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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

La Prise de Beverly Hills

La Prise de Beverly HillsRéalisé par  Sidney J. Furie, sorti le 10 juin 1992
Titre original : The Taking of Beverly Hills
           
Avec Ken Wahl, Matt Frewer, Robert Davi, Harley Jane Kozak, Branscombe Richmond, Lee Ving, Lyman Ward, Raymond Singer ...

"Suite à l'accident d'un camion citerne, un nuage toxique se répand dans Beverly Hills. Après la panique que de l'évacuation générale, Boomer Hayes (Ken Wahl), quaterback vedette de son équipe, découvre que la menace est un stratagème pour vider la ville. En effet, un gang organisé a pris la police en otage pour dépouiller la ville de ses objets d'art..."




Mon avis
 
(bien) :
  


 

 

Distributeur de bobines aussi emblématiques que TerminatorPlatoon, RoboCop, Danse avec les loups ou encore Le Silence des Agneaux, Orion Pictures n'est plus franchement au top de sa forme en ce début d'années 1990. Confronté à de sérieuses difficultés financières le plaçant sous la menace perpétuelle d'une banqueroute prochaine, le mythique studio semble alors dans une impasse totale ; et de laquelle il espère désespérément sortir en se lançant dans la production de longs-métrage aux budgets plus modestes et – il faut bien l'avouer – sans grande ambition artistique. C'est ainsi que, à partir de la seconde moitié des années 1980, Orion Pictures a mis sur rails de sympathiques série B telles que Le Retour des morts-vivants, Remo sans arme et dangereux, Le Flic de Miami, Navy Seals - Les Meilleurs ou encore The Hot Spot. Confié aux mains de l'expérimenté Sidney J. Furie, La Prise de Beverly Hills s'inscrit directement dans cette démarche de mise initiale modérée pouvant rapidement amener à un retour sur investissement lucratif. Malgré le désastre intégral que fut Superman IV, le réalisateur du mémorable film fantastique L'Emprise (avec Barbara Hershey) est un solide technicien qui sait y faire pour livrer de très efficaces scènes d'action ; qu'il s'agisse des courses-poursuites à moto de L'Ultime randonnée (avec Robert Redford), des combats aériens de l'Aigle de fer (avec Louis Gossett Jr.), des nombreuses péripéties du thriller d'espionnage Ipcress, danger immédiat (avec Michael Caine) ou – bien plus tard – des films musclés qu'il tournera avec Dolph Lundgren au débuts des années 2000 (Detention, Direct Action).

  

À l'écran, c'est peu dire que Sidney J. Furie ne ménage pas sa peine ; les 19 millions de dollars de budget ayant été largement optimisés. Les bagnoles (ou tout autre engin motorisé) roulent à toute berzingue, font des dérapages dans tous les sens, sautent partout où elle le peuvent et, surtout, explosent autant que possible. La Prise de Beverly Hills est en effet un véritable festival d'explosions pyrotechniques et de cascades rocambolesques (l'équipe supervisée par Jack Gill s'en est vraiment donné à cœur joie !). Camion citerne, voitures, tanks, magasins, baraques luxueuses... tout y passe ! Conçu de manière à éviter au maximum les temps morts, le long-métrage de Sidney J. Furie est un pur action movie 90's rythmé et généreux qui saura combler sans peine les amateurs du genre. Bien sûr, La Prise de Beverly Hills accuse le poids des années (et sans doute était-il déjà un peu kitsch lors de sa sortie initiale). Néanmoins, son rendu quelque peu daté et son montage parfois approximatif (certaines éléments du décor apparaissant / disparaissant d'un plan à l'autre sans raison) sont largement contrebalancés par son attachante fantaisie et son sens du jusqu'au-boutisme assumé. Ainsi peut-on voir les protagonistes se battre à coups d'improbables lance-flammes, étoiles de ninja, canons électriques, bourbons Molotov, arbalètes médiévales, tire-bouchons pneumatiques, pistolets-silencieux propulsant du ketchup (véridique !) ou autres cailloux mortels (!). Aussi nanardesque – dans le bon sens du terme – soit-il, le film de Sidney J. Furie se permet même quelques petits moments d'anthologie ; à l'instar de cette escapade urbaine en tank à la GTA préfigurant GoldenEye ou de cette course-poursuite au lance-flammes qui aurait à peine dépareillée dans un Mad Max.    

 

La Prise de Beverly Hills
       Petite blague mondaine :  « Vous connaissez la différence entre un SDF vivant sous les ponts et un SDF en Mercedes ?
Le premier est un sans domicile fixe et le second est un sans difficulté financière. Ha ! Ha ! Ha ! »

 

Surfant à la fois sur le succès des actioners mythiques des années 1990 tels que Piège de Cristal, L'Arme Fatale et Le Flic de Beverly Hills, le héros est un dur-à-cuir qui se trouve au moment endroit au mauvais moment (dans sa salle de bain donc), porte la nuque longue (confirmant au passage que Mel Gibson est peut-être le seul acteur au monde à ne pas avoir l'air ridicule avec une mulette) et aura maille à partir avec un homme d'affaires peu scrupuleux menaçant... Beverly Hills ! Tout comme John McTiernan débarquant Bruce Willis de la série Clair de lune pour son premier Die Hard, Sidney J. Furie a donc jeté son dévolu – même si je ne suis pas certain qu'il ait franchement eu son mot à dire – sur une autre star du petit écran de l'époque. Rendu internationalement célèbre à partir de 1987 de par son interprétation marquante de Vinnie Terranova durant les trois premières saisons de la série Un flic dans la mafia, Ken Wahl prête donc ici ces larges épaules au quaterback récalcitrant Boomer Hayes. Si l'acteur – qui a fait ses armes chez Philip Kaufman (Les Seigneurs, avec Karen Allen) et Daniel Petrie (Le Policeman, avec Paul Newman) – possède indubitablement la carrure adéquate pour endosser avec crédibilité ce premier rôle musclé, il serait tout de même assez malhonnête de ne pas noter son évident manque de charisme. Suite à l'échec cuisant de ce film (qui rapporta à peine 940 000 dollars sur le territoire américain) et à un terrible accident de moto (qui lui bousillera dos et cou en 1992), la carrière de Ken Wahl ne décollera d'ailleurs jamais ; et ce, malgré une nouvelle collaboration (ratée) avec Daniel Petrie  en 1994 The Favor, avec aussi Bill Pullman et un tout jeune Brad Pitt – et cette tentative (manquée)  de relancer Un flic dans la mafia en 1996  – via un téléfilm passé complètement inaperçu.

 

Le manque de charisme de Ken Wahl est ici d'autant plus flagrant que, face à lui, l'indispensable Robert Davijustement vu dans Piège de Cristal, et qui figurait également au casting de la série créée par Stephen J. Cannell  – demeure toujours aussi magnétique et classieux ; même lorsqu'il se met à pousser la chansonnette brusquemment sans raison apparente (sans compter le fait qu'il soit doublé en français par la voix inimitable de Daniel "Arnold Schwarzenegger" Beretta). Incarnant son bras droit énervé, le très reconnaissable Branscombe Richmond – emblématique Bobby Sixkiller de la série Le Rebelle aux côtés de Lorenzo Lamas, et que l'on aura également pu voir dans quelques épisodes de Walker Texas Ranger – se démène comme un beau diable (son passé de cascadeur étant largement mis à profit) et nous permet également d'assister à un joli duel de nuques longues avec Ken Wahl. Pour le reste composé de personnages secondaires hauts en couleurs (comme cet homme de main sosie de Clark Kent ou ce spécialiste en spermicides fort en gueule), le casting possède de vraies trognes qui collent parfaitement à l'aspect déconnant du long-métrage (l'ouverture des hostilités au son du tube pop Unbelievable du groupe anglais EMF et la vision de ces "scientifiques en combi blanche" tout droit sortis de The Crazies vaut son pesant de cacahuètes). On peut aussi noter la présence appréciable du sympathique Matt Frewer (Chérie, j'ai rétréci les gossesAlarme Fatale, Le Cobaye 2, L'Armée des morts, Watchmen : Les Gardiens) et de la mignonne Harley Jane Kozak, qui ressemble étrangement à Kristin Scott Thomas jeune (même si, niveau souplesse, elle fait davantage penser à Zara White).

 

Véritable fiasco financier et œuvre totalement oubliée aujourd'hui, La Prise de Beverly Hills n'en demeure pas moins une très plaisante série B qui régalera probablement les amateurs du genre de par son action non-stop, ses dialogues bien sentis (« Regarde cette merveille, on est plus fort que le Téléthon ! »), ses seconds couteaux ubuesques  et ses séquences totalement couillonnes (et donc géniales) ; avec comme point d'orgue les deux morts les plus connes de l'histoire du cinéma ! Ne manquant sans doute que d'un soupçon d'hémoglobine et de quelques excès gore pour que le spectacle nanardesque soit complet, ainsi que d'un acteur principal un peu moins transparent, le long-métrage de Sidney J. Furie s'avère donc être un choix idéal pour une soirée poilade entre potes à base de pizzas géantes et de litrons de bières.

 

 

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