Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 00:00
Les MisérablesRéalisé par Tom Hooper, sorti le 13 février 2013

Avec  Hugh Jackman, Russell Crowe, Anne Hathaway, Amanda Seyfried, Helena Bonham Carter, Sacha Baron Cohen, Eddie Redmayne, Aaron Tveit ...

"Dans la France du 19e siècle, une histoire poignante de rêves brisés, d'amour malheureux, de passion, de sacrifice et de rédemption : l'affirmation intemporelle de la force inépuisable de l'âme humaine. Quand Jean Valjean (Hugh Jackman) promet à Fantine (Anne Hathaway) de sauver sa fille Cosette (Amanda Seyfried) du destin tragique dont elle est elle-même victime, la vie du forçat et de la gamine va en être changée à tout jamais..."

 


Mon avis
(pas terrible) :
 
 

   

Publié pour la première fois en 1862, le plus célèbre des romans de Victor Hugo sera adapté en comédie musicale par Alain Boublil (aux textes) et Claude-Michel Schönberg (à la musique) près d'un siècle et demi plus tard. Mis en scène de Robert Hossein, le spectacle Les Misérables est donc créé en septembre 1980 au Palais des Sports de Paris. Mais c'est surtout son adaptation anglaise produite par Cameron Mackintosh qui permit à cette comédie musicale d'atteindre une notoriété mondiale. Un premier temps présentée à Londres en 1985, avant d'enflammer les planches de Broadway, le musical Les Misérables est depuis jouée de manière ininterrompue de par la monde ; ce qui constitue un véritable record de longévité. Bon, mettons tout de suite les choses au clair. Bien que le film de Tom Hooper partage son titre, ses personnages et une partie de son intrigue avec le chef-d'œuvre de Victor Hugo, son long-métrage n'est nullement une adaptation de ce classique intemporelle de la littérature. En effet, Les Misérables de Tom Hooper n'est à l'évidence ni plus ni moins qu'une transposition filmée de la comédie musicale de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil (du moins, de sa version anglaise) ; l'ouvrage de référence ayant donc été réduit pour l'occasion à ses passages les plus emblématiques et à ses séquences les plus émouvantes afin de satisfaire aux attentes des habitués du genre ; permettant par la même sans doute à un plus large public de s'y retrouver. Celui qui cherche ici à retrouver l'esprit de l'auteur de Notre-Dame de Paris risque donc fortement d'être effroyablement déçu...

 

Il est donc tout aussi vain d'essayer de comparer ce film musical avec les autres adaptations cinématographiques, plus classiques, qu'a connu Les Misérables. En même temps, que Les Misérables de Tom Hooper ne tienne pas une seconde la comparaison avec le livre, c'était totalement couru d'avance. Les adaptations plus classiques y parviennent déjà assez rarement. Mais, compte tenu des impératifs inhérents à la construction même d'une comédie musicale, dont ce (très) long-métrage s'efforce de reproduire assez scolairement les codes, c'était carrément mission : impossible. Pourtant, les producteurs du film ont vraiment mis les petits plats dans les grands pour que leur bête de concours soit la plus prestigieuse qui soit ! Outre la présence de l'oscarisé Tom Hooper – meilleur réalisateur et meilleur film pour Le Discours d'un Roi derrière la caméra, les plus grandes stars d'Hollywood ont ainsi été conviées pour tenter de faire scintiller d'étoiles les yeux d'un maximum de spectateurs et faire pleuvoir une pluie de récompenses sur cette grosse machine, en apparence, parfaitement huilée. Au côtés des superstars Hugh Jackman, Russell Crowe et Anne Hathaway, on retrouve donc les étoiles montantes Amanda Seyfried et Eddie Raymane, ainsi que des valeurs sûres telles que Helena Bonham Carter ou encore Sacha Baron Cohen dans des rôles plus secondaires. Mais, au-delà de tout ce petit monde, de ce casting prestigieux et des personnages créés par l'immense Victor Hugo, les véritables vedettes du film – comme dans toute comédie musicale qui se respecte – ce sont les chansons. Et c'est justement là où le bât blesse.

 

Les Misérables
"Valjean ! T'es qu'un pédé !!"

 

Intégralement chanté, et avec comme ligne directrice la volonté de capter les "performances" vocales des comédiens directement durant le tournage, Les Misérables selon Tom Hooper a tout de l'entreprise suicidaire. Car, quand je dis que le film est intégralement chanté, je n'exagère nullement. Il est, en effet, intégralement chanté. De A à jusqu'à Z. Même les textes les plus basiques qui sont censés faire avancer l'histoire (pourtant simplifiée à l'extrême) sont chantés. Jusqu'au moindre détail le plus insignifiant. Du style : « Javeeeeeert, je m'appelle Javeeeeeert !! » ; « N'oublie pas mon noooooom !! » ; «  Je prends deux sucres avec mon caféééééé !!   ». Et je ne parle même pas des inserts en français, prononcés avec un accent pas possible. Il m'a bien fallu dix minutes pour comprendre qui était ce "Michou L'amer" dont tout le monde ne cesse de parler. Bon, en fait, il s'agissait de "Monsieur, le Maire"... Et que penser lorsqu'une dizaine d'américains grimés en révolutionnaires glam-chic de chez John Galliano se mettent à beugler "Viveuh lé France !" dans un français plus qu'approximatif. Franchement, comment voulez-vous que ça soit crédible une seule seconde ? Ah, il doit être tellement fier de la qualité des textes l'auteur des Contemplations ! Qui plus est, en refusant l'enregistrement studio et la post-synchronisation, le réalisateur a inévitablement contraint à pousser les acteurs à chanter comme ils le pouvaient (et souvent pas très bien) durant des journées entières ; cela contribuant d'autant plus à user leurs cordes vocales et empirer, un peu plus encore, leurs prestations à l'écran. Comme si cela n'était déjà pas suffisant que les chansons soient si insipides qu'elle ne parviennent pas à faire passer la moindre émotion ; renforçant la très désagréable impression que l'interprétation des acteurs est aussi mauvaise que celle d'un obscur soap mexicain...

 

Car, à l'évidence, la plupart des acteurs en présence ne sont pas très à l'aise avec le chant et ça se ressent. Ce n'est d'ailleurs pas tant qu'ils chantent mal. Mais, entre les trémolos insupportables de Hugh Jackman et les horripilants gargarismes de Russell Crowe – qui chantent donc globalement justes  mais possèdent des timbres de voix chiantissimes, les deux heures et demi d'écoute de ce calvaire auditif se font plus douloureux encore à chaque minute qui passe. La "qualité" plus que médiocre de leurs chants est d'ailleurs d'autant plus flagrante lorsque ceux-ci enchaînent après un autre interprète plus confirmé (à l'instar de l'émouvant Colm Wilkinson – qui prêtait ses traits au personnage de Jean Valjean à Broadway et incarne ici le bienveillant Évêque Myriel, la troublante Samantha Banks – qui reprend avec brio le rôle d'Éponine qu'elle interprétait déjà depuis deux ans sur les planches, et surtout le jeune Daniel Huttlestone – qui a débuté sa carrière dans la comédie musical Oliver! et campe ici un irrésistible Gavroche). Parmi les "non-chanteurs" professionnelles, il n'y a bien que Anne Hathaway qui ne soit pas totalement ridicule, et même presque touchante, en Fantine (malgré ses grands yeux de biche effarouchée). Globalement, j'ai quand même trouvé les choix de casting assez douteux. Hugh Jackman n'a pas l'épaisseur suffisante pour incarner Valjean (difficile en même temps de passer derrière Jean Gabin, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo ou encore Liam Neeson – précédents interprètes du célèbre bagnard). Russell Crowe n'a pas du tout le physique de l'emploi (je reste persuadé que Paul Bettany, longtemps pressenti, aurait été bien plus convaincant que le trop massif Maximus). Et je ne parle même pas des transparents Amanda Seyfried et Eddie Redmayne en puceaux amoureux cul-cul la praline... Franchement, qui est le con qui est allé nous dénicher ce rouquemoute anoxerique et constipé pour en faire le grand play-boy torturé et romantique, genre qui fait rêver les ménagères !?

 

Les Misérables
Cosette au Pays des Merveilles.

 

Mais, ce qui choque le plus dans ce naufrage, c'est que – malgré une direction artistique et une photographie d'assez bonne facture (un minimum tout de même, pour une production de cette envergure) – Tom Hooper enferme son récit dans une mise en scène ultra-théâtralisée à base de gros plans fixes insistants pour surligner l'émotion et que sa notion du montage semble totalement inexistante. De fait, toutes les chansons excédant les trente secondes semblent filmées de la même façon. On y voit généralement le visage plein écran de l'acteur qui s'époumone devant un arrière-plan flou (de telle façon que les décors en deviennent quasiment imperceptibles), durant cinq minutes, sans coupe ou presque, comme s'il s'agissait d'une vulgaire captation télévisée du Roi Soleil... Résultat : l'histoire avance trente secondes, puis se fige durant cinq minutes, puis avance à nouveau trente secondes, avant de se figer encore cinq minutes pour la chanson qui suit, etc. Non contente d'être particulièrement lourde et répétitive sur deux heures trente de film, cette narration ô combien laborieuse oblige Tom Hooper à zapper des séquences dramatiques importantes ou à les survoler que bien trop furtivement (l'auto-dénonciation de Jean Valjean / Monsieur Madeleine par exemple). Même si le roman original n'était visiblement pas la source d'inspiration principale du réalisateur, les spectateurs qui n'ont jamais lu Victor Hugo risquent bien de ne pas comprendre grande chose aux ressorts dramatiques du scénario tant celui-ci se veut elliptique. Pire, alors que les comédies musicales se caractérisent généralement par l'énergie et l'impression de mouvement qui s'en dégagent, Les Misérables selon Tom Hooper s'avère affreusement statique. Même lorsque celui-ci essaie d'insuffler artificiellement de l'action et de l'épique à l'aide de plans obliques foireux et de cadrages supposément iconiques, il échoue laborieusement. C'est bien beau de vouloir reproduire les peintures historiques de Hippolyte Lecomte ou Eugène Delacroix mais, à ce je sache, un roman-photo de tableaux mis bout à bout n'a jamais fait un film (et à plus forte raison lorsque d'immondes effets visuels dénature complètement cette volonté). Or, du fait de son montage particulièrement mollasson, Les Misérables manque cruellement de rythme.

 

Si l'académisme vieillot du réalisateur seyait assez bien à un film comme Le Discours d'un Roiqui ne méritait toutefois pas tant d'Oscars (surtout lorsque l'on sait qu'il était face un modèle narratif tel que The Social Network), sa construction assez théâtrale permettant ainsi de laisser libre court aux excellents numéros d'acteurs, il n'est absolument pas adapté à un long-métrage comme celui-ci. Pour en avoir déjà vu plusieurs, je ne doute pas des qualités de la comédie musicale originale. Mais, ce qui fonctionnait très probablement sur les planches semble avoir eu bien du mal à traverser l'écran. Ne parvenant à atteindre ni la candeur d'un Jacques Demy (Les Demoiselles de Rochefort), ni la frénésie d'un Baz Luhrmann (Moulin Rouge!), et encore moins la maîtrise technique d'un Robert Wise (West Side Story), Les Misérables de Tom Hooper ne présente que peu d'intérêt et n'offre qu'un bien maigre substitut à ceux qui n'auront pas pu découvrir le spectacle original sur scène (autant justement voir une captation télévisée dudit spectacle...). Qui plus est, non content d'être une ennuyeuse et insipide version de la comédie musicale de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, Tom Hooper se vautre aussi dans l'hommage à Victor Hugo que son film, à défaut, aurait pu être. Cette tragédie musicale s'enfonce en effet trop souvent dans un comique assez maladroit – notamment les passages avec Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter qui cabotinent comme c'est pas permis en Thénardiers hystériques et multicolores échappés d'un mauvais film de Tim Burton. Un humour qui, en outre, ne parvient que trop rarement à produire le moindre effet. D'accord, j'admets avoir souri lorsque Thénardier confond le prénom de Cosette et la surnomme "Courgette" (la fatigue a fini par me faire perdre pied !), mais convenons que ceci n'a que peu avoir avec la noirceur attendue d'une adaptation de ce monument de la littérature réaliste et sociale. Sans parler de l'omniprésence de la question religieuse que j'ai trouvé assez soulante aussi. Malgré les jolis effets de maquillage et de coiffure opérés sur Hugh Jackman, je commençais à avoir sérieusement marre sur la fin de son martyr et de son désir d'impossible rédemption. Je ne suis pas certain que Victor Hugo aurait voulu qu'on souhaite aussi ardemment la mort de son personnage le plus emblématique...


 

Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

Partager cet article

Repost 0

commentaires

robin 06/03/2013 19:01


je suis étonné de ta critique , moi j'ai beaucoup apprécié !

Shin 26/03/2013 17:55



Franchement, j'ai trouvé ce film vraiment désagréable. Pour être honnête, il est quand même moins pire que je ne me l'étais imaginé (vu la bande-annonce et le concept). Mais bon, entre les
"prestations" vocales plus qu'approximatives de Jackman et Crowe, la fadeur de Seyfried et Redmayne, la trahison totale de l'essence du roman de Hugo (la blague sur "Courgette",
non mais sérieusement...) et l'absence de toute ambition cinématographique (à base de plans fixes interminables et de cadres maladroits)... Non, vraiment, ce n'est pas possible.



Wilyrah 05/03/2013 08:50


Je n'ai pas eu le temps et le courage :/

Shin 26/03/2013 17:59



Et tu as bien fait !



À propos du blog

LA SHINÉMATHÈQUE
  La Shinémathèque
« La connaissance s'accroît en la partageant.»

s :  CINEMA ACTUALITE MUSIQUE BLOG MANGA CINEMA / TV LA SHINEMATHEQUE
:
Bienvenue dans mon humble chez moi ! J'espère que le voyage nous plaira et vous donnera envie de revenir et, pourquoi pas de participer. Qu'il s'agisse de cinéma, de séries, de musique ou d'autres absurdités, je serai toujours ravi de lire vos avis ; qu'ils soient positifs... ou négatifs ! ;-)

Rechercher

La Pin-up du mois

  La Pin-Up du mois

 

         VOIR TOUTES LES PIN-UP   

Les Listes du Shinéphile

Dans le compteur

          Déjà

      visiteurs !

 

Actuellement, il y a curieux sur ce blog...