Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Les Immortels

Les ImmortelsRéalisé par Tarsem Singh Dhandwar, sorti le 23 novembre 2011
Titre original : Immortals
                
Avec Henry Cavill, Mickey Rourke, Luke Evans, Stephen Dorff, Freida Pinto, John Hurt, Isabel Lucas, Kellan Lutz...

"Les armées du roi Hypérion (Mickey Rourke) ravagent la Grèce, détruisant chaque village sur leur passage. Le roi sanguinaire ne laissera personne l’empêcher d’atteindre son but : libérer le pouvoir des Titans endormis afin d’anéantir les dieux de l’Olympe et l’humanité tout entière. Rien ni personne ne semble pouvoir arrêter la folie destructrice d’Hypérion, jusqu’à ce qu’un jeune tailleur de pierre, Thésée (Henry Cavill), jure de venger sa mère tuée par ses soldats. Lorsque le jeune homme rencontre Phèdre (Freida Pinto), l’oracle, celle-ci est assaillie de troublantes visions. La jeune femme est désormais convaincue que Thésée est le seul qui pourra arrêter la destruction. Avec l’aide de Phèdre, Thésée rassemble une petite troupe de fidèles, et part affronter son destin dans une lutte désespérée pour préserver l’avenir de l’humanité..."




Mon avis
 
(très bon) :
     L'image “http://i184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/icon_bof.gif?t=1201078413” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.


 

 

Avec sa campagne marketing forcément douteuse qui se bornait à présenter ce long-métrage de Tarsem comme une sorte de 300 bis sans grande imagination – les producteurs n'ont d'ailleurs jamais caché leur volonté de surfer sur le succès du film de Zack Snyder et le nombre impressionnant de critiques désastreuses qui a accompagné sa sortie, c'est peu dire que Les Immortels n'inspirait pas une grande confiance. Et pourtant, le film de Tarsem Singh Dhandwar (le générique le présentant sous son véritable nom complet) s'est finalement révélé être une très bonne surprise, que j'ai bien failli rater en salles (ce qui aurait été plus que dommage étant donné le caractère éminemment cinégénique du métrage), et dont je ne comprends absolument pas (après coup) le rejet massif qu'il a pu inspirer. Visuellement plus riche et mieux maîtrisé que Le Choc des Titans, foutrement moins scolaire et laborieux que Troie (du  moins, dans sa version cinéma), et aussi nettement moins poseur et maniéré que 300, Les Immortels vaut en effet bien mieux que la triste réputation qu'il traîne depuis sa sortie. Évidemment, avec son approche d'actioner musclé mélangeant assez librement mythologie et histoire qui évoque irrémédiablement l'adaptation cinématographique du graphic novel de Frank Miller, son esthétisme sur-travaillé similaire à base d'effets numériques envahissants et de photographie ultra-saturée peu inspirée (Brendan Galvin se contentant assez docilement de calquer le travail de Larry Fong sur 300), et un matraque publicitaire ne cessant de faire le lien entre les deux films, il est quasiment impossible de ne pas d'abord envisager Les Immortels comme un pur produit opportuniste se contentant de paresseusement reproduire les ficelles du long-métrage de Zack Snyder. En fin de compte, les deux œuvres sont pourtant très différentes et le film de Tarsem n'emprunte finalement que peu de choses à son illustre prédécesseur.

Le style visuel du cinéaste indien est rapidement reconnaissable et son sens habile de la mise en scène ne manque vraiment pas d'intérêt ; ce que l'on avait déjà pu constater dans la claque esthétique The Cell (où il avait alors également su exploiter avec malice un scénario indigent en faisant de son film une impressionnante – et ô combien mémorable suite de peintures animées). Ses cadres sont toujours choisis avec soin, son montage élégant (avec des transitions très bien gérées) et sa réalisation parfaitement lisible (en grande partie grâce au travail remarquable qu'il effectue quant à la composition de ses plans). Les combats, d'une étonnante fluidité, sont absolument dantesques et avantageusement mis en valeur par de très impressionnants plans-séquences épiques et ambitieux. Et si Tarsem use, lui aussi, assez massivement du ralenti, sa gestion pertinente de cet outil à double tranchant (qui n'est pas sans évoquer le cinéma hongkongais) lui permet (contrairement à ce qui se produisit dans le film référence de Snyder) de sublimer l'action sans jamais la ralentir. Tout cela concourt à faire de Les Immortels un véritable opéra visuel antique aux scènes parfaitement chorégraphiées. Et même si l'ensemble manque par moment de spontanéité et fait parfois presque "trop travaillé", ça n'empêche pas le long-métrage de disposer de vrais moments de bravoures ; le combat final entre les différents Immortels en étant bien sûr l'exemple le plus frappant, avec ses affrontements aussi sauvages que oniriques et son gore astucieusement esthétisé (les ennemis explosant littéralement sous la force destructrice des coups portés). Qui plus est, l'action se trouve efficacement soutenu par la partition inspirée de Trevor Morris (à qui on doit déjà la bande originale de la série Les Tudors dans laquelle jouait déjà Henry Cavill, ainsi que le score du monumental La Chute de la Maison Blanche de Antoine Fuqua). Ce soin obsessionnel avec lequel Tarsem s'évertue à contrôler les moindres aspects graphiques de son œuvre, et qui  passera sans doute aux yeux de certains pour une forme de prétention artistique, témoigne donc surtout de l'indéniable génie visuel du cinéaste.
 

Les Immortels
L'arène des damnés.

 

Concevant chaque scène comme un véritable tableau vivant, Tarsem a aussi su s'entourer d'artistes éminemment doués lui permettant de donner corps aux extravagances les plus folles nées de son imagination. Fidèle collaboratrice du réalisateur depuis son premier long-métrage, Eiko Ishioka (malheureusement décédée en 2012) a ainsi conçu des costumes sidérants qui frappent une fois encore par leur singulière originalité et leur caractère particulièrement anticonformiste (c'est déjà elle qui avait créé les mémorables costumes de l'organique The Cell, mais aussi ceux du baroque Bram Stoker's Dracula de Francis Ford Coppola pour lequel elle reçut un Oscar en 1993). Bien qu'affichant parfois une exubérance à la limite du grotesque (le casque à pinces de crabe de Mickey Rourke est d'un goût discutable), les créations de cette élève du styliste Issey Miyake sombrent néanmoins jamais tout à fait dans le ridicule (bien au contraire) ; et ce, en dépit de sources d'inspiration aussi improbable que les manga japonais (les cuirasses dorées des Dieux de l'Olympe évoquant inévitablement les armures d'or des fameux Chevaliers du Zodiaque de Masami Kurumada). La démesure des décors imaginés par Tom Foden (déjà également à l'œuvre sur The Cell, ainsi que sur Le Village de M. Night Shyamalan) s'accorde aussi totalement avec le parti pris esthétique voulu par Tarsem ; leur extravagance rococo n'étant d'ailleurs pas sans rappeler les travaux de Jean-Paul Goude (influence plus que probable du cinéaste indien). On pense également à Le Caravage pour l'emploi appuyé du clair-obscur et la représentation frontale de ce réalisme brutal à l'érotisme troublant (chaque corps étant sublimé pour parvenir, là aussi, à un véritable idéal esthétique). Enfin, le magnifique plan suprême évoque quant à lui plutôt les fresques des peintres de la Renaissance ornant les voûtes des églises romaines. Quand même de belles références quand même pour un "pur produit opportuniste" se contentant de calquer 300...

 

On est aussi agréablement surpris par la qualité du casting ; d'autant que Tarsem sait vraiment mettre en valeur ses acteurs. La sublime Freida Pinto (Phèdre) aura d'ailleurs rarement été aussi belle (avec ou sans son maquillage waterproof ! ^^). Même Isabel Lucas (Athéna), que je n'appréciais pas particulièrement jusque là, m'a ici beaucoup plu (tant pour sa beauté plastique que pour son étonnante prestance). Et puis quel plaisir aussi de voir les vétérans Mickey Rourke (monstrueusement effrayant en Hypérion mégalomane et fou furieux) et John Hurt (dans un rôle marquant, bien que très secondaire) partager l'affiche avec une jeune génération aussi prometteuse. Pour son premier grand rôle au cinéma, Henry Cavill – qui n'était pas encore le Man of Steel (d'un certain Zack Snyder justement) est en effet tout à fait crédible en héros mythologique et son interprétation de Thésée reste convaincante (même s'il ne possède pas encore le charisme d'un Gerard Butler). Quant à Stephen Dorff (antagoniste du premier Blade de Stephen Norrington), il s'en donne vraiment à cœur joie dans un rôle (Stravos) que n'aurait pas renié le formidable Norman "Daryl Dixon" Reedus. J'ai également apprécié retrouver le massif Robert Maillet (2,09 mètres au garrot !)dont on avait déjà pu observer l'impressionnante carrure dans le Sherlock Holmes de Guy Richie (en homme de main teigneux) et dans la récente claque Pacific Rim de Guillermo Del Toro (en pilote russe peroxydé) incarner ici l'indispensable Minotaure (personnage ô combien clé dans l'histoire de Thésée, même si son traitement laisse un peu à désirer). Mais, la véritable découverte du film reste pour moi Luke Evans (méconnu à la sortie du film, et qui a depuis campé le vilain du sixième opus de la saga Fast & Furious). Particulièrement efficace en Zeus aussi impérial qu'impitoyable, l'acteur écrase totalement en charisme les autres Dieux de l'Olympe (qui semblent même – ce qui est d'ailleurs un peu regrettable totalement transparents en comparaison) .
 
Les Immortels
La couleur des Titans.

 

Bien sûr, le fan de mythologie (que je suis) aurait bien des choses à redire sur l'histoire à proprement parlé. Considéré comme un Titan dans la mythologie grecque classique, Hypérion n'est ici qu'un simple mortel, un Roi conquérant sanguinaire. La version narrée dans Les Immortels semble donc ici plus proche de la version donnée par Diodore de Sicile dans sa fameuse Bibliothèque Historique et où les dieux sont envisagés comme des personnages réels qui ne furent divinisés qu'après leur mort : Hypérion accédant ainsi à l'immortalité historique en étant considéré, a posteriori, comme un Titan ; à l'instar de Thésée dont la destinée est proche puisqu'il finira par être assimilé à un Dieu (le même raisonnement peut d'ailleurs s'appliquer avec "l'humain" Minotaure qui deviendra le monstre à tête de taureau de la légende). On pourrait surtout s'étonner que le héros Thésée participe ici à la guerre opposant les Dieux de l'Olympe menés par Zeus aux Titans (ces divinités primordiales fils de Ouranos et de Gaïa), mais le film de Tarsem n'a jamais eu vocation à avoir la rigueur d'un cours de mythologie. Qui plus est, la mythologie grecque n'est pas franchement unique et inaltérable. Composée de plusieurs sources distinctes et bien souvent contradictoires (mélangeant personnages et chronologies), elle a fortement évolué au cours du temps. Le scénario ne s'embarrasse donc pas de raconter une histoire respectueuse de la mythologie grecque ; même si ce sont justement des grecs qui l'ont rédigé. S'agissant de leur première écriture pour une grosse production, le script des frères Parlapanides est forcément un peu maladroit, pas toujours très bien structuré (les déplacements des personnages dans l'espace ne sont pas très clairs) et les dialogues manquent cruellement de mordant (voire parfois un peu risibles comme en témoigne le passage où Thésée parvient à "enflammer" la foule de combattants en quinze secondes chrono).

 

Néanmoins, aussi inégale soit-elle, l'intrigue se permet tout de même quelques pistes intéressantes. En plaçant la filiation au cœur du métrage (Thésée confronté à la mort de sa mère, Zeus incarnant un père de substitution, la symbolique forte entourant la perte de virginité de Phèdre, la question de l'héritage de Thésée...), Tarsem soulève tout simplement la question de l'immortalité (thème central s'il en est de son bien-nommé Les Immortels) en l'envisageant sous l'angle pragmatique de l'hérédité (un père vivant éternellement à travers son fils). La scène de la castration est donc ô combien emblématique de cette possibilité d'immortalité (via la descendance) à jamais éteinte ; tout comme la phrase prononcée par Athéna (« En temps de paix, les fils pleurent leurs pères. En temps de guerre, les pères pleurent leurs fils. ») qui souligne une fois encore cet aspect (raison pour laquelle l'absence de Égée, le père de Thésée à la destinée tragique, m'a paru surprenante). L'armée d'anonymes masqués totalement déshumanisés, endoctrinés et soumis à l'autorité de leur chef (une idée que l'on retrouvera par ailleurs dans la série Game of Thrones) est aussi un élément que j'ai apprécié (et qui m'a également rappelé l'armée des Stormtroopers servant avec la même docilité l'impitoyable Empereur dans la saga Star Wars). Bref, peut-être rien de franchement transcendant il est vrai (ce n'était pas le but recherché en même temps), mais de quoi envisager quand même le long-métrage de Tarsem sous un angle un peu moins réducteur. Cela dit, au-delà de son histoire très classique et de son travestissement mythologique prompt à contrarier les puristes, Les Immortels demeure surtout un chouette beau divertissement, ainsi qu'un vrai film de cinoche admirablement mis en scène. Je suis donc bien content d'avoir finalement "pris le risque" de le voir en salles (et de le revoir – avec un plaisir intact en blu-ray). Du coup, j'ai vraiment envie de découvrir The Fall (honteusement sorti en direct-to-video) et qui me fait de l'œil depuis (bien trop) longtemps dans ma bluraythèque.

 

Quant aux fans déçus de 300, ils pourront toujours se consoler en allant voir sa véritable suite officielle (300 : La Naissance d'un Empire), dont la sortie en salles est prévue pour mars 2014. 


 

Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article