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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

La Passion du Christ

Réalisé par Mel Gibson, sorti le 31 mars 2004
Titre original : The Passion of the Christ

Avec Jim Caviezel, Monica Bellucci, Maia Morgenstern, Luca Lionello, Hristo Naumov Shopov, Claudia Gerini,  Francesco De Vito, Rosalinda Celentano ...

"Les douze dernières heures de la vie du Christ (Jim Caviezel). Rendu au Mont des Oliviers, Jésus prie après avoir partagé un dernier repas avec ses apôtres. Il résiste maintenant aux tentations de Satan (Rosalinda Celentano). Trahi par Judas (Luca Lionello), Jésus est arrêté et emmené à Jérusalem, où les chefs des Pharisiens l'accusent de blasphème et lui font un procès qui a pour issue sa condamnation à mort..."




Mon avis
:
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Il y a parfois des films qui choquent leur monde,  et à plus forte question lorsque le sujet principal à un rapport aussi direct avec la religion. Le moins que l'on puisse dire c'est que La Passion du Christ en fait partie. Accusé de glorification excessive de l'Église et de faire la propagande du Christiannisme, taxé d'antisémitisme et de pousser à la haine des juifs, conspué pour sa violence extrême que certains estiment purement gratuite et pour les libertés que Mel Gibson auraient prises avec l'Histoire, le film de celui qui fut révélé par la saga Mad Max déchaîne – et c'est le cas de le dire – les passions. Plusieurs salles refusèrent même de diffuser le long-métrage ; ce qui n'empêcha absolument pas La Passion du Christ d'être l'un des plus gros succès de tous les temps. C'est peu dire que cette œuvre largement incomprise de celui fut la star d'une autre saga, L'Arme Fatale, aura fait couler beaucoup d'encre... En grande partie pour rien je dirais.

À travers la férocité des images et l'âpreté de son sujet, La Passion du Christ est d'abord une plongée viscérale dans une socièté archaïque violente, cruelle, intolérante, indifférente, et finalement pas si éloignée que ça de la nôtre. Mais nulle part durant toute la projection du film, je n'ai vu d'antisémitisme ou d'appel à la haine raciale. Ou alors La liste de Schindler pousse à haïr tous les allemands, tandis que American History X donne a contrario furieusement envie de devenir nazi... Mel Gibson se contente surtout de mettre en scène un fait historique qui aura marqué l'humanité en s'inspirant de l'un des plus significatifs passages du Nouveau Testament. J'avoue ne pas connaître suffisamment la Bible et la réalité historique pour émettre un avis concernant la véracité du film. Mais, une chose est sûr : pour moi, il n'est pas antisémite. Il pointe plutôt du doigt la bêtise des hommes quels qu'ils soient, mais aussi le bonté dont ils sont capables. Bien sûr, je ne vais pas nier que certains juifs sont absolument abjects dans le film, mais ce n'est aucunement parce qu'ils sont juifs qu'ils sont abjects. C'est leur cruauté en tant qu'être humain qui les rend si détestables. Il en va de même pour les romains, et pour le peuple en général où, sans distinction ethnique, des hommes sont présentés comme bons et d'autres comme mauvais. D'une certaine façon, il me semble que Mel Gibson a surtout chercher à sensibiliser les spectateurs, non pas sur leur foi, mais sur la nature même de l'Homme. À ce propos, j'ai trouvé que Ponce Pilate était l'un des personnages les plus humains présentés dans le film et donc l'un des plus intéressants en raison du doute sincère qui semble s'installer en lui lorsqu'il propose à la foule d'épargner un prisonnier à l'occasion de la Pâque (ils choisiront néanmoins le criminel Barabbas), alors que c’est plutôt la foi ou l’indifférence qui motivent le reste de l'auditoire. Et ce même s'il finira par "s'en laver les mains" et laisser Jésus se faire exécuter, par lâcheté peut-être, pour éviter un nouveau tumulte assurément. Je passe donc sur ce procès d'intention adressé à Mel Gibson car je n'ai rien vu qui justifiait vraiment ces accusations.

En revanche, je comprends tout à fait que le film choque car il est indéniablement choquant. Tout d'abord, le film est violent. Très violent même. Alors que certains films gore flirtent avec l'interdiction aux mineurs, je m'étonne presque que La Passion du Christ n'est pas écopé d'une interdiction aux moins de 16 ans. Je précise toutefois qu'il ne s'agit pas ici d'une boucherie inutile. En effet, si on y voit beaucoup de chair en lambeaux et de sang dégoulinant, je ne pense pas que tout cela soit gratuit. La souffrance de Jésus est ici pleinement montrée et nous glace surtout par son atroce intensité. Et malgré le caractère presque insoutenable du calvaire du Christ à chaque coup porté, la volonté de Mel Gibson de filmer cette violence avec un tel soucis de réalisme me semble plutôt méritoire. Car justement, malgré  les quelques libertés que peut prendre le film à ce sujet, il y a derrière tout cela un fondement historique indéniable. Les tortures physiques utilisées à des fins expiatoires ont longtemps été une réalité quotidienne (elles le sont d'ailleurs toujours dans certaines parties du globe) et, n'en déplaise au Marquis (de Sade, of course), il n'y a absolument rien de romantique dans le fouet, les châtiments corporels... et encore moins le crucifiement ! La douleur que le Christ a ressentie durant sa Passion, de sa flagellation à sa crucifixion, est loin d'être une simple vue de l'esprit et je soupçonne même le film d'être paradoxalement assez "soft" comparé à ce qu'il a vraiment dû endurer physiquement. Pour rendre crédible cette souffrance, il fallait bien évidemment un acteur d'une intensité de jeu inouï et Jim Caviezel se révèle absolument époustouflant (et bien plus talentueux que ce que certains journaleux ont pu en dire, le film ayant été très largement condamné par la presse). D'autant plus qu'on ne peut que féliciter le comédien lorsque l'on sait que la croix qu'il portait durant le tournage pesait près de 80 kilos (il s'est d'ailleurs déboité l'épaule durant le tournage). Pour information, j'ai appris récemment que les croix utilitées à l'époque auraient pesé presque le double... Le tout, emballé par une réalisation magistrale de Mel Gibson, nous prend littéralement aux tripes et nous amène à réfléchir longuement aux extrémités dont les hommes peuvent être capables pour faire souffrir l'un des leurs.

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/35/22/44/18375173.jpgJésus (Jim Caviezel) en proie à ses démons...

Cela dit, même si je suis un inconditionnel du réalisateur depuis le dantesque Braveheart et même si celui-ci évite de sombrer dans un grand-guignol grotesque qui aurait complètement desservi le film, je trouve que le cinéaste abuse
malgré tout quelque peu des séquences de ralentis et que sa mise en scène se trouve également un peu alourdie par sa manie de vouloir sacraliser le moindre instant. On peut également regretter l'orientation un peu trop religieuse prise par Mel Gibson, notamment avec cet épilogue qui dénote vraiment trop du reste du film à mon sens. En même temps, le titre est explicite et on ne peut pas affirmer avoir été trompé sur la marchandise : il s'agit bien de La Passion du Christ. Le réalisateur s'est d'ailleurs donné les moyens pour rendre tangible son histoire puisque le film a été entièrement tourné en araméen (la langue du Christ) et en latin (heureusement, le film est sous-titré !) même si j'ai cru comprendre que le grec ancien était davantage employé à l'époque. Cependant, pour qui n'est pas vraiment croyant, cette séquence finale décrédibilise un peu le long-métrage et lui fait perdre en réalisme. Ce qui est un peu dommage. Alors que Jésus aurait pu être un homme comme les autres, un martyr comme tant d'autres porteur d'un message de paix et d'amour (malgré le doute qui s'installe en lui, le rendant justement plus humain encore), Mel Gibson en fait, d'un simple plan, un être divin. Et je pense sincèrement que le film aura pu se passer de cela, même s'il aurait alors été d'une noirceur absolue (la fin de vie de Jésus n'ayant vraiment rien de réjouissante) et même si La Passion du Christ possèdait déjà en son sein d'autres certains aspects surnaturels (je pense notamment à cette sublime représentation de Satan). Cela dit, je pense qu'on aurait tout à fait pu penser que ce côté fantastique était, en fonction de sa sensibilité et de ses croyances, le reflet d'une certaine réalité ou une simple hallucination du personnage. Néanmoins, si on parvient à faire abstraction de cet aspect du récit et qu'on prend le recul nécessaire, le film demeure d'une puissance émotionnelle et d'un lyrisme magnifique. Bien sûr, certains pourraient être frustrés car le long-métrage, comme l'indique son titre, ne s'attarde que sur un moment précis de la vie du prophète (la Passion). Ceux cherchant davantage d'exhaustivité devraient d'ailleurs plutôt se diriger vers une reconstitution plus didactique des évangiles comme celle de Franco Zeffirelli et son Jésus de Nazareth par exemple (d'une durée dépassant les 6 heures néanmoins, ceci expliquant en partie cela).

Enfin bref, pour en revenir au personnage de Satan, j'ai vraiment trouvé le parti-pris de Mel Gibson très pertinent. Incarnée par l'impressionnante actrice italienne Rosalinda Celentano (que je ne connaissais pas du tout avant cela), Satan fut néanmoins doublé par un homme afin d'ajouter à la confusion générée par le personnage. En outre, l'actrice dut se raser les sourcils, ce qui lui donna une apparence étrange et plutôt terrifiante, et les scènes dans lesquelles elle apparait furent également filmées au ralenti afin d'accentuer davantage encore le côté surnaturelle de sa démarche. Le reste du casting est tout à fait remarquable
également, les actrices en tête (sans oublier aussi la partition grandiose de John Debny qui accompagne le film). Claudia Gerini (Claudia) et Monica Bellucci (Marie-Madelaine), d'une extraordinaire beauté, et la stupéfiante Maia Morgenstern (Marie) apportent toute leur grâce à Jim Caviezel, majestueuse incarnation de cet homme victime de l'incompréhension et de la peur. D'ailleurs, j'ai justement trouvé que c'est dans sa volonté de ne s'attarder quasiment que sur les dernières heures de Jésus que le film rendait le personnage intéressant. De cette manière, on n'a pas vraiment le temps de se prendre de sympathie pour lui et l'émotion que l'on ressent lors qu'il souffre n'a donc rien de purement affectif. Ce n'est pas parce qu'un "ami" (quelqu'un qu'on aime bien) souffre que son calvaire nous touche si profondément, mais seulement parce que l'on trouve totalement intolérable qu'un être humain (quel qu'il soit) souffre. C'est rudement malin de la part de Mel Gibson et ça souligne avec beaucoup de force le message d'amour universel et sans concession délivré par le personnage. En outre, conscient que son long-métrage ne s'adresse pas seulement qu'à des personnes croyantes et connaissant le sujet par cœur, Mel Gibson a l'intelligence de parsemer son film de flash-backs ingénieux sur la légende de Jésus qui, outre le fait qu'ils en atténuent l'éprouvante tension de façon salvatrice, permettent à tout le monde de s'y retrouver.

Au final, La Passion du Christ ne laissera personne indifférent, le long-métrage étant à même de susciter des réactions tout à fait contraires (je ne serais d'ailleurs pas énormément surpris si les commentaires laissés ici reflétaient ces virulentes oppositions). D'une violence incontestable, à la limite du supportable par moment tant elle frappe par son réalisme, le film de Mel Gibson saura surtout nous faire réfléchir sur l'engagement du personnage qui, au-delà de toute considération religieuse, force le respect. Prônant l'amour, la tolérance et la paix entre les hommes, ses soi-disants représentants n'auront pourtant eu de cesse à travers les siècles de se complaire dans la haine, l'intolérance et les guerres intestines. Le réalisateur de L'homme sans visage nous délivre donc une vision mature et tragique des dernières heures du Christ, et il sera aussi bien difficile de se défaire de la souffrance endurée par le personnage que par son message empli d'humanité qu'il a tenté de porter à ses semblables. Film extrêmement éprouvant (je ne sais même pas si j'aurai un jour le "courage" de le revoir) sur un sujet extrêmement tabou, La Passion du Christ a le courage de traiter son sujet de manière frontale et sans concession aucune, quitte à déchaîner toutes les passions et toutes les antagonismes. À mon avis, ce n'est pas demain la veille qu'on reverra un film de la sorte et, pour moi, La Passion du Christ est tout simplement ce qu'on appelle une claque cinématographique qui, malgré ses imperfections, demeure une œuvre majeure que je conseille à chacun de voir. Ne serait-ce que pour se forger sa propre opinion sur un film qui ne doit en aucun cas se réduire aux simples controverses et polémiques qu'il a engendré un peu malgré lui.


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Vance 15/11/2008 21:26

En fait, c'est un peu comme le reproche que tu fais à la fin : le film aurait pu se passer de ce personnage ambigu qui apporte une gêne manifeste dans notre rapport avec le Christ ; il inscrit ces moments de tourment dans un contexte de lutte entre des forces antagonistes mais de façon trop concrète. J'aurais préféré quelque chose d'un peu plus subtil.

Shin 19/11/2008 13:19



Bonjour Vance,

Merci de ta précision. Je comprends ton point de vue. Sauf que je trouve que la figure de Satan peut rapidement passé pour une hallucination et non pas forcément comme une évocation religieuse
(un peu comme le personnage de Dustin Hoffman dans le Jeanne d'Arc de Luc Besson), alors que la fin ne laisse pas l'ombre d'un doute je trouve. Raison pour laquelle je ne l'aime
pas, tandis que le personnage de Satan ne me gêne pas (et même me plait d'ailleurs).

Amicalement,

Shin.



Vance 15/11/2008 08:56

Salut Shin.C'est un film que j'ai visionné en salles, où j'ai vibré et pleuré. Je n'en dirai pas davantage car je partage presque tous tes commentaires, à part la vision de Satan qu'au contraire je n'apprécie pas. Mais le personnage de Marie, magnifiquement interprété, renforce l'attachement qu'on a pour cet humain auquel on inflige des douleurs insoutenables (les scènes d'amour maternel sont sublimes). Effectivement, Gibson gâche un peu certains moments par des effets grandiloquents hérités de Mad Max et j'avoue comme tes visiteurs ne pas avoir eu envie de le revoir pendant longtemps. Maintenant, après le très troublant Martyrs, je pense que je suis prêt. Merci.

Shin 15/11/2008 13:37



Bonjour Vance,

Ah ? Ce n'est pas la première fois qu'on me dit ne pas apprécier le personnage de Satan (que j'ai pour ma part trouvé vraiment excellent)... Que lui reproches-tu en fait ?

Sinon, pour Martyrs j'hésite vraiment car ça a l'air vraiment très hard visuellement. Or, la gore pour le gore, je ne suis pas vraiment client...

Amicalement,

Shin.



cybellah 13/11/2008 09:00

j'avoue que quand j'ai vu ce film au ciné j'en ai gardé le yeux ronds pdt toute la séance (enfin quand je les fermais pas d'horreur)...avec le recul je comprends mieux ce film qui nous montre en effet de manière assez crue la souffrance de Jésus, souffrance dont on imaginait difficilement l'ampleur...ben mntnt si!!!!mais c'est clair que c'est un film qui dérange, pas sûr de le regarder à nouveau un jour...

Shin 13/11/2008 17:51



Bonjour Cybellah,

J'ai beaucoup aimé ce film quand je l'ai vu en salles, mais je ne pense pas non plus le revoir un jour (malgré toute l'admiration que j'ai pour le travail de Mel Gibson). C'est une
expérience bien assez éprouvante comme ça et, de plus (et preuve que le film laisse une empreinte durable), je m'en rappelle encore très bien.

Amicalement,

Shin.



tinalakiller 12/11/2008 21:22

salut !!je te laisse un petit commentaire rapide !je viens de voir presque tout ton blog en entier, et je le trouve tellement géant !! je crois que j'ai envie de recommencer mon blog sur over blog !en tout cas, ton blog a de la classe et j'aime bcp tes critiques ! c'est frais, aéré, intelligent !!bref; continue comme ça !! tina

Shin 13/11/2008 17:47



Bonjour Tina,

Voilà un commentaire qui fait énormément plaisir ! Après une telle entrée en matière, tu es éternellement la bienvenue sur ce blog (enfin, tant que je garde le courage de le poursuivre !
^^). J'attends donc tes prochaines interventions avec une immense impatience...

Amicalement,

Shin.



:0051:Sebiwan 12/11/2008 08:15

J'ai adoré ce film... ame sensible s'abstenir. Je ne dis pas ça pour la violence mais pour l'émotion du film. Quand je l'ai vu j'ai verser quelques larmes.

Shin 13/11/2008 17:49



Bonjour Sebiwan,

Tu as bien raison de parler de la puissante émotion qui se dégage de ce film. La Passion de Christ ne doit en aucun cas être réduit à la violence de ces images (même si elles sont
effectivement plutôt extrêmes).

Amicalement,

Shin.