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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

White House Down

White House DownRéalisé par Roland Emmerich, sorti le 4 septembre 2013
                
Channing Tatum, Jamie Foxx, James Woods, Maggie Gyllenhaal, Jason Clarke, Richard Jenkins, Lance Reddick, Jake Weber ...

"Membre de la police du Capitole, John Cale (Channing Tatum) vient de se voir refuser le job dont il rêvait : assurer la protection du Président des États-Unis (Jamie Foxx). Espérant éviter à sa fille (Joey King) une déception lorsqu’il lui apprendra la nouvelle, il l’emmène visiter la Maison-Blanche. C’est à ce moment qu’un groupe paramilitaire lourdement armé attaque le bâtiment. Alors que le gouvernement américain sombre dans le chaos, Cale va tenter de sauver sa fille, le Président, et le pays tout entier…"




Mon avis
 
(passable) :
  


 
 
À l'instar de Michael Bay auquel il est souvent comparé (notamment pour sa propension à tout faire péter à l'écran), Roland Emmerich est un cinéaste qui fait rarement dans la dentelles. Son premier film américain (le très sympathique Universal Soldier) avec son duo sévèrement burné (Jean-Claude Van Damme vs. Dolph Lundgren) annonçait déjà quelque peu la tendance d'une filmographie bourrine où l'action et la science-fiction aurait une place prépondérante. Ce que le réalisateur allemand confirmera dès son prochain long-métrage, le mémorable Stargate ; rapidement suivi du succès planétaire Independence Day. Souvent accusé de faire un cinéma de divertissement décérébré peu exigeant (à l'instar de son homologue américain), Roland Emmerich n'en demeure pas moins un habile technicien capable d'allier grand spectacle, souffle épique et belle émotion avec un talent finalement assez peu commun ; comme en témoignent les mémorables The Patriot et Le Jour d'après. Malheureusement aussi (à l'instar de son homologue américain toujours), le réalisateur allemand s'aventure parfois dans des projets bien foireux où même son sens indéniable de la mise en scène ne parvient pas à sauver les meubles ; ceux qui ont subi les affreux navets – ou nanars, selon que l'on bien a picolé avant ou pas – Godzilla et 10,000 BC me comprendront aisément. Cependant, si sa filmographie est loin d'être exemplaire, je continue pourtant à singulièrement apprécier le bonhomme. Et ce, y compris lorsqu'il se prête au jeu de l'auto-remake harder & louder de l'un de ses propres films – Le Jour d'après – à l'occasion du très décrié 2012 ; que j'ai certes trouvé perfectible, mais néanmoins sympathique (ne serait-ce que pour ses très impressionnantes scènes de destructions massives). De ce fait, bien que n'ayant toujours pas vu sa parenthèse shakespearienne Anonymous, j'attendais donc ce White House Down avec une certaine impatience ; curieux que j'étais de découvrir comment – après Independence Day et 2012 – le cinéaste allemand allait encore une fois trouver le moyen de tout faire péter à la Maison Blanche ! 
 
Ce qui est amusant concernant White House Down, c'est qu'il sort tout juste après autre projet étonnamment similaire : La Chute de la Maison Blanche. Si ce n'est évidemment pas la première fois qu'une telle chose arrive – la liste est même assez longue * –  je trouve ça toujours intéressant de pouvoir comparer la façon dont deux réalisateurs différents vont s'emparer d'un sujet identique. Surtout que, sur le papier, les films de Roland Emmerich et Antoine Fuqua sont vraiment très proches (attaque militarisée de la Maison Blanche, le Président pris pour cible, un agent gouvernemental déchu comme seul espoir). La première chose qui frappe c'est que, si le réalisateur de Training Day et L'Élite de Brooklyn a logiquement baigné son film – classé R-Restricted – dans le sang d'une violence brute et frontale (civils directement pris pour cible, corps atrocement mutilés à l'hôpital, véritable boucherie guerrière durant l'attaque du palais présidentiel, membres du gouvernement torturés, gosse rapidement évacué de l'histoire), White House Down écope d'un traitement nettement plus gentillet – comme en témoigne son classement PG-13 – et semble ainsi moins viser les fans d'action sauvage que le public familial (absence globale de sang, morts hors champs, attentat moins proche de l'assaut militaire que du cambriolage mondain, gamine omniprésente). Et là où Gerard Butler campait un antihéros solitaire impitoyable brisant toutes les nuques qui passent, Channing Tatum incarne donc un héros plus avenant : un papa qui cherche à protéger sa fille adorée, un déconneur qui se voit adjoindre un faire-valoir comique en costume trois pièces et baskets, un mec sympa qui tape la discute avec les animaux. D'ailleurs, White House Down essaie tellement d'être cool – avec sa parodie de Président Obama vanneur tirant au lance-roquettes, son bad guy moustachu cartoonesque à la Yosemite Sam, son guide zélé devenant tout colère lorsque les méchants pètent un vase Ming, ou ses hélicos en CGI hideux se faisant flasher lors d'un vol urbain en rase-motte – qu'il en devient souvent pathétique ; à plus forte raison lorsque Emmerich fait dans l'auto-citation poussive en évoquant directement Independence Day à l'occasion d'une réplique hautement ringarde. Ringard, White House Down l'est à plus d'un titre. Bien qu'étant typiquement le genre de divertissement inoffensif qui se laisse passablement regarder, le film de Emmerich arrive juste vingt ans de retard ; et tout ce qu'il propose à l'écran semble avoir déjà été vu et revu des dizaines de fois ailleurs.
       
White House Down
«  Maintenant, j'ai une mitraillette. Ho... Ho... Ho... »
 
Le Président héroïque jouant l'action man n'est plus vraiment une surprise depuis Air Force One (et ce bon vieux Roland avait d'ailleurs été l'un des premiers à exploiter – très maladroitement – le filon il y a plus de quinze ans dans son Independance Day). Mais surtout, l'histoire de ce représentant de la loi au repos qui se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment lorsque les choses commencent à déraper, de ce père de famille absent qui connait un mariage foireux et devra sauver l'un des proches pris en otage, de cet électron libre insolent qui va combattre à lui tout seul (ou presque) un groupe de terroristes en ayant pour unique allié extérieur un membre des services de sécurité (via un talkie-walkie piqué aux vilains) en conflit avec sa hiérarchie... Oh wait ! L'histoire de ce John Cale rappelle quand même un peu beaucoup celle d'un certain John McClane. Outre une étrange ressemblance patronymique et un débardeur blanc crasseux similaire qui pourrait suggérer un hommage assumé, le fan de Die Hard ne pourra que difficilement ne pas hurler au plagiat tant les correspondances scénaristiques entre White House Down et Piège de Cristal sont nombreuses. Tout comme chez John McTiernan, les terroristes vont donc débarquer tranquillement à la réception en dézinguant au silencieux l'agent de sécurité,  puis le héros va d'abord tuer le frère d'armes de leur commandant, puis il va entendre leurs plans après s'être planqué au-dessus d'un ascenseur, puis il va être amené à se bastonner avec le plus costaud de la bande sous les douches d'incendie, et puis il va aussi se parler à lui-même (ainsi qu'aux écureuils ; ce qui suggère une maladie mentale bien plus profonde encore), puis des journalistes sans scrupules vont révéler à tous l'identité de celui-ci (et son lien affectif avec l'un des otages), puis il y aura aussi un pro de l'informatique à lunettes excentrique qui va pirater les codes d'accès en écoutant de la musique classique à donf, puis les forces de l'ordre vont envoyer un blindé contre le bâtiment (qui se fera exploser au lance-roquette) avant de tenter un raid aérien désespéré condamnant sans nul doute un grand nombre d'otages à la mort ; au point qu'on s'attendrait presque à entendre le héros asséner un "Yipee-Kay, pauvre con". Bref, si ce n'est que le Nakatomi Plaza s'appelle ici la Maison Blanche, on ne voit pas franchement la différence.
  
Et White House Down ne se démarque pas davantage quand  le gentil John Cale se recroqueville craintivement en feignant d'être un otage pour ne pas être abattu (un stratagème utilisé par le méchant Hans Gruber dans Piège de Cristal), ou lorsque l'acolyte du héros perd une chaussure avant d'être blessé par du verre (à la place de ce dernier chez McT), ni même dans le fait que ce soit la fille de Cale (et non plus directement McClane) qui se trouve dans une salle de bains lorsque la prise d'otages éclate. Les plus pointilleux souligneront enfin que le duo Channing Tatum / Jamie Fox fonctionne globalement ici de la même façon que le duo Bruce Willis / Samuel L. Jackson dans Une journée en enfer. Pour un scénario "original" qui aurait été acheté plus de 3 millions de dollars auprès de James Vanderbilt, ça fait léger. D'ailleurs, on ne comprend jamais vraiment où ont bien plus passer les 150 millions de dollars de budget (bien plus que les 95 millions de Independence Day ou les 120 millions de Le Jour d'après) Remarquez, en jetant ainsi l'argent par les fenêtres, on peut aisément trouver une explication. Du coup, avec plus de deux fois moins (70 millions de dollars), La Chute de la Maison Blanche donne l'impression d'avoir coûté le double. Avec son introduction interminable (il faut bien 45 minutes pour que ça décolle enfin), ses gags de série B (le coup de la pale d'hélico avec la cravate est un immense moment de nanardise), sa gamine de dix ans experte en géopolitique (enfin, elle a lu Wikipédia quoi...) et ses retournements de situation incessants (Vanderbilt a visiblement trop abusé de Scooby-doo étant jeune), White House Down pourrait presque passer pour la version Asylum du film de Antoine Fuqua. Avec ses blagues de potache venant systématiquement dédramatiser toute scène prompte à heurter la sensibilité du public familial visé, il finit d'ailleurs par ressembler à une grosse fanfaronnade consensuelle fadasse n'assumant jamais la violence inhérente à son propos. Variation insipide et affreusement lisse de Die Hard,  le long-métrage de Roland Emmerich sort à peine, mais apparait d'ores et déjà comme totalement démodé ; jusque dans son recours à un patriotisme tellement appuyé qu'il en devient pathétique (le passage marquant de l'arrachage terroriste du drapeau américain chez Fuqua donnant ainsi lieu ici à une ridicule scène de course au ralenti avec la bannière étoilée flottant dans le vent). Tout cela est d'autant plus dommage que le cinéma d'action déconnant sied particulièrement bien à Channing Tatum (à la différence de Jamie Foxx) et que celui-ci aurait mérité une bien meilleure rampe de lancement.
 
   
* On peut ainsi penser à Full Metal Jacket de Stanley Kubrick et Platoon de Oliver Stone, Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears et Valmont de Milos Forman, Tombstone de George Pan Cosmatos et Wyatt Earp de Lawrence Kasdan, 1492 : Christophe Colomb de Ridley Scott et Christophe Colomb : la découverte de John Glen, Independence Day Roland Emmerich et Mars Attacks! de Tim Burton, Le Pic de Dante de Roger Donaldson et Volcano de Mick Jackson, Armaggeddon de Michael Bay et Deep Impact de Mimi Leder, 1001 Pattes de John Lasseter & Andrew Stanton et Fourmiz de Eric Darnell & Tim Johnson, Mission to Mars de Brian de Palma et Planète Rouge de Antony Hoffman, Hantise de Jan de Bont et La Maison de l'horreur de William Malone, Braquages de David Mamet et The Score de Frank Oz, Le Monde de Nemo de Lee Unkrich & Andrew Stanton et Gang de requins de Rob Letterman & Vicky Jenson & Éric Bergeron, Madagascar de Eric Darnell & Tom McGrath et The Wild de Steve Williams, Truman Capote de Bennett Miller et Scandaleusement célèbre de Douglas McGrath, La Crypte de Bruce Hunt et The Descent de Neil Marshall, L'Illusionniste de Neil Burger et Le Prestige de Christopher Nolan, Next de Lee Tamahori et Déjà-vu de Tony Scott, Happy Feet de George Miller et Les Rois de la Glisse de Chris Buck & Ash Brannon, The Zodiac de Alexander Bulkley et Zodiac de David Fincher, Megamind de Tom McGrathet et Moi Moche et Méchant de Pierre Coffin & Chris Renaud, L’Agence Tous Risques de Joe Carnahan et The Losers de Sylvain White, Sexe entre amis de Will Gluck et Sex Friends de Ivan Reitman, ou encore à Blanche-Neige de Tarsem Dhandwar Singh et Blanche-Neige et le Chasseur de Rupert Sanders...
 
 
 
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Oreo33 25/09/2013 19:23


Dans la liste de films au sujet similaire tu avais The Rock et Ultime Décision, Flight 93 et Vol 93.


Cela dit avec la version A. Fuqua et R. Emmerich on s'y perd même dans les titres.


Il y a peu les films en concurrence arrivaient à se démarquer malgré tout. Snif.

Shin 23/04/2014 18:15



Et bah quoi ? Les films de Fuqua et de Emmerich se démarquent très bien pourtant !

Celui de Fuqua est génial et celui de Emmerich tout pourri. Voilà. C'est facile !