Je vous souhaite à tous la bienvenue sur mon humble chez moi. J'espère que le voyage vous plaira et vous donnera envie de revenir et, pourquoi pas, de participer. Qu'il s'agisse de cinéma, de
musique, d'actualité, d'humour ou de plein d'autres petites choses de la vie, je serai toujours ravi de lire vos avis ; qu'ils soient positifs... ou négatifs ! Le leitmotiv de ce blog se résume
en une phrase simple :
Réalisé par John Carpenter, sorti le 5 juillet 1978 Titre original : Assault on
Precinct 13
Avec Austin Stoker, Darwin Joston, Laurie
Zimmer, Martin West, Nancy Loomis, Tony Burton, Charles Cyphers, John J. Fox...
"Ethan Bishop (Austin Stoker), lieutenant de police, se rend au Central 13, un
commissariat en voie d'être désaffecté. La journée s'annonce des plus tranquilles lorsqu'un car transportant des prisonniers, et parmi eux le célèbre Napoléon Wilson (Darwin Joston), rejoint le
commissariat pour soigner un malade. Un homme entre alors affolé au Central 13 : il est poursuivi par un gang dont il a tué un membre pour venger sa petite fille sauvagement assassinée. Très
vite le commissariat privé de téléphone et d'électricité se retrouve assiégé. Ethan Bishop se retrouve seul survivant avec une poignée de rescapés. Face à la supériorité numérique des
assiégeants, Bishop se voit contraint d'armer les prisonniers pour qu'ils aient une chance de s'en sortir..."
Mon avis :
On ne présente plus John Carpenter désormais, réalisateur adulé s'il en est, qui s'est principalement illustré dans le fantastique en signant bon nombre de classiques du genre. On lui doit
ainsi des œuvres aussi mythiques que Halloween, la nuit des masques, Fog, New York 1997, The Thing, Christine ou encore Invasion Los Angeles. Mais
alors qu'il n'avait pas encore dépassé la trentaine – et mis en scène seulement qu'un film de science-fiction fauché (Dark Star), son second long-métrage – tout aussi
fauché – l'imposa d'emblée comme un réalisateur hors pair. Allant à contre-courant de la tendance de l'époque qui consite à proposer un cinéma décomplexé, anticonformiste et contestataire
(à l'image d'Orange Mécanique de Stanley Kubrick ou, dans un autre genre, de Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper), le réalisateur livre en effet un film résolument
vieille école, singulièrement violent il est vrai, mais assez traditionnel malgré tout. Et lorsque l'on sait à quel point John Carpenter vénère le cinéma de Howard Hawks, il n'est pas
très surprenant que son long-métrage emprunte beaucoup à son emblématique Rio Bravo. Plus simplement, Assaut peut même se concevoir comme une version moderne du film de Hawks ; une
sorte de transposition urbaine qui reprend le même principe : une poignée d'hommes assiégés doivent lutter contre une horde oppressante d'assaillants. Carpenter ne niera nullement cette
filiation et s'amusera même à signer le montage de son film du pseudonyme de John T. Chance,le nom du shérif interprété par
John Wayne dans Rio Bravo justement. Quelques années plus tard, John Carpenter réalisera d'ailleurs un autre remake fameux d'un film de Howard Hawks ; ce sera à l'occasion du phénoménal
The Thing qui sublimera complètement La chose d'un autre monde, et dont le schéma narratif sera finalement assez proche de Assaut.
Western moderne aussi musclé que radical, et qui ne trouvera malheureusement pas son public lors de sa sortie (restant aujourd'hui encore assez mésestimé),
Assaut demeure pourtant toujours aussi efficace. Et ce, en dépit de son caractère incontestablement daté et expérimental. Mieux, cette désuétude participe même à renforcer le charme du
film, témoignage d'une époque où les cinéastes osaient tout sans vulgarité et où le cinéma était bien plus libertaire. D'ailleurs, force est de constater que John Carpenter lui-même, mais c'est
aussi vrai pour George A. Romero ou Dario Argento, semble s'être assagi à présent et paraît nettement moins virulent. Ce qui est bien dommage. Enfin, reconcentrons-nous sur ce qui nous intéresse
maintenant. Avec les années donc, et alors que le film apparaissait déjà comme désuet à l'époque, il aurait été légitime de penser que Assaut aurait pris un sérieux coup de vieux à l'heure
des effets spéciaux numériques à profusion et de l'esthétisme sophistiqué. C'est en partie vrai. Visuellement, on sent bien que les moyens mis en œuvre étaient assez limités. Toutefois,
Carpenter a d'abord su s'entourer de comédiens aussi inconnus (seulTony Burton se ferait connaître ensuite en interprétant le Duke dans la saga
Rocky) que convaincants. En première ligne, Austin Stoker est juste impeccable en flic inexpérimenté ; espèce de shérif moderne
complètement dépassé par les évènements, et qui n'aura pas d'autre choix que de s'allier avec des condamnés à mort (pour espérer ne pas l'être à son tour).Parmi ceux-ci, outre Tony Burton donc, on retiendra surtout Darwin Joston, foutrement charismatique dans son rôle de bandit énigmatique, de hors-la-loi classieux. Enfin, la
touche féminine est superbement apportée par la très jolie Laurie Zimmer et ses yeux bleus magnifiques (qui a mystérieusement disparu de la circulation depuis).Grâce ce casting réussi et à la maestria du–alors tout jeune– JohnCarpenter, Assaut semble avoir paradoxalement mieux vieilli que certains autres films de l'époque. Démodé avant l'heure,
mais résolument indémodable en somme, il demeure tout bonnement intemporel. Cela tient essentiellement en deux qualités fondamentales selon moi : sobriété et authenticité.
L'authenticité se ressent d'abord dans cette passion qui a habitée John Carpenter dans toutes les étapes du processus de création du film. Car, en plus d'avoir assuré la réalisation et le
montage de Assaut, le maître a également signé le script et s'est même investi physiquement dans le long-métrage puisqu'il y fait une apparition furtive. En outre, il a composé une superbe
partition musicale tout à fait à l'image du film : minimaliste mais efficace (au moins autant que pourrait l'être celle de son long-métrage suivant : Halloween, la nuit des
masques). La bande sonore est d'ailleurs dans son ensemble l'un des principaux atouts du film ; le film jouant allégrement des silences pesants (les assaillants utilisent des
silencieux) et des fusillades effrénées (les assiégés sont au contraire extrêmement bruyants). Cette authenticité se ressent ensuite dans le caractère quelque peu "amateur"
du film. Carpenter a réussi avec brio à outrepasser les contraintes financières en évitant de "péter plus haut que son cul" si je peux me permettre. Rapidemment taxé de réactionnisme
lors de la sortie du film, John Carpenter ne s'embarrasse pourtant pas plus de pondre une morale quelconque qu'il n'abuse d'effets appuyés. Il se contente juste de réaliser le genre de films
qu'il affectionne. Tout simplement. C'est d'ailleurs aussi cette sobriété qui fera la réussite de l'entreprise. Et ce dès les premières images. Le film s'ouvre en effet de façon on
ne peut plus abrupte. On y découvre un groupe de jeunes anarchistes (où supposés comme tels, l'un d'eux étant d'ailleurs le portrait craché du Che) s'entailler le bras avant de
faire ce qui semble être un pacte du sang.Pas un mot, pas une explication. Seulement la force évocatrice des images. On
les retrouve ensuite déambulant au sein d'une voiture dans les rues d'un quartier populaire, visant de façon complètement aléatoire leurs cibles éventuelles parmi les
passants. La tension est immédiate. À quelques pas de là, un père abandonne sa fille un instant pour aller téléphoner. Celle-ci en profitera pour aller acheter une glace chez un
marchant ambulant visiblement très anxieux (dans sa camionette, il possède en effet un pistolet qu'il ne cesse de tripoter nerveusement). Plusieurs coups de
feu retentissent. Le marchand s'effondre, puis la gamine. Pas un mot, pas une explication. Seulement la brutale radicalité de l'acte. Choquante, expéditive, géniale. Cette scène donne
immédiatement le ton et a le mérite de complètement déconcerter le spectateur (en filigrane, on peut également y voir une évocation de la montée de la violence en banlieue, quelque temps
avant que ne sorte Les Guerriers de la nuit de Walter Hill). Désormais, tout est possible et personne ne semble à l'abri.
Mais si le film demeure assez violent, il n'en sera pas pour autant bourrin, et même assez linéaire. Assaut est en effet un film relativement lent, qui laisse aux personnages le temps de
s'installer (privilégiant les silences qui en disent bien plus sur les personnages que de longs dialogues insipides...).Néanmoins, la réalisation de Carpenter est particulièrement nerveuse lors des scènes d'action ; ce qui en augmente considérablement l'impact. Tout ceci exécuté avec une sobriété
exemplaire, autant dans les quelques lignes de texte employées que dans sa façon de gérer l'action. Le cinéaste ne prend pas non plus la peine d'expliquer les tenants et les aboutissants de
l'histoire. Assaut a du reste un petit côté fantastique. Les assaillants sont presque invisibles (on ne voit leurs visages que furtivement), silencieux (y compris leurs armes,
ce qui rend l'absence de bruit d'autant plus angoissante) et impersonnels (les cadavres disparaissent même) ; se rapprochant implacablement de leurs proies au cœur de cette
obscurité persistante.On ne saura d'ailleurs jamais pourquoi ils agissent ainsi ; leurs actes semblant dénués de toute logique et de toute raison
(ceux-ci ayant visiblement juste profité de "l'occasion" pour déchaîner toute leur haine et leur violence). Astucieux, ce caractère inexplicable des évènements en accentue
considérablement la tension. On pense d'ailleurs souvent à La Nuit des morts-vivants de Romero (outre
source avoué du réalisateur). Le héros est noir, les assiégés doivent s'allier s'ils veulent espérer s'en sortir, un lieu ordinairement paisible (une ferme, un commissariat) est
barricadé, puis pris d'assaut par des créatures qui semblent innombrables, et tout cela se déroule durant une même nuit. Avec ce film, Carpenter aura décidément su tirer brillament parti de ses
prestigieuses références en proposant un long-métrage d'une maîtrise remarquable qui aura réussi à exploiter au mieux les contraintes qui étaient les siennes. À l'image de Rio Bravo
ouLa Nuit des morts-vivants,
Assaut finira d'ailleurs avec le temps à s'imposer comme une référence incontournable du genre et inspirera bien des réalisateurs (parmi lesquels deux français, Jean-François Richet
qui signera l'officiel remake Assaut sur le central 13 en 2004 et Florent Emilio Siri dont le Nid de
guêpes peut se concevoir comme un remake officieux, mais néanmoins très réussi). Surtout, Assaut demeure un divertissement brillant aussi indispensable
qu'impérissable.
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