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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

WALL·E

Réalisé par Andrew Stanton, sorti le 30 juillet 2008

Avec les voix (VO : VF) de Ben Burtt / Philippe Bozo, Elissa Knight / Marie-Eugénie Maréchal, Jeff Garlin / Emmanuel Jacomy, Fred Willard / Herve Jolly, Sigourney Weaver  Pascale Clark ...

"WALL-E est le dernier être sur Terre et s'avère être un... petit robot ! 700 ans plus tôt, l'humanité a déserté notre planète laissant à cette incroyable petite machine le soin de nettoyer la Terre. Mais au bout de ces longues années, WALL-E a développé un petit défaut technique : une forte personnalité. Extrêmement curieux, très indiscret, il est surtout un peu trop seul... Cependant, sa vie s'apprête à être bouleversée avec l'arrivée d'une petite "robote", bien carénée et prénommée EVE. Tombant instantanément et éperdument amoureux d'elle, WALL-E va tout mettre en oeuvre pour la séduire. Et lorsqu'EVE est rappelée dans l'espace pour y terminer sa mission, WALL-E n'hésite pas un seul instant : il se lance à sa poursuite... Hors de question pour lui de laisser passer le seul amour de sa vie ! Pour être à ses côtés, il est prêt à aller au bout de l'univers et vivre la plus fantastique des aventures !"




Mon avis
:
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WALL·E c'est tout d'abord le titre dernière production des studios Pixar (en attendant Up l'année prochaine et Toy Story 3 par la suite), et la troisième réalisation d'Andrew Stanton après 1001 Pattes en 1999 (co-réalisé avec l’imparable John Lasseter) et Le Monde de Nemo en 2003 (co-réalisé avec Lee Unkrich). Le titre se veut l'anagramme de "Waste Allocation Load Lifter Earth-class" et peut se traduire par "Compacteur terrien de déchets". Et en effet, on nous a menti, le dernier être sur terre n'est pas Will "Neville" Smith, c'est WALL·E ! Un petit robot qui a cette décharge qu'est devenue la planète pour terrain de jeux. Et si Andrew Stanton a imaginé cette histoire au milieu des années 1990 avec son acolyte Peter Docter (co-réalisateur de Monstres & Cie et du prochain Up / Là-haut), il faudra près de quinze ans pour que le projet aboutisse. En même temps, il est vrai que la mise en place d'un film d'animation sans dialogues (ou presque) est un pari osé de nos jours ; alors que la présence d’acteurs renommés au doublage (tels Eddie Murphy, Jack Black ou Angelina Jolie) est le moyen incontournable pour en assurer la promotion (on invite rarement les animateurs sur les plateaux de télévision…). Mais Andrew Stanton n’est pas n’importe qui. Producteur et co-scénariste, assurant parfois même le doublage, de la majorité des films de la société fondée par Steve Jobs et John Lasseter (Toy Story, 1001 Pattes, Toy Story 2, Monstres & Cie, Le Monde de Nemo, Cars : Quatre RouesRatatouille), il avait effectivement tout le potentiel nécessaire pour rendre crédible cette romance spatitale. Après les jouets, les animaux, les voitures et même une lampe (voir mon article sur les courts-métrages Pixar du
09/04/2008), ce sont ici des robots qui feront donc les joies de l’anthropomorphisme à la sauce Pixar !

WALL·E c'est ensuite une prodigieuse réussite formelle, où la qualité des bruitages et de la bande sonore va de paire avec l’excellence visuelle du long-métrage. Définitivement, Pixar demeure l’indétrônable roi – je devrais même dire "l’indéboulonnable" roi étant donné la nature de ce nouveau film ! – de l’animation 3D. Chaque production des studios depuis Toy Story est une véritable révolution technologique. Pour ne citer que la plus récente, la reproduction du Paris d’autrefois et la photographie splendide de Ratatouille avaient déjà marqué un cap significatif par rapport aux précédents métrages (pourtant d’une qualité d’animation déjà exceptionnelle). Encore une fois, les génies de Pixar se surpassent en nous offrant leur plus beau bébé. De la représentation apocalyptique de la terre à la froide austérité de ce vaisseau spatial où les humaines mènent une (sur)vie insipide et formatée, en passant par les objets les plus anecdotiques (comme ces Zippo ou ces Rubik’s Cubes plus vrais que nature), l’univers décrit par le film est une merveille graphique fourmillant de multiples détails d’un réalisme époustouflant. Faisant largement référence aux classiques de la science-fiction (je développerai davantage ce point un peu plus tard), le réalisme des personnages et des décors présentés est à couper le souffle. La mise en scène, utilisant à bon escient jolis plans filmés caméra embarquée et travelling sensationnels, est aussi une belle réussite. Le ballet spatial, d'une beauté infinie, étant un moment intense d'émotion où le sublime flirte avec la grâce. L’indispensable court-métrage présenté en avant-programme, Presto, n’échappe évidemment pas à la règle. Il nous comble également en nous proposant une abracadabrantesque histoire de prestidigitation enchanteresse, mettant en scène un magicien arrogant et son lapin facétieux, dans une ambiance graphique très proche du Ratatouille de Brad Bird. Les astuces scénaristiques cultivent le sens de l’absurde avec une gentillette espièglerie réjouissante et les éclats de rire sont nombreux. C’est évidemment un nouveau petit régal dont Pixar a le secret et dont il serait plus que dommage de se passer…

WALL·E c'est aussi un véritable délice de cinéphile comme je le soulignais un peu avant. Les références aux classiques de la science-fiction sont nombreuses. On le voit en premier lieu avec le design du petit robot WALL·E, savant mélange entre plusieurs figures emblématiques du genre (et même un peu plus). L’allure générale est évidemment empruntée au Johnny 5 du film Short Circuits de John Badham, le grand regard binoculaire plein de tendresse rappelle immanquable le gentil extra-terrestre du film E.T. de Steven Spielberg, la maladresse et l’aspect négligé renvoient au personnage du vagabond créé par Charlie Chaplin (et vu notamment dans Les temps modernes, auquel le film fait allégrement référence, en particulier concernant l’aliénation de l’homme par la technologie) et les balbutiement robotiques font écho à ceux qu’utilisaient l’astro-droïde R2-D2 de Star Wars. Ce dernier point n'a d'ailleurs rien de surprenant puisque c'est Ben Burtt qui donne sa "voix" à
WALL·E, celui-là même qui avait assuré tous les bruitages de la saga de George Lucas depuis l'origine (et notamment ceux de R2-D2...). Les vues aériennes de la mégapole et ses "gratte-ciels" délabrés évoquent aussi le film culte de Ridley Scott, Blade Runner, tout comme cette "humanité" qui émanent des robots. Les réflexions plus générales autour de la conscience de soi et ce qui détermine la "vie" au-delà de l'existence (le robot devient-il "vivant" à partir du moment où il "pense" ?) m'ont également fait penser à Ghost in the Shell de Mamoru Oshii (d'après le manga imaginé par Masamune Shirow). Steve Job ayant participé à la fondation d'Apple, puis de Pixar, on ne s'étonne pas non plus du look épurée façon I-Mac d'EVE et du son similaire aux Macintosh qu'émet WALL·E une fois sa recharge énergétique terminée (Jonathan Ive, designer de la firme ayant une pomme pour logo, ayant de plus été consulté pour la création des personnages).

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"Boum" ! Quand notre cœur fait "Boum", tout avec lui dit "Boum", et c'est l'amour qui s'éveille...

WALL·E c'est autant d'autres références cinématographiques (j'en oublie certainement). Même si je m'efforce de ne pas trop dévoiler l'intrigue, ceux qui n'ont pas vu le film devraient sans doute passer ce paragraphe... En vrac, j'ai donc noté des clins d'œil à Titanic de James Cameron (les paquebots du début et le vaisseau qui se renverse à la fin), à Star Trek de Gene Roddenberry (dans lequel la terre est également abandonnée suite à un déréglement majeur), Demolition Man de Marco Brambilla et Total Recall de Paul Verhoeven (les pubs mensongères et ce bonheur factice imposé), THX 1138 de George Lucas et Matrix d'Andy & Larry Wachowski (le contrôle absolu de la machine sur l'homme), Playtime de Jacques Tati (l'austérité de ce monde futuriste uniforme et sans saveur, où la surconsommation est devenue la norme), I Robot d'Alex Proyas (la révolte des robots), Brazil de Terry Gilliam (la composition de Michael Kamen utilisée dans la bande-annonce), La Belle et le Clochard de Walt Disney (la love-story entre l'élégante EVE et crasseux WALL·E), Le Cinquième Élément de Luc Besson (le design de la navette amenant EVE sur Terre)Hello Dolly ! de Gene Kelly (dont on peut voir et entendre plusieurs séquences dans le film) et tous ceux que j'oublie... Bien sûr, la première partie "muette" du film est un hommage assumé aux légendes du cinéma muet telles que Charlie Chaplin ou Buster Keaton, à son art de la pantomine et son regard triste débordant d'émotions notamment. Le petit cafard qui sert de compagnon à WALL·E a d'ailleurs été baptisé Hal par Andrew Stanton en l'honneur du fameux producteur Hal Roach, qui a souvent collaboré avec des figures aussi emblématiques que Harold Lloyd ou le duo Laurel & Hardy. HAL est aussi le nom de l'ordinateur de bord dans 2001, l'Odyssée de l'Espace. Celui du film, Auto, avec son immense œil rouge est un hommage supplémentaire au film de Stanley Kubrick ; de même que l'utilisation du mythique "Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss. Dernière référence notable, à Alien de Ridley Scott cette fois-ci, Auto est doublé en version originale par Sigourney "Ripley" Weaver...

WALL·E c'est surtout une formidable réflexion sur l'humanité et ses travers. En surface, le film nous livre une gentille fable écologique, sous fond de préservation de la terre et de respect de la nature.  De la planète dont le sol est jonché d'ordures que les robots s'efforcent de nettoyer aux milliers de satellites qui polluent l'espace, l'incurie de l'homme est mise à mal en même temps que sa dépendance aux choses matérielles. Le message écolo est cependant un peu l'arbre qui cache la forêt si j'ose dire. La surconsommation et les dérives du capitalisme sont vivement critiquées ; les humains semblant d'ailleurs condamnés à demeurer les mêmes. Devenus obèses et impotents, ils passent leur temps à s'empiffrer des mets que leur apportent mécaniquement les machines aux rythmes des injonctions "bienveillantes" des machines et des spots publicitaires incessants. À l'instar de Demolition Man, on y retrouve cette omniprésence d'un oligopole monopolistique (ici le Buy'N'Large en place de Pizza Huts) ; mais qui s'immisce ici dans toutes les activités commerciales (alimentation, prêt-à-porter, construction, transport, aérospatiale,  robotique, recherche, divertissement...). Ce qui permet, au passage, à WALL·E de marier prises de vue réelles avec acteurs et animation 3D pure (une première dans le genre, à ma connaissance). On peut également y entrevoir une mise en garde contre les dérives du tout-sécuritaire et de l'hégémonie de nouveaux moyens de communication avec cette surveillance intrusive et insidieuse (qui n'est pas sans évoquer le "Big Brother" du roman 1984 de George Orwell) qu'exerce l'ordinateur de bord sur les individus. Fustigeant la dépendance technologique (les hommes n'ayant d'ailleurs pas d'autre choix que de déléguer le nettoyage de la terre), WALL·E dénonce aussi ce paradoxe ultime du développement des communications : rivés au téléphone ou sur le net, les gens communiquent sans se voir, s'entendre ou tout simplement se connaître ; en témoigne les personnes de John et Mary, voisins s'ignorant. L'ironie magnifique étant que l'humanité ne devra son salut qu'à une poignée de robots soulevant une révolte face à l'incapacité de l'homme à agir pour son propre salut. Le message délivré n'est finalement pas si optimiste que cela ; le cynisme des trois dernières secondes post-générique confirmant l'impression que tout ceci n'est peut-être rien de plus qu'une campagne marketing mensongère. Audacieux pour un film labellisé Disney.

WALL·E c'est au final le film le plus "adulte" de Pixar. Portée par une atmosphère assez oppressante et relativement anxiogène pour les plus jeunes, une profonde réflexion acerbe sur l'homme se cache derrière son optimisme de façade. Au passage, j'ai bien aimé le générique final (à savourer jusqu'à l'ultime seconde donc) où diverses œuvres d'art illustrent de manière chronologique les évènements qui font suite au film ; des peintures rupestres aux fresques égyptiennes, des tableaux impressionnistes à l'art moderne, le tout au rythme d'une jolie ballade chantée par Peter Gabriel. En outre, grâce à un humour omniprésent qui fait de chaque objet du quotidien le prétexte à un gag hilarant, le film se paie le luxe d'être aussi divertissant qu'introspectif. En outre, il y a cette belle histoire amour universelle entre les deux robots, allégorie sublime sur notre époque où les liens virtuels tendent à remplacer les contacts réels. On est immédiatement conquis par ce WALL·E qui s'impose d'emblée comme un chef-d'œuvre inoxydable...



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Jaco Hellman 01/09/2008 13:56

D'abord bravo pour cette passionnante critique où tu as parfaitement compilé les multiples références de ce très grand Pixar. C'est une vrai date pour la S-F et surtout le cinéma d'animation occidental a enfin de quoi se décomplexer face aux chefs d'oeuvres visionnaires de Ghibli. Par contre j'hésite vraiment à le revoir de peur de me gâcher mes premières impressions bien que certains détails m'ont visiblement échappé.
Bonne continuation à ton excellent site!

eelsoliver 31/08/2008 16:26

Alors là complètement d'accord avec toi: c'est le film le plus mature de Pixar! Sans problème!
Les futurs films d'animation ont intérêt à s'accrocher pr passer derrière ça!

Wilyrah 26/08/2008 18:50

Ce film est très beau, touchant et drôle. Je me suis régalé.

Vance 20/08/2008 12:41

Mais un message passé avec subtilité, sans débordement moralisateurs. Le film est un chef-d'oeuvre, entre les Indestructibles et Monstres & cie, et prouve que Pixar est très, très loin au-dessus des autres firmes tentant de créer de l'animation 3-D.

:0051:Sebiwan 19/08/2008 16:21

Véritable film émouvant et rigolo, pixar a su faire passer un très lourd message !