Réalisé par Fred Dekker, sortie en DVD le 4 juillet 2007
Avec Andre Gower, Robby Kiger, Stephen Macht, Duncan Regehr, Tom Noonan, Brent Chalem, Ryan Lambert, Ashley Bank, Michael
Faustino, Lisa Fuller, Stan Shaw, Robert Lesser, Jack Gwillim ...
"Echouant dans sa tentative de supprimer les forces du mal, Van Helsing (Jack Gwillim) perd son combat contre le diabolique
Dracula (Duncan Regehr). Une centaines d’années plus tard, Dracula se réveille à nouveau et s’entoure d’une poignée de monstres pour lui prêter main forte, bien décidé à déchaîner le mal sur
terre. Tout pourrait être au plus mal si une bande de gamins espiègles, ne tentait pas de stopper les agissements des horribles créatures. La chasse aux monstres est ouverte..."
Dans les années 1980, les séries B (voire Z) destinées aux ados étaient légion et il n'était pas rare d'y dénicher
d'étonnantes (et réjouissantes) surprises : à l'instar de Teen Wolf (avec Michael J. Fox), Une Créature de rêve (avec Bill Baxton et à l'origine de la série
Code Lisa), Vampire, vous avez dit vampire ? (de Tom Holland, le réalisateur du premier Chucky : Jeu d'enfant) ou encore l'improbable Atomic College
(ou Class of the Nuke'em High comme aiment à le présenter les inconditionnels de la Trauma). The Monster Squad est précisement de cette trempe et tient même le haut du
pavé. Réalisé par un illustre inconnu, The Monster Squad est donc le second film de Fred Dekker. Et si
ce film sorti en 1987 aurait pu préfigurer d'une brillante carrière dans le genre, il n'en sera rien puisque
celui-ci ne réalisera plus rien (hormis une brêve excursion du côté des Contes de la crypte) jusqu'en 1992
(et il aurait dû s'abstenir vu qu'il sera alors l'exécuteur testamentaire du justicier de métal dans l'épouvantable daube Robocop 3 ; dans lequel ce dernier arbore un jet-pack façon
James Bond dans Opération Tonnerre pour combattre des cyborgs ninjas : tout un programme...). C'est peu dire que le bonhomme a mal tourné...
Bref, revenons à notre film. Ici, Fred Dekker cherche bien évidemment à rendre hommage aux célèbres monstres des films
Universal de la première moitié du XXème siècle. Ainsi retrouve-t-on un Dracula qui n'est pas sans rappeler celui incarné par Bela Lugosi (avec cape rouge et chemise à jabot), une
créature de Frankenstein au faciès évoquant largement celui de Boris Karloff (et interprêté ici par le méconnaissable, mais, excellent, Tom Noonan), une momie très old-school (plus
proche de la vision de Karl Freundloin que de celle de Stephen Summers...), un loup-garou tout à fait dans l'esprit de celui du cultissime film de George Waggner (qu'immortalisa à
l'écran Lon Chaney Jr.) et enfin une copie de la créature du lac noir que Jack Arnold n'aurait pas reniée. Bien entendu, le film n'étant pas une production Universal, le rendu des monstres
a été quelque peu modifié afin d"éviter tout problème. De fait, on pourra notamment noter quelques libertés esthétiques ; à l'instar de la fameuse créature du lac noir dont l'aspect visuel
rappelle fortement celui du mythique Predator qu'affronta Arnold Schwarzenegger (ce qui n'est pas très surprenant lorsque l'on sait que c'est encore l'équipe de Stan Winston et Steve
Wang qui réalisa le désign, très réussi, des monstres ; les mêmes qui se chargèrent justement du film de John McTiernan). Aux effets visuels, on retrouve Richard Edlund (qui avait
également signé ceux de Indiana Jones et les aventuriers de l'Arche Perdue). Enfin, soulignons la direction artistique très soignée de Bradford May qui concoure davantage encore à
ancrer le film dans l'esthétisme de vieux films de monstres. Visuellement, le film tient doncla route. Et même aujourd'hui, il n'a pas à rougir à ce niveau-là de ses illustres confrères (si
j'étais audacieux, je dirai même qu'il "vieillit" presque mieux à ce niveau-là qu'un Gremlins ou un SOS Fantômes ; toute considération artisitique gardée).
Outre les monstres Universal, Fred Dekker fait à l'évidence grandement référence également au classique de Richard Donner sorti
deux ans plus tôt : Les Goonies. On retrouve ainsi une bande de gamins assez semblable avec le chef de bande courageux (et accessoirement héros du film), le meilleur ami fidèle,
le souffre-douleur obèse, le voyou cool (au look et à l'attitude très proche de Fonzie dans Happy days), la petite sœur encombrante et le cadet de la bande froussard. Un peu moins
charismatiques et amusants que leurs illustres modèles admettons-le , les héros du film n'en demeurent pas moins tout aussi ingénieux et attachants ; et ce grâce à de jeunes acteurs convaincants
(qu'un doublage français déplorable, mais ultra fun, rend encore plus drôles). Cerise sur le gâteau permettant de faire le lien avec Les Goonies, le scénario de The Monster
Squad a été co-écrit par Shane Black. Le même qui signera la même année celui d'un autre film de Richard Donner : L'Arme fatale. Autre source d'inspiration du film, le chef-d'œuvre de
Steven Spielberg, E.T. l'extra-terrestre, dont l'influence se ressent à plusieurs reprises (les gosses à vélo, la petite qui finit par s'attacher à la créature, le monstre dans le
placard...). Petite anecdote amusante, l'un des producteurs de film n'est autre que Rob Cohen ; qui connaîtra par la suite le succès en réalisant notamment le pétaradant Fast &
Furious.
La Famille Addams... ou presque !
En parlant des producteurs, j'ai cru comprendre que ceux-ci ont grandement amputé le film des scènes jugées trop
"audacieuses" pour un public qu'ils estimaient forcément jeune. Du coup, le film de Fred Dekker n'excède pas les 1h15. Ce qui se ressent, il faut l'avouer. Certaines créatures auraient
effectivement gagner à être autrement exploitées que durant leur simple mise à mort (le loup-garou étant le monstre qui tire le mieux son épingle du jeu selon moi). Cela n'empêche
néanmoins pas le film de demeurer divertissement à bien des égards et bougrement jouissif ! Bien que volontairement tout public et dénué de tout débordement outrancier d'hémoglobine, le film
n'en possède pas moins son lot de scènes suffisamment violentes (même si ça reste laissé un second plan, un "gentil" meurt) et, à l'instar de son illustre modèle réalisé par
Richard Donner, dépasse allégrement son statut de pure comédie familiale. Ainsi a-t-on droit à une scène particulièrement mémorable mettant en scène le le loup-garou, à des empalements en plein
cœur, à des tirs au fusil à pompe en cascade ou encore à un coup de grâce bien sanglant pour la créature du lac noir.
Enfin, ne nous y trompons pas pour autant. Le film n'est clairement pas un film d'horreur, les maîtres mots demeurant bien
l'humour et le second degré ; auxquels de croustillants dialogues laisse la part belle (« Rudy, tu connais une vierge ? », « Qu'est-ce qu'il fout là ce chien !? » ou encore l'improbable
réplique du flic : « Del, je ne sais pas si tu as remarqué mais on est à 140 là [la voiture roule à toute berzingue]. Je vois toujours ce genre de truc [hyper sérieusement]. C'est parce que je suis un
bon élément. ») ou d'assiter à des moments d'anthologie (comme la mise à mort ultra jouissive de la momie ou l'irrésistible scène avec le placard). Frustrant de par sa durée réduite, le film n'en demeure pas moins incroyablement inventif (à l'image de cette hallucinante scène
d'ouverture – le film date de 1987 – qui commence dans un lugubre cimetière gothique et s'achève dans un déluge mélant explosions, filles sexy, vortex, morts-vivants décharnés sortant du sol où
l'imagerie classique du film fantastique est mise à l'honneur). En outre, le film reste surtout un formidable hommage respectueux et généreux aux monstres mythiques qui ont fait la gloire
du cinéma fantastique (on sourit d'ailleurs gentiment lorsque la créature de Frankenstein comprend son nature en tombant sur un masque d'Halloween censé la représenter). Et puisce
final, décalé et absurde à souhait, clos assez finement cette petite heure et quart.
Pour conclure, je n'irai certainement pas jusqu'à clamer qu'il s'agit du chef-d'œuvre du genre. Pourtant, c'est le typiquement le genre de film
méconnu (en France, en tout cas) et bien trop rare (les années 1980 me manquent) qui mérite d'être promotionné. En plus, si cela pourrait sembler anodin aujourd'hui, le film est
grandement axé sur un politiquement incorrect réjouissant (ainsi y voit-on une bande de gosses âgés de 10 à 14 ans mater leur voisine en sous-vêtements, faire allègrement référence au sexe ou
même fumer clope sur clope). Personnellement, je l'ai vu lorsque j'étais jeune adolescent et j'en gardais un très bon souvenir. Aujourd'hui, grâce en DVD sorti récemment je prends toujours
autant de plaisir à redécouvrir ce film que j'en ai à revoir Retour vers le futur, Gremlins, SOS Fantômes ou encore Les Goonies justement. À l'instar du
décalé, hautement parodique, et tout aussi incompris Last Action Hero (écrit également par Shane Black et où Tom Noonan apparaît aussi), The
Monster Squad est un film qui mérite donc d'être découvert ou redécouvert (et bien au-delà de toute considération nostalgique). D'autant plus que, s'il préfigure 13 ans auparavant ce
que pouvait être un film comme Van Helsing (de Stephen Summers justement ; avec Hugh Jackman et la sublime Kate Beckinsale), il prouve surtout que l'on peut faire largement plus
inventif (et plus convaincant) avec beaucoup moins de moyens...
Brêves de comptoir