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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Michael Kohlhaas

Le CongrèsRéalisé par Arnaud des Pallières, sorti le 14 août 2013
                
Avec Mads Mikkelsen, Mélusine Mayance, Delphine Chuillot, David Kross, Bruno Ganz, Denis Lavant, Sergi López, Swann Arlaud ...

"Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas (Mads Mikkelson) mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l'injustice d'un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit..."




Mon avis
 
(bien) :
  


 

 

Cette nouvelle adaptation de Michael Kohlhaas aurait-elle eu le moindre intérêt sans la présence de Mads Mikkelsen ? C'est une véritable question que je me pose tant l'ultra-charismatique danois porte littéralement le film de Arnaud des Pallières sur ses larges épaules. Seconde adaptation – après celle de Volker Schlöndorff en 1969 de la nouvelle écrite par Heinrich von Kleist en 1810, Michael Kohlhaas raconte donc la destinée d'un homme fier et brave qui, en cherchant à retrouver son honneur bafouer, va entraîner dans son sillon toute une armée de villageois et mener son pays au bord de la guerre civile. Cette histoire n'est évidemment pas sans évoquer certaines figures emblématiques du genre. On peut notamment songer à William Wallace que Mel Gibson dirigea et incarna dans le flamboyant Braveheart sorti en 1995 ; mais aussi aux héros impétueux de Rob Roy, Gladiator ou encore The Patriot. Seulement, là où l'interprète mythique de Mad Max et L'Arme Fatale avait misé sur une sauvagerie très graphique et un sens aiguisé du spectaculaire dans la chorégraphie de ces combats pour illustrer le destin hors normes de son héros, Arnaud des Pallières a choisi une direction diamétralement opposée.

 

Michael Kohlhaas est donc un film qui prend son temps. Vraiment son temps. Peut-être un peu trop même. Malgré une durée relativement courte (2h02 ici, contre plus de 2h30 en moyenne pour ce type de récits filmés), le long-métrage de Arnaud des Pallières accuse sa longueur. Les dialogues manquent souvent d'impact et d'authenticité (le laïus du prêtre incarné par Denis Lavant en étant l'exemple le plus "parlant" si j'ose dire). Les personnages secondaires  (à l’exception notable de la gamine) souffrent certainement aussi d'une caractérisation trop légère, notamment le Baron – personnage pourtant clé de l'histoire campé par l'insignifiant Swann Arlaud ; et ce, malgré la présence d'acteurs d'envergure tels que Sergi López et Bruno Ganz. Enfin, de par sa photographie épurée, son découpage monotone, sa surabondance de gros plans par moment et sa narration pour le moins nébuleuse Michael Kohlhaas ressemble à cette caricature de film d'auteur français qui, habituellement, me gonfle au plus au haut point. Pourtant, si j'ai également regretté que long-métrage n'atteigne jamais ce souffle épique qui lui fait tant défaut (la scène capitale de l'assaut du château est aussi illisible qu'incompréhensible), Arnaud des Pallières parvient toutefois à capter la beauté qui émane de son personnage principal et des décors dans lesquels il évolue .

 

Michael Kolhaas
À l'ombre de la haine.

 

Lorsque la caméra se permet des mouvements plus amples, on découvre alors toute la magnificence des paysages des Cévennes et du Massif du Vercors où le réalisateur a choisi de tourner son film. En déplaçant l'intrigue de son Allemagne natale à cette France montagneuse, Arnaud des Pallières lui a offert un écrin à sa mesure ; le caractère majestueux et inaltérable de ces sommets ancestraux faisant irrémédiablement écho à ce roc incarné avec un magnétisme éblouissant par l'immense Mads Mikkelsen. L'acteur révélé par Nicolas Winding Refn dans le formidable Pusher crève littéralement l'écran et – comme il avait déjà pu le démontrer à travers le baroque Valhalla Rising : le Guerrier silencieux – parvient à transcender une œuvre qui, sans son inestimable présence, aurait sûrement été d'un ennui mortel. Dès lors, l'absence globale de rythme devient moins gênante et cède la place à une contemplation sereine de l'image. On finit même par savourer les jolis instants de grâce dissimulés au sein de cette mise en scène, finalement, très léchée ; à l'instar de cette course effrénée de la jeune fille du héros dans un Tartare boisé qui ne semble jamais prendre fin, ou lors de ce somptueux plan final qui vient achever le film dans un dernier coup d'éclat.

 

De toute évidence, sans Mads Mikkelsen, Michael Kohlhaas aurait été orphelin de son plus bel atout. Et pour être tout à fait sincère, je n'aurais sans doute jamais fait le déplacement en salles. Ce qui aurait d'ailleurs été dommage car, même si le long-métrage de Arnaud des Pallières est typiquement le genre de films que j'évite d'ordinaire, j'ai apprécié admirer la beauté de ces paysages (les décors construits sont d'ailleurs réduits à leur plus simple fonction figurative) et des ces montagnes faites de pierre et de sang. La lenteur qui caractérise Michael Kohlhaas ne serait sans doute pas au goût de tous (et je ne pense d'ailleurs pas éprouver le même plaisir dans l'hypothèse d'un revisionnage sur petit écran), mais les amateurs de Mads Mikkelsen y trouveront largement leur compte, et pourraient même être surpris de trouver cette quête vengeresse plus captivante que prévue. Quant à ceux qui n'apprécient pas l'acteur danois : nobody's perfect !

 

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