Zwick parvient à constamment renouveler l'intérêt du spectateur, mais aussi que sa critique de la civilisation moderne – avec ces guerres absurdes et ses hommes avides trouve écho auprès d'un plus large public (chacun y trouvant ainsi son compte selon ses propres affinités avec tel ou tel genre). En seulement deux heures (une durée relativement courte compte-tenu son ambition), Légendes d'Automne prolonge ainsi le message qui émergeait déjà de Glory  ; amorçant par la même certains films que le cinéaste réalisera ensuite – tels que Le Dernier Samouraï ou Blood Diamond  – et illustrant de bien belle façon (via une mise en scène soignée et un casting impeccable) la fibre humaniste de son auteur.


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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commentaires

ideyvonne 07/11/2013 17:20


Oui, on aurait pu croire à un film 'gnangnan' mais ce n'est point le cas!!! Le film se regarde sans ennui car on adopte son rythme au fur et à mesure de l'histoire. Tous les
protagonistes sont infiniment justes dans l'interprétation de leurs rôles et pour couronner le tout, il y a de superbes paysages


Un classique à ne pas manquer donc!

dasola 06/09/2013 17:36


Rebonjour Shin, c'est un film que j'ai vu au moins deux fois en salle, beau mélodrame avec des comédiens qui convient bien aux rôles. Brad Pitt est craquant et j'aime beaucoup Julia Ormond. Bonne
fin d'après-midi.

Shin 13/09/2013 19:27



Je l'ai découvert seulement sur le tard, mais j'imagine sans mal le bonheur de découvrir un film aussi cinématographique sur grand écran !

J'aime beaucoup Julia Ormond aussi ; elle n'a pas eu la carrière qu'elle aurait mérité.



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