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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 00:00
The Spirit
Réalisé par Frank Miller, sorti le 31 décembre 2008

Avec Gabriel Macht, Samuel L. Jackson, Eva Mendes, Scarlett Johansson, Sarah Paulson, Dan Lauria, Louis Lombardi, Paz Vega ...

"Denny Colt (Gabriel Macht), un ancien flic, revient mystérieusement d'entre les morts. Il est désormais le Spirit, combattant du crime dans les rues obscures de Central City. Son ennemi juré, Octopus (Samuel L. Jackson), a un but bien différent : dans sa folle quête d'immortalité, il s'apprête à détruire la ville. Aux quatre coins de la cité, le Spirit traque le tueur. Sur son chemin, le héros masqué croise des femmes, toutes sublimes, qui cherchent à le séduire, l'aimer ou le tuer... Seul son amour de toujours ne le trahira pas : Central City, la ville qui l'a vu naître... deux fois.
"




Mon avis
:
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Frank Miller a acquis une très forte notoriété dans le domaine de la bande-dessinée. Il a notamment contribué à moderniser le personnage de DareDevil (créant même celui d'Elektra) avant d'obtenir une reconnaissance plus grande du public et des professionnels grâce à son travail sur Batman à travers sa série Dark Knight (qui dépeint un futur proche extrêmement sombre dans lequel évolue notre héros). En plus d'apporter sa touche personnelle à bon nombre de comics existants (citons, entre autres, Spider-Man, Spawn, X-Men ou encore Captain America), l'artiste a également créé ses propres séries, telles RoboCop (d'après les scénarios originaux qu'il avait écrit pour les deux séquelles du film de Verhoeven), 300 (qui fut transposé à l'écran par le réalisateur Zack Snyder) et surtout Sin City (dont il se chargea lui-même de l'adaptation cinématographique grâce à la collaboration de Robert Rodriguez, qui co-réalisa le film, et les précieux conseils de Quentin Tarantino, qui en signera même un segment). Fort de toutes ces expériences, il ne semble donc pas très étonnant que Frank Miller ait eu l'envie de voler de ses propres ailes. De fait, The Spirit apparaît ainsi comme son premier véritable long-métrage.

Curieusement, alors qu'on aurait pu légitimement penser que celui-ci adapterait plutôt l'une de ses œuvres, Frank Miller décida au contraire de se tourner vers la plus fameuse bande-dessinée de Will Eisner, The Spirit. Pour être honnête, je connais très mal le travail de cet auteur. D'après les quelques informations que j'ai pu glaner ici ou là, Will Eisner n'était pas particulièrement fan des justiciers costumés classiques tels que Batman ou Superman. En fait, il avait plutôt en tête de publier un polar. C'est qui explique ce joli mélange d'univers auquel il a fini par aboutir. Ainsi, son héros n'aura pas de costume à proprement parlé (hormis un masque sur les yeux). Quant à son inspiration, elle proviendra davantage des  grands films noirs de l'époque (comme ceux d'Orson Welles ou d'Alfred Hitchcock) que de l'iconographie papier traditionnelle. Le résultat apparaîtra sous la forme d'une bande-dessinée tout à fait singulière avec des compositions très épurées, des perspectives inhabituelles et un grand dynamisme dans la narration. Frank Miller s'étant également illustré par son sens visuel recherché et l'énergie se dégageant de ces travaux, et étant accessoirement fan du bonhomme, le projet avec de quoi séduire. Néanmoins, et en dépit d'un casting alléchant (où se côtoient Samuel L. Jackson, Scarlett Johansson ou encore Eva Mendes), force est de constater que celui-ci a complètement raté sa première réalisation en solo.


Scarlett Johansson vs. Eva Mendes : Blonde ou Brune ?

La lacune la plus flagrante concerne indubitablement la direction d'acteurs : complètement catastrophique. Même si ces derniers ont certainement dû s'amuser sur le tournage, le résultat est pour le moins foutraque. À leur décharge, il faut dire aussi que la psychologie des personnages n'a pas franchement été développée. Par exemple, d'Eva Mendes, on retiendra surtout une apparition aquatique aussi décorative qu'invraisemblable, des tenues plus indécentes les unes que les autres et la photocopie de son fessier (si, si, je le jure !). En dehors de ce plaisir esthétique, il n'y a malheureusement pas grand chose à sauver de son personnage. À vrai dire, Scarlett Johansson – l'un des plus gros fantasmes masculins existants – n'est pas spécialement mieux gâtée non plus. Qu'elle porte les habits d'une maîtresse SM, d'un médecin sadique ou d'une tortionnaire nazie (ce qui est à peu de chose près la même chose), elle a toutes les peines du monde à donner corps (ou disons plutôt, à plus juste raison,  qu'elle ne fait que cela) à ce personnage tiraillée entre sa glaçante avidité scientifique et une douce folie latente. Bien que l'emballage soit ici très séduisant, l'actrice n'aura malheureusement jamais été aussi peu convaincante. Quant à Sarah Paulson (et sa romance niaise au possible), Paz Vega (en improbable danseuse du ventre latino "from Paris" qui ondule du cul ; cherchez l'erreur...) et surtout Jaime King (dans ces horribles séquences où elle apparaît en ange de la mort), elles ne dépasseront jamais le strict statut de potiche auquel le réalisateur semble les avoir reléguées. Pire, l'attirance que semble exercer sur elles l'ultra transparent héros de l'aventure est absolument incompréhensible.

Avec son look de Shadow (adapté au cinoche par Russell Mulcahy en 1994) au rabais et sa dégaine rappelant surtout le "Robin" de Joel Schumacher (aïe !), rarement un super-héros ne m'aura semblé aussi peu crédible. D'autant plus qu'il est incarné par un illustre inconnu (Gabriel Macht) dont l'absence flagrant de charisme n'est justement pas sans rappeler Chris O'Donnell (faire-valoir peu convaincant des différents Batman ; de Val Kilmer à George Clooney). Et alors qu'il justement censé être bien plus qu'un misérable sidekick, Gabriel Macht se fait complètement déborder par l'interprétation outrancière de Samuel L. Jackson. Successivement grimé en desperado déjanté, en samouraï de manga ou en officier SS, le comédien se livre à une séance de free style dont lui seul à le secret. L'immense cabotinage qui en résulte s'avère parfois amusant (à l'instar de cet hallucinant discours nazi), mais le plus souvent absolument grotesque (même si on est bien forcé de rire malgré tout). Le reste du casting, Louis Lombardi et Eric Balfour (tout deux transfuges de la série 24) ou encore Dan Lauria (dans la peau d'un flic blasé évoquant un peu le personnage de Bob Hopkins dans Qui veut le peau de Roger Rabbit ?), tente tant bien que mal d'exister malgré le peu d'importance qu'on leur accorde (avec son personnage complètement stupide, Louis Lombardi est peut-être celui qui s'en sort le mieux). Quant on pense à l'impressionnante galerie de personnages qui peuplait Sin City, on peut légitimement affirmer que Frank Miller est ici très loin du compte.

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Samuel L. Jackson vs. Gabriel Macht : Badman ou Robin ?

Malheureusement, le film ne dispose d'aucun autre atout susceptible d'accrocher l'intérêt du spectateur.
Réutilisant sans génie l'esthétisme développé pour ce même Sin City, The Spirit apparaît rapidement comme un film visuellement très laid et très difficile à suivre (le montage est vraiment très désagréable dans sa fâcheuse tendance à déstructurer l'action). Avec sa musique grandiloquente et son architecture urbaine retro-futuriste, le long-métrage de Frank Miller  essaie pourtant tant bien que mal de se rappocher des ambiances singulières du Dark City d'Alex Proyas, et surtout du Batman de Tim Burton. Malheureusement encore, si la démarche peut sembler légitime (d'autant plus que le héros partage le même amour pour sa ville que le mythique Chevalier Noir), Frank Miller multiplie fautes de goûts anachroniques (des flics arborant la dégaine de Dick Tracy avec un mobile high-tech dans une main et un PDA next-gen dans l'autre, ça le fait vraiment pas) et allusions référentielles douteuses (entendre un personnage citer Star Trek dans une un décor d'avant guerre, ça le fait pas non plus). D'autant que l'allure cartoonesque (de la scène d'introduction rappelant maladroitement le générique d'Arrête-moi si tu peux aux combats à la The Mask, les cabinets de toilettes en plus) et le second degré non contrôlé (Samuel en cowboy, Scarlett en nazi, Samuel en samouraï, Scarlett dans mon slip...) qui agrémentent le tout s'accomodent très mal avec le sérieux de certaines séquences (notamment celles où le Spirit se lamente sur son passé, pleure son amour perdu et enchaîne les monologues inter-minables...).

Oscillant sans arrêt entre humour de bas étage (avec désintégration de chaton totalement gratuite en sus) et sérieux papal (pour une intrigue frisant l'inintérêt absolu), The Spirit est un ratage complet qui ne doit son maigre salut qu'à sa drôlerie... éminemment involontaire. À force de multiplier les grands écarts de ton et de traitement (entre hommage respectueux et pastiche irrévérencieux), la soupe qui en résulte s'avère particulièrement indigeste. Sans Robert Rodriguez pour encadrer ses débordements créatifs et les acteurs (dont l'interprétation en totale roue libre est paradoxalement ici un "atout" comique), force est d'avouer que Frank Miller peine à convaincre en s'efforçant de sur-travailler la forme (avec esthétisme tapageur d'une vulgaire
publicité d'eau de toilette à la clé) au détriment du fond (on s'emmerde donc assez rapidement). Très franchement, parce que j'admire néanmoins l'inventivité du bonhomme (de ces comics, en tout cas) et que je reste persuadé qu'il est capable de mieux (Sin City l'a en partie prouvé je trouve), j'ose à espérer que The Spirit n'est rien de plus qu'un sinistre incident de parcours et que le meilleur est à venir. C'est pourquoi je préconise d'oublier fissa ce long-métrage, qui appartient déjà au passé, et de remater plutôt Sin City en attendant patiemment que sortent sur nos écrans les suites qu'il prépare actuellement avec son complice Robert Rodriguez. Ou, tout du moins, le volume deux ; au casting duquel devrait, en plus des habitués (Clive Owen, Bruce Willis ou encore Mickey Rourke), logiquement figurer mon chouchou Johnny Depp !


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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commentaires

dilbert 30/01/2009 00:38

Bonsoir tout le monde,Tout d'abord, je te remercie pour cette critique aussi ciselé que bien pensé. Et je ne peux qu'être d'accord avec Vlad, il nous a réellement fait un Sin City-like et c'est bien dommage, tant l'univers d'Eisner est intéressant. C'est vraiment un joyeux gâchis, qui me donne encore plus envie le Sin City nouveau, qui ne saurait tarder. J'espère en tout cas...

Shin 02/02/2009 09:10



Bonjour Dilbert,

Je connais mal la BD de Will Eisner, mais ça m'étonnerait effectivement pas mal que Frank Miller lui rende véritablement hommage tant The Spirit tend à se rapprocher de ses propres travaux
(un Sin City-like au rabais effectivement).

Amicalement,

Shin.



Captain Blood 28/01/2009 21:06

Salut ShinJe ne peux qu'être d'accord avec toi concernant The Spirit. C'est dommage d'en arriver à un tel film qui présente bien peu d'intérêt.Mais bon, je me rassure en me disant que dans 10 ans, en le revoyant, ce sera encore plus une belle tranche de rigolade...car là, je serais bien incapable de le revoir touit de suite !!!AmicalementCaptain Blood

Shin 02/02/2009 09:07



Bonjour Captain,

Même dans dix ans, je ne suis pas persuadé que j'aurai la force de m'infliger ça à nouveau... C'est quand même très mauvais.

Amicalement,

Shin.



eelsoliver 28/01/2009 10:54

ça ne m'a pas déplu mais ce film a tout de même des défauts. 1èrement, on est en dessous de Sin city et on pouvait espérer mieux de Miller derrière la caméra.Ensuite, c'est assez brouillon et certaines scènes sont limite vulgaires.Bonne surprise, je trouve le héros sympathique et qu'il peut être mieux exploité ds une suite qui paraît inévitable.

Shin 02/02/2009 09:05



Bonjour Olivier,

Sympathique le héros ? On parle bien de ce fadasse Shadow au rabais interprété par un clone du transparent Chris O'Donnell ? Pour ma part, je l'ai tout simplement trouvé insipide...

Amicalement,

Shin.



Wilyrah 27/01/2009 14:59

Je ne suis vraiment pas tenté, donc ta critique confirme mon choix ;)

Shin 02/02/2009 09:02



Bonjour Wilyrah,

Content d'avoir pu rendre service !

Amicalement,

Shin.



Vance 26/01/2009 22:10

LE film est un ratage. Même dans son propos (le héros parle de la ville, qui n'apparaît jamais vraiment à l'écran : aucune ame, aucun style architectural). Je ne disais pas autre chose. Je suis tout de même curieux de lire de bonnes critiques sur cette daube, il y aura bien un provocateur pour en faire son favori.

Shin 02/02/2009 09:02



Bonjour Vance,

Pour le moment, je n'en ai lu que du mal. Le contraire m'aurait également étonné.

Sinon, je suis d'accord avec toi sur le rapport à la ville est totalement raté (comme le reste d'ailleurs). Elle est sans âme. On est vraiment loin des univers riches façon Tim Burton ou
Alex Proyas.

Amicalement,

Shin.



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