Le Taulier

Shin. Who else ?
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Mardi 23 septembre 2008 2 23 09 2008 00:00
Réalisé par John Carpenter, sorti le 5 juillet 1978
Titre original : Assault on Precinct 13

Avec Austin Stoker, Darwin Joston, Laurie Zimmer, Martin West, Nancy Loomis, Tony Burton, Charles Cyphers, John J. Fox ...

"Ethan Bishop (Austin Stoker), lieutenant de police, se rend au Central 13, un commissariat en voie d'être désaffecté. La journée s'annonce des plus tranquilles lorsqu'un car transportant des prisonniers, et parmi eux le célèbre Napoléon Wilson (Darwin Joston), rejoint le commissariat pour soigner un malade. Un homme entre alors affolé au Central 13 : il est poursuivi par un gang dont il a tué un membre pour venger sa petite fille sauvagement assassinée. Très vite le commissariat privé de téléphone et d'électricité se retrouve assiégé. Ethan Bishop se retrouve seul survivant avec une poignée de rescapés. Face à la supériorité numérique des assiégeants, Bishop se voit contraint d'armer les prisonniers pour qu'ils aient une chance de s'en sortir..."




Mon avis
:
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On ne présente plus John Carpenter désormais, réalisateur adulé s'il en est, qui s'est principalement illustré dans le fantastique en signant bon nombre de classiques du genre. On lui doit ainsi des œuvres aussi mythiques que Halloween, la nuit des masques, Fog, New York 1997, The Thing, Christine ou encore Invasion Los Angeles. Mais alors qu'il n'avait pas encore dépassé la trentaine – et mis en scène seulement qu'un film de science-fiction fauché (Dark Star), son second long-métrage – tout aussi fauché – l'imposa d'emblée comme un réalisateur hors pair. Allant à contre-courant de la tendance de l'époque qui consite à proposer un cinéma décomplexé, anticonformiste et contestataire (à l'image d'Orange Mécanique de Stanley Kubrick ou, dans un autre genre, de Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper), le réalisateur livre en effet un film résolument vieille école, singulièrement violent il est vrai, mais assez traditionnel malgré tout. Et lorsque l'on sait à quel point John Carpenter vénère le cinéma de Howard Hawks, il n'est pas très surprenant que son long-métrage emprunte beaucoup à son emblématique Rio Bravo. Plus simplement, Assaut peut même se concevoir comme une version moderne du film de Hawks ; une sorte de transposition urbaine qui reprend le même principe : une poignée d'hommes assiégés doivent lutter contre une horde oppressante d'assaillants. Carpenter ne niera nullement cette filiation et s'amusera même à signer le montage de son film du pseudonyme de John T. Chance,
le nom du shérif interprété par John Wayne dans Rio Bravo justement. Quelques années plus tard, John Carpenter réalisera d'ailleurs un autre remake fameux d'un film de Howard Hawks ; ce sera à l'occasion du phénoménal The Thing qui sublimera complètement La chose d'un autre monde, et dont le schéma narratif sera finalement assez proche de Assaut.

Western moderne aussi musclé que radical, et qui ne trouvera malheureusement pas son public lors de sa sortie (restant aujourd'hui encore assez mésestimé), Assaut demeure pourtant toujours aussi efficace. Et ce, en dépit de son caractère incontestablement daté et expérimental. Mieux, cette désuétude participe même à renforcer le charme du film, témoignage d'une époque où les cinéastes osaient tout sans vulgarité et où le cinéma était bien plus libertaire. D'ailleurs, force est de constater que John Carpenter lui-même, mais c'est aussi vrai pour George A. Romero ou Dario Argento, semble s'être assagi à présent et paraît nettement moins virulent. Ce qui est bien dommage. Enfin, reconcentrons-nous sur ce qui nous intéresse maintenant. Avec les années donc, et alors que le film apparaissait déjà comme désuet à l'époque, il aurait été légitime de penser que Assaut aurait pris un sérieux coup de vieux à l'heure des effets spéciaux numériques à profusion et de l'esthétisme sophistiqué. C'est en partie vrai. Visuellement, on sent bien que les moyens mis en œuvre étaient assez limités.  Toutefois, Carpenter a d'abord su s'entourer de comédiens aussi inconnus (seul Tony Burton se ferait connaître ensuite en interprétant le Duke dans la saga Rocky) que convaincants. En première ligne, Austin Stoker est  juste impeccable en flic inexpérimenté ; espèce de shérif moderne complètement dépassé par les évènements, et qui n'aura pas d'autre choix que de s'allier avec des condamnés à mort (pour espérer ne pas l'être à son tour). Parmi ceux-ci, outre Tony Burton donc, on retiendra surtout Darwin Joston, foutrement charismatique dans son rôle de bandit énigmatique, de hors-la-loi classieux. Enfin, la touche féminine est superbement apportée par la très jolie Laurie Zimmer et ses yeux bleus magnifiques (qui a mystérieusement disparu de la circulation depuis). Grâce ce casting réussi et à la maestria du alors tout jeune – John Carpenter, Assaut semble avoir paradoxalement mieux vieilli que certains autres films de l'époque. Démodé avant l'heure, mais résolument indémodable en somme, il demeure tout bonnement intemporel. Cela tient essentiellement en deux qualités fondamentales selon moi : sobriété et authenticité.

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L'authenticité se ressent d'abord dans cette passion qui a habitée John Carpenter dans toutes les étapes du processus de création du film. Car, en plus d'avoir assuré la réalisation et le montage de Assaut, le maître a également signé le script et s'est même investi physiquement dans le long-métrage puisqu'il y fait une apparition furtive. En outre, il a composé une superbe partition musicale tout à fait à l'image du film : minimaliste mais efficace (au moins autant que pourrait l'être celle de son long-métrage suivant : Halloween, la nuit des masques). La bande sonore est d'ailleurs dans son ensemble l'un des principaux atouts du film ; le film jouant allégrement des silences pesants (les assaillants utilisent des silencieux) et des fusillades effrénées (les assiégés sont au contraire extrêmement bruyants). Cette authenticité se ressent ensuite dans le caractère quelque peu "amateur" du film. Carpenter a réussi avec brio à outrepasser les contraintes financières en évitant de "péter plus haut que son cul" si je peux me permettre. Rapidemment taxé de réactionnisme lors de la sortie du film, John Carpenter ne s'embarrasse pourtant pas plus de pondre une morale quelconque qu'il n'abuse d'effets appuyés. Il se contente juste de réaliser le genre de films qu'il affectionne. Tout simplement. C'est d'ailleurs aussi cette sobriété qui fera la réussite de l'entreprise. Et ce dès les premières images. Le film s'ouvre en effet de façon on ne peut plus abrupte. On y découvre un groupe de jeunes anarchistes (où supposés comme tels, l'un d'eux étant d'ailleurs le portrait craché du Che) s'entailler le bras avant de faire ce qui semble être un pacte du sang.
Pas un mot, pas une explication. Seulement la force évocatrice des images. On les retrouve ensuite déambulant au sein d'une voiture dans les rues d'un quartier populaire, visant de façon complètement aléatoire leurs cibles éventuelles parmi les passants. La tension est immédiate. À quelques pas de là, un père abandonne sa fille un instant pour aller téléphoner. Celle-ci en profitera pour aller acheter une glace chez un marchant ambulant visiblement très anxieux (dans sa camionette, il possède en effet un pistolet qu'il ne cesse de tripoter nerveusement). Plusieurs coups de feu retentissent. Le marchand s'effondre, puis la gamine. Pas un mot, pas une explication. Seulement la brutale radicalité de l'acte. Choquante, expéditive, géniale. Cette scène donne immédiatement le ton et a le mérite de complètement déconcerter le spectateur (en filigrane, on peut également y voir une évocation de la montée de la violence en banlieue, quelque temps avant que ne sorte Les Guerriers de la nuit de Walter Hill). Désormais, tout est possible et personne ne semble à l'abri.

Mais si le film demeure assez violent, il n'en sera pas pour autant bourrin, et même assez linéaire. Assaut est en effet un film relativement lent, qui laisse aux personnages le temps de s'installer (
privilégiant les silences qui en disent bien plus sur les personnages que de longs dialogues insipides...). Néanmoins, la réalisation de Carpenter est particulièrement nerveuse lors des scènes d'action ; ce qui en augmente considérablement l'impact. Tout ceci exécuté avec une sobriété exemplaire, autant dans les quelques lignes de texte employées que dans sa façon de gérer l'action. Le cinéaste ne prend pas non plus la peine d'expliquer les tenants et les aboutissants de l'histoire. Assaut a du reste un petit côté fantastique. Les assaillants sont presque invisibles (on ne voit leurs visages que furtivement), silencieux (y compris leurs armes, ce qui rend l'absence de bruit d'autant plus angoissante) et impersonnels (les cadavres disparaissent même) ; se rapprochant implacablement de leurs proies au cœur de cette obscurité persistante. On ne saura d'ailleurs jamais pourquoi ils agissent ainsi ; leurs actes semblant dénués de toute logique et de toute raison (ceux-ci ayant visiblement juste  profité de "l'occasion" pour déchaîner toute leur haine et leur violence). Astucieux, ce caractère inexplicable des évènements en accentue considérablement la tension. On pense d'ailleurs souvent à La Nuit des morts-vivants de Romero (outre source avoué du réalisateur). Le héros est noir, les assiégés doivent s'allier s'ils veulent espérer s'en sortir, un lieu ordinairement paisible (une ferme, un commissariat) est barricadé, puis pris d'assaut par des créatures qui semblent innombrables, et tout cela se déroule durant une même nuit. Avec ce film, Carpenter aura décidément su tirer brillament parti de ses prestigieuses références en proposant un long-métrage d'une maîtrise remarquable qui aura réussi à exploiter au mieux les contraintes qui étaient les siennes. À l'image de Rio Bravo ou
La Nuit des morts-vivants, Assaut finira d'ailleurs avec le temps à s'imposer comme une référence incontournable du genre et inspirera bien des réalisateurs (parmi lesquels deux français, Jean-François Richet qui signera l'officiel remake Assaut sur le central 13 en 2004 et Florent Emilio Siri dont le Nid de guêpes peut se concevoir comme un remake officieux, mais néanmoins très réussi). Surtout, Assaut demeure un divertissement brillant aussi indispensable qu'impérissable.



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Par Shin - Publié dans : La Shinémathèque - Communauté : Vos critiques de cinéma
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