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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Valérian et la Cité des mille planètes

Réalisé par Luc Besson, sorti le 26 juillet 2017

Avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Sam Spruell, 
Herbie Hancock, Ethan Hawke, Rihanna, Alain Chabat...

"Au 28ème siècle, Valérian (Dane DeHaan) et Laureline (Cara Delevingne) forment une équipe d'agents spatio-temporels chargés de maintenir l'ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense (Herbie Hancock), le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha - une métropole en constante expansion où des espèces venues de l'univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d'Alpha, une force obscure qui menace l'existence paisible de la Cité des mille planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l'avenir de l'univers..."



Mon avis (Excellent) :  http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif
 

Luc Besson est un personnage véritablement à part dans le paysage cinématographique français. Génie pour les uns, imposture pour les autres, le cinéaste a tendance à exacerber toutes les passions. Car s’il est le réalisateur visionnaire de Subway, Le Grand bleu ou Nikita, Besson est également le producteur un brin roublard de franchises aussi lucratives qu’insipides sur le long terme telles que Taxi, Taken ou Transporteur ; des "marques" que Besson aura toujours eu le mauvais goût d’exploiter jusqu’à plus soif (à grands coups de séries, remakes, et autres séquelles de trop). Mais qu’on l’adule ou qu’on le déteste, impossible de ne pas voir en Luc Besson un acteur majeur du cinéma hexagonal ; et au-delà même de nos frontières. Qu’il s’agisse de ses propres longs-métrages (du Dernier Combat à Léon) ou de ceux qu’il a produit pour les autres (et la liste est aussi longue que hétéroclite : Ne pas avaler de Gary Oldman, Les Côtelettes de Bertrand Blier, Haute Tension de Alexandre Aja, Danny The Dog de Louis Leterrier, Trois enterrements de Tommy Lee Jones, Dikkenek d'Olivier Van Hoofstadt, Quand j'étais chanteur de Xavier Giannoli, Ne le dis à personne de Guillaume Canet, Frontière(s) de Xavier Gens, Home de Yann Arthus-Bertrand, I Love You Phillip Morris de Ficarra & Requa…), Besson a irrémédiablement marqué le septième art. Et ce, malgré les quolibets d’une certaine presse française dite spécialisée. Ainsi peut-on s'amuser de voir l’accueil reçu par un film comme Banlieue 13 de Pierre Morel ; largement moqué pour son scénario poussif et son jeu d’acteur approximatif chez nous, quand Hollywood y voit surtout une démonstration technique de premier plan qui ira jusqu’à inspirer à Martin Campbell l’introduction remarquable et remarquée de son Casino Royale, où s'était d'ailleurs illustré l’athlétique Sébastien Foucan (co-fondateur du parkour avec David Belle, héros dudit Banlieue 13).

Pour ma part, si je reste très friand de la première partie de carrière de Luc Besson – un quasi sans faute en ce qui me concerne jusqu'à Jeanne d'Arc (son dernier grand travail de metteur en scène, malgré des défauts scénaristiques déjà pénalisants ; et oui, je m'éclate comme un fou devant le bordélique Cinquième Élément !) – je suis déjà plus dubitatif sur la suite. Car si Luc Besson est devenu un producteur avisé dont le succès public n'est plus à démontrer depuis une dizaine d'années (cf. la saga des "3T" citées plus haut), aucun des longs-métrages qu'il a réalisé depuis l'incompréhensible Angel-A ne m'a vraiment convaincu. Le summum ayant été atteint à mes yeux (qui en saignent encore) avec l'abominable Lucy ; succès commercial colossal pour un film d'une connerie abyssale (voir Scarlett Johannson mal jouer une clé USB à perruque surboostée entre deux stock-shots animaliers, merci mais non merci). C'est donc peu dire si j'attendais son adaptation d'une œuvre aussi fondamentale que Valérian avec une appréhension assez grande. Vendue dans le monde à plus de dix millions d'exemplaires, la bande-dessinée créée dans le défunt magazine Pilote en 1967 par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières aura également été une source d'inspiration majeure pour bien des créateurs d'univers imaginaires. D'aucuns auront d'ailleurs remarqué la similitude esthétique assez troublante entre celle-ci est la saga Star Wars initiée par George Lucas dix ans plus tard (qu'il s'agisse du design du Faucon Millénium ressemblant au vaisseau XB 982, de la tenue d’esclave de Leïa très proche de celle portée par Laureline, de l’apparence du Grand Moff Tarkin semblable à l’ambassadeur de la Terre sur Point Central, de l'apparence de Dark Vador ou encore de la cryogénisation de Han Solo qui trouvent également leurs équivalents dans la BD). *

Valérian et la Cité des mille planètes
Ces petits riens, qui me venaient de vous...

Pour en revenir à Valérian et la Cité des mille planètes, malgré toutes les réserves qu'il est possible d'avoir envers le patron d'EuropaCorp, force est de constater qu'il aura su mettre le paquet pour offrir à l'œuvre de Christin & Mézières un écrin à sa digne mesure : avec près de 200 millions d'euros de budget, le seizième long-métrage de Luc Besson est de loin le film le plus cher du cinéma français ; mais aussi européen. Des moyens financiers colossaux qui rivalisent clairement avec les mastodontes hollywoodiens, et que seul Besson était capable de déployer pour sa folle ambition de jeunesse. Car, entre Luc et Valérian – ou plutôt Luc et Laureline – c'est une histoire de très longue date. Fou amoureux de l'héroïne française depuis qu'il la découvrit dans les pages de feu Pilote à l'âge de dix ans, Besson n'aura alors eu de cesse d'espérer une adaptation cinématographique ; qu'il finira par réaliser lui-même près de cinq décennies plus tard (la BD fête d'ailleurs son cinquantenaire en 2017). Dès 1991, le cinéaste français demande ainsi à Jean-Claude Mézières – et à un autre maître du genre : l'immense Jean Giraud, alias Mœbius – de travailler à la conception graphique du film qu'il a alors en projet : Zaltman Bléros. Durant toute l'année 1992, Mézières met de côté la nouvelle aventure de Valérian, sur laquelle il est en train de travailler, et commence à dessiner différents croquis préparatoires en reprenant bon nombre d'idées qu'il avait imaginé pour sa bande-dessinée. Mais début 1993, le projet de Besson est annulé. Celui tourne alors Léon, tandis que Mézières termine Les Cercles de pouvoir ; dans lequel les personnages emprunteront un métro aérien et autour duquel graviteront des taxis aériens...

Après le succès international de Léon, Besson peut enfin reprendre son projet, désormais intitulé Le Cinquième Élément ; et dont l'influence de Mézières est plus forte que jamais (son héros – qui se fait à présent appeler Korben Dallas – n'est ainsi plus assembleur d'une usine de fusées mais chauffeur de taxi). On peut également noter une autre influence évidente, celle du grand classique incontournable du cinéma de science-fiction : Blade Runner. Mais lorsque l'on sait que le film de Ridley Scott a visuellement été très marqué par la bande-dessinée The Long Tomorrow – avec sa ville organisée en niveaux et ses voitures volantes  et qui fut justement dessinée par un certain Mœbius (et écrite par Dan O'Bannon, également scénariste du fameux Alien... de Ridley Scott), le jeu des inspirations et références mutuelles se complexifie un tant soit peu. Quoi qu'il en soit, bien avant de se lancer dans le tournage pharaonique de ce Valérian, Luc Besson (via EuropaCorp) avait déjà coproduit avec le studio japonais Satelight et les éditions Dargaud la première grande adaptation (animée) de la série de Christin & Mézières. De 2007 à 2008, ce sont ainsi près de quarante épisodes qui seront diffusés sous la houlette de Philippe Vidal et Eiichi Sato. L'histoire liant Luc et Valérian ne date donc effectivement pas d'hier. Et le cinéaste connaît très bien son sujet. Ce n'est d'ailleurs par un hasard s'il décide de commencer sa saga cinématographique avec L'Ambassadeur des ombres, sixième tome de la série (même si le titre du film fait plus ouvertement référence au second épisode, L'Empire des mille planètes) ; Ambassador of the Shadows est en effet le premier album traduit en anglais (permettant ainsi au projet outre son casting anglophone – de prendre une dimension encore plus internationale).

Valérian et la Cité des mille planètes
Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés...

Au-delà de sa notoriété internationale plus importante que les précédents chapitres, L'Ambassadeur des ombres représente aussi un pont idéal pour les néophytes de l'univers de Christin & Mézières. Il s'agit ainsi du premier volume à introduire Point Central, dénommé ici Alpha (immense planète artificielle flottant dans l'espace qui abrite différentes civilisations de l'univers et où siège une sorte d'ONU intergalactique), les trois facétieux Shingouz (ce trio d'extraterrestres inséparables et avides de monnaie stellaire), ou encore l'adorable Transmuteur de Bluxte (ici un peu moins "grognon", mais tout aussi mignon, que dans la BD). Cependant, malgré une esthétique qui évoque largement Star Wars (bien que la bande-dessinée soit antérieure aux films), Valérian s'inscrit toutefois bien davantage dans l'esprit de Star Trek (dont la première série télévisée est contemporaine). Le héros de Christin & Mézières est ainsi bien plus proche d'un agent Starfleet en mission façon Capitaine Kirk que du franc-tireur mercenaire à la Han Solo. Lorsque Valérian parait pour la première en 1967 (la création de Gene Roddenberry est apparue l'année précédente), la conquête de l'espace occupe grandement les esprits (Neil Armstrong fera son premier pas sur la lune seulement deux ans plus tard). Le public se passionne alors pour toutes les avancées technologiques qui en découlent, ainsi que pour les questions diplomatiques afférentes. Car, sans guerre froide, cette "course spatiale" entre USA et URSS aurait vraisemblablement été tout autre (d'autant que le climat mondial est alors plus lourd que jamais suite à la crise des missiles de Cuba en 1962). Des préoccupations que l'on retrouve autant dans Valérian que Star Trek. Le fonctionnement de Point Central (où ici Alpha), gigantesque centre diplomatique inter-espèces, est d'ailleurs très semblable à la Fédération des planètes unies (dont la quasi totalité des planètes, et notamment la Terre, dépend précisément du Quadrant "Alpha").

L'introduction du film de Besson, qui aborde conquête spatiale et nécessaire diplomatie inter-ethnique, puis inter-espèce, le long d'une séquence aux gestes volontairement répétitifs – comme pour témoigner d'une totale absence de différenciation ou d'a priori envers les différents peuples du monde, et de l'univers – m'a paru assez judicieuse pour poser rapidement les bases de cet univers en apparence diplomatiquement stable sans se perdre en explications interminables et fastidieuses (avec toutefois un intéressant questionnement soulevé quant à l'évolution de l'habitat urbain ; dont l'extension perpétuelle n'est pas sans poser quelques problèmes, y compris dans l'espace). Bien sûr, l'intérêt demeure ici surtout visuel (car cette séquence est très belle ; comme la plupart de celles ponctuant le métrage). Ce qui est à la fois la principale force et la plus grande faiblesse de ce Valérian à vrai dire. En effet, il est difficile de ne pas être ébloui par le travail remarquable effectué par les équipes techniques (mobilisant pas moins de sept studios d'effets-spéciaux, dont Weta Digital fondé par Peter Jackson et ILM de George Lucas). La scène qui arrive juste après cette introduction, sur la planète Mühl, est d'ailleurs d'une beauté à couper le souffle (en plus d'être très lumineuse ; comme pour figurer le "réveil" du film qui peut à présent démarrer). Si les longilignes Pearls qui la peuplent ne sont pas sans évoquer les fameux Na'vis de Avatar, tant visuellement que par la poésie naturaliste qui s'en dégage (ce qui n'a rien d'étonnant vu que c'est justement en étant convié par James Cameron sur le tournage de son film que Luc Besson a compris qu'il pourrait enfin réaliser le sien), l'approche m'a paru un brin plus enfantine, plus "merveilleuse" en fait, presque "à la Disney". Une impression que l'on retrouve aussi lors du long passage chez les Boulan-Bathor, aussi amusant que particulièrement savoureux.

Valérian et la Cité des mille planètes
Quand t'es dans le désert, depuis trop longtemps...

On pourra toutefois déplorer que les séquences sur Point Central, plus sombres, paraissent moins grandioses en comparaison. Toutefois, Besson compense cela par une inventivité assez étonnante. Si le passage entre les différents "mondes" par Valérian sur Point Central en mode Metroid fait un peu dans l'esbroufe, toute la partie se déroulant sur cet immense marché virtuel interstellaire dans le désert d'une planète inconnue – qui pourrait tout aussi bien être Dubaï – impressionne franchement et fourmille de bonnes idées (comme la façon de "matérialiser" les objets du réel dans le virtuel, et les différentes interconnexions que cela peut entraîner). En 3D (même si elle ne m'a pas paru indispensable), le rendu est encore plus spectaculaire. Un petit mot aussi concernant la musique composée par Alexandre Desplat que j'ai trouvé très agréable et plutôt bien adaptée aux images (même si le meilleur morceau demeure bien-sûr la plus grande chanson du grand Bowie utilisée en introduction !). Plus globalement, c'est un univers très riche qui nous est ici présenté ; avec une multitude de détails dans les environnements et les arrières-plans, et une quantité épatante d'espèces extraterrestres ou d'êtres loufoques et décalés. Et dont l'esthétique s'avère particulièrement recherchée (à l'instar des différents décors, véhicules et autres accessoires rencontrés dans le film). Car si l'on pourra toujours trouver des similarités avec des œuvres existantes, l'univers de Valérian dispose indéniablement de sa propre identité graphique (ce qui doit évidemment beaucoup aussi au génie créatif de Christin & Mézières). La patte du papa du Cinquième Élément se retrouve également dans le soin remarquable apporté aux costumes ; au design sophistiqué et novateur (les équipes du chef-costumier Olivier Bériot se sont elles-aussi surpassées). À ce titre, le fameux numéro de cabaret avec Rihanna est particulièrement éloquent. Mêlant effets-spéciaux polymorphes très réussis et chorégraphies acrobatiques sexy, la chanteuse américaine y est plus charmeuse et sensuelle que jamais (étonnement touchante, aussi).

Cette séquence résume d'ailleurs assez bien le film dans ce qu'il a de plus fort et de plus faible : visuellement irréprochable (en particulier au niveau des costumes), mettant fortement en valeur la femme (et la fascination de son auteur pour le beau sexe), mais dont l'ensemble paraît un peu vain (bien qu'elle soit un véritable régal pour les yeux, cette scène n'apporte objectivement rien). Assurément, Luc Besson est l'un des plus grands techniciens de l'image en activité ; la destruction de la planète Mühl m'a d'ailleurs fait penser au travail de Ridley Scott sur Prometheus. Mais, à l'instar du papa de Alien, le réalisateur de Nikita a la fâcheuse tendance – et ça ne va pas en s'arrangeant (coucou Lucy, coucou Covenant) – à s'enliser dans des scripts au mieux bordéliques, au pire insipides. Ainsi, bien que Valérian et la Cité des mille planètes ne soit pas franchement compliqué à comprendre, le fait que le spectateur se sente aussi perdu que nos héros au sein de ce scénario qui semble procéder étape par étape, sans que l'on lâche vraiment où le réalisateur veut en venir, est un parti pris assez discutable. Cet absence de fil narratif durant une bonne partie du film est même assez déstabilisante à la découverte (cela m'a nettement moins dérangé au second visionnage). Le long-métrage lance pourtant des pistes intéressantes sur le droit à l'autodétermination des peuples et la notion de responsabilité, mais cela est bien vite évacué au profit de la romance que Besson nous impose ici un peu au forceps. D'autant que l'alchimie entre Dane DeHaan et Cara Delevingne ne fonctionne pas avec autant d'efficacité que celle de Bruce Willis et Milla Jovovich ; le Cinquième Élément ressemblant à bien des égards à une sorte de proto-Valérian. Ce qu'il était de fait, comme l'avait d'ailleurs fait remarquer Jean-Claude Mézières lui-même à Luc Besson lorsqu'il avait commencé à travailler sur le projet.

Valérian et la Cité des mille planètes
Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue...

Si le couple formé par Valérian et Laureline ne parvient pas à égaler celui formé par Korben Dallas et Leeloo (ou plutôt Leeloominaï Lekatariba Lamina-Tchaï Ekbat De Sebat, pour les puristes), ce n'est pas dû qu'au traitement psychologique trop survolé des personnages, mais surtout à un évident problème de casting. L'âge des acteurs, jugés bien "trop jeunes", a aussi été avancé. Dans la BD, Valérian a l'air d'avoir une bonne trentaine, et Dane DeHaan a fêté ses 31 ans en 2017. Le problème n'est donc pas tellement que l'acteur américain soit mais plutôt qu'il fasse "trop jeune". J'ai beau l'avoir trouvé formidable dans le Chronicle de Josh Trank, il faut bien admettre que Dane DeHaan manque ici d'épaisseur pour le rôle. Il semble bien trop juvénile et frêle quand son modèle apparaît comme viril et physique : la gueule de Hugues Aufray et la carrure de Jean-Paul Belmondo selon Mézières, son créateur. On en est quand même loin... À titre personnel, j'aurais davantage imaginé un acteur de la trempe de Dan Stevens (vu récemment dans The Guest et la série Legion). En revanche, alors que j'avais de sérieux doutes à son sujet, j'ai trouvé l'ex-mannequin Cara Delevingne nettement plus convaincante. Certes, Besson lui réserve ici le beau rôle (les personnages féminins ayant toujours eu sa préférence), mais il faut bien reconnaître aussi que la jeune actrice britannique fait preuve d'un aplomb et d'un talent pour la comédie assez surprenant. Du côté des agréables surprises, le jusqu'à présent discret Sam Spruell tire son épingle du jeu, ainsi que Alain Chabat (pour un très court passage délirant), ou encore Herbie Hancock (mythique jazzman qu'il est bien plaisant de voir ici). Rihanna s'en sort également avec les honneurs (bien que son rôle soit mineur), tout comme Ethan Hawke, délicieusement cabotin. Ce qui n'est pas le cas de Clive Owen, étonnement transparent. L'apparition de Rudger Hauer fait également plaisir, même si son nom au générique est limite mensonger ; son temps de présence faisant clairement office de cameo de luxe (il est d'ailleurs le second "Replicant" à apparaître chez Besson après le regretté Brion James dans le Cinquième Élément).  

Bref, si Valérian et la Cité des mille planètes n'est sans doute pas le long-métrage le plus mémorable du genre, il n'en demeure pas moins un excellent divertissement, bien au-dessus des grosses productions hollywoodiennes sans âme qui sortent chaque année. Certes, le scénario aurait pu être davantage travaillé et les personnages mieux caractérisés ; notamment Valerian qui apparaît ici comme le faire-valoir un peu falot du film portant son nom (un comble). Néanmoins, il m'est difficile de ne pas voir aussi dans l'animosité d'un certain public les relents d'un bashing primaire envers Luc Besson ; réalisateur qui n'a pas la "carte" du milieu (a contrario d'un Christopher Nolan, que j'aime bien pourtant, mais qui pourrait tourner un film de guerre à Dunkerque dénué de sang et de français sans que ça ne choque personne... Oh wait !). D'autant que Valérian ne manque vraiment pas de qualités. Visuellement ambitieux et très riche, le long-métrage de Besson bénéficie d'un savoir-faire certain et d'un univers singulier particulièrement prometteur, prompt à plaire au plus grand nombre. Car c'est avant tout un beau et grand divertissement familial, plein d'une candeur poétique parvenant à stimuler l'imaginaire (j'ai trouvé l'univers fascinant pour ma part) ; en plus d'être un très bel hommage à l'œuvre de Christin & Mézières (que Besson a su adapter à sa sauce au lieu de bêtement la transposer). J'ai conscience d'être un peu généreux dans ma notation, mais j'ai vraiment envie de soutenir ce film. D'abord, car je trouve qu'il se fait assez injustement descendre par la critique au simple motif que "c'est du Besson". Ensuite, parce que les essais dans le domaine en France sont (très, trop) rares – le seul film de SF français vraiment marquant que j'ai vu ces dix (vingt ?) dernières années était l'inattendu Virtual Revolution, au budget 200 fois moins important – et qu'un immense succès public nous éviterait peut-être une nouvelle décennie phagocytée par les comédies beaufs et les drames sociaux, avec un peu de diversité dans le genre (le Royaume-Uni et l'Espagne y arrivent bien bordel !). Enfin, parce qu'il m'a surtout donné envie de me plonger dans la bande-dessinée (quitte à être déçu par cette adaptation ensuite), dont j'ai un souvenir très partiel et lointain... ce qui est quand même la meilleure chose que pouvait réussir Luc Besson.

 

Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici.

 

* Une filiation dont s'amusera d'ailleurs Jean-Claude Mézières en publiant cette illustration pour Pilote en 1983, en réaction aux courriers laissés sans réponse qu'il avait adressé à George Lucas.

 

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