Mercredi 20 juin 2012
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Réalisé par Troy Nixey, sorti le 6 juin 2012
(DTV)
Avec Katie Holmes, Guy Pearce, Bailee Madison,
Jack Thompson, Julia Blake, Garry McDonald, Nicholas Bell, Alan Dale ...
"Une petite fille (Bailee Madison) s'en va vivre avec son père (Guy Pearce) et sa nouvelle petite amie (Katie Holmes) dans
une immense bâtisse très ancienne. Celle-ci va découvrir que de sinistres créatures vivent sous les escaliers de sa nouvelle demeure... "
Remake d'un téléfilm éponyme oublié de pratiquement tout le monde et réalisé en 1973 par John Newland, ce Don't be
afraid of the Dark version 2012 (bien que produit en 2011) aurait pu n'être qu'un énième direct-to-video noyé dans la masse. Seulement, avec une personnalité aussi
emblématique que Guillermo Del Toro associé au projet (qui officie ici en tant que producteur et scénariste), Don't be afraid of the Dark revêt forcément une dimension particulière pour tout amateur de fantastique. Réalisateur surdoué à l'origine de claques visuelles aussi
marquantes que L'Échine du Diable, Blade 2 ou encore Le Labyrinthe de Pan, Guillermo Del Toro est aussi un producteur avisé auquel on doit les
récents succès L'Orphelinat de Juan Antonio Bayona et Les Yeux de Julia de Guillem Morales. Du coup, j'avais plutôt hâte de découvrir cette nouvelle production
fantastico-horrifique (d'autant que j'apprécie beaucoup Guy Pearce, ici en tête d'affiche, affiche plutôt réussie d'ailleurs) qui, malheureusement, n'est pas vraiment à la hauteur des attentes
que l'on pourrait légitimement avoir d'un tel projet...
En effet, passée une scène d'introduction choc d'une implacable efficacité
et fichtrement prometteuse, le long-métrage de Troy Nixey (qui fait ici ses premiers pas derrière la caméra) déçoit rapidement par sa mollesse globale et, pire encore, par la caractérisation
totalement ratée de ses personnages. De fait, comme dans bien trop de productions horrifiques bas de gamme, Don’t be afraid of the Dark nous inflige des personnages désespérément agaçants à l'aveuglement démesuré totalement incompréhensible (à un moment, le
jardinier manque d'y passer avant d'être retrouvé intégralement recouvert d'entailles et avec un ciseau planté dans l'omoplate, mais tout le monde a l'air de s'en foutre) et aux réactions d'une
effarante stupidité. Illustration parfaite est faite avec cette gamine (assez antipathique au demeurant, et jouée assez poussivement par la jeune Bailee Madison) qui ne cesse d'agir comme la
pire des demeurées suicidaires. Alors qu'elle comprend pourtant bien vite que la mystérieuse résidence dans laquelle ils vivent est possédée par des créatures malfaisantes qui ne lui veulent
visiblement pas du bien et qui ne semblent rien craindre d'autre que la lumière, celle-ci s'entête à descendre toute seule dans le repère des petits monstres (même après avoir découvert leur
véritable nature), à ne jamais allumer la lumière quand bien même l'interrupteur est à sa portée (au-delà de toute vraisemblance, comme dans cette séquence de la salle de bain,
pourtant visuellement réussie) ou à fuir, en dépit de tout bon sens, une salle remplie d'adultes pour aller pourchasser toute seule une des créatures jusque dans une grande pièce sombre isolée (telle une bibliothèque aux multiples recoins où les hideuses bestioles auront
évidemment tout loisir de se cacher...).
« Éteins la lumière, montre-moi ton coté sombre...» (Air
connu)
Cela dit, les
adultes sont tout aussi crétins dans leur obstination irréductible à ne jamais vouloir croire l'enfant, même lorsque l'évidence crève les yeux (comme l'attaque déjà mentionnée du jardinier),
ou à ne jamais chercher à véritablement la protéger. Ainsi, alors que la menace ne fait plus aucun doute, on ne comprend par exemple pas pourquoi la belle-mère (qui semble pourtant à ce
moment-là du film enfin croire la gosse) la laisse dormir toute seule dans sa chambre (où, devinez quoi, elle va évidemment se faire allégrement attaquer par les sales bêtes) et encore moins
pourquoi ils ne quittent pas immédiatement la demeure une fois la présence des créatures maléfiques avérée (mais non, même il n'y a plus aucun doute à avoir quant au danger que représente
cette satanée baraque, ils s'entêtent encore à y rester). De
la part d'un artiste aussi talentueux que Guillermo Del Toro (le même qui avait pourtant développé des personnages aussi profonds et complexes que Jared Nomak, Hellboy, le Prince Nuada ou
encore Ofelia), ce ratage dans l'écriture des personnages déçoit autant qu'il agace. Les acteurs, certainement conscients des limites de leurs rôles respectifs, semblent d'ailleurs le minimum
syndical ; surtout Guy Pearce, ici totalement transparent, qui est pourtant l'un des acteurs les plus talentueux de sa génération (il suffit de revoir un Memento ou un
Animal Kingdom pour s'en convaincre).
La patte de Guillermo Del Toro, on la retrouve pourtant dans le choix des
décors avec cet immense manoir gothique énigmatique et ce dédale oppressant de jardins entrelacés qui évoquent fortement son formidable Labyrinthe de Pan. On la retrouve aussi
dans l'apparence des créatures du film (sorte de croisement pervers entre d'hideuses petites fées démoniaques et de gros rats monstrueux qui évoquent celles du même genre précédemment observées
dans son Hellboy 2). Cependant, malgré leur design plutôt réussi, ces minuscules bestioles, dévoilées bien trop vite (ce qui casse du coup bien trop vite aussi une grosse part
de mystère du film), ne sont pas tellement effrayantes. Et le long-métrage ne parvient jamais durablement non plus à mettre en place une atmosphère véritablement anxiogène (ce qu'avait bien
mieux réussi le très cinématographique jeu-vidéo Alan Wake du studio Remady, qui jouait également sur le registre de la peur du noir et des créatures hostiles à la
lumière). Pour tenter de faire de son
film une attraction horrifique un tant soit peu efficace, le réalisateur semble donc contraint à user et abuser massivement des traditionnels jump scares (ces fameux passages où la musique s'emballe d'un
coup alors qu'un évènement vient faire sursauter le spectateur). À l'écran, le résultat s'apparente beaucoup à un vieux train fantôme démodé aux astuces un peu éculés, et dont la mécanique
s'enraye assez vite (l'immédiateté des effets ne se poursuivant pas une fois le générique terminé). Et ce, même si Don't be afraid of the Dark ne manque toutefois pas de charme
(la photographie et la direction artistique sont plutôt soignées).
Mais, s'essoufflant malheureusement plus vite sur la durée que le pourtant
déjà inégal Nuits de terreur de Jonathan Liebesman (qui exploite les mêmes ficelles avec sa
créature démoniaque dévoreuse de dents de lait, et des enfants qui vont avec), on en vient quand même à se demander si Don't be afraid of the Dark n'aurait pas dû demeurer un objet purement télévisuel (ce qu'il est à la base) tant le
résultat s'apparente finalement bien plus à une version étirée d'un épisode d'une série horrifique comme Au-delà du réel ou Fear Itself qu'à un véritable
long-métrage vraiment abouti, et pas franchement à la hauteur d'un maître comme Guillermo Del Toro.
Par Shin
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Publié dans : Longs-métrages
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