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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Tellement proches

Tellement proches
Réalisé par Éric Toledano & Olivier Nakache, sorti le 17 Juin 2009

Avec Vincent Elbaz, Isabelle Carré, François-Xavier Demaison, Audrey Dana, Omar Sy, Joséphine de Meaux, Max Clavelly, Lizzie Brocheré, Jean Benguigui, Catherine Hosmalin ...

"Famille : Groupe de personnes réunies par des liens de parenté et un fort sentiment de solidarité morale et matérielle. Quand Alain (Vincent Elbaz) a épousé Nathalie (Isabelle Carré), il ne savait pas qu'il épouserait aussi sa famille. Ce samedi, comme toutes les semaines, ils sont invités à dîner chez son beau-frère, Jean-Pierre (François-Xavier Demaison) à Créteil. Mais ce soir, plus que d'habitude, Alain est à bloc, il bout comme une cocotte prête à exploser. Il en a marre, marre de se planter à chaque fois sur le chemin pour aller à Créteil, marre de se taper les petits conseils de vie de Jean-Pierre et de sa femme Catherine (Audrey Dana) qui élève ses enfants comme des chevaux, marre d'attendre de dîner l'estomac vide en regardant les spectacles soporifiques de leur fille Gaëlle, marre de regarder pour la énième fois la vidéo de leur mariage, marre aussi de son autre belle-soeur Roxane (Joséphine De Meaux), qui, affolée par son horloge biologique, a jeté son dévolu sur Bruno (Omar Sy), jeune interne en médecine qui se demande un peu comment il a atterri à ce dîner. C'est vrai, Alain en a marre de ces dîners familiaux, mais il ne sait pas encore ce qui l'attend véritablement ce soir-là. Ni les jours qui suivent..."




Mon avis (grand film) :  



En 2005, si le premier long-métrage réalisé par Éric Toledano et Olivier Nakache, Je préfère qu'on reste amis... était un peu passé  inaperçu lors de sa sortie en salles, il avait toutefois réussi à susciter un élan de sympathie non négligeable avec le temps – et parfaitement justifié eu regard à ses nombreuses qualités (à commencer par un duo d'acteurs, Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve, au sommet de l'art et remarquablement mis en valeur par une histoire  à la fois drôle, tendre et délicate) avec le temps. À l'instar de Rémi Bezançon lorsqu'il mit également en scène son premier film, Ma vie en l'air (dont la sortie resta malheureusement aussi plutôt confidentielle), les deux réalisateurs étaient en effet parvenu à lier, non sans talent, humour et poésie pour nous offrir une vraie bonne comédie française sur le parcours d'un trentenaire désœuvré et sa quête mouvementée de l’âme sœur. Ce n'est pourtant que l'année suivante que le duo se fit véritablement connaître du public grâce au succès surprise (et tout à fait mérité là encore) de l'épatant Nos jours heureux. Faisant de nouveau la part belle aux magnifiques rencontres qui émaillent chaque instant de nos vies, Éric Toledano et Olivier Nakache avaient alors puisé dans leurs souvenirs de jeunesse (ils se sont d'ailleurs rencontrés alors qu'ils étaient encore directeurs de colos) pour construire cette histoire basée sur l'insouciance des jeunes années et des jolies colonies de vacances (leur permettant au passage d'illustrer à l'écran la notion de fidélité en offrant de nouveau le premier rôle à l'épatant Jean-Paul Rouve). Avec une même nostalgie évitant conscienceusement la mélancolie aux parfums surannés de naphtaline et un même soin apporté à la description de tranches de vie riches de personnages finement ciselés, les deux compères reviennent (enfin !) trois ans plus tard avec une nouvelle comédie irrésistiblement réjouissante ! Comme avait justement pu le faire le même Rémi Bezançon avec son récent Le Premier jour du reste de ta vie, Éric Toledano et Olivier Nakache s'intéressent donc à leur tour  ici aux relations entre les différents membres d'une même famille, leurs proches et l'influence que tout cela peut avoir sur la trajectoire de chacun. Certes, le sujet a souvent investi le grand écran – et notamment le cinéma français – et le risque de tomber devant une énième comédie de mœurs n'était pas négligeable.

Pourtants, bougrement malins, les deux réalisateurs ont su éviter les habituels écueils du genre et nous entraîner inexorablement au plus près de leurs personnages. Pour être tout à fait exact, Éric Toledano et Olivier Nakache ne se sont pas simplement contentés d'éviter les clichés et c'est en parvenant d'abord à les surligner malicieusement, pour ensuite mieux les contourner et s'en amuser, que le duo de réalisateurs réussit formidablement son pari. Le film s'ouvre ainsi sur une introduction mémorable chez Ikéa où le couple formé par Isabelle Carré et Vincent Elbaz tente tant bien que mal d'achever leurs courses chez le géant suédois. Évidemment, ce genre de lieu est propice aux engueulades et le ton monte rapidement alors que la voiture demeure introuvable sur immense parking, que madame court après leur turbulent bambin ou que monsieur s'énerve à ranger toute la chiée de conneries qu'ils viennent d'acheter et qui déborde du caddie. Les emmerdes ayant la fâcheuse tendance à épargner les autres dans ces moments-là, on peut alors distinguer en arrière-plan  –  dans un clin d'œil aussi subtil que délicieux au fameux sketch de Gad Elmaleh – un couple de "blonds" aux enfants incroyablement disciplinés et aux affaires soigneusement rangées dans le coffre (et ce, en moins de trente secondes chrono !). Alors forcément, lorsqu'une pluie torrentielle s'y met, qu'on oublie la poussette en partant et qu'il s'agit de monter une armoire en kit (avec ses instructions incompréhensibles et ses pièces qui ne collent jamais) avant de se préparer pour le traditionnel repas de (belle) famille, Alain (qu'interpète Vincent Elbaz) comprend bien vite (et nous aussi) que la suite ne va pas être de tout repos. Vient alors une réunion de famille qui sent bon l'entente cordiale des traditionnels films du genre : le mari se plaint d'avance des éventuels débordement de sa belle-famille, la femme feint d'ignorer son manifeste manque d'enthousiasme, le beau-frère avocat vraiment beauf raille leur vie étriquée (mais taxe quand même sa sœur pour s'en sortir), la belle-sœur psychorigide ne se gène pas pour donner de précieux conseils d'éducation parental, la sœur de sa femme est tout excitée par le nouveau mec qu'elle vient juste de rencontrer, et celui-ci se demande encore ce qu'il vient foutre dans cette galère.

Tellement proches
Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents opportunistes... (dédicace personnelle)

Alors que tous sont obligés d'assister aux différents tours que l'insupportable prodige de la famille leur imposent (sous le regard admiratif de ses parents sur-protecteurs et devant l'indifférence totale d'à peu près tout les autres, alors bien trop préoccupés par la faim qui les tiraillent) et que les petits coups en douce deviennent de plus en plus pesants, Tellement proches prend alors une irrésistible tournure surréaliste (à base de revers et de répliques bien sentis dont la formidable causticité n'est pas rappeler l'exemplaire Un air de famille de Cédric Klapisch) et envoie valser les sempiternels lieux communs pour se draper d'un second degré à contre-courant de toutes conventions du genre. Car si les différents protagonistes de l'histoire s'opposent d'un point de vue culturel, social, générationnel, ethnique ou encore religieux, la douce folie qui va s'emparer de chacun d'eux va finir par nous révéler à quel point ils sont , justement, tellement proches. Via un enchaînement de situations totalement loufoques (mais néanmoins savoureuses) qu'il semble bien délicat de résumer en quelques mots tant le scénario regorge de surprises, Éric Toledano et Olivier Nakache vont réussir là où tant d'autres échouent. Tordant le cou avec beaucoup humour (c'est rare que je m'éclate autant devant un film !) aux préjugés les plus tenaces, ils parviennent ainsi, avec une aisance remarquable, à nous dresser une galerie de personnages qu'ils poussent dans des voies inattendues dénotant singulièrement des habituelles figures imposées et caricatures grossières du genre. Outre l'efficacité du scénario et la vivacité de sa mise en scène, le plus gros atout Tellement proches repose indéniablement sur les épaules de ses comédiens, visiblement très inspirés. Les amateurs de Nos jours heureux seront d'ailleurs ravis de retrouver Omar Sy dans un vrai rôle – où il peut enfin donner libre cours à son talent en interprétant ce médecin généraliste exaspéré par la bêtise ambiante ou encore la truculente Joséphine de Meaux toujours aussi hilarante lorsqu'elle pique une crise de nerfs en attendrissante handicapée affective compulsive.

Pont supplémentaire savoureux avec le précédent long-métrage d'Éric Toledano et d'Olivier Nakache, la présence (parfois furtive) des attachants Jean Benguigui, Catherine Hosmalin, Lise Lametrie, Lannick Gautry ou encore Lionel Abelanski (présent au casting des trois réalisations du duo) est également un plus appréciable ; au même titre que la participation de la pétulante Rénée Le Calm (découverte sur le tard par Cédric Klapisch, inspiration évidente des auteurs) qui, malgré ses plus de quatre-vingt-dix printemps, affiche une forme remarquable ! Parmi les nouveaux venus, il convient de citer le surprenant François-Xavier Demaison que je connaissais assez mal jusqu'à présent et qui m'a littéralement fait hurler de rire (et notamment lorsqu'il doit traiter avec ses clients pour le moins atypique). Follement amoureux de la lumineuse Audrey Dana (pour laquelle il est vraiment prêt à tous les sacrifices...), il forme avec elle un couple de parents carriéristes (surtout pour leur progéniture qu'ils n'hésitent pas à envoyer dans une école privée juive sous prétexte qu'elle a les meilleurs résultat de la région ; et qu'importe s'ils doivent en passer par une conversion au judaïsme pour cela) absolument irrésistible. Même si j'ai trouvé que son personnage était un peu plus en retrait par rapport aux autres rôles principaux, Isabelle Carré y apporte beaucoup de fraîcheur et une belle spontanéité, et on comprend aisément que celui incarné par Vincent Elbaz y soit autant attaché (même si la menace de la craquante Lizzie Brocheré n'est jamais très loin...). C'est d'ailleurs un immense plaisir de retrouver celui-ci dans un rôle d'importance et finement écrit. Sorte de prolongement du personnage interprété par Jean-Paul Rouve dans Nos jours heureux (alors directeur d'une colonie de vacances, il est ici ancien G.O. du Club Med), son rôle rappelle aussi l'adulte un brin immature ayant du mal à sortir de l'adolescence (il agitdavantage en pote qu'en père avec son fils) qu'il tenait précisément dans le film de Rémi Bezançon que j'évoquais plus haut, Ma vie en l'air. À l'instar du reste du casting (on peut d'ailleurs mentionner aussi le jeune Max Clavelly, diaboliquement adorable), l'acteur s'est visiblement éclaté sur le tournage et sa joie de vivre est hautement communicative.

Menant leur récit avec une dextérité époustou
flante, les deux réalisateurs excellent surtout dans la direction d'acteurs dont ils parviennent parfaitement à exploiter les différentes facettes. Tellement proches naviguent ainsi souvent, et ce n'est pas la dernière de ses qualités, entre le rire et les larmes ; aboutissant de ce fait à quelques belles séquences qui serrent de cœur et rendent – et ce sans jamais alourdir le film – les personnages encore plus attachants. Le passage où Vincent Elbaz entame un slow avec Catherine Hosmalin est à ce titre particulièrement réussi. Prêtant largement à sourire au début par son caractère presque ridicule, cette danse se teinte progressivement d'une vive émotion tout à fait inattendue, mais terriblement touchante (d'autant qu'elle marque un cap important dans la prise de conscience du personnage). Avec leurs précédentes réalisations, on n'avait déjà pu constater l'incroyable justesse d'Éric Toledano et d'Olivier Nakache avec laquelle ils parviennent à ciseler des personnages tellement proches de nous (les petites vignettes de fin de générique sur la mémoire sélective et la façon dont on accepte de se voir illustre d'ailleurs tout à fait ce propos). Au-delà de leur sens inné de l’observation et de leur capacité à capter l'instant, les deux réalisateurs y parviennent surtout parce que leur démarche est sincère et dénuée de tout cynisme. Même dans les moments les plus noirs de leur récit (et certaines répliques sont bien corsées), on ressent bien l'amour et toute la tendresse qu'ils portent à leurs personnages. Comme l'atteste leur site perso (www.toledano-nakache.com sur lequel ils répondent volontiers aux internautes) et la très agréable session de questions-réponses à laquelle ils ont bien voulu se soumettre à la fin de la projection en avant-première du 16 juin 2009 à l'UGC Châtelet-Les-Halles (en présence de quelques acteurs du films comme François-Xavier Demaison, Joséphine de Meaux, Renée Le Calm, Max Clavelly ou encore Omar Sy qui nous a gratifié d'un magnique "Doudou beggin" !), la générosité est le mot qui définit finalement le mieux leur cinéma. Tellement vrai,  ce beau  petit moment invite au partage et s'apprécie comme une véritable bouffée d'air frais avant l'été !


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Cathy 11/03/2010 17:51


Excellente comédie sans prétention. On s'associe forcément à un perso ou on se rappel un souvenir. bref j'ai passé un bon moment et je le conseille à tout le monde. On découvre des jeunes acteurs
dont Max Clavelly qui sont bluffant.
J'attends le prochaion film dans lequel il apparaît "Je vous aime très beaucoup" avec Firmine Richard. Allez voir sur touscoprod.com


Vance 20/06/2009 12:17

Vous m'avez convaincus. Faut que je trouve le temps maintenant.

Shin 20/06/2009 13:10



Oups ! J'ai la pression maintenant ! ^__^

D'ailleurs, ça me fait penser que je dois absolument t'envoyer la dernière mise à jour de mes notations pour le classement 2009...

Amicalement,

Shin.



Vlad 20/06/2009 05:16

Hello,Tout comme toi, j'ai beaucoup apprécié ce film tout comme j'ai beaucoup apprécié "Je préfère qu'on reste amis" qui mériterais à être plus reconnus. On passe un bon moment devant ce film et malgré la grosseur des portraits on ne peut s'empêcher de s'identifier et de retrouver dans cette famille quelques uns de nos proches. Un très bon divertissement qui j'espère sera l'une des comédies fortes de l'été 2009.Sinon pour ta légende ilm faudra me rappeller la citation sur l'opportuniste que j'ai déja oublié lol. It's legen...wait for it...dary :PA bientôt et encore merci,Vlad

Shin 20/06/2009 11:43



Bonjour Vlad,

Serait-ce ma dédicade personnelle qui t'a rappelé cette magnifique citation ? ^__^

Quoi qu'il en soit, ça donnait un truc du genre : "Vlad, l'art de l'opportuniste mercantile associé à une totale inconscience artistique".

Amicalement,

Shin.